‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource] (volume 2)Chapitre 7 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

et de l’iiiflainmalion produites par le déchirement des cellules vasculaires ou non vasculaires, on voit suinter des bords de la plaie un élément fluide , que nous avons nommé humeur plastique et qui , en se coagulant ou se concentrant, augmente l’étendue de chaque bord jusqu’à ce qu’il rencontre celui qui lui est opposé. C’est dans cet élément, sous cet abri , que pousse, par extension , le tissu cellulaire des parties divisées , en meme temps que la matière plastique elle-même se convertit en système générateur , comme nous avons vu que cela avait lieu dans la série des développemensdece système. Certaines modifications du tissu cellulaire , telles que le tissu vasculaire , et même le système nerveux, se développent selon le même mode , et l’espace formé par la solution de continuité est rempli d’une manière plus ou moins parfaite, suivant que les combinaisons des tissus qui composent les parenchymes étaient susceptibles de se former plus ou moins complètement. Voilà ce qui constitue la cicatrice. Ainsi, le siège de ce résultat est indubitablement le système cellulaire. Plus il abonde dans un parenchyme, plus la cicatrice est prompte et facile ; moins il y en a, et moins elle est rapide, comme nous le voyons, lorsque nous examinons comparativement les pliénomènes de la cicatrisation

(ig) COMPOSITION INTIME UES ANIMAUX. 4<J d’une solution de continuité, d’une part, dans quel' que partie de l’enveloppe générale ,|et de|l’autre dans les tissus cartilagineux ou osseux.

Ce dont je viens de paider a également lieu , quelle que soit la forme de la solution de continuité; quelle soit profonde et étroite, ou bien large et superficielle, les phénomènes sont absolument les mêmes.

On peut dire la même chose de ce qu’on a nommé adhérence , de ce phénomène pathologique par lequel un organe, ordinairement libre et séparé des parois do la cavité qui le renferme, ou des autres organes qui s’y trouvent avec lui , contracte avec ces parois ou avec ces organes une véritable continuité , dans une plus ou moins grande étendue. C’est une cicatrice réelle, analogue à celle qui se produirait entre les deux bords d’une même partie divisée > et qui a lieu ici entre deux parties naturellement séparées. L’inflammation , par suite d’une irritation , s’est emparée d’un point plus ou moins étendu de la surface d’un organe ou de la cavité qu’il contient ; d’où production , exhalation d’une lymphe plastique vivante, extension des systèmes celluleux et vasculeux enflammés. Si ce point ne louche à aucune partie de l’organisme vivant, la cicatrice aura lieu comme dans une lésion cxiéiieure; mais qu’il soit, au contraire.

en

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Goniact immédiat avec un autre point, et surtout que celui-ci soit également enflammé, ou dans les mêmes circonstances que le premier , et alors une cicatrice d’adliérence aura lieu, absolument comme entre les branches de deux arbres ■vivans qu’on aura rapprochées , après avoir préalablement enlevé l’épiderme de chacune d’elles au point de contact. Le tissu cellulo- vasculaire, qui constitue la cicatrice d’adhésion, forme alors ce qu’on a nommé des fausses membranes, résultat que l’on a confondu à tort sous un même nom avec les couches muqueuses ou albumineuses qui se produisent et s’exhalent à la surface des membranes enflammées. Les premières seules sont susceptibles de s’organiser, ou mieux, sont toujours organisées, puisqu’elles sont une extension d’une partie à une autre d’un tissu vivant ; les secondes ne sont que des produits nécessairement morts , et qui jamais ne peuvent s’organiser; c’est par la confusion de deux choses très-différentes que les pathologistes ont été conduits à admettre que les couches muqueuses ou albumineuses peuvent s’organiser. Au reste, nous reviendrons encore sur ce sujet , au moment où nous traiterons des produits de l’organisme.

Le tissu cellulaire est- il susceptible de maladies asthéniques , c’est-à-dire des maladies dans lesquelles il perdrait en quelque sorte sa vitalité?

(ai) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 5l

Cela me paraît extréinemenL probable; mais je crois, eu même temps , qu’il faut rapporter ces étals morbides aux fluides qui sont exhalés et répandus dans les mailles de ce tissu très-peu vivant par lui-même. On conçoit parfaitement que le mouvement d’exhalation et d’absorption sera moins actif et pourra même cesser, et que le tissu cellulaire perdra tout signe de vitalité, dès qu’il viendra à recevoir moins de sang.

Quant aux altérations de texture et de composition chimique du tissu cellulaire, elles ont été étudiées jusqu’ici d’une manière tout-à-fait incomplète, parce que, comme je le disais plus haut, on n’a pas eu soin de séparer ce qui , dans ces altérations , doit être rapporté aux substances épanchées dans les cellules de ce tissu , de celles qui le concernent spécialement. Un auteur (je crois que c’est Bichat)a dit que, dans les affections carcinomateuses , le tissu cellulaire devient cassant, très-facile à se briser; en un mot^ qu’il prend un caractère particulier, et qu’il perd jus- (|u’à ses propriétés de tissu. Je le concevrais trèsbien, mais je n’aurai de certitude sur la réalité de ce fait que lorsque je serai assuré que l’on n’a pas attribué au tissu lui-même un phénomène qui serait dû <à la matière pathologique dont il est rempli. Je suis très-porté à croire que, dans ce qu’on a nommé les dégénérescences squiri'heuse , cérébriforme ,

melanosique, etc., le tissu cellulaire ne joue d’autre rôle que de servir de dépôt à des substances morbides exhalées , qui viennent occuper ses mailles, et s’y accumuler en plus ou moins grande quantité. J’ignore toutefois s’il ne subit pas ensuite lui-même quelque altération, et quelles elles sont. J’admettrai plus volontiers que c’est lui qui est affecté dans la maladie connue sous le nom d induration du tissu cellulaire des nouveaunés , et que M. Chaussier a désignée sous celui de sclérème. Quelques personnes pensent cependant que cette induration est due à l’accumulation, dans ses mailles, d’un fluide albumineux concrescible.

11 y aurait alors quelque chose d’analogue à ce qu’on nomme l’ossification du tissu cellulaire. On sait, en effet, que ce tissu, surtout dans certaines modifications, est susceptible de passer à l’état cartilagineux ou osseux, par le dépôt, dans ses mailles, de la substance cartilagineuse ou du phosphate de chaux; mais , dans ce cas, il ne prend jamais la forme régulière d’un os ou d’un cartilage proprement dit.

On a aussi admis quelquefois que c’est le tissu cellulaire qui produit le pus par sa décomposition. Nous nous bornerons en ce moment à dire que cette opinion est entièrement erronée. Nous le démontrerons , lorsque nous serons arrivés à traiter des produits anormaux de l’organisme.

(a3) COMPOSITION INTIMK DES ANIMAUX.

Différences dans la série. Il nous reste maiiilenant à jeter vm coup-d’œil sur les différences que présente le tissu cellulaire dans la série animale. Comme vous allez le voir, ses caractères ne laissent pas que de présenter des variations assez importantes , lorsqu’on l’étudie ainsi , aux divers degrés de l’organisation. On peut dire , pour exprimer d’une manière générale les différences dont nous devons parler , que le tissu cellulaire est d’autant plus distinct , et répond d’autant mieux à la définition que nous en avons donnée , que les organes sont plus nettement séparés dans l’organisme , qu’ils sont plus spécialisés , et, par conséquent, que l’être est plus élevé dans la série ( car vous savez qu’à mesure que l’on descend l’échelle , l’organisation prend de plus en plus le caractère qu’elle a chez les végétaux , je veux dire cette espèce d’homogénéité , ce défaut de spécialisation , qui font qu’on ne peut plus saisir le moindre rapport de cause et d’effet entre la structure de telle ou telle partie de la plante et sa fonction ) (i).

Mais si le tissu cellulaire qui est en dehors, et distinct du parenchyme des organes , est d’autant moins abondant, que ceux-ci sont moins nette-

(i) 11 faut avouer, au reste, que les fonctions elles-mêmes se simplifient en se généralisant ^ à mesure que l’organisme devient plus simple et plus liomogène dans sa structure.

nient séparés, celui qui forme leur trame, l’est au contraire d’autant moins , proportionnellement à leurs autres élémens, qu’on s’élève davantage dans la série, et que ces mêmes organes sont plus spéciaux ; ce qui revient à dii'e que l’élément générateur se reconnaît d’autant mieux dans les divers organes de l’économie , que l’être occupe un degré moins élevé de l’échelle ; c’est là une chose toute simple. Au contraire , la proportion ou la quantité du tissu cellulaire proprement dit , est d’autant plus grande, qu’on s’éloigne d’avantage de l’espèce humaine, pour se rapprocher du terme inférieur de l’animalité. Entrons dans quelques détails sur l’état du tissu cellulaire dans les divers groupes d’animaux..

Chez les mammifères, il présente tous les caractères que nous lui avons reconnus plus haut, puisque c’est chez eux que nous avons pris notre type. Ainsi que nous l’avons déjà dit, ce tissu est ici d’autant plus distinct au-dessous de la peau, que celle-ci est plus mobile sur les parties sous-jacentes; aussi l’est-il davantage chez le chien, le cheval, le mouton, le hœuf, le chevreuil, etc., que dans l’espèce humaine. Le séjour paraît introduire aussi quelques différences du même genre, car les animaux aquatiques ont en général fort peu (le tissu cellulaire sous-cutané , et leur peau est iinmohile ; il n’y a d’exception

(aS) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. ^0

à cet egard que pour le phoque , animal qui est pourvu d’un énorme peaucier, au moyen duquel il fait exécuter à son tégument externe des mouvemens ti'ès-étendus; aussi le système celluleux que recouvre cette membrane , est-il trèsdéveloppé chez ce carnassier marin.

Chez les oiseaux, le tissu cellulaire offre des mailles plus lâches que chez la classe précédente ; les filamcns et les lamelles qui le constituent sont plus alongés, et permettent des mouve- ' mens plus considérables , ce qui était nécessaire chez des animaux destinés à une locomotion très-active et très-difficile , et dont tout l’organisme est modifié pour cela.

Chez les reptiles , le tissu qui nous occupe , est également fort lâche; celui des tortues présente des mailles assez grandes , qui contiennent peu de graisse. Cette matière, comme nous l’avons vu, est verte, et ne se trouve que dans l’abdomen. Au tronc, le tégument étant solide et immédiatement accolé à la charpente osseuse , il n’y a pas de tissu cellulaire sous-cutané distinct.

Dans les amphihiens , il existe entre le derme et les parties sous-jacenles , une couche mince de tissu cellulaire très-lâche. L’extrême laxité de ce tissu , et la grande mobilité de la peau qui en est le résultat, permettent à celle-ci de se dis-

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tendre considérablement, et de se prêter ainsi chez quelques-uns de ces animaux, tels que les crapauds et les grenouilles , au gonflement considérable qu’ils se procurent , en introduisant , par une faculté qui leur est propre, une quantité considérable d’air dans leurs énormes poumons vésiculeux.

Dans les salamandres , nous voyons , au contraire, la peau devenir déjà adhérente au système musculaire, caractère qu’elle va nous présenter au plus haut degré chez les poissons. On conçoit qu’alors le tissu celluleux sous-cutané sera serré et peu abondant.

Dans les poissons , cette couche n’existe plus , et si l’on rencontre encore quelque peu de l’élément cellulaire en dehors du parenchyme organique, ce n’est plus, qu’aux articulations des appendices avec le tronc , autour des vaisseaux , et enfin des nerfs qui ont acquis un certain développement , sous le mésentère et sous le péricarde. On en trouve aussi passablement entre les fibres musculaires.

Le tissu celluleux présente ici , d’une manière permanente , un caractère muqueux , qui n’existe chez les classes supérieures que dans le premier âge.

Si, passant aux animaux invertébrés, nous examinons les entomozoaires , nous trouverons que ,

(ay) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. S']

chez les espèces aériennes, tout l’intérieur de l’animal est formé de tissu cellulaire. Ce n’est plus entre le tégument externe et les muscles qu’on aperçoit ce tissu , mais dans tout l’espace qui sépare ce tégument du tégument interne , en d’autres termes, de l’intestin. Toutefois en examinant cette partie intermédiaire avec une certaine attention , on ne tarde pas à reconnaître que ce qu’on prend au premier abord pour un simple amas de tissu celluleux, est une réunion de trachées, auxquelles se joignent quelquefois, par exemple, chez les araignées et [les vers à soie , des appendices du canal intestinal destinés à des sécrétions particulières. Ce n’est pas à dire néanmoins qu’il n’y ait dans tout cela aucun vestige du tissu dont il s’agit} seulement il y en a moins qu’on ne le croirait dans le premier moment. Les entomozoaires aériens présentent plus de tissu celluleux séparé, que les espèces aquatiques } chez celles-ci , l’on n’en trouve souvent aucune trace, et tout le tissu de l’animal, depuis la surface externe jusqu’à la surface intestinale , paraît être formée par une substance unique , musculaire, partout contractile} dans ce cas, le canal intestinal n’est plus indépendant, n est plus séparé des parties voisines par un tissu intermédiaire} il leur est étroitement uni, et semble être creusé dans la masse du corps. Vous

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trouverez cette disposition chez les sangsues et chez tous les vers.

Dans les mollusques ou malacozoaires , le derme ne peut être sépare du pannicule musculaire , et il est , par conséquent , impossible de trouver un tissu celluleux sous-tégumen taire. Toutes les parties de l’animal tendent à l’homogénéité, et l’élément générateur ne se montre guère que sous la forme d’un tissu charnu sans cellules distinctes , et partout contractile.

Cette homogénéité, et la simplicité de l’organisme , sont encore plus frappantes dans les actinozaires ; on y chercherait encore plus vainement que chez les mollusques du tissu cellulaire, hors du parenchyme qui constitue le corps entier ; l’élément générateur n’est employé qu’à former ce parenchyme. Prenez une actinie , une méduse , et il vous sera difficile d’y voir autre chose que l’élément générateur. Cet élément n’est employé que comme parenchyme , et vous remarquerez , en outre , qu’il n’a plus ici de texture distincte , plus de mailles , et qu’il ne représente qu’une matière suhmuqueuse.

Enfin , dans les derniers animaux , et notamment dans les polypes , on ne trouve absolument qu’une substance granuliforme , mais qui conserve néanmoins encore de la contractilité. L’élément générateur demeure seul , dans un étal

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de parfaite homogénéité, et il est tout-à-fait impossible de retrouver les trois systèmes fondamentaux que nous lui avons vu former dans les organisations supérieures.

Ici , se termine , Messieurs , ce que j’avais à vous dire sur le système celluleux. Nous allons maintenant aborder l’bistoire des tissus qu’il constitue en se modifiant plus ou moins , mais jamais cependant d’une manière aussi profonde que pom' donner naissance aux systèmes que nous avons nommés secondaires.

• Pour suivre l’ordre que nous avons établi précédemment , en prenant pour base la situation des tissus , nous nous occuperons d’abord du tissu dermeux -, mais l’beure étant trop avancée , nous n’entamerons ce sujet que dans notre prochaine

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