II. De Vélément nerveux
L’élément nerveux est une modification profonde de l’élément générateur ou primitif, eu verlude laquelle celui-ci eist devenu irritant, excitant de tous les mouvemcns qui se passent dans
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l’organisme (i) , par conséquent de tous les tissus qui opèrent ou dans lesquels ont lieu ces mouvemens, et en outre le siège de la perception de ces irritations portées jusqu’à un certain degré.
Ce tissu a, de tout temps, beaucoup occupé les anatomistes; ils l’ont même trop souvent étudié avec une curiosité peu philosophique, à cause des rapports qu’on a remarqués de bonne heure entre lui et les facultés intellectuelles. On lui a demandé la raison de ces facul tés , et comme l’on abordait rarement cette étude , sans être dominé par quelque idée préconçue , influencé par quelque sentiment qui paraissait intéressé à la solution de la question , elle a donné naissance à un grand nombre d’hypothèses , non-seulement sur le mode d’action de l’élément nerveux, mais encore sur sa structure intime , et sur sa disposition anatomique. Dans ces derniers temps, par exemple, et surtout depuis Gall, on a cherché à assigner à chaque faculté psy cologique un siège, un organe nerveux particulier. Or, comme on devait nécessairement partir des idées qu’on avait d’avance sur ces facultés, sur leur nombre, leur classification, leur nature simple ou compliquée, on a porté plus ou moins de préoccupation dans l’é-
(i) Les mouvemens dd nutrition doivent être aussi compris parmi ceux auxquels préside l’élément nerveux, et c’est à tort que Bic.Iial a pensé qu’il pouvait leur être étranger.
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tude que l on a faite des divisions du système nerveux, et les résultats obtenus ont varié selon la psycologie de chacun. Voyez que de divergences il y a entre les travaux les plus avancés j les plus consciencieux de nos anatomistes modernes ; comparez ceux de MM. Gall, Spurzheim, Tiedemann, Serres, Flourens, Desmoulins, Magendie, Foville, etc. Tous sont d’accord, et je le suis en partie avec eux, sur la pluralité des organes nerveux j une même idée générale domine dans tous leurs ouvrages; mais, dès qu’il s’agit de faire l’application de cette idée, de la poursuivre dans les détails, l’accord cesse, parce qu’on entre dans un champ où l’on ne peut encore marcher qu’à tâtons , la science ne possédant pas jusqu’à ce jour une véritable psycologie , une psycologie positive, sur laquelle tout le monde doive être d’accord. L’emhryogénie et l’anatomie comparée demandent, de leur côté, beaucoup d’étude et d’observations nouvelles, poür nous conduire à la bonne et véritable division statique du système nerveux, à celle qui doit correspondre à sa division dynamique. J’aurai, du reste, à vous entretenir de ce sujet dans un autre endroit de ce cours, et j’essaierai de vous montrer tout ce qu’une analyse sévère nous permet d’entrevoir dès aujourd’hui de la physiologie du système en question.
Les anciens avaient établi une analogie entre ce
système et le système vasculaire ; et dernièrement, en Allemagne, on a prétendu que ces deux systèmes n’en formaient qu’un^ parce qu’en effet, dans les dernières ramifications capillaires de. l’un et de l’autre, ils se résolvent en fibrilles semblables ; ce qui revient simplement à dire qu’ils naissent tous deux des filamens de l’élément cellulaire ; ce n’est que dans ce sens que les nerfs naissent , comme on l’a dit, des vaisseaux. Plusieurs anatomistes ont comparé le système nerveux à un arbre, dont le cerveau serait la racine, la moelle épinière le tronc, et les nerfs les branches et les rameaux , disant que le premier transmettait au prolongement rachidien, et celui-ci aux ramifications qui en partent , l’espèce d’irritation que nous appelons la volonté. Cette manière de voir était, jusqu’à un certain point, conforme à la vérité. Dans ces derniers temps , on a vu la chose dans le sens inverse; on a regardé comme les racines de l’arbre, ce qu’on représentait auparavant comme ses dernières ramifications. Il est enfin des personnes qui considèrent le système nerveux comme un vaste réseau.
Mais peu nous importent, du moins pour le moment , ces diverses manières d’envisager l’ensemble des organes que compose l’élément secondaire dont nous allons nous occuper. Ce que nous devons noter à l’égard de ces organes, c’est qu’ils TOME n. 26
forment un tout,, un système ge'néralement répandu dans l’organisme, chez le très-grand nombre d’animaux qui le possèdent.
Le système nerveux présente une analogie réelle avec le système vasculaire , non-seulemant par sa disposition , qui est arborisée, comme celle de ce dernier, mais aussi par sa situation, qui est profonde , du moins pour les parties bien réellement composées par l’élément nerveux.
Ce système est , en outre , d’une fixité remarquable dans sa position et dans sa distribution , tellement que chez les animaux de même espèce, il n’y a aucune variation sous ces rapports, non plus que sous celui du nombre des nerfs ( si l’on en excepte toutefois ceux de ces cordons qui servent à exciter les contractions musculaires).
Le tissu incitant ne saurait être défini que par sa double propriété de recevoir et de transmettre les impressions ou irritations, soit de source interne, soit déterminées par l’action du monde extérieur, irritations dont nous nous bornons à constater l’existence, sans nous charger de les expliquer.
Le système nerveux présente deux sortes de parties : des masses centrales auxquelles arrivent certaines irritations, et d’où en partent d’autres; et des cordons chargés de transmettre les stimulations , soit aux masses centrales , soit de cellesci aux autres organes. Je divise , en conséquence.
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le tissu nerveux, soit que ses fonctions se rapportent à la vie organique ou j\ la vie animale , en tissu nerveux ganglionaire (celui des masses), et en tissu nerveux némertaire (celui des cordons ou nerfs proprement dits).
1® Du iissu neroeux ganglionaire.
D’après ce que nous venons de dire > on peut définir cette partie du système nerveux : l’ensemble des masses plus ou moins considérables qui paraissent être les points de départ ou d’arrivée des irritations qui ont lieu dans l’organisme , et qui sont, par cela même, les aboutissans ou les origines des cordons de transmission ou des nerfs. Les ganglions nerveux sont loin d’avoir tous les mêmes caractères , et de pouvoir être rangés dans une seule catégorie , comme le voulaient les personnes qui, voyant dans chacune de ces masses, un analogue du cerveau , ont proposé de les considérer toutes comme de petits cerveaux. C’est se méprendre étrangement que de voir les choses delà sorte, et de ne pas reconnaître tout ce qu’il y a de différences entre les ganglions qui servent aux fonctions animales ou de relation, et ceux qui sont préposés aux fonctions organiques ou nutritives. Ces différences, en effet,^ sont telles, sous le triple
rapport de la disposition dans rorganisme , de la structure, et des fonctions , qu’il faut nécessairement admettre deux espèces de tissus ganglionaires, que nous désignerons d’après leur principal caractère organique, l’une sous la dénomination de tissu ganglionaire pulpeux , l’autre sous celle de tissu ganglionaire granuleux. Je dis que chacune de ces espèces se distingue nettement de l’autre par sa disposition dans l’organisme. Le tissu pulpeux, en effet, est d’une fixité dans sa distribution, et d’une symétrie qu’on est bien loin de trouver dans le tissu non pulpeux. Le premier se montre , en outre , constamment séparé des tissus environnans par des enveloppes membraneuses, et par des espaces qui indiquent qu’il est soumis à un mouvement , tandis que les ganglions granuleux sont plongés immédiatement dans le tissu cellulaire ambiant. Si nous envisageons la structure de ces deux espèces de masses nerveuses, nous voyonsdans la première mie véritable pulpe résultant de l’accumulation d’une grande quantité de neurine dans les mailles d’un tissu celluleux peu abondant; la seconde, en échange, ne nous présente qu’un réseau serré de filamens nerveux, que leurs fréquentes anastomoses et leur jonction dans un même point font ressembler à une masse ganglionaire. Enfin , quant au
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point de vue pliysiologique^ il est impossible, à quiconque a fait la moindre étude des actes du système nerveux , de confondre ceux de sa partie pulpeuse, les fonctions de ce qu’on nomme le système nerveux de la vie animale , avec les manifestations vitales des ganglions de la vie organique. Mais nous retracerons encore mieux toutes ces différences en étudiant à part chacune des espèces de ganglions nerveux.
(«) Du h'ssu ganglionaire pulpeux/yn.
Ce que nous venons de dire me dispense presque de vous définir le tissu pulpeux. Je répéterai néanmoins qu’il constitue cette portion du système nerveux qui forme les masses plus ou moins considérables regardées uomme les centres d’arrivée ef de départ des incitations de l’organisme , masses composées d’une grande quantité de ueurine en dépôt dans un tissu celluleux rare et peu prononcé.
Les parties qui composent ce tissu sont remarquables par la fixité de leur nombre , de leur mode de distribution ou de leur situation , par leur arrangement symétrique, et par la constance de leur forme, quand on les compare chez des animaux de même espèce. De ces parties, l’une
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est comme le centre de toutes les autres, et cellesci ne sont , en quelque sorte, que des masses ou renflemens surajoutés à la première, et formant avec elle un tout insécable, si je puis m’exprimer ainsi. L’énumération de ces diverses masses nerveuses et leur description appartiennent, comme vous le sentez, à l’anatomie topographique, et ne doivent pas nous occuper ici.
Caractères physiques. Le tissu nerveux pulpeux est, en général^ d’une grande blancheur ; seulement dans quelques endroits, où le système vasculaire sanguin abonde, il présente une coloration variable, tantôt d’un rouge foncé, d’autres fois jaunâtre, d’autres fois grise, et même plus ou moins voisine du noir. Mais, à vrai dire, ces couleurs ne lui appartiennent réellement pas , et ne sauraient être mises au nombre de ses propriétés, puisqu’elles sont dues , soit à la présence d’un grand nombre de vaisseaux , soit à celle de quelque matière déposée par ceux-ci. Ce tissu se distingue en outre par sa mollesse; jamais il ne présente la consistance, la dureté, l’aspect fibreux des ganglions de la vie organique; rien n’exprime mieux cette mollesse que son épithète de pulpeux. Sa densité varie assez ; elle est relative à la proportion réciproque de la neurine et du tissu cellulaire qui composent cet élément. Quand on
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le coupe, il ne se rétracte pas. Il est susceptible d’une extension médiocre. Quant à l’élasticité, il paraît en être dépourvu.
Caractères anatomiques. Lorsqu’on étudie le tissu pulpeux sous le point de vue de sa composition anatomique , on trouve que , dans quelques parties qu’on l’e.xamine , que ce soit dans les hémisphères cérébraux, ou dans le bulbe olfactif, etc. ; qu’on choisisse de la pulpe grise ou de la pulpe blanche^ c’est toujours de la neurine déposée dans un tissu cellulaire peu abondant. On a cru reconnaître une disposition fibreuse clans les ganglions dont il s’agit; mais cette disposition, qui, existe en effet, dans quelques points, tels que ceux où les nerfs se continuent avec les ganglions pulpeux, cette disposition, dis-je, est le résultat des préparations employées par ceux qui en ont parlé , dans le dessein de mettre en évidence la texture de l’élément en question. Ces personnes, en effet , n’ont bien vu la structure fibreuse que sur des cerveaux qui avaient été plongés dans l’huile bouillante, ou qui avaient séjourné dans l’alcool , liquides qui , l’un par sa température , et l’autre en vertu de ses propriétés chimiques, avaient coagulé la neurine et racorni le tissu ceL luleux dont se compose cet organe , et avaient , par conséquent, augmenté sa densité, jusqu’à lui don-
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lier un aspect fibreux. Nous remarquerons, en passant , que la matière grise , plus molle que la blanche , se condense aussi moins quelle dans le cas dont nous parlons, et qu’’il est plus difficile d’y déterminer la formation de fibres évidentes.
Nous avons déjà vu que les proportions respectives de la neurine et du tissu cellulaire varient, et qu’une variation correspondante s’observe dans la densité et dans le degré de pulposité des diverses masses de tissu nerveux.
Caractères microscopiques. Lorsqu’on s’aide du secours, du microscope pour étudier cet élément organique , 011 distingue difficilement cette apparence de fibrosité dont nous venons de parler; et dans plusieurs endroits, il esttout-à-fait impossible de la découvrir, parce que les fibrilles de tissu celluleux auxquelles elle est due sont si rares et si minces, quelles laissent traverser la lumière, et deviennent plus ou moins transparentes. Mais , en échange, on découvre cette disposition granuleuse qui appartient à la neurine, et que nous avons retrouvée dans le sang lymphatique des animaux inférieurs et dans la sérosité , disposition que nous rencontrerons plus tard dans les produits de l’organisme, et qu’il faut bien se garder de confondre, ainsi que je vous l’ai dit précédemment, avec la disposition globuleuse du sang fibrineux des ostéo-
(a5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 879 zoaires. Le microscope confirme donc encore l’organisa tion que nous avons assignée plus haut au tissu nerveux, en nous le montrfmt composé d’une matière pulpeuse déposée dans une trame cellulaire plus ou moins difficile à apprécier.
Caractères chimiques . L’extrême finesse de celte trame, qui se trouve le plus souvent comme perdue dans la neurine, fait que l’analyse chimique du tissu nerveux a porté principalement sur cette dernière substance; et comme les chimistes ne nous ont fait connaître celle-ci que d’après des analyses qui ont porté non-seulement sur elle , mais sur des tranches de cerveau où se trouvait encore la partie celluleuse , nous pouvons vous renvoyer à ce que nous avons dit dans une leçon précédente sur les élémens de la matière nerveuse pulpeuse (1).
Caractères organoleptiques. INous retrouvons naturellement dans le tissu nerveux le goût plus ou moins salé et l’odeur spermatique que nous avons reconnus à la neurine. Il partage nécessairement aussi les qualités alibiles de cette dernière, les possédant toutefois à un moindre degré qu’elle, à cause du tissu cellulaire qu’il contient; d’où
(1) Voy. l’article qui concerne la neurine y clans la leçon ^ t. I , pag. 38g.
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suit qu’il est d’autant plus nourrissant que ce tissu y est moins abondant , qu’il l’est par conséquent en proportion de sa mollesse et de sa pulposité.
Caractères vitaux. Ce n’est pas ici le lieu de nous arrêter sur le mode de vitalité du tissu nerveux, parce que nous aurons à nous en occuperavec détail, dans la suite de ce cours, à propos du rôle important qu’il remplit dans l’organisme, comme agent de l’incitation. Nous nous bornerons à remarquer que cet élément ne paraît jouir ni d’une contractilité digne de ce nom, ni delà sensibilité, car, pour ce qui concerne celte dernière, toute espèce d’irritant physique ou chimique peut être appliqué au cerveau, dans l’état de santé, sans occasioner delà douleur. Ces agens pourront , selon le lieu où ils sont appliqués , provoquer l’incitation des muscles, et par cela même leurs contractions ; ils pourront aussi diminuer ou anéantir toute perception , pervertir de toutes manières les fonctions cérébrales , les exalter dans quelques cas , mais il n’est peut-être pas de partie pulpeuse qui manifeste de la sensibilité sous l’influence d’une stimulation immédiate.
Différences selon les parties. Les diverses , masses que constitue le tissu nerveux diffèrent sensiblement entr’elles relativement à l’aspect de celui-ci. En effet, tout anatomiste familiarisé
avec l’étude des organes dont il s’agit distinguera très-bien un morceau de la moelle d’un morceau qu’on aura enlevé aux bémisplières cérébraux, et celui-ci, d’un autre qui proviendra des lobes olfactifs, ou des tubercules quadrijumeaux, du cervelet, etc. Mais ces différences, si faciles à apprécier, sont de nature à ne pouvoir être exprimées facilement par le langage; il faudrait beaucoup de mots pour les faire comprendre d’une manière très-imparfaite ; elles demandent à être vues. Nous pouvons en présumer aussi sous le rapport de la composition chimique. Il en existe de très-appréciables sous celui de la vitalité, comme nous le verrons en cherchant à analyser les fonctions dévolues à chaque masse nerveuse.
Pour vous donner néanmoins une faihle idée des variations que présente le tissu nerveux selon ses diverses parties, je vous rappellerai cette extrême mollesse des lobes olfactifs , qui fait que chez les mammifères on les déohire presque constamment quand on cherche aies découvrir; comparez cette mollesse à la consistance déjà plus grande des hémisphères^ à la fermeté des tubercules quadrijumaux, qui sont entièrement composés de matière blanche un peu fibriforme; rappelezvous encore les différences qui ont donné lieu à la distinction d’une substance grise et d’une sub-