PREMIÈRE PARTIE
Des modifications de composition et de texture qu’offre la matière dans l’intimité des organes qui constituent les corps vivans.
L’importance de l’étude préliminaire qui va nous occuper doit nécessairement vous avoir été déjà démontrée par ce que j’ai eu l’honneur de vous dire sur la difficulté que présente celle des phénomènes vitaux. En effet, plus vous réfléchirez sur les fonctions des organismes, plus vous sen-
tirez la nécessité de posséder à leur égard tous les documens , toutes les notions qu’il nous est donné de recueillir sur les élémens d’un grand nombre d’entre elles. Sans cela, il y a pour vous impossibilité de les concevoir, à moins que vous ne vouliez vous contenter de rapporter la digestion à une faculté digestive, la nutrition à une faculté assimilatrice , et ainsi des autres actes vitaux, moyen tout-à-fait mauvais d’expliquer ces actes , et qui appartient à ces créations de notre esprit, dont il ne faut user qu’avec une extrême réserve. Quelle idée une explication de ce genre vous donnerat-elle delà nutrition? Certainement aucune. Si, en échange , vous avez recours aux notions que nous possédons sur la composition intime des organes, vous verrez que la nutrition ne pourra être parfaitement conçue qu’en l’envisageant comme une sorte de combinaison chimique; car, ainsi que je tâcherai de vous le démontrer plus tard, un tissu quelconque étant mis en rapport avec un fluide dans lequel se trouvent les élémens de sa composition, attirera ceux-ci à lui , de manière à s’en emparer , à se combiner avec eux, et se les assimilera par une action tout-à-fait semblable à celles que nous connaissons sous le nom d’actions chimiques.
L’absorption et l’exhalation, fonctions en connexion immédiate avec la nutrition , ne pour-
ront s’expliquer également pour nous qu’à l’aide des notions préliminaires qui vont nous occuper. En effet, deux circonstances doivent surtout attirer ici notre attention: d’une part, la texture ou le mode d’assemblage des élémens anatomiques du tissu , et d’autre part , le rapport qui existe entre l’état hygrométrique de l’être vivant , et les corps qui l’entourent, rapport que sa tendance à l’équilibre rend bien important à connaître, puisque si vous placez un être doué de vie dans un lieu parfaitement sec , vous le dessécherez par une exhalation excessive , et vous aurez le même phénomène que vous observez dans certaines maladies, où une perte considérable de liquide (celle de l’urine dans le diabètes^ de la mucosité dans certaines plithisies dites muqueuses, et dans certaines diarrhées , celle de la sueur dans les transpirations dites colliquatives, etc.,) amène unedisproportion telle ^ entre les quantités relatives des fluides et des solides nécessaires pour la santé et pour la vie , que le malade dépérit , et qu’il succombe même , au hout d’un certain temps.
Quant à la texture , sur laquelle j’ai aussi appelé votre attention , elle est bien importante à étudier , au sujet des deux fonctions dont il s’agit; car si elle est trop serrée , les fluides ne pourront pénétrer dans l’intimité des tissus; ils 11e pourront être , en d’autres termes?, ni absorbés ,
(5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. Io3 ni exhalés; un certain degré de laxité est donc ici une des conditions de lliygrométricilé des solides vivans. Placez du tissu cellulaire dans un vase rempli de liquide, vous verrez celui-ci pénétrer dans ses lacunes , s’élever dans sa masse , et Laisser proportionnellement dans le vase, jusqu’à ce que l’hygrométricité de ce tissu soit saturée. Au reste, c’est ici un sujet que je traiterai plus tard avec détail; alors seulement, je pourrai vous faire connaître toutes les autres conditions de l’hygrométricité des tissus organiques , et vous parler des phénomènes d’endosmose et d’exosmose observés par M. Dutrochet , phénomènes qui tendent à nous expliquer le mouvement des fluides dans les solides organiques. Je n’ai voulu que vous faire remarquer, en ce moment , la nécessité pour l’absorption et l’exhalation, delà corrélation d’une certaine composition anatomique , avec un certain état physique, dont l’absence s’oppose à ce que ces actes aient lieu, comme cela se remarque dans les points où l’épiderme est très-épais. Vous voyez déjà .combien il importe d’analyser tous ces faits de texture et de composition moléculaire , ainsi que les modifications dont ils sont susceptibles , si nous voulons arriver à une explication plausible des fonctions dont nous devons parler plus tard. La circulation et la respiration nous fourniront encore de nouvelles preuves de
cette vérité. Nous verrons en effet , à l’égard de la première de ces fonctions , que la nature des tissus et le mouvement chimique d’où résultent la nutrition et les sécrétions , sont des élémens du mouvement des fluides dans les organismes , surtout lorsqu’on envisage ce mouvement dans ce qu’il est à son état de première simplicité , dans Fintimité du tissu lui-méme , et non dans l’appareil organique qui l’active et le régularise, à un certain degré de l’animalité. Je tâcherai de vous faire concevoir comment les fluides, par la fixité de leur première marche , se creusent eux-mêmes des canaux dans les tissus.
Quant à la respiration, dans laquelle on n’a guère vu jusqu’à présent que le mouvement respiratoire , c’est encoi'e véritablement une action chimique avec absorption et exhalation, qui a pour but de perfectionner le fluide nutritif, et qui a lieu , soit dans tous les points du tégument , soit dans une partie spéciale de cette membrane : si je ne craignais de donner trop d’étendue à ces réflexions, je pourrais vous faire entrevoir encore la possibilité de trouver dans l’étude du tissu musculaire , l’explication des phénomènes de contraction qu’il manifeste; mais j’en ai dit assez , je crois , pour vous faire sentir l’importance de l’étude des modifications que subit la matière qui compose les corps organisés, soit dans ses combi-
liaisons chimiques, soit dans sa texture ou sa disposition organique. C’est un genre de recherches qui a été cultivé avec beaucoup d’activité , et qui a reçu une grande extension, depuis la publication du bel ouvrage de Bicliat , sur ce que cet homme célèbre a nommé Yanalomie générale ( dénomination qu’il a opposée à celle d ’anatornie descriptive ); mais les travaux faits jusquici sur ce sujet n’ont pas fourni tous les résultats qu’on pouvait en attendre , et cela pour trois raisons : i° parce qu’on a souvent négligé la comparaison des degrés de développement de l’organisation animale , soit dans la série des êtres animés, soit aux divers âges d’un même animal; 2° parce que la chimie organique était trop peu avancée pour qu’on pût s’en servir réellement avec quelque succès ; 3° enfin parce qu’on craignait presque le blâme , pour ne pas dire le ridicule que les vitalistes avaient essayé de déverser sur l’emploi de l’analyse des causes physiques dans l’explication des phénomènes de la vie. Mais aujourd’hui que les progrès de la zoologie, telle que nous l’entendons , c’est-à-dire , comme embrassant l’histoire complète des animaux, accompagnent ceux de la science des phénomènes physiques , et des moyens d’analyse chimique, nous ne devons plus redouter ces accusations souvent passionnées, pour ne pas dire davantage, de ma-
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lérialisme, que l’on intente aux zoohiologistes , ([uand ils s’elForccnt d’expliquer ce qu’il y a d’explicable dans les phénomènes de la vie , par les lois générales de l’univers. En effet, le travail que nous faisons est peut-être le moyen le plus certain de reconnaître et de démontrer, que les phénomènes de l’intelligence sont d’une toute autre nature que les faits physiques , et que s’ils peuvent être analysés complètement dans leur marche , dans leur succession , dans leur degré d’intensité , et tout au plus dans leurs rapports avec le substratum corporel qui en est le siège , leur production , et leur mode de liaison avec ce substratum corporel , sont des problèmes inabordables pour l’esprit humain , qui ne peut évidemment se connaître dans son essence , non plus qu’un œil ne peut connaître sa structure et ses fonctions. Au reste , nous reviendrons sur ces questions , dans la dernière partie de notre cours.
L’étude textulaire et moléculaire de l’organisme appartenant évidemment à la branche anatomique de la science des animaux , vous vous étonnez peut-être de ce que je l'ai séparée de la partie statique de la zoologie , et de ce que je n’ai pas imité plusieurs auteurs qui traitent de l’anatomie générale à propos de l’anatomie topographique ou descriptive ; mais j’ai cru devoir
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déroger à cet ordre, persuadé qu’il serait plus utile de vous faire l’histoire de la composition intime des organes, au moment, où ayant à vous parler de leurs phénomènes dynamiques , ou de leurs fonctions , j’aurais besoin pour l’explication de celles-ci de recourir à toutes les connaissances que nous possédons sur cette composition. Àu reste, je n’ai fait que suivre l’exemple de l’un de nos plus grands maîtres , de Bichat, qui s’est abstenu dans son traité d’anatomie descriptive, de toute considération sur l’état intime des tissus vivans , et qui a consacré à ce sujet un ouvrage spécial, son immortel traité d’anatomie générale, qui est sans contredit le plus beau fleuron de sa couronne. Les auteurs qui ont écrit sur la physiologie depuis Bicbat , n’ont pas eu le bonheur d’être animés du même esprit que lui ; ils ont pris l’habitude de faire précéder l’étude de chaque fonction d’une description plus ou moins étendue de l’appareil qui en est chargé , mais sans parler de la composition intérieure des organes , ce qui était pourtant le point essentiel.
JL’étude de cette composition ne doit pas seulement avoir pour objet l’état normal , il faut quelle comprenne aussi l’état pathologique; ce n’est qu’en agissant delà sorte, que nous arriverons a analyser les phénomènes d’une manière un
peu complète. Les chimistes ont bien suivi
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jusqu’à un certain point la marche que nous indiquons; ils ont étudié les organes dans l’état normal et dans l’état morbide ; mais, outre qu’ils n’ont qu’ébauclié ce travail, outre qu’ils n’ont pas procédé comparativement, mais qu’ils ont observé chacun de ces états isolément et sans établir de parallèle entre les résultats que leur fournissaient l’un et l’autre^ ils ont porté leur attention sur les organes j, et non sur les tissus, comme il eût fallu le faire, et comme Bichat l’a fait. Cette dernière tâche est sans doute beaucoup plus difficile que la précédente , et ne saurait guère être accomplie que par des anatomistes. Les chimistes , en effet , ont cru souvent avoir aDalysé des tissus simples quand ils avaient analysé des tissus composés, et ils ont été égarés quelquefois par certaines circonstances qui ne les eussent probablement pas induits en erreur , s’ils eussent été plus anatomistes. C’est ainsi que quelques auteurs ayant analysé l’iris dans l’intention de découvrir si cette membrane était de nature musculaire ou vasculaire , ont prononcé qu’elle se composait de fibres contractiles, en se fondant sur ce qu’ils y avaient trouvé de la fibrine : or, celle-ci provenait sans doute d’une certaine quantité de sang qui était restée dans le tissu caverneux de l’iris. Les anatomistes aussi ont plus étudié les organes malades que les tissus ; cependant il est vrai de dire que
(n) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. I OQ
Ja science a pris dans ces derniers temps un caractère très-physiologique. On trouve maintenant dans un assez grand nombre d’ouvrages , des observations pathologiques , non-seulement sur les organes, mais aussi sur les tissus qui les composent, et c’est là un progrès des plus importans, auquel nous devons des matériaux mieux élaborés pour établir une véritable physiologie, une physiologie positive.
D’après ce que j’ai eu l’honneur de vous dire , Messieurs, l’anatomie des élémens organiques peut être divisée en deux sections , l’une qui comprend l’analyse de ces élémens par les moyens chimiques, l’autre leur analyse mécanique. Je crois devoir arrêter ici un instant votre attention sur certains moyens qui servent pour l’une et l’autre de ces études. Parmi les moyens physiques il en est un, l’observation microscopique, dont on a certainement abusé depuis quelques années. Le microscope simple, mais surtout le microscope composé , sont des instrumens dont l’emploi demande les précautions les plus minutieuses , pour ne pas être exposé à donner comme des faits de pures illusions d’optique qui conduisent alors nécessairement à des erreurs grossières. On peut réellement regarder ce moyen d’investigation ; comme une sorte de moyen expérimental , qui a par conséquent besoin pour chaque expé-
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rience d’une institution préalable à son application. Il faut avoir analysé avec le plus grand soin toutes les circonstances du phénomène , celles des procédés auxquels on est obligé d’avoir recours pour rendre l’objetsusceptible d’être observé, elles rapports de ces procédés avec la constitution même de l’instrument aux différens degrés dégrossissement qu’il peut produire. Ilfaut aussi apporter le plus grand soin à se tenir en garde contre les circonstances extérieures les plus indifférentes en apparence.
Lorsqu’on cherche à analyser par ce moyen des corps trop petits , on se fait aisément illusion , surtout pour peu que l’imagination soit facile, et l’on voit partout des globules, dont on croit même pouvoir donner la dimension, comme l’ont fait dans ces derniers temps des micrograplies , qui ont voulu baser la physiologie sur les observations microscopiques. Mais il est hors de doute que l’emploi du moyendont je parle, lorsqu’il est porté trop loin , ou qu’il n’est pas appliqué à des circonstances convenables, conduit à des erreurs plus certaines que celles où peuvent nous entraîner une analyse et une induction bien maniées. Je ferai usage du microscope avec vous , et vous verrez, Messieurs, si ce que j’ai l’honneur de vous dire est exact. Je suis assuré que vous resterez convaincus comme moi qu’au-delà d’un certain degré de ténuité les corps ne présentent rien qui les
(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX, différencie à nos yeux. D’un autre côté, je pense qu’il ne faut pas négliger les moyens propres à aider notre vue dans l’etude des tissus ; il est nécessaire de recourir au secours d’une bonne loupe, car ce serait se tromper aussi beaucoup que de croire qu’on voit tout ce qui importe avec les yeux nus. Parmi les autres moyens dont les anatomistes disposent , il en est d’une véritable utilité, et qui sont très-propres à faire découvrir des différences entre les tissus; tel est l’emploi de l’alcool, de l’acétate de plomb, ou meme d’une eau plus ou moins acidulée ou alcaline.
J’ajouterai encore que, selonmoi, l’on n’apporte généralement pas assez de soin à la dissection proprement dite. On se borne en effet souvent à disséquer les objets à nu, sans verre grossissant , et souvent même sans instrumens convenablement déliés. J’ai véritablement été quelquefois étonné de voir la grossièreté des moyens que des personnes occupées d’anatomie avaient employés pour arriver aux résultats qu’elles avançaient. Ne négligez donc pas, lorsque vous voulez faire une anatomie délicate, de disséquer dans un fluide, souvent de densité différente , mais toujours bien transparent, quelquefois sur un fond opaque et même colorié en noir ou en bleu, d’autres fois au contraire sur un fond de verre transparent , qui permette a la lumière réfléchie par un miroir
métallique concave, d’éclairer l’objet en traversant le support.
Il est une espèce de moyens que M. Clievreul a recommandés comme propres à nous faire distinguer , dans beaucoup de cas , les élémens de l’organisme, je veux parler des moyens organoleptiques , qui consistent à mettre ces élémens en rapport avec les organes du. goût et de l’olfaction, et meme avec la peau , et à étudier les impressions qu’ils produisent sur eux : ces impressions varient assez, et sont souvent très-caractéristiques. On peut même encore y comprendre les effets produits sur l’organisme à l’intérieur ; mais il serait difficile de les ranger au nombre des moyens qui éclairent l’anatomie. Les moyens organoleptiques peuvent donc être utiles; mais il ne faut pas oublier que l’impression produite sur les organes en question étant souvent très-difficile à exprimer par des mots , et étant sujette à varier , non-seulement quant à son intensité, mais aussi quant à sa nature, selon les individus qui l’éprouvent, et les dispositions du même individu , il ne faut pas , au moins dans la plupart des cas , donner une valeur absolue aux caractères fournis par le goût et par l’odeur des substances qu’on étudie de la sorte.
Les moyens anatomiques et chimiques doivent être employés non-seulement à l’étude des élémens morts et normaux , ce à quoi on se borne
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généralement , mais encore à celle des tissus morts et anormaux , et à celle des tissus vivans : il faut les mettre en usage sur des élémens faisant encore partie d’un être actuellement en état de vie. Il serait aussi très-important , pour avoir des idées justes sur les tissus , sur leur composition , de porter son attention sur des parties empruntées à l’animal vivant ; car certains tissus , et entre autres les tissus cellulaire et nerveux, diffèrent fréquemment d’une manière notable, selon qu’ils sont étudiés sur des fragmens extraits d’un cadavre ou d’un être vivant. Lorsqu’on fait cette étude sur des organes morts , il faut absolument tenir compte du genre de la mort, lequel influe, sans aucune espèce de doute , sur les caractères cadavériques des élémens de l’organisation : ce sont là malheureusement des précautions indispensables pour qui veut travailler consciencieusement à la solution des questions difficiles de l’anatomie générale.
On doit aussi observer les tissus aux divers âges d’un animal. Ainsi étudiez le tissu cellulaire d’un enfant; suivez-le dans les époques principales de la vie; examinez-le au moment où un organe acquiert un grand développement , et ensuite lorsqu’il tend à disparaître; vous verrez ce tissu, qui n’est d’abord qu’une substance granuleuse, muqueuse, se condenser peu à peu , acquérir les caractères
Il/| COURS DE PHYSIOLOGIE. (16)
dun vrai tissu , et Ja disposition celluleuse que nous lui connaissons chez l’animal adulte. Nous le voyons à celte époque dans un état de turgescence vitale , qu’il perd avec les progrès de l’âge ; avec eux aussi il se dessèche , sa texture devient plus lamineuse , il s’affaisse de plus en plus, et s’atrophie. Observez encore ce tissu selon que l’individu jouit de toute sa santé, ou qu’il est malade; dans le premier cas , il est gorgé de fluides , bien soutenu ; dans le second , il est flasque et affaissé ; ce dernier état peut meme succéder subitement au premier, comme vous pourrez l’observer lorsqu’un individu rayonnant de santé et de bonheur , recevra tout a coup , en votre présence , une nouvelle propre à produire sur lui une impression vive et pénible. Ainsi, il sera bon d’étudier les tissus pendant la vie , chez des sujets bienportans, et chez des sujets malades. Qu’on se rappelle encore à cet égard les modifications remarquables qu’éprouve le tissu cellulaire dans les affections chroniques, dans ces maladies où la nutrition reçoit une atteinte si profonde.
L’étude des élémens de l’organisation ne sera complète que quand elle aura été faite aussi dans la série des êtres animés. C’est là surtout qu’on les voit varier , et qu’on peut discerner parmi leurs caractères ceux qui leur sont essentiels, de ceux qui ne leur appartiennent en quelque sorte qu’é-
(17) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. Il5
ventueUement, qui ne sont que des modifications des premiers , amenées par les progrès de l’anima- J j té. Voyez le tissu nerveux, le tissu musculaire : ils n’existent pas , ou du moins ne semblen t pas exister aux premiers degrés de 1 echelley plus haut , ils se montrent , mais bien différons encore de ce que nous les voyons dans les animaux supérieurs; et cependant l’animal a senti le monde extérieur , il s’est contracté avant que nous apercevions en lui des filets nerveux et des fibres contractiles ; c’est que les uns et les autres n’étant que des modifications de l’élément général de toute organisation , et non des organes absolument difrens de cet élément, 11e se montrent avec des caractères spéciaux , et n’apparaissent distinctement que lorsque ce dernier ne peut plus suffire aux relations progressivement plus nombreuses ou plus étendues des animaux avec le monde extérieur. Nous verrons encore dans les différences que présente le tissu générateur proprement dit , lorsqu’on l’examine dans toute la série animale, différences qui , pour le dire en. passant , correspondent à celles que nous remarquons chez un mammifère observé à ses divers âges ; nous verrons , dis-je , l’importance d’embrasser toute cette sérié pour letude des élémens de l’organisation.
C est en suivant la marche que je viens de tracer , en s’appuyant ainsi sur un grand nombre tome 1. n
lit) (;OURS UE PHYSIOLOGIE. (»8)
d’observations faites de diverses manières et dans des conditions variées; c’est en n’oubliant pas de tenir compte des influences que peuvent avoir beaucoup de circonstances sur les résultats obtenus , qu’on arrivera à recueillir sur les modifications que subit la matière dans la composition intime des corps vivans, des notions assez exactes pour espérer d’en déduire une explication des phénomènes dynamiques de ces mêmes corps.
Nous avons à parler maintenant de l’ordre dans lequel nous étudierons les élémens matériels qui entrent dans la composition des animaux. Cet ordre est , comme dans toutes les branches de la science , une chose importante pour faciliter l’emploi des moyens d’étude que nous possédons, et pour montrer les lacunes qu’il s’agit de remplir, afin que la zoobiologie puisse revêtir les caractères d’une science positive , d’une véritable science. Il y aura ; vous le verrez très-bien , un peu d’artifice dans cet ordre; je vous ai fait sentir que c’était toujours le cas , que c’était inévitable , puisque les classifications ont pour but de permettre l’enseignement de beaucoup de choses dans le moins de temps possible. Cependant nous chercherons en même temps à nous approcher de ce qui serait la méthode naturelle , de cette pierre philosophale , à laquelle nous avons vu qu’il nous était à tout jamais impossible d’arriver.
Tous les corps peuvent se présenter sous quatre formes ou états, qui sont l’état gazeux , l’état liquide, l’état semi-solide ou mou, et l’état solide; ces états sont déterminés, comme vous le savez, par les rapports qui existent entre l’action de la force attractive et celle de la force répulsive , les corps étant d’autant moins denses que celle-ci prédomine davantage, et au contraire d’autant plus solides que l’attraction agit plus énergiquement entre leurs molécules. Eh bien ! en analysant les proportions dans lesquelles se trouvent ces divers états des corps dans l’ensemble des êtres , nous observons , qu’en général , plus ceux-ci se rapprochent de l’animalité , et lui appartiennent , plus les états liquide et gazeux prédominent, et que plus on se rapproche des êtres inorganiques, plus aussi lctat solide se montre. Vous verrez , quand je traiterai de la peau des crustacés , de quelques mammifères, etc., que jamais ce tégument n’est aussi dur que lorsqu’il emprunte au règne inorganique une substance particulière , qui , par la solidité qu’elle lui communique , le rend propre à servir d’organe protecteur , et souvent aussi d’organe passif de la locomotion. Vous verrez, au contraire, chez les animaux qui jouissent à un haut degré de leurs facultés d’absorption et d’exhalation , facultés qui sont un caractère essentiel de l’animalité; vous
verrez , dis - je , le même organe être doué d’une mollesse et d’une humidité qui annoncent en lui une grande prédominance des élémens fluides. Nous aurons l’occasion de vous parler d’animaux connus sous le nom de méduses , dans lesquels, sur un poids de douze livres, vous trouverez à peine un ou deux gros de matière solide. Qui ne connaît également l’énorme différence qui existe entre le poids d’un cadavre humain à l’état frais, et celui du même cadavre après que la dissolution lui a enlevé tous ses fluides? Cette disproportion entre les élémens solides etles élément liquides des organismes était nécessaire au mouvement continuel et très -actif de dedans en dehors , et de dehors en dedans , à l’exhalation et à l’absorption qui constituent le premier caractère de la vie ; trop de solidité eût nui hien évidemment à cette double marche des fluides , comme cela a lieu dans 1rs endroits où la matière est serrée et très-dense ( car il faut encore que s^ texture la rende facilement perméable ). Examinez, d’un autre côté, les êtres inorganiques; vous y retrouverez hien le mouvement dont je viens de parler, mais à un degré incomparablement moindre.
Ainsi, en ne considérant la matière des corps qui composent l’univers , que sous le rapport des quatre états sons lesquels elle se présente
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à nous dans les diverses classes de ces corps , on pourrait retrouver la distinction de ce qu’on nommait autrefois les trois règnes de la nature, le règne minéral , le règne végétal, et le rèirne animal : et l’on verrait la matière fluide
prédominer progressivement à' mesure qu’on se rapprocherait du dernier, et diminuer d’autant plus qu’on s’en éloignerait davantage en se rapprochant du premier, dans lequel domine en échange la matière solide.
Nous observerons encore des différences du meme genre entre les divers âges d’un même animal , et entre les divers animaux de la série.
Toute la substance qui existe dans un animal quelconque, soit à la surface , soit dans l’intérieur de son tissu , peut être divisée en deux sections, dont l’une comprend les élémens constituans de l’organisme, et l’autre ses produits.
Cette distinction est de la plus haute importance , et si les chimistes l’eussent faite , ils eussent évité beaucoup d’hésitations et de méprises. J’appelle élémens constituans, ceux qui font partie de l’animal lui- même , qui composent son tissu , ceux qui se trouvent dans l’intérieur de celui-ci , tels que le sang, le chyle, qui y circulent, et les fluides qui remplissent les mailles de sa trame cellulaire. Je nomme au contraire produits ? tout cc qui se trouve à la surface de
1 animal , et je n’entends pas seulement par surface la superficie extérieure du corps, comme font les chimistes elles physiciens, mais je comprends sous cette dénomination toute la face libre de la membrane tégumenlaire, tant externe qu’interne , c^est-à-dire , aussi bien celle des intestins , des voies aériennes, et de tous les autres replis intérieurs de cette membrane même, et des conduits excréteurs, que celle delà peau proprement dite.
La distinction que je viens d établir est, je le répète, très-importante; elle l’est en pathologie , en physiologie , et en chimie. Pour ce qui concerne la pathologie , elle démontre l’erreur dans laquelle sont tombés beaucoup d’auteurs qui ont écrit sur cette matière . et qui ont pris pour des changemens subis par un. tissu ou par un organe, ceux qui résultaient du dépôt de certains produits dans les cellules de ces parties. Un changement de tissu ne peut avoir lieu que rarement et dans des limites très- restreintes . tandis que rien n’est plus ordinaire que de trouver de pareils dépôts à la surface de l’animal et dans les mailles que forme sa matière constituante; or, ces dépôts ne présentent qu’une simple production émanée des fluides de l’organe , production qui , par son degré de solidité et par sa présence dans les petites aréoles de ce dernier, lui donne un air de transformation qui a pu faire illusion ; mais
(j3) composition intime des ANIMAUX. 121 il est facile de retrouver le tissu normal dans cette sorte de mélange, du moins, tant que la production nouvelle n’a pas donné lieu à son atrophie et ne l’a pas détruit. La distinction que j’établis ici est, comme vous le sentez parfaitement, un point capital pour qui veut étudier l’anatomie pathologique d’une manière rationnelle ; je vous en démontrerai plus tard la réalité par des exemples, surtout quand j’aurai à vous parler du poumon.
En physiologie il n’importe pas moins qu’en pathologie de Lien séparer 1 es élémens constituans des organes des produits de ces memes organes; uar une fois qu’un produit est reconnu pour tel , il s’agit de savoir si la santé et la vie de l’individu exigent qu’il demeure en lui, ou qu’il soit rejeté; il est certain, en effet, que des maladies et quelquefois la mort sont dues à la présence d’une matière pathologique dans l’économie. Quantaux chimistes, il est à présumer que l’analyse des produits les conduira à une connaissance assez avancée à leur égard, pour qu’ils parviennent à les recomposer dans leurs laboratoires. C’est au reste ce dont nous avons déjà des exemples assez nombreux, et la chimie nous en fournit tous les jours de nouveaux. Vous devez concevoir combien il importe qu’elle distingue les élémens constituans des produits des organes, puisque l’analyse de
COURS DK PHYSIOLOGIE.
ceux-ci donne des résultats assez positifs, tandis que celle des premiers n’en fournit jamais de parfaitement clairs, non-seulement quand elle est faite par deux chimistes, mais entre les mains delà même personne , et dans les circonstances les plus semblables. Les produits sont néanmoins sujets à des altérations considérables , mais qui dépendent le plus ordinairement de l’état pathologique du tissu dont ils émanent; observation delà dernière importance , car je défie qu’on arrive jamais à une physiologie positive si l’on néglige d’y avoir égard.
En résumé , les élémens constituans sont ceux qui composent les organes eux-mêmes, tandis que les produits sont étrangers à ces organes bien qu’émanés d’eux , et bien que susceptibles d etre repris par l’absorption. Ces produits peuvent être considérés comme des corps étrangers , doués de propriétés particulières , et doivent servir à la conservation de l’individu ou à la propagation de l’espèce, les uns en étant rejetés au dehors comme l’urine et le sperme , les autres en étant conservés comme la salive et les autres fluides qui prennent part à cette série d’actes désignés collectivement sous le nom de digestion. Blais ce n’est pas ici le lieu de nous arrêter davantage sur un sujet que nous aurons à traiter plus tard avec détail. Je dois vous parler aujourd’hui des élémens constituans du tissu de l’animal.
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Je vous ai dit tout à l’heure, Messieurs, que la matière qui compose les corps organisés , peut se présenter sous quatre états, savoir: les états gazeux, liquide, semi-solide, et solide; cette distinction n’est pas absolue, et il y a, comme vous le pensez Lien , des nuances qui forment la transition de l’un à l’autre état. C’est en les envisageant ainsi, sous le point de vue de leur densité , que nous allons classer les élémens organiques pour l’étude que nous devons en faire ; et quoiqu’on puisse montrer que cette classification n’est pas aussi artificielle qu’on pourrait le croire au premier abord, cependant je conçois très-bien qu’on préfère l’ordre dans lequel on commencerait par les élémens solides, pour terminer par ceux qui sont constamment à l’état aériforrne; c’était meme cet ordre que j’avais suivi, il y a deux ans, dans mon cours d^anatomie comparée; mais, je le répète, il y a dans toute espèce de classification quelque chose d’artificiel, qu’il est impossible d’écarter complètement, et ici c’est véritablement le cas (1).
(i) Toutefois en y réfléchissant bien j’adopterais plus volontiers la disposition que j’avais e'tablie dans mon cours de 1826 , et si je ne le fais pas immédiatement , ce n’est que pour conserver à mes leçons l’ordre re'el de leur succession, car je crois qu’il y a de bonnes raisons pour parler d’abord des solides , puis des liquides , ensuite des semi-liquides , en terminant par examiner les élémens gazeux.
(ab)