TOME II
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Les oiseaux sont de tous , ceux chez lesquels on trouve le plus de membranes synoviales. Nonseulement ils ont plus de pièces articulaires que nous , mais encore toutes les pièces de leur colonne vertébrale se meuvent les unes sur les autres , parce quelles sont unies à la manière d’une véritable articulation.
Après les oiseaux^, viennent les mammijeres qui offrent aussi ce tissu dans beaucoup d’endroits de leur appareil locomoteur.
' Chez les reptiles, les vertèbres se meuvent souvent, meme les unes sur les autres, et alors le tissu hysteux synovial est encore assez répandu.
Chez les amphibiens , la majeure partie des articulations a lieu par continuité de substance; on n’y trouve pas de membrane synoviale proprement dite.
Il en est de même des poissons. Comme chez eux il n’y a pas de puissances musculaires destinées à faire opérer des mouvemens distincts et séparés , et que le mouvement principal consiste à remuer, la queue, l’appareil locomoteur se trouve beaucoup moins divisé que dans les animaux supérieurs. Les vertèbres sont mobiles les unes sur les autres sans surface articulaire. Il n’y a d’exception qu’en faveur de la pièce operculaire qui, ayant un mouvement essentiel , offre une véritable articulation, et pour quelques gros rayons
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offensifs^ comme on en voit des exemples dans les silures.
Enfin , chez les invertébrés , il n’est aucun animal qui puisse nous présenter une véritable articulation synoviale. Nous avons vu que, chez tous les insectes, les parties passives de l’appareil locomoteur appartiennent à la peau , qui se solidifie; or, comme chez eux, il n’y a point de complète solution de continuité , il n'y a point non plus de membrane séreuse. Nous retrouvons « cependant les membranes synoviales chez quelques animaux très-inférieurs , chez les oursins , par exemple. Comme il y a ici solution de continuité entre le tel de l’animal et ses piquans , et que ceux-ci sont articulés avec le premier, de manière à pouvoirse mouvoir sur lui, il y a dans l’intervalle qui sépare ces deux parties , une véritable membrane synoviale , qu’il est impossible d’analyser , et qu’on ne peut séparer du tissu qui contient les pièces osseuses.
3“ Du tissu kysteujo angéial.
Il nous reste enfin à nous occuper de la modification du tissu kysteux qui appartient aux vaisseaux.
Le tissu kysteux angéial, c’est ainsi que nous
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]^appelons , constitue la membrane interne des vaisseaux, de quelque nature qu’ils soient; aussi le rencontre-t-on chez tous les animaux. Il n’en est pas, depuis l’homme qui occupe le sommet de réchell© , jusqu’aux oursins et aux holothuries , dont l’appareil circulatoire nait pour hase essentielle le tissu kysteux'. Cependant n’allez pas croire que j’adopte l’erreur à laquelle Bichat n’a pas su échapper, en prétendant ramener tout le système circulatoire au tissu dont je vous entretiens. Bichat, vous le savez, comprenait sous le nom de système vasculaire , non-seulement le tissu kysteux , mais encore le tissu jaune élastique que nous avons déjà étudié , et que nous savons exister dans les artères et dans les veines de certains animaux. Pour nous , le tissu kysteux est celui qui tapisse la grande solution de continuité réticulée, ramifiée , arborescente , dans laquelle oscillent et circulent les fluides lymphatique et sanguin.
Il existe dans tout l’organisme ; donc il est réellement nécessaire : il forme un tout continu, ne pouvant être divisé qu’artificiellement en plusieurs parties. C’est un des élémensde l’appareil circulatoire, il en est meme l’élément fondamental , sans le constituer d’une manière absolue.
Le point de départ du tissu kysteux angéial a
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lieu dans la profondeur de nos organes, dans le tissu cellulaire dont il n’est qu’une modification, et c’est là qu’il faut l’étudier, si l’on veut se faire une juste idée de sa nature. Prenez, en effet, des vaisseaux à leur origine : plus ils seront ténus , et plus le tissu qui en forme la base essentielle se rapprochera du tissu cellulaire. A mesure que le vaisseau dont vous suivrez le développement , acquerra du volume , le tissu cellulaire ira toujours en se condensant davantage, jusqu’à ce qu’enfin il offre tous les caractèresi déjà reconnus comme propres au tissu que nous étudions. Je suppose que vous étudiez le système vasculaire que nous connaissons sous le nom de centripète J c’est-à-dire, celui qui, de la surface de l’animal, se dirige vers l’intérieur, en rapportant les fluides puisés dans nos tissus, vous trouverez la membrane interne qui, d’une simple condensation du tissu cellulaire , est devenue un véritable tissu kysteux : ce qui est vrai du système centripète , l’est aussi du système centrifuge, son antagoniste ; chez certains animaux , au point de 'jonction des deux systèmes, se trouve un organe d’impulsion dans les parois duquel se développe un tissu musculaire particulier, que nous connaîtrons plus tard, et dont la propriété essentielle est de se contracter sous Pinfluence d un irritant intérieur. Là encore, la membrane
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angéiale se continue, sans égard aux autres tissus ([ui s’y joignent. Après avoir traversé l’organe d’impulsion, elle va tapisser tous les vaisseaux qui constituent le système centrifuge, lesquels vont en diminuant de calibre , jusqu’au point où il s’établit une nouvelle communication entre ce système et le système veineux , par les ramifications capillaires de l’un et de l’autre. Vient ensuite le système lymphatique appelé aussi système absorbant, dont nous vous entretiendrons plus tard, et qui, comme les précédens, a pour base essentielle le tissu kysteux.
Caractères anatomiques et physiques . Si maintenant nous analysons la membrane dont il s’agit, nous voyons qu’elle offre des caractères particuliers. Sa densité est moindre que celle du tissu séreux proprement dit. De plus, selon que vous l’étudierez dans le système veineux ou artériel , vous verrez qu’elle offre des différences qui tiennent au tissu sur lequel elle est posée. Il en résulte que , lorsque vous examinez la membrane interne d'une ;.rtère , vous trouvez qu’elle affecte la disposition serpentante , caractère propre à tout tissu fibreux et élastique : c’est ce que j’ai eu l’ocasion de vérifier avec des hommes qui méritent toute confiance, MM. Hodgins et Lister. Du reste, pour y découvrir la disposition que je viens de vous indiquer , il faut y regarder de si
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près, que je ne ni’e'tonne pas que Bichat ait pu croire que c était une espèce d’épiderme. Mais eu soumettant ce tissu à la macération, et surtout en l’observant à la loupe, la texture serpentante est encore assez facile à reconnaître ; si , au contraire , vous examinez la membrane kysteuse des veines, il vous sera impossible d’y reconnaître la forme serpentante, vous n’y trouverez qu’une membrane celluleuse et simplement vasculaire. Dans les vaisseaux lymphatiques , vous rencontrez des dispositions de texture en rapport avec les fonctions qui sont départies à ces organes. Vous connaissez l’irrégularité de leur forme; vous savez qu’ils jouissent d^une extensibilité très-grande , au point que, lorsque vous injectez un vaisseau lymphatique, vous lui voyez affecter une multitude déformés irrégulières. Gela dépend de ce que les parties qui en constituent la hase sont éminemment cellulaires et très-peu serrées; d’où résulte que, lorsque vous y injectez un fluide aussi dense que le mercure , il devra nécessairement se former des étranglemens qui seront dus à la rétraction des valvules. La texture de la memhrane kysteuse des vaisseaux lymphatiques est moins serrée que celle des veines , et par conséquent , moins aussi que celle des artères; c’est pour cela qu’elle est plus spongieuse, et qu’elle se rapproche davantage de la texture desmemhranes muqueuses
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que celle des autres vaisseaux. Cela suffit pour vous faire entrevoir les rapports qui existent entre la structure du système lymphatique et ses fonctions. Vous savez qu’il est essentiellement absorbant , propriété dont les autres parties du système vasculaire ne jouissent qu’à de plus faibles degrés. Ces derniers, en effet, outre qu’ils peuvent absorber avec d’autant moins d’activité , que leur structure est plus serrée , servent à charrier les fluides destinés aux fonctions de nutrition et de sécrétion. Les vaisseaux lymphatiques , imprimant un mouvement beaucoup plus lent aux fluides qui les traversent, absorbent non-seulement à leur extrémité, mais encore dans tout leur trajet; on a pensé, avec juste raison, que les veines étaient également dans ce cas-là*
Voilà donc les particularités que nous présente le tissu kysteux angéial ; il en est d’autres qui tiennent à la partie des vaisseaux que l’on examine , mais elles sont peu connues.
On ignore également ses caractères chimiques, et il est probable qu’on les ignorera toujours ; car il est impossible que la chimie parvienne jamais à analyser des tissus que nous ne pouvons parvenir à isoler complètement.
Ses propriétés vitales ne nous sont pas connues ; nous savons seulement que ce tissu n’est ni contractile ni sensible , mais qu’il est susceptible
(a5) COBIPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 9.85 d’irritation, puisqu’ilestsujctà l’innammation. Bichalditccpendantqu’en injectanlun fluide irritant dans les veines d’un animal vivant , on détermine une forte douleur.
Les différences principales que nous ayons à faire connaître, dépendent donc des diverses parties l’on examine. Et en effet, il varie, selon qu’on l’étudie dans les vaisseaux lymphatiques , dans les artères , les veines , les ganglions vasculaires, dans les tissus caverneux , ou dans le cœur proprement dit.
Dans les vaisseaux lymphatiques et dans les veines , de quelque partie du corps que ce soit , le tissu kysteux qui constitue la membrane intérieure, ne paraît pas offrir de différences saisissahles , si ce n’est dans le nombre des replis qu’il forme sous le nom de valvules ; différence qui est peu importante pour nous en ce moment.
Dans les artères , nous avons déjà dit que le tissu kysteux prend le caractère du tissu fibreux élastique sur lequel il repose, c’est-à-dire que ses fibres sont tont-à-fait serpentantes , ce qui n’a pas lieu dans les veines.
Quant au tissu kysteux qui entre dans la composition des ganglions , il faut d’abord remarquer que les ganglions lymphatiques ou veineux sont absolument de la même nature. Si vous examinez la rate, vous voyez qu’elle se compose de
tissu fibreux ; il est meme des auteurs qui ont été jusqu’à prétendre que cet organe devait être considéré comme appartenant au tissu élastique, ce que je ne crois pas. Toutes les expériences que j’ai fai tes dans ces derniers temps m’ont démontré que cet organe ne jouissait d’aucune élasticité; ce n’est qu’un tissu fibreux qui devient caverneux par la forme spongieuse qu’il affecte , et en vertu de laquelle le sang qui y est versé est retenu en trèsgrande abondance. Ijorsque vous extrayez tout le sang contenu dans la rate , vous voyez qu’il est en petite quantité, comparativement à la masse totale de l’organe. Ainsi s’explique le gonflement de la rate qu’on observe si fréquemment chez les êtres organisés : ce n’est point une hémorrhagie intérieure, mais hien une accumulation de sang, qui se fait dans un tissu particulier. L’action médicale eu triomphe facilement , puisque, à l’aide de médications appropriées et qu’il n’est pas de mon sujet d’indiquer, il est facile d’arrêter un développement trop rapide, toutes les fois qu’il n’y a pas combinaison , mais seulement déposition d’une masse de sang plus ou moins considérable dans un tissu disposé pour cela. Si vous pénétrez dans l’intérieur de ces espèces de loges ou de vacuoles que présente la rate, vous trouverez la membrane que je vous ai dit être analogue à celle du tissu fibreux , et il vous sera impossible d’a-
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percevoir la moindre diflerence entre elle et le tissu fibreux proprement dit ; pour cela, il convient de prendre une rate d ele'pliant , qui est pre'cieuse pour l’anatomie de cet organe, et vous verrez le système vasculaire s’y ramifier avec une extrême régularité, et marcher parallèlement au tissu nerveux, qui s’y distribue. Je ne connais pas d’organe où il soit plus facile de suivre le système nerveux qui pénètre dans les parenchymes ; la même chose se passe dans les ganglions lymphatiques. Je vous montre une pièce injectée par M. Lippi sur un cheval , et dans laquelle se trouve une injection fort belle d’un ganglion. Ce ganglion ne présente autre chose qu’un lacis de vaisseaux lymphatiques , disposés d’une manière moins caverneuse que les vaisseaux de la rate , toutefois essentiellement de la même manière. Lorsqu’à l’aide d’un instrument grossissant, on examine les parois des cavités dans lesquelles le mercure immerge , on finit par ne plus apercevoir que le mercure lui-même. Si l’on soumet un semblable ganglion à l’analyse anatomique, on voit que les vaisseaux sont entrelacés de mille et mille manières, et en pénétrant plus profondément, il n’est plus possible de distinguer de vaisseaux ; vous n’apercevrez qu’une masse de mercure qui offre absolument le même aspect que si vous eussiez injecté la rate avec ce métal. Arrivé àuncer-
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lain point de votre analyse, vous commencez à voir des vaisseaux afferens , qui affectent une disposition analogue à celle des ganglions , mais qui n’ont pas la même grosseur, et ne sont pas aussi multipliés. Du reste, vous verrez que leur structure est tout-à-fait pareille à celle des vaisseaux lymphatiques. Nous ne trouvons donc aucune difierence entre les ganglions veineux et les ganglions lymphatiques, si ce n’est que ces derniers sont plus muqueux, moins lisses, plus perméables que les ganglions veineux ; on y rencontre aussi des valvules, qui ne sont que des replis, des pincemens de la membrane interne ou du tissu kysteux des vaisseaux, replis auxquels ils doivent de présenter une apparence articulée. Il ne faut cependant pas oublier que ce dernier caractère n’existe pas sur l’animal vivant , et qu’il est en grande partie le produit des injections que nous y faisons pénétrer.
Le placenta, que je range au nombre des ganglions vasculaires veineux , est une véritable rate ; il offre une disposition vasculaire, et est composé d’une masse e'norme de vaisseaux ramifiés dans tous les sens , et d’une certaine quantité d’tm tissu plus ou moins albumineux , identique à celui qui forme les membranes adventives de l’œuf ; il est possible de suivre, dans cette masse placentaire, les artères et les veines, et alors on voit que les
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unes et les autres sont tapisse'es d’une membrane kysteuse, cjui est toul-à-fait semblable à celle que nous avons déjà passée en revue , si ce n’est que les veines placentaires n’offrent pas de valvules , chose peu importante à l’objet que nous avons actuellement en vue.
L’intérieur des renflemens qui composent l’organe d’impulsion est tapissé par des membranes analogues à celles des artères et des veines, et leur
fusion a lieu dans un point qui correspond aux orifices auriculo-ventriculaires. Bichat , et plusieurs anatomistes après lui , ont observé que la membrane qui tapisse les oreillettes et celle qui tapisse les ventricules , diffèrent même sous le rapport pathologique. Ce fait est bien connu, et il faut penser qu’il est en parfaite harmonie avec les modifications que nous avons constatées sur les membranes propres aux artères et aux veines. Quant aux valvules proprement dites , nous savons que leur intérieur est composé d’un tissu fibreux qui se continue avec celui qu’on rencontre à la racine du cœur, où s’attache le muscle de cet organe. Lorsqu’on analyse ce tissu avec soin , on voit qu’il ne diffère en rien de l’autre tissu fibreux.
Si maintenant vous examinez les artères et les veines qui se ramifient dans les poumons , vous y trouverez exactement les mêmes dispositions ganglionaire ou réticulaire; vous comprenez que pour
cela il convient detudier la nature des vaisseaux, sans s’occuper le moins du monde de la nature du fluide qu’ils charrient. Peu importe, en effet, quede fluide soit noir ou rouge , le tissu kysteux qui entre dans la composition des veines et des artères pulmonaires n’en a pas moins la même organisation. C’est ici surtout qu’il convient d’avoir egard à l’état statique de l’organisation , sans acception des fonctions départies aux organes dont nous faisons l’analyse.