‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource]Chapitre 1 sur 45 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

Sommaire. La science ge'ne'rale des animaux se divise en six branches distinctes, bien qu’intimement liées. — Objet de chacune d’elles. — Les deux premières composent la partie statique de la zoologie , et ont été traite'es les anne'es pre'ce'dentes ; les quatre autres composent sa partie dynamique; c’est la première d’entre elles, ce qu’on nomme la physiologie, qui sera l’objet de ce cours. — Pris dans son sens étymologique , le terme de physiologie désigne l’ensemble de la philosophie naturelle. — Digression sur les acceptions variées qu’on a données au mot nature , et sur celles qu’il peut avoir dans notre philosophie chrétienne. — Il est évident que le mot physiologie ne doit pas être conservé pour la science de la vie. — Il vaut mieux lui substituer comme les Allemands celui de biologie , et pour spécifier la vie des animaux , celui de zoobiologie. — Définition de la zoohiologie. — Cette science est de la plus haute importance. — Elle sert de base à la médecine , qui reste empirique tant qu’elle ne s’appuie pas sur elle. — Elle doit être aussi le fondement de la véritable philosophie ; autrement , le philosophe s’égare dans la métaphysique. — La zoohiologie est absolument nécessaire pour l’art de régir les animaux, pour celui de les perfectionner , et pour le gouvernement des sociétés humaines , comme le TOME I. I

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prouve déjà l’hygiène publique. — Mais son étude est aussi difficile qu’importante — Les connexions intimes de cette science , non-seulement avec les autres branches de la zoologie , mais encore avec le reste des sciences naturelles, montrent qu’il faut connaître les phénomènes généraux de la nature pour avoir l’explication de ceux de la vie en particulier.

Messieurs ,

Jusqu’ici , et depuis dix-huit ans que je suis chargé de professer dans cet étahlissement la zoologie, ou la science générale des animaux ^ je n’ai encore traité que des deux premières des parties dans lesquelles j’ai divisé cette science, dont l’importance et l’intérêt s’accroissent de jour en jour. Vous vous rappellerez, en effet, que pour être envisagée dans toute son étendue, ainsi que le permet l’état actuel de nos connaissances , la zoologie, considérée comme désignant la science complète des animaux, peut se diviser en six branches assez distinctes pour réclamer des dénominations, et même des collaborateurs particuliers, mais qui , réagissant toutefois les unes sur les autres , s’éclairent réciproquement et forment bien évidemment un même tout. L’ordre dans lequel je les range, et qui exprime leur complication progressive, est le suivant :

i° La zootaxie , ou zooclassie } qui, envisageant la forme générale des animaux ou des assem-

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Liages d’organes qui les constituent, s’occupedeles reconnaître d’après ce qu'on nomme des caractères , de les nommer; et surtout de les distribuer dans un ordre tel , que la forme , traduisant l’ensemble de l’organisation , il en résulte que la place d’un animal dans la série indique d’une manière presque rigoureuse le degré de complication. Cette partie de la zoologie montre donc l’harmonie de la forme extérieure de l’animal avec son organisation.

2° La zootomie , ou dissection des animaux , qui étudie comparativement la structure, la forme, la position , les rapports des organes et des appareils qui les composent, soit quelle les considère groupés dans un animal en particulier , ce qui constitue l’anatomie spéciale, soit que s’occupant de considérations plus élevées , et par conséquent plus générales , elle envisage chacun de ces organes et même de ces appareils dans la série des êtres , les suive , les analyse dans les différens degrés d’accroissement ou de décroissement par lesquels ils passent, dans leur corrélation plus ou moins nécessaire , ce qui constitue l’anatomie comparée.

3° La zoobiologie , qui embrasse l’étude des diverses actions intérieures des organismes , par suite de l’influence exercée sur eux par le monde extérieur, tant les actes de chaque organe, consi-

itérés isolément, que la liaison des actes de tous les organes, et leur réaction mutuelle , ce qui constitue la vie des animaux. Cette troisième branche de la zoologie a été improprement désignée sous le nom de physiologie j je lui ai donné celui de zoobiologie , ou simplement de zoobiej on pourrait aussi la nommer zoonomie, comme Darwin la fait depuis assez long-temps.

4° La zooélhique qui étudie les actes extérieurs ou évidens que ces animaux, ces assemblages d'organes réagissant les uns sur les autres , et qui sont pour nous en état de mouvement vital, exercent sur le reste de l’univers.

L’histoire de ces actes nous fait connaître les mœurs , les habitudes , les usages des êtres animés : c’est l’histoire naturelle proprement dite ; je l’avais appelée d’abord zoophysiologie, mais je préfère la désigner par le nom de zooéthique .

5° La zooiatrologie, ou mieux zooiatrie , qui, partant de la connaissance de l’organisation , de celle des conditions d’existence, et de celle du mode de vie des animaux en général, ou d’un certain nombre d’espèces seulement , étudie les altérations qu’éprouvent les organes, et par suite leurs fonctions, remonte aux circonstances qui ont déterminé ces altérations , et s’aide de la connaissance des modifications , que le régime et certains moyens extraordinaires font éprouver à l’organis-

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me, pour chercher, par le secours de ces moyens dits thérapeutiques , à diminuer ou à faire disparaître le désordre, et à ramener l'économie dans son état normal, ou, en d’autres termes, à la santé.

Cette partie de la science des animaux est , comme vous le voyez , la médecine dans son acception la plus générale.

6° Enfin , la zoonomique, qui a pour objet l’art de gouverner, de diriger les animaux selon leur nature et selon les circonstances particulières où ils sont appelés à vivre, qui s’occupe de leur éducation, cherche à augmenter leurs bonnes qualités, à diminuer leurs défauts, en un mot à les perfectionner sous tous les rapports; toujours, comme on le sent bien , en vue de l’utilité plus ou moins immédiate que l’homme peut en retirer. Cette science, que j’appelle zoonomologie , ou mieux zoonomique , s’appuie , comme la précédente , sur une connaissance positive de l’organisation , des conditions d’existence, et dvi mode de vie des animaux, et sur celle des modifications dont ce dernier est susceptible; les principes, les règles delà science ou de l’art du gouvernement , qui s’appliquent à l’homme ou aux animaux , doivent être déduits, en conséquence, de l’observation rigoureuse des faits que fournissent les autres parties de la zoologie, dont celle-ci est la plus élevée comme

la plus compliquée, et, dans certains cas, la plus difficile.

Dans les deux premières parties , les seules dont j’aie traité jusqu’à présent, je ne vous ai présenté les animaux , comme vous le sentez très-bien, que sous le rapport le plus simple, le plus facile à étudier, sous celui que je nomme le l'apport statique j je ne vous les ai point encore montrés sous le rapport dynamique , qui est exclusivement l’objet des quatre dernières branches de la science des animaux. Je vous rappellerai néanmoins que dans les notions préliminaires dont j’ai fait précéder la zootaxie et la zootomie, j’ai dû vous faire connaître à peu près la marche que je suivrais dans les autres parties. C’est ainsi que dans mon anatomie vous avez pu souvent reconnaître , avec assez de facilité , mes principes de physiologie; de même que dans la zootaxie, j’ai été plus fréquemment encore dans le cas d’entrer sur le domaine de l’histoire naturelle; tant il est vrai , comme je l’ai déjà dit , que les cinq branches de la science des animaux ont les rapports les plus intimes , et s’éclairent mutuellement. Toutefois, il m’est arrivé, en traitant surtout de l’anatomie, de ne pas suivre un ordre rigoureusement conforme à celui que j’ai adopté pour la physiologie ; cela tient à ce que l’exposition méthodique de toute science d’observation

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entraîne toujours, comme vous le savez parfaitement , quelque chose d’artificiel ; et à ce que , dans ce cas particulier , mon anatomie a été fondée sur l’étude de l’animal adulte, pris pour type, et surtout sur celle de l’homme , d’après le principe qui ordonne d’aller du plus connu au moins connu. J’ai fait ainsi une sorte de topographie de l’organisme, et ce n’est que transitoirement qu’il a été question d’organisation proprement dite, ou d’organisation intime ; or, je devais choisir un mode d’exposition propre à vous donner cette topographie d’une manière aussi complète que possible dans un nombre de leçons assez limité^ un ordre qui mepermîtde vous enseigner et devous faire retenir leplus de choses dans le moins de temps possible ; et cet ordre, bien que dominé par la physiologie, devait néanmoins, par la raison que je viens de donner, présenter quelque chose d’artificiel dans plusieurs points. J’en dirai autant à l’égard delà zootaxie: bien qu’en général la disposition méthodique des animaux, telle que je l’ai établie, soit subordonnée à la connaissance de leur organisation, traduite par la forme extérieure , et quelle soit partant , le plus conforme que possible à l’ordre d’accroissement et de décroissement de l’organisme , il m’est arrivé néanmoins d’être quelquefois obligé d’avoir moins égard à ce que réclamait l’anatomie, pour ne pas m’écarter du but que j’avais en vue.

Y ous ne serez donc pas surpris , Messieurs , si les autres parties de notre cours de pliysiologie vous offrent quelques différences dans l’ordre d’exposition des phénomènes.

De même que nous avons cru devoir traiter séparément des deux premières branches de la zoologie , ou si l’on veut, des deux divisions de sa partie statique , malgré l’intime connexion qui les unit; de même aussi, nous isolerons, pour vous les faire connaître, les quatre branches qui composent la partie dynamique de cette science , bien quelles forment également un tout. Mais aussi, de même que l’anatomie nous a souvent fourni des hases pour notre méthode zootaxique , de même nous n’isolerons pas tellement les diverses parties de la dynamique animale que nous négligions de les éclairer les unes par les autres , et de mettre par là en évidence leur réaction réciproque ; ainsi il nous arrivera de nous appuyer , dans l’analyse et dans l’explication des phénomènes, sur des faits d’histoire naturelle , de pathologie , et même de zoonomique, lorsque l’occasion s’en présentera.

Cette année nous ne parlerons que de la première branche dynamique^ de celle qu’on nomme vulgairement la physiologie, nous réservant de traiter successivement clans autant de cours spéciaux, de celles d’entre les trois autres qui peuvent être professées dans cet établissement ; car il est digne de

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remarquer que les sciences naturelles ont été si singulièrement morcelées dans les établissemens où on les enseigne, que le Collège de France , dont l’histoire très-remarquable , représente si bien les progrès de l’esprit humain, est seul londé sur une hase assez large pour permettre le développement d’un cours de zoologie d’après le plan que j’ai proposé.

Mais avant d’entrer plus immédiatement en matière, j’éprouve le besoin de vous prémunir contre l’impression que vous pourrez éprouver dans le cours de ces leçons , en m’entendant donner comme le résultat de mes propres travaux et de mes réflexions , certains faits ou certaines explications des phénomènes que vous auriez déjà entendus dans d’autres cours , ou que vous auriez trouves dans des ouvrages publiés depuis quelques années. Les personnes qui me font l’honneur de m’écouter pour la première fois peuvent apprendre de celles qui ont déjà assisté à mes leçons, et cela depuis vingt ans que je suis entré dans la carrière de renseignement, que jamais je n’ai manque d’exposer sans restriction à mes auditeurs ce que je venais d’apprendre par des recherches spéciales , dont je n’ai même souvent publié le résultat que de cette manière. Elles pourront s’assurer que ma manière de voir dans les différentes parties de la zoologie, c’est-à-dire, en zooclassie, en zootomie

spéciale ou comparée, en physiologie et même en pathologie et en philosophie, a été souvent développée, soit dans cet établissement, soitdansceux du Jardin du Roi, du Collège de France, de l’Athénée , où j’ai professé successivement. Je puis , en effet , citer à l’appui de ceci les cahiers rédigés de mon cours d’anatomie physiologique qui circulentdepuis long-temps dans les rnainsdes élèves, et même dans celles de plusieurs professeurs qui ont pu y remarquer les résultats qui convenaient à leur manière de voir. Ne croyez cependant pas que je réclame ceux-ci comme miens , puisque je professe depuis long-temps le principe que certaines découvertes et certaines théories ou manières de voir dans une science ne sont pas autant individuelles qu’on le croit , dépendent du degré de maturité de la science , et peuvent surgir à la fois chez plusieurs des collaborateurs qui s’en occupent. Je ne réclame même pas la priorité comme je pourrais certainement le faire dans un assez grand nombre de cas, mais je me défends seulement contre toute accusation de plagiat qui répugne tout-à-fait à mon caractère.

Je dois aussi vous avertir qu’en vous exposant un système général de zoohiologie , je discuterai peu , et que surtout je m’occuperai encore moins de l’analyse historique des différentes opinions qui ont été émises sur les points les plus importans

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de la science , d’abord parce que cela nous prendrait beaucoup de temps, et nous en avons peu à perdre, si nous voulons terminer notre cours cette année , ensuite parce que ce n’est jamais dans des leçons orales que des discussions peuvent être développées d’une manière convenable.

Enfin ma dernière observation préliminaire est que je serai nécessairement entraîné quelquefois à faire des excursions dans d’autres parties de la biologie , comme dans la phytobie(i) , lorsque j’aurai besoin de prendre un point d’appui plus solide , et à l’abri de toute contestation.

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