PREMIÈRE SECTION
Oes élémens gazeux qui entrent dans la composition des corps organisés.
Je vous ferai d’abord observer qu’il ne faut pas confondre avec ces élémens les fluides aériformes qui s’exhalent des surfaces cutanée et musqueuse de l’animal , en un mot } des tégumens , puisque ce sont de véritables produits, qui proviennent, soit de l’action de la peau sur le milieu ambiant, soit des substances memes que vous mettez en contact avec elle. C’est ce que je vous montrerai lorsque nous nous occuperons de l’origine des produits, et de quelques autres questions agitées dans ces derniers temps par les physiologistes.
L’analyse des élémens gazeux de l’organisme n’est pas aussi aisée qu’on pourrait le croire. Toutefois leur existence est certaine, et c’est à tort qu’on l’a niée. Vous pouvez vous en convaincre en plaçant un animal vivant ouvert dans de 1 eau, et sous la cloche d’une pompe pneumatique; vous verrez alors, après avoir fait le vide, s’échapper une certaine quantité de bullesde fluide aériforme; il en est demême pour la plupart des liquides de l'économie , qui présentent un phénomène analogue quand on les met dans le vide.
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Le corps de l’homme plongé dans un bain’, mais seulement exposé à la lumière solaire, se couvre, comme l’a observe M. le docteur Gaspard, d’un très-grand nombre de bulles aériformes à peu près comme le font les feuilles des végétaux dans la meme circonstance. Il resterait à savoir si le fluide élastique qu’on observe dans ce cas ne résulte pas de la décomposition de quelque matière peu fixe, ou bien, s’il existe réellement à l’état aériforme dans les interstices moléculaires des élémens solides du tissu de l’animal.
On sait depuis long-temps que la vessie natatoire des poissons , même chez les espèces où elle n’a certainement aucune communication avec le canal intestinal , contient une grande quantité de gaz.
On connaît , en outre , un assez grand nombre défaits pathologiques qui démontrent l’existence d’un fluide gazeux dans l’intérieur de l’organisation ; et toutes les personnes qui ont été dans le cas de disséquer des tortues, ont pu observer la présence d’une quantité notable d’air dans les veines de ces animaux ; circonstance qui , pour le dire en passant, est d’autant plus remarquable que chez l’homme et les mammifères , l’existence d’un peu d’air dans les veines suffit pour déterminer l’apoplexie, ou tout au moins pour produire un trouble marqué dans la circulation et
dans la respiration. On sait encore que lorsqu’on enlève rapidement à un animal une très-grande quantité de sang , on trouve dans ses artères de l’air , qui s’y introduit pour remplir le vide laissé par le sang, vide que ne comblent pas alors les parois artérielles, parce quelles ne reviennent pas assez promptement sur elles-mêmes. Quelques animaux , et surtout les bœufs, sont sujets à un emphysème cellulaire spontané : on en cite même des exemples observés clans Fliomme. Ceci prouve évidemment que nos tissus sont imprégnés d’air comme tous les corps qui couvrent la surface de la terre.
Nous n’entendons parler ici que des élémens gazeux qui entrent dans la composition de l’organisme, qui se trouvent dans son tissu ou mieux dans les mailles qu’il forme, et qui par conséquent ont cela de particulier , qu’ils doivent être distribués à peu près également dans toutes les parties du corps.
Quoique dans ce genre d’élémens les caractères physiques soient confondus avec les caractères anatomiques , que nous ne pourrons trouver que dans les élémens solides, et quoique la distance qui sépare leurs particules ne permette pas de les apercevoir autrement que par certains procédés , il faut cependant soigneusement distinguer les véritables élémens gazeux, qui sont cor-
taincmenl des corps dans un état particulier , de ce qu’on a désigne' sous la dénomination toutà-fait irrationnelle, de corps impondérables. En effet , ces prétendus fluides impondérables , le calorique, l’électricité, le magnétisme, ne sont pour nous que des inouvemens, que des phénomènes, qni , pour être analysés ou expliqués, ont besoin d’être conçus comme des êtres réels , comme des corps, tandis que ce ne sont véritablement que des abstractions. Aussi 11e les admettons-nous pas comme élémens de l’organisation.
A plus forte raison devrons-nous rejeter comme tels les prétendus fluides nerveux et vital , qui ne sont pas même des phénomènes , mais de simples entités dont on s’est servi encore dans ces derniers temps, pour expliquer tous les faits physiologiques, ou du moins certains d’entre eux, alors même qu’il n’y avait pas besoin de cette création pour y parvenir. Le fluide nerveux 11e doit donc être pour nous qu’un moyen de généraliser un grand nombre de phénomènes. C’est au reste une question sur laquelle nous reviendrons nécessairement lorsque nous aurons pris dans les faits eux- mêmes tous les élémens qui nous sont nécessaires pour la traiter complètement. En attendant, nous ne tiendrons compte, comme élémens de l’organisme , que des corps qui peuvent être saisis , mesurés et analysés.
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L’exislencedes élémens gazeux dans l’organisme animal, a été si généralement admise , quoique d’une manière peut-être assez légère, pour certains d’entr’eux, que plusieurs personnes ont cru devoir rapporter ces élémens à urio fonction particulière, à laquelle ils ont donné le nom de gazéification vitale, en la distinguant nettement de la perspiration gazeuse, admise de tous temps, et qu’ils regardent comme tout autre chose; c’est ce qu’ont fait Frank, et surtout dans ces derniers temps M. Gaspard dans une thèse sur ce sujet. Us comparent même la gazéification à la fonction de l’exhalation de la sueur , et à celle de la sérosité.
plusieurs auteurs, tels que Girtanner, Àsselini; Vidai ont été encore plus loin, puisqu’ils ont reconnu une circulation des fluides aéri formes , d’où ils ont été conduits à admettre un appareil circulatoire pour ces fluides , ou des vaisseaux aérifères; et cependant, ces mêmes auteurs ont confondu les véritables élémens gazeux intertextulaires, avec les produits aériformes de la surface du corps, et quelquefois même avec ceux qui proviennent d’une certaine altération des substances mises en contact avec celle-ci , comme cela se voit dans la digestion.
La gazéification vitale est donc pour nous une fonction purement hypothétique , et même souvent complètement inutile, qui, sans expliquer le
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phénomène , le suppose dans un assez grand nombre de cas.
Quoi qu’il en soit, sans rechercher encore la cause de la production des élëmens aériformes dans l’organisme , nous remarquerons que les principes gazeux que l’on admet comme pouvant se trouver dans les corps organisés sont : l’oxigène , l’azote , l’hydrogène , l’air atmosphérique , l’hjdrogène sulfuré, l’hydrogène carboné , et l’acide carbonique ; ajoutez-y quelques fluides provenant de nos diverses humeurs , et qui entrent , dit-on , pendant quelque temps à l’état de vapeurs dans la composition du corps, tels que la vapeur du sang , la vapeur séreuse , la vapeur séminale, la vapeur urineuse , et celles des substances que l’absorption fait pénétrer dans nos tissus , d’où elles sont exhalées , après y avoir séjourné pendant un temps plus ou moins considérable.
De quelque manière que nous envisagionsles élémens gazeux de l’organisme , nous aurons toujours à nous demander si tous ou quelques-uns d’entre eux ne sont pas le résultat de la décomposition des éléinens liquides ou plus ou moins solides de ce même organisme ; il est Lien difficile , comme vous le sentez parfaitement , de répondre à cette question. Quelques expériences portent néanmoins à croire que plusieurs sufstances aériformes peuvent imprégner nos tissus, comme l’oxi-
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gène , l’air atmosphérique imprègnent certains corps , comme , par exemple , beaucoup de gaz imprègnentle charbon qu’on met en rapport avec eux. Les corps organisés sont dans le meme cas que ce dernier ; c’est à tort en effet qu’on regarde l’organisme comme dans une sorte d’opposition à 1 ’égard des circonstances extérieures, car il est certain qu’il absorbe beaucoup de gaz et des substances vaporisées, qui parfois sont pour lui plus ou moins alibiles, ou plus ou moins nuisibles.
Il y aurait , vous le voyez , une distinction à établir entre les élémens gazeux qu’on rencontre dans l’économie vivante ; on pourrait les diviser en extérieurs et en intérieurs : dans la première catégorie se trouveraient ceux qui viennent de dehors ; dans la seconde , ceux qui sont le résultat de la décomposition des liquides et des solides. Mais cette division n’ est pas praticable dans l’état actuel de la science ; nous nous bornerons donc à passer en revue les divers gaz que nous avons énumérés tout à l’heure , et à vous citer le petit nombre de faits qui établissent leur existence à l’état libre dans l’intérieur des tissus animaux. Nous parlerons d’abprd des gaz simples , et ensuite de ceux qui sont composés.