QUATRIÈME SECTION
Des élémens solides.
J’entends , par élément solide, car il est bon, avant de parler d’une chose, de s’entendre bien sur les mots, j’entends toute partie du corps qui jouit d’une consistance assez grande pour avoir une forme déterminée, soit régulièi’e, soit irrégulière, toute partie qui ne peut ni couler ni se répandre , et qui sert à contenir les autres ordres d’élémens, et à limiter l’organisme dans l’espace. Le solide est donc la condition de la forme de l’être vivant; mais il est de plus jusqu’à un certain point la source de sa mort, car c’est par une solidification progressive de l’économie que la vie marche à sa fin : elle est d’autant moins active, que la solidification est plus avancée , parce que cet état ne comporte pas le mouvement. Les fluides, au contraire, sont tout naturellement, par la raison opposée, la source de la vie , dont l’intensité est toujours eu rapport avec la facilité des mouvemens des élémens organiques ; la mort étant la cessation ou l’extinction presque totale de ceux-ci , comme cela a lieu dans ce qu’on nomme les corps bruts.
Vous sentez parfaitement, Messieurs, de quelle importance est pour nous l’étude que nous allons
faire, puisque c’est dans les élémens solides seuls que nous trouvons quelque cliose d’arrêté, de fixe, une base pour les divers actes de l’organisme, et pour toutes les évolutions des gaz et des fluides qui font partie de ce dernier. Par cette étude encore, nous parvenons à saisir dans le rapport des fonctions avec l’arrangement fixe des molécules des solides , une des premières conditions de ces fonctions; par elle enfin, nous arrivons à reconnaître la nécessité de telle ou telle forme pour les relations soit des organes entre eux, soit de ces mêmes organes avec le monde extérieur, et l’iiarmonie parfaite qui existe, à cet égard, entre les êtres vivans et les circonstances au milieu desquelles ils sont appelés à vivre.
Le rôle des solides dans l’organisme , tout important qu’il est, a cependant été exagéré par les physiologistes de l’école de Haller et par lem-s successeurs jusqu’à ces derniers temps ; cette exagération a surtout été portée dans la pathologie, et autant les partisans des anciennes théories humorales avaient donné d’importance aux fluides aux dépens des élémens qui nous occupent, autant nos médecins modernes ont oublié tout ce qui n’est pas solide dans l’économie vivante. Nous aurons à traiter dans notre quatrième partie cette grande question du solidisme et de l’humorisme, et nous verrons alors qu’il y a eu vérita-
Llemeut exagération clans les. deux partis, mais , à la vérité , avec plus d’ignorance de la part des humoristes, ce qui s’explique au reste par l’ancienneté de leur théorie, toute déduite de vues a priori sur la nature et sur l’homme ; nous verrons éiialement la nécessité de faire intervenir les altérations des fluides dans les maladies comme on fait intervenir leur état normal dans les fonctions, et de le faire en s’appuyant sur des recherches positives, et en ne perdant pas de vue la relation intime et la réaction constante des élémens de tous les ordres. Cette discussion, je le répète, entrera dans la dernière partie de ce cours, parce qu’alors seulement nous posséderons les données qui nous sont indispensables pour juger en connaissance de cause les hautes cjuestions de physiologie et de pathologie du genre de celle-ci. Maintenant, occupons-nous de l’ordre dans lequel nous étudierons les solides vivans , et voyons à les classer de la manière la plus méthodic^ue , ou en d’autres termes, la plus naturelle possible. Pour y arriver, nous devons d’abord jeter un coup-d’œil général sur la composition de la partie solide de l’organisme.
L’analyse nous conduit à reconnaître dans ce dernier trois principaux élémens , dont deux ne sont même que des modifications , mais à la vérité des modifications très-profondes. du troisième.