‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource]Chapitre 2 sur 45 · DE LA PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

DE LA PHYSIOLOGIE

D’après la rigoureuse acception du mot , la physiologie est la science de la nature , c’est-àdire , la science qui s’occupe d’analyser les phénomènes qui se passent dans toutes les parties de l’univers que peuvent atteindre nos sens dirigés par notre intelligence ; la science qui étudie leurs rapports^ et qui, remontant parla généralisation des faits aux lois qui les régissent, ou selon le langage ordinaire, des effets à des causes de plus en plus générales, s’arrête, ou doit au moins s’arrêter à l’essence des choses , terme que l’esprit humain ne peut dépasser.

(i) Voyez la note p. 18.

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Cette science si vaste , qui n’a peut-être encore été comprise clans son ensemble que par un seul homme , Aristote, et cela parce que les faits recueillis jusqu’à lui et par lui étaient encore peu nombreux, ce qui n’estplus le cas de nos jours (i); cette science, dis- je, a été créée, ainsique le mot qui la désigne , par les philosophes grecs. On remarque en effet , que le mot nature (<pu mq) ne se trouve employé dans aucune partie de nos livres sacrés, livres les plus anciens que nous connaissions. Les Juifs ayant admis un Dieu^ un Etre créateur et gouverneur de toutes choses , ne pouvaient en effet en avoir besoin. Mais il n’en était pas de même pour les philosophes grecs , qui envisagèrent différemment les hautes questions de la philosophie. Les solutions qu’ils en donnèrent revenaient en dernière analyse à deux : d’après l’une la matière et le monde avaient été créés , d’après l’autre ils avaient existé de toute éternité. Le mot nature doit sa création à cette dernière solution, et servit néanmoins à exprimer plusieurs idées différentes. 11 désignait pour beaucoup de phdosopb.es grecs une sorte de divinité qui régissait et dirigeait toutes les choses cl ici-bas. G était un Etre intelligent qui ne faisait rien en vain ,

(i) Aussi est il à peu près, pour ne pas dire tout-à-fait , impossible qu’une seule tète fasse, pour notre siècle, le liavail encyclopédique qu’Aristote a fait pour le sien.

INTRODUCTION

qui agissait par les plus courts moyens, qui ne les excédait jamais, et faisait tout pour le mieux; Etre éminemment conservateur de tous les autres , qui les guérissait en cas de maladie , maintenait l’ordre de l’univers, et avait horreur du vide.

C’est l’école d’Hippocrate qui paraît avoir imaginé cet être qui est Lien évidemment une pure entité. On conçoit que l’observation de quelques phénomènes morbides ait pu les conduire à cette création. Ainsi, ne pouvant se rendre compte des crises qui surviennent fréquemment dans les maladies aiguës dont le traitement n’a pas été perturbateur , et ne voulant pas néanmoins les attribuer au hasard , ils imaginèrent le mot nature, qui s’étendit bientôt à l’ensemble de l’univers , au monde sensible, et meme à son Créateur.

Mais c’est surtout dans les écrits d’Aristote que ce mot acquit le sens le plus étendu ; voici sa définition , la première qui ait été donnée de la nature : nalura principium et causa mollis et c/uietis ejus , in quo inest primo per se , et non secundiun acciclens (Arist. , Physiq . , chap. 2 , liv. 5).

Malgré cette extension donnée au mot nature , on lui trouve, dans les ouvrages du même philosophe , six acceptions différentes ; et ce qu’il y a de remarquable , c’est que ces acceptions se multiplièrent peu à peu à tel point que, chez les Latins, on en comptait plus de quatorze, comme

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Boy le en lait l’observation , dans son excellente Dissertation sur les diverses acceptions du mot nature.

Le mot grec cpCaiq que les Latins ont traduit, avec juste raison, par natura (de nascere ) , a comme celui-ci , pour racine, un mot ( ç>vco ) qui signifie naître; en sorte qu’on a d’abord dû entendre par nature ce qu’un être tient de sa naissance , par opposition à ce qu’il peut avoir acquis par l’art.

Ainsi l’acier acquiert , par certains procédés artificiels, la propriété d’attirer le fer qu’il n’avait pas primitivement, et passe de l’état d’acier ordinaire à celui d’acier aimanté ; de même le diamant brut diffère du diamant travaillé par la roue du lapidaire, et n’a presque rien des qualités brillantes qu’il doit aux procédés de l’art.

Ainsi l’homme , à une certaine époque de la société , naît noble ou roturier, patricien ou plébéien, différence qui n’existe pas à une autre époque de l’ordre social , et qui résulte d’une pure convention. L’homme acquiert encore par un exercice dirigé avec art , la faculté de nager qu’il n’avait pas auparavant; il échange souvent le tempérament faible qu’il avait en naissant, contre un tempérament robuste.

On a aussi quelquefois distingué les corps en naturels et artificiels, suivant qu’ils ont été pro-

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duits dans des circonstances où la main de l’homme n’est pour rien, ou Lien dans nos laboratoires, dans des circonstances déterminées par la volonté.

Mais bientôt , n’étant plus borné à la distinction des qualités ou propriétés spontanées ou acquises, non plus qu’au mode de formation, Je mot nature ï ut entendu de l’ensemble des qualités ou des facultés , des attributs qui constituent un être ce qu’il est par comparaison avec les autres; il devint alors synonyme d’essence ou de ce que les scolastiques nomment leur cjuicldilé. Ainsi il est dans la nature de l’bomme d’être humain, d’être sociable, d’être raisonnable, de même qu’il est dans celle du fer d’être dur, malléable , de se fondre à tel degré de température. Mais alors ce terme fut étendu non-seulement à des êtres qui sont susceptibles de naître, comme les corps organiques, mais même à ceux qui ne sont pas dans ce cas , comme les corps bruts ou inorganiques; bien plus , il fut nécessairement étendu non-seulement aux créations de notre esprit , comme à des raisonnemens , à des qualités générales , à de véritables entités , mais encore à Dieu, à l’être créateur ; en effet, on dit aussi bien la nature de Dieu que celle d’une matière, d’un raisonnement , d’une abstraction , d’un triangle , etc.

En marchant ainsi d’abstractions en abstrac-

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tions, et surtout en nous élevant de plus en plus , nous sommes arrivés à concevoir les qualités ou les propriétés communes à tous les corps celles que nous désignons sous le nom de propriétés générales de la matière ; et alors le mot nature n’a plus signifié ces qualités , mais l’ensemble des êtres eux-mêmes qui les possèdent. De là son extension à l’universalité de ces êtres; de là la substitution qui a pu être faite de ce mot à celui d’univers, de monde , de création. C’est dans ce sens que nous l’employons quand nous disons que les êtres fantastiques , tels que la chimère , le sphinx, etc., ne sont pas dans la nature.

Lorsque, examinant les phénomènes nombreux que présentent les êtres qui composent l’univers, on s’est aperçu qu’ils étaient , les uns à l’égard des autres , dans des rapports constans, ou dont les variations se renfermaient dans des limites appréciables , on a appliqué à ces rapports le nom de lois : et comme ils se reproduisaient dans l’ensemble des êtres qu’on nommait collectivement la nature , les lois observées dans l économie de la nature ont été appelées les lois de la nature.

Mais on ne se borna pas à ne voir dans celleci que l’ensemble des êtres , on personnifia cet ensemble^, et l’on en fit un être distinct, qui comprenait tous les autres , réglait leurs rapports , en dirigeait les lois. La nature prit alors la place de

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Dieu, du Créateur; ce fut la naturel naturans des scolastiques ; ou lui assigna tous les attributs qui avaient été nécessairement reconnus au maître de l’univers , et on parla de la sagesse, de la bonté delà nature. C’est ainsi qu’est né \ç*panthéisme , sy stème d’après lequel Dieu est non - seulement dans la nature, mais est la nature elle-même , ou l’ensemble de tout ce qui est..

Cette manière de voir était logique chez les philosophes grecs de l’école d’Àristote , qui admettaient non-seulement l’éternité de la matière, mais aussi celle du monde ; elle est au contraire incompatible avec la philosophie chrétienne, et l’on s’étonne de la voir professée par des hommes pieux qui admettent, d’un autre côté, un Dieu créateur de la matière et du monde, auteur de tous les accidens qui s’observent dans celui-ci , et des lois qui régissent les corps dans leurs relations réciproques. Le mot nature devient évidemment une véritable entité, une création ontologique qui n’a pas plus de réalité que le principe vital , que l’archée de Yan Helmont, autres entités qu’on a supposées chez les animaux, et qui devaient présider aux phénomènes de la vie, les régler et les diriger. Ce mot nature ne peut donc être employé que pour désigner l’ensemble des elres existans, pour 1 univers (terme beaucoup meilleur, puisque l’étymologie emporte sa défi—

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