COURS DE PHYSIOLOGIE. (R
mobilité. On remarque une clifFérence notable entre le tissu cellulaire sous-cutané qui se trouve sur la ligne médiane, et celui qui occupe les parties latérales ; le premier est beaucoup moins abondant, et d’une texture beaucoup plus serrée que le second : aussi voit-on dansles œdèmes du tronc, la sérosité passer difficilement de l’un des côtés à l’autre, de telle sorte qu’il existe quelquefois des bydropisies unilatérales. Yous parviendrez cependant, en forçant un* peu , à faire passer le liquide à travers les mailles étroites du tissu médian.
Quant à sa densité, à la disposition et à la forme de ses cellules , le tissu sous - cutané présente de nombreuses variations, dont le détail dépasserait les limites que nous avons dû nous tracer dans ce cours. Je vous ferai remarquer cependant, comme une chose d’une certaine importance en physiologie, que dans les endroits où le corps s’appuie sur le sol, le tissu cellulaire placé au-dessous de la peau, subit, ainsi que cette membrane, une modification proj)re à obvier aux inconvéniens d’une pression habituelle et plus ou moins considérable. Cette modification consiste , pour le tissu cellulaire, en ce qu’il forme, dans les endroits dont je parle, des bourrelets plus ou moins gros , des espèces de pelottes , et en ce qu’il acquiert en même temps
plus de consistance, et une certaine élasticité, au moyen de quoi les vaisseaux et les nerfs de lorgane de sustentation peuvent le traverser sans être comprimés. Vous trouverez , par exemple, à la plante du pied de l’éléphant un Lourrélet considérable formé par une masse de tissu cellulaire très-élastique , et contenant de la graisse : cette partie est parfaitement proportionnée au poids énorme du corps de cet animal , qui sans cela aurait eu besoin d’une force musculaire considérable pom- se soutenir sur ses phalanges onguéales , bien que celles-ci soient disposées à peu près verticalement , comme celles du cheval et des bisulques.
Je vous rappellerai enfin que le tissu cellulaire sous-cutané se distingue par sa laxité, sa ténuité, et, comme vous l’avez vu dans la séance précédente , par le haut degré de rétractilité qu’il manifeste sous l’influence du froid et des stimulations externes.
Le tissu cellulaire sous-muqueux , avec lequel Bicbat a confondu le véritable derme du tégument interne, est, en raison de l’immobilité de celui-ci , très-peu abondant , d’une texture serrée, et se confond avec le dermentère. C’est ce que vous pourrez fort bien voir dans le canal intestinal ; vous trouverez à peine un peu de ce tissu entre la couche musculaire et la couche tégumentaire.
38 COUKS DE PHYSIOLOGIE. (U)
Le tissu cellulaire sous-séreux est quelquefois abondant et lâche , d’autres fois presque nul et très-serré, selon que la membrane qui le re-r couvre doit éprouver ou non des déplacemens à l’égard de l’organe sous-jacent. Ainsi , le tissu qui unit les plèvres aux côtes d’une part et aux poumons de l’autre , est très-serré , tandis que celui qui se trouve aux endroits où ces parties passent de r organe respiratoire aux parois thoracliiques est assez abondant, et surtout très-lâche , afin de permettre les déplacemens réciproques de ces parties dans leurs mouvemens alternatifs de dilatation et de resserrement. Les deux feuillets de l’épiploon sont unis par un tissu cellulaire trèslâche, afin qu’ils puissent s’écarter pour recevoir l’estomac pendant ses momens de plénitude. Le tissu sous-synovial ou sous-kysteux est très- rare et très-serré sur les surfaces articulaires; il est au contraire abondant et à mailles très-larges à l’endroit oti la poche séreuse passe de l’une de ces surfaces à l’autre. Il contient en outre dans ces derniers points une graisse assez fluide , qu’on suppose destinée à modifier la sérosité synoviale , et à lui donner le caractère onctueux que vous lui connaissez.
Le tissu cellulaire endérien reconnaît les mêmes causes de variations que les espèces précédentes. Il est abondant et lâche partout ou il y a mouvement, et d’autant plus que celui-ci est
(<j) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. JlJ
plus considérable; il est, au contraire, rare et serré partout où les parties qu’il unit sont plus ou moins immobiles. Les mouvemens de systole et de diastole du cœur exigeaient une grande indépendance de cet organe, à l’égard des parties voisines ; aussi les membranes qui l’enveloppent adhèrent - elles , par un tissu à mailles larges , aux parois du thorax. Les gros vaisseaux et les nerfs volumineux qui se trouvent, par leur position, sujets à des déplacemens plus ou moins considérables , sont entourés d’un tissu cellulaire abondant, très-spongieux, qui permet cesmouvemens, tout en protégeant les parties importantes dont je parle, contre les tiraillemens et les compressions qu’elles pouvaient éprouver de la part des organes voisins, et quelquefois de la part des corps extérieurs. Le tissu cellulaire semble plus particulièrement destiné, dans quelques cas, à la protection des organes ; on le trouve alors principalement autour de ceux qui n’ont pas d’enveloppe membraneuse propre. Ainsi il est abondant autour du pancréas et autour des reins, tandis qu^il y en a très-peu autour de la rate et du foie, qui sont protégés par un tégument fibreux.
Quant au tissu cellulaire endérien qui pénètre dans l’intérieur des organes , comme c’est lui qui forme leur parenchyme, qui les constitue même quelquefois d’une manière presque
4o coulis DE PHYSIOLOGIE. (lo)
exclusive, et que tout solide organique peut être ramené à du tissu cellulaire, plus une matière déposée dans ses mailles , nous ne pouvons entrer ici dans des détails qui trouveront leur place au sujet des autres tissus, et des parenchymes. Nous disons seulement que l’élément celluleux est plus ou moins reconnaissable, selon que la texture de l’organe est plus ou moins serrée , et selon l’abondance des parties déposées. On a peine aie reconnaître dans le cerveau , dans les cartilages , dans le tissu fibreux; il est, au contraire, très -reconnaissable dans les poumons. Je le répète , nous apprécierons mieux ces différences, quand nous ferons l’histoire des autres tissus, et surtout celle des parenchymes.
Différences selon les âges. Nous allons voir maintenant que le tissu cellulaire éprouve, dans le cours de la vie , des changernens considérables à beaucoup d’égards.
Nous verrons, en traitant plus tard du développement du fœtus, que le sujet, à l’époque où l’on ne l’aperçoit encore qu’à l’aide du microscope, se présente déjà, quoi qu’on en ait dit, avec une forme déterminée , cpii toutefois n’est pas celle qu’il aura plus tard; ce n’est point, ainsi que quelques personnes l’ont avancé , un simple fluide contenu dans une vésicule : je puis assurer qu^il y a dès cette époque quelque chose d’a-
(il) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 4 l
nalo^ue à ce qu’on a nommé la cicalvicule clans l’œuf des oiseaux.
Or, cette partie, c|ui bien certainement représente la trame première de l’organisme , est , non pas muqueuse , ainsi qu’on l’a cru , mais granuleuse, comme l’est la substance des polypes , cjui a passé aussi fort à tort pour être gélatineuse ou muqueuse. Cette disposition granuleuse est tout ce qu’on peut apercevoir alors ; il est impossible d’y reconnaître la disposition des vrais globules. En examinant l’embryon plus tard , vous trouverez le premier aspect remplacé par un aspect gélatineux, et vous verrez une enveloppe autour du petit animal. Plus vous vous éloignez du moment de la conception , plus vous voyez l’organisme prendre, en se développant, la disposition celluleuse , parce que les fluides exécutent des moùvemens dans son intérieur ; les fibres et les lamelles du tissu générateur se dessinent de mieux en mieux, et celui-ci se .caractérise toujours davantage, à mesure que l’être marche à son summum de développement. Quand cette période de la vie est passée, le tissu dont il s’agit, continue à devenir de plus en plus aréolaire , mais bientôt il se dessèche progressivement, diminue par cela même, et perd de sa turgescence et de son élasticité; enfin il vase solidifiant toujours plus, ainsi que tout le reste du corps, jus-
qu’au moment où la vie cesse en partie, parl’elfet meme de cette solidification, quand d’autres causes ne la terminent pas auparavant ; en sorte que l’état du tissu cellulaire suffirait pour distinguer le germe , le fœtus , l’enfance , l’adolescence , l’âge viril la vieillesse et la décrépitude.
Différences selon les sexes. Nous trouvons entre le tissu cellulaire de la femme et celui de l’homme des différences qu’on peut rapprocher de celles qui viennent de nous occuper, c’est-à-dire que le premier est plus semblable à celui de l’enfant , tandis que le second a tous, les caractères du tissu cellulaire arrivé à son summum de développement. Ce fait est facile à expliquer, car je vous démontrerai plus tard que toutes les différences organiques que nous remarquons entre les deux sexes, résultent^ en dernière analyse, d’une différence dans le degré de développement qu’ils atteignent, différence qui est au préjudice du sexe féminin. Il suit de là qu’à égalité d’âge , vous rencontrerez chez la femme un tissu cellulaire plus abondant, plus gorgé de fluides, pliïsmou, moins évidemment fihrillaire que celui de l’homme; d’où résulte que. sa rétraction sous l’influence du froid, que la disposition du sujet à s’engraisser, seront plus manifestes dans la femelle que dans le mâle.
ti3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.
Différences selon les tempéramens. Nous observons encore que le tissu cellulaire varie, à plusieurs égards , selon les tempéramens , et que son état, dans chacun d’eux, constitue meme un des caractères qui servent à les distinguer les uns des autres. Vous avez dû remarquer à cet égard une différence notable entre les sujets lymphatiques d’une part, et les sujets sanguins, mais surtout les individus hilieux de l’autré. Chez ces derniers, les chairs sont généralement sèches, les formes anguleuses, les muscles saillans au-dessous de la peau; tout cela tient à ce que la couche de tissu cellulaire qui soutient cette membrane est fort mince, tandis qu’elle est considérable chez les sujets lymphatiques^ On obtient aussi fort peu de ce tissu chez certaines personnes, qui, sans offrir le teint des sujets bilieux, en ont les formes et l’irritabilité, et dont on désigne le tempérament par l’épithète de nerveux. Les individus éminemment sanguins ont plus de tissu cellulaire que les précédens , sans en avoir toutefois à beaucoup près autant que les lymphatiques, chez lesquels les mailles de ce tissu sont gorgées de fluides aqueux.
Différences selon les races. Il est facile de trouver entre les races des différences caractéristiques , sous le rapport de l’abondance du tissu qui nous occupe. Qui ne serait frappé de celles
44 COURS DR PHYSIOLOGIR. (i^)
qui existent à cet égard entre l’iiabilant de la Nouvelle-Hollande ou de la terre de Diémen, entre les sujets de la race mongole et l’Européen, ou d’autres hommes appartenant comme lui à la race caucasique, et surtout entre ceux-là et. la race caraïbe? Les premiers sont remarquables par leurs formes grêles et par les saillies que font les osau-dessous du tégument, tandis que les individus de notre race se distinguent , surtout dans certains pays, par des formes beaucoup plus arrondies, qui sont dues à ce que la peau repose sur un tissu cellulaire assez abondant.
Différences selon quelques circonstances hygiéniques. Les variétés générales que nous remarquons chez les diverses races humaines, quant au développement du tissu cellulaire, ne sont, hien certainement, que les résultats d’une action fort long-temps prolongée des circonstances hygiéniques, sous l’influence desquelles vivent ces races. Or, ce que ces circonstances produisent à la longue sur des populations très-nomhreuses , elles le produisent, quoique d’une manière moins complète, surlesindividus.il arrive ici quelque chose de semblable à ce que vous observerez dans une plante, si vous comparez ce qu’elle est dans un pays élevé, aux propriétés qu’elle offre dans un pays bas et humide. La nature de l’air , la nourriture influent beaucoup sur l’état des animaux;
VOUS n’avez, pour vous en convaincre, qu’à mettre en parallèle le pied d’un cheval nourri dans les pâturages et sous le ciel liuniide de la Hollande, du Holstein, ou même de la Basse-Normandie , à celui d’un autre cheval qui aura vécu dans les campagnes de Naples , dans les plaines de l’Arabie, etc. : le premier est bien autrement gros et riche en tissu cellulaire que le second , dont les formes sont beaucoup plus grêles, plus sèches et plus fines. Les hommes du Nord et des pays humides sont aussi plus gros, plus celluleux, que ceux des pays méridionaux, comme vous vous en apercevrez aisément , si vous comparez un Napolitain, un Espagnol, un Arabe, par exemple, avec un habitant de la Hollande, de la Flandre , du Danemarch, de l’Angleterre, ou même des contrées nord-ouest de la France.
Différences dans les maladies. L’élude des maladies du tissu cellulaire n’a pas été faite jusqu’à présent avec le soin qu’elle exige, et l’analyse n’a pas toujours été poussée assez loin pour faire distinguer certaines altérations qui résultent de l’épanchement d’un produit morbide dans les mailles de ce tissu , des anomalies qui intéressent sa propre substance. Il parait être susceptible d’hypertrophie , c’est-à-dire d’un accroissement excessif j si ce fait, admis par plusieurs auteurs, u’est pas certain , pour ce qui concerne le tissu
4'^> COURS DE PHYSIOLOGIE. (iG)
générateur , tel que nous l’étudions maintenant , c’est-à-dire, dans son état celluleux (i), on ne poui’rait le révoquer en doute , dès qu’il concernerait certaines modifications assez simples de cet élément, telles que les tissus du derme cutané et du derme muqueux. Nous aurons en effet occasion de voir , en nous occupant de ces tissus, que leur hypertrophie a été fréquemment constatée.
Le tissu cellulaire tombe dans une véritable atrophie chez les sujets émaciés et atteints d’une maladie qui altère profondément la nutrition. Dans ce cas , on trouve , en meme temps , qu’il est moins abreuvé de fluides. On conçoit très-bien que, chez les sujets dont nous parlons , et chez qui la plupart des élémens organiques sont dans un état d’appauvrissement, le tissu cellulaire se montre dans cet état, puisqu’il est la base d’organisation de tous les autres solides ; c’est essentiellement lui qui doit être le point de départ de leur atrophie.
Ce tissu est-il susceptible d’inflammation^ peutil en être lui-même le siège, ou bien cet état morbide (que nous étudierons à propos des actes de la vie ) appartient-il seulement au réseau des vais-
(i) On ne saurait nier cependant que , dans certaines loupes , telles surtout que les lipomes , le tissu cellulaire , dans lequel se de'pose la matière graisseuse , n’acquière une extension réelle, et ne présente un véritable état d’hypertrophie.
(i7) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 4 7
seaux capillaires et aux filets nerveux dont ceux-ci sont pourvus? Je crois que cette dernière opinion, sans être parfaitementde'niontrée, est cependantla plus rationelle, car il est ex4.rêmement peu p roLable que le tissu cellulaire, privé , comme nous l’avons vu, de sensibilité, et ne jouissant que d’une contractilité faible , et à laquelle on- peut contester encore d’appartenir à la vie, soit le siégé d’une maladie aussi éminemment vitale que l’est l’in^ flammation. N’est-il pas plus vraisemblable que cette maladie appartient au système vasculaire , qu’anime une très-grande quantité de nerfs? Au reste, nous ne discuterons pas plus long-temps cette question, qui ne pourra l’être d’une manière un peu complète, et avec fruit, que lorsque nous aurons recueilli , dans la suite de ce cours, tous les élémens nécessaires pour cela.
Maintenant, nous avons à parler d’un autre phénomène , fort important à connaître en pathologie, savoir , de la cicatrisation et de l’adhérence des parties organiques par suite de leur inflammation.
C’est un fait bien reconnu , que toutes les fois qu’il y a solution de continuité dans une partie quelconque de l’organisme , cette solution porte nécessairement sur le tissu cellulaire, qui lui sert de base , comme sur tous les autres tissus qui entrent dans sa composition. Par suite de l’irritation