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DEUXIÈME SECTION

Des ëlëmens liquides ou fluides.

Vous concevrez toute l’importance de l’étude des élémens liquides de l’économie lorsque vous vous rappellerez qu’ils composent la très-grande partie du poids du corps , qu’ils en forment les neuf dixièmes chez les animaux supérieursadultes, et que leur quantité proportionnelle augmente à tel point , à mesure qu’on descend dans l’échelle, que, parmi les êtres inférieurs, comme je crois vous l’avoir déjà dit, il en est qui , sur un poids de 12 à i5 livres, ne présentent que 3 ou 4 gros de matière solide. Vous savez également que l’embryon des animaux supérieurs eux-mêmes ne consiste qu’en une masse énorme de fluides contenus dans les aréoles d’un tissu cellulaire tellement fin, que beaucoup d’auteurs en ont nié l’existence, et

qu’elle est au moins très problématique aux premiers momens de 1 apparition dü jeune sujet, ou plutôt de son germe.

Une autre considération, qui vous fera sentir l’importance de l’étude que nous allons faire , c’est que l’élément liquide n’entre pas seulement dans l’organisme Comme partie constituante , mais qu’il est le véhicule de tout ce qui y pénètre et qui s’y meut. En effet, il 11 est pas une partie de l’organisme qui n’ait commencé par y exister à l’état liquide : la matière solide des os, celle qui forme le têt de beaucoup de mala<5ozoaires , celle qui soutient les madrépores, les coraux et tous ces animaux singuliers dont le corps est encroûté de sels calcaires , qui s’y déposen t par couches exactement de la meme manière que le carbone se dépose dans la tige d’un arbre pour en former le squelette , ces diverses matières , dis-je, ont commencé par faire partie de la masse des fluides et par circuler avec eux. Il serait impossible de concevoir , sans l’étude de ces derniers, la nutrition et l’exhalation ou la dénutrition, si vous me permettez ce terme ; car il faut nécessairement que les molécules de tout corps qui tend à entrer dans la composition de l’économie, ou à eu être éliminé, aient assez peu de cohésion pour traverser les interstices de la substance des organes auxquels elles se rendent, ou de ceux dont elles doi-

vent sortir. Cette nécessité de l’état fluide pour la nutrition vous donne la raison de la prédominance croissante des liquides à mesure qu’on examine des animaux plus jeunes; car la nutrition demande d’autant plus de matériaux, et est d’autant plus active que le sujet est plus éloigné d’avoir atteint son entier accroissement ; aussi , voyez-vous qu’à partir de 1 âge où la nutrition n’a plus à pourvoir à cet accroissement elle se ralentit progressivement , et tous les organes marchent vers un état de solidification croissante. J’ai dit , tout à l’heure , que la quantité des fluides est d’autant plus considérable qu’on descend davantage dans l’échelle animale ; ceci ne doit s’entendre que d’une manière générale, et comme l’expression de ce qui s’observe quand on considère la série en grand ; car on trouve aux derniers degrés de l’échelle plusieurs animaux, tels que les madrépores et les coraux, que je vous citais il y a un moment, qui présentent dans leur organisation une quantité considérable de matière calcaire (1). Le séjour des animaux introduit aussi des différences à cet égard, qui sont souvent, mais non pas toujours, en rapport avec la règle générale que nous

(i) Nous observerons cependant que dans un certain nombre de ces cas particuliers , la matière calcaire ne fait pas , à vrai dire , partie du corps de l’animal , mais se trouve à sa surface ou lui sert d’axe de sustentation.

(si) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l5l

avons donnée. Les animaux aquatiques sont généralement plus riches én liquide que ceux qui vivent dans l’air, à cause de l’évaporation continuelle à laquelle ceux-ci sont soumis par l’effet de leur contact avec un fluide très-hygrométrique. Comparez les oiseaux avec les poissons , les insectes avec les mollusques, et vous trouverez d’une manière notable la différence que je vous signale.

On peut donc regarder l’influence des fluides dans l’économie vivante comme plus importante sous certains rapports, du moins dans les phénomènes de la vie, que ne le sont les solides, sans lesquels cependant on ne pourrait pas la concevoir. Ainsi, les élémens de l’un et l’autre ordre sont dans une dépendance réciproque^ qui ne permet nullement d’admettre , d’une manière rigoureuse, lesolidisme ou le fluidisme.

Nous devons partager en plusieurs sections les liquides qui se trouvent dans l’organisation animale. Cette classification pourrait être basée sur leur nature chimique; mais nous ne croyons pas devoir choisir ce caractère , d’abord parce que nous devons être dominé par une idée plus générale qu’une idée décomposition, si nous voulons aborder l’Iiistoire de la vie en général , qui n’est pas seulement un travail dénutrition; ensuite parce que la chimie organique n’cst encore ni

assez avancée ni assez, positive pour fournir les hases d’une division des fluides. Nous pourrions aussi avoir égard à la coloration , puisque certains fluides sont colorés, tandis que d’autres ne le sont pas. Mais cette division nous aurait forcé de placer le sang de la très-grande partie des animaux invertébrés, dans un autre système que celui des animaux vertébrés.

Nous avons préféré considérer d’une manière générale la place que le fluide occupe dans l’organisme. Je distingue parmi les liquides qui entrent dans la composition des corps vivans, le liquide général ou universel , qui se retrouve dans toute la matière; c’est-à-dire, l’eau, et les liquides propres à l’économie organique. Ces derniers doivent être subdivisés en deux sections , dont l’une comprend les liquides répandus dans les tissus mêmes de l’organisme , et l’autre , ceux qui se meuvent d’une manière régulière dans un système vasculaire, et qu’on peut nommer les fluides circulans.

Cette classification , établie d’après un point de vue physiologique , s’accorde en même temps , comme vous le verrez , avec la complication et la spécialisation progressives de nos divers liquides, depuis l’eau, qui est le véhicule général qui leur sert de base à tous , jusqu’au sang artériel auquel son degré d’animalisation a mérité le nom de chair coulante.

(a3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.

En voici lu table synoptique :

'Commun.

general.

Eau.

Sérosité.

Propres.

non cirçul. ! (Synovie.

(locaux.. . . j Plastique.

( Ovarine.

an color. < lymphe.

I Chyle.

^ Général.

ÎSang veineux. Abdominal.

/ Pulmonaire.

c . , • ï \ Géne'ral.

Sang artériel, a i') i

° (Pulmonaire.

k circulans.

A IIT1CLE PREMIER.

Du liquide général, ou de l'eau.

L’eau est d’une importance telle dans l’univers , qu’une secte de philosophes l’a considérée comme l’élément nécessaire , comme le principe des choses ; opinion erronée , si l’on conserve au mot principe son sens absolu , mais qui n’est pas sans vérité, si l’on a égard aux mouvemens des corps nécessaires, soit aux actes organiques, soit à l’accomplissement de ces métamorphoses continuelles que la nature nous présente. L’eau est tellement importante pour les êtres organisés , qu’on ne saurait les concevoir dépourvus de ce fluide. Il est même des animaux ^ et ce fait est positif , qui meurent lorsqu’on les dessèche, et qui reprennent vie, et recommencent à se mouvoir dès que vous

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leur rendez de l’eau simple. Le liquide semble entrer en proportion définie dans la composition de ces êtres; il leur en faut une quantité, pour ainsi dire, déterminée, pour qu’ils jouissent de la vie. Certains tissus , comme l’a montré M . Clievreul , sont dans le même cas : en perdant l’eau qu’ils contenaient, ou en en prenant plus qu’il n’est convenable , ils perdent leur propriété particulière; tel est le tissu jaune élastique , telle est la cornée transparente.

Ce que nous avons dit sur l’énorme disproportion qui existe entre les élémens liquides et les élémens solides de l’organisation, au désavantage de ces derniers, et sur les différences que l’on remarque dans la quantité relative des premiers aux divers âges des animaux, aux divers degrés de l’échelle , et selon le séjour habituel, concerne plus particulièrement l’eau qui se rencontre dans l’organisation comme véhicule général. Ajoutons que, s’il y a des différences marquées à cet égard entre les animaux aquatiques et les animaux aériens , il en existe aussi, par une raison semblable, entre les individus qui habitent des pays secs et élevés, et ceux qui habitent des pays bas et humides. L’élément dont nous parlons présente plusieurs modifications qu’il doit surtout à la présence de divers sels ; ces modifications sont souvent en rapport avec le séjour de l’animal : l’huître, par

(a5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 1 ÙÙ

exemple , conserve dans son fluide aqueux les sels de l’eau de mer, qui lui donnent la saveur que vous lui connaissez; il en. est de même des méduses , etc. Plusieurs des modifications que l’eau éprouve dans l’organisme sont dues à la présence de substances anormales produites par certains états pathologiques.

La quantité de l’eau varie encore selon les tissus qu’on examine; il n’en est aucun qui en soit plus abreuvé que le tissu cellulaire dans les endroits où ses mailles ne sont pas trop serrées, et dans ceux où; sous le nom de membranes séreuses, elles forment des lacunes plus ou moins considérables ; aussi ces parties sont - elles facilement le siège de collections aqueuses considérables ( car c’est l’eau qui compose presque en totalité ce qu’on nomme la sérosité dans les hydropisies ) ; les extrémités inférieures sont très-exposées à l’accumulation de l’élément aqueux, que son poids y arrête facilement.

En résumé, vous voyez, Messieurs, que la quantité d’eau qui appartient à l’organisation varie selonl’âge del’animal, selonsa place dans l’échelle, selon son séjour, selon les tissus, et selon la situation des organes qui le constituent. Ces choses-là sont parfaitement connues de tout le inonde. Vous allez voir maintenant que les divers liquides que nous étudierons contiendront d’autant moins d’eau

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que nous approcherons davantage du sang, celui de lous qui a le plus d’analogie avec les solides vivans-

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