ARTICLE SECOND
Liquides propres à l’organisme.
Liquides non circulans.
(A) De la Sérosité.
Le fluide qui vient de nous occuper n’existe en général dans l’organisme qu’à l’état de sérosité , et c’est lui qui forme presque complètement cette dernière; on peut meme dire quelle nest que l’élément aqueux lui-même qui , pendant son séjour dans nos tissus, où il est arrivé par voie d’absorption , s’y est emparé d’une certaine quantité de matière animale, qu’il tient en suspension, et qu’il entraîne dans des directions déterminées ou non , selon qu’il se trouve disséminé dans les mailles du tissu cellulaire , ou qu’il marche dans des canaux permanens formés aux dépens de celuici; dans ce dernier cas, la sérosité deviendra ce qu’on nomme de la lymphe ^ fluide qui contient et les élémens de la sérosité proprement dite, et d’autres encore qui lui sont particuliers. Nous ne
devons dans ce moment porter notre attention que sur le fluide séreux, qui est dissémine' dans les vacuoles ou dans les mailles du tissu cellulaire 7 et sur celui qui humecte ces grandes cellules closes , dont les parois , formées par la disposition de ce tissu en un feuillet très-mince , tapissent les surfaces contiguës des organes qui se meuvent les uns sur les autres, et constituent ce qu’on nomme des membranes séreuses. Quant à celui qui est renfermé dans des canaux, comme il suit une direction déterminée , et qu’il subit dans son cours une série de modifications qui ont pour fin son assimilation au fluide sanguin , il doit être considéré comme un sang blanc , et nous n’en traiterons en conséquence qu’à l’occasion des liquides circulans.
La sérosité } proprement dite , sera donc pour nous le fluide qui , composé presqu’en totalité de l’élément aqueux , occupe toutes les vacuoles du tissu de l’animal, sans manifester d’autres mouvemens que ceux d’absorption et d’exhalation , et que celui que son propre poids tend à lui imprimer suivant la disposition élevée des parties.
Quelques personnes ont cru, comme nous avons déjà eu l’occasion de vous le dire, que la sérosité existe à l’état de vapeur dans l’intérieur de nos tissus, et elles ont cherché à expliquer par cette circonstance l’espèce de plénitude , de lurges-
ccnce vitale qu’ils présentent clans letat de santé, et la rapidité avec laquelle cette turgescence cesse sous l’influence d’une cause , soit morale soit physique, de débilitation. Mais, vous vous rappelez, Messieurs , qu’on n’a pas d'autres preuves de la vaporisation de la sérosité que l’observation de celle qui a lieu quand on ouvre un animal à sang chaud , preuve qui n’en est pas une , et qu’on n’eût pas regardée comme telle, si, analysant mieux les circonstances de ce phénomène , on eût tenu compte du contact de l’air , véritable cause de l’évaporation.
Ainsi , Messieurs , je ne pense pas qu’on doive admettre que la sérosité existe à l’état de vapeur dans l’organisme; je la crois, au contraire, toutà-fait liquide et dans une sorte de combinaison , au moins dans l étal normal. Quant aux proportions de cet élément dans les divers tissus , elles seront d’autantplus considérables que ceux-ci auront davantage la texture celluleuse ; car vous concevez bien que leur condensation devra s’opposer à l’introduction de beaucoup de fluide dans leur intimité. Aussi en trouvez-vous moins dans ces modifications du tissu cellulaire qui constituent ce qu’on nomme les tissus fibreux et cartilagineux, que dans le premier à l’état spongieux; il y en a moins dans les ligainens , les aponévroses , les enveloppes de l’œil , etc., que dans le tissu qui unit
(29) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. IOQ la peau aux parties sous-jacentes ; ce sont des choses toutes naturelles et faciles à concevoir. La sérosité est exhalée encore en grande quantité à la surface de ces vastes cellules, formées par les membranes séreuses : on a imaginé des vaisseaux particuliers extrêmement fins, à orifices béants, pour cette exhalation et pour l’absorption correspondante; mais j’aurai plus tard l’occasion de vous démontrer que celte supposition est nonseulement gratuite , mais inutile ; que l’un et l’autre des actes dont nous parlons ont fort bien lieu sans l’intervention de vaisseaux , et qu’il n’est besoin pour cela que des interstices existans dans tous les tissus organiques.
La sérosité peut être étudiée sous les divers rapports que nous avons signalés , c’est-à-dire sous les rapports physique, chimique et microscopique ; mais il n’y a pas moyen, vu sa fluidité, de 1 'envisager sous le point de vue anatomique.
Caractères physiques. Ce liquide est d’une limpidité assez grande ^ transparent. Sa densité et sa pesanteur spécifique sont supérieures h celles de l’eau distillée , ce qui dépend des sels et de l’albumine qu’il tient en dissolution ; mais il est impossible d’évaluer cette différence en termes numériques , et tout ce qu’on a tenté à cet égard ne mérite aucune confiance, et n’a pas de valeur en physiologie; car la sérosité varie sous ce rapport,
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noii-seulôment selon les individus , mais encore chez une même personne.
Caractères microscopiques. Le microscope ne fait reconnaître dans le fluide dont il est question, que des grumeaux sans forme déterminée, et qui se trouvent suspendus dans un liquide aqueux. Quelquefois ces grumeaux paraissent revêtir une forme sphéroïdale, d’où quelques auteurs ont conclu qu’il y avait déjà dans la sérosité de ces petits corps arrondis^ désignés sous le nom de globules , que les Allemands, et, à leur exemple, plusieurs physiologistes français, regardent comme les élémens de toutes les parties de l’organisme. En attendant que nous soyons arrivés au moment de vous montrer sur quoi repose cette vue hypothétique, je crois pouvoir vous assurer que les <> rameaux de la sérosité ne sont nullement des elohüles, et que c’est par suite d’une illusion d’optique qu’on les a regardés comme tels.
Caractères organoleptiques. Quant aux caractères organoleptiques de la sérosité, ils consistent dans une odeur peu prononcée et assez fade, et dans une saveur légèrement salée, qu’on peut attribuer à ce que nous faisons une consommation considérable de chlorure de sodium dans la préparation de nos alimens. Ce caractère manque en partie chez les enfans, chez les individus qui s’abstiennent de sel, chez les animaux à qui l’on n’en
(3i) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. t ( ) I donne pas. Le chlorure de sodium existe peut-être chez nous comme la soude existe chez les plantes marines, qui l’enlèvent à l’eau salée dont elles sont baignées habituellement, et qu’elles trouvent soit dans ce sol , soit dans l’eau qu’elles habitent.
Caractères chimiques . L’analyse chimique ne s’est guère exercée jusqu’ici que sur de la sérosité provenant de collections considérables de ce fluide; or, comme ces collections n’existent jamais dans l’état de santé , et qu’elles constituent au contraire l'état morbide connu sous la dénomination d ’ hydronisie , il est difficile de croire qu’une pareille analyse ait pu nous fournir la composition de la sérosité normale, du moins quant aux proportions de ses élémens. Un auteur a fait comparativement l’examen chimique de la sérosité retirée du crâne d’un enfant hydrocéphale, et de celle recueillie dans la cavité encéphalique d’un veau en parfaite santé ; cet examen lui a démontré l’existence d’une plus grande quantité d’albumine dans le cas pathologique que dans le cas normal.
Quoi qu’il en soit , si nous embrassons l’ensemble des résultats obtenus par les personnes qui se sont occupées de l’analyse de la sérosité, il demeure certain qu’il entre dans la composition de ce fluide une énorme quantité d’eau , c’est-.à-dire de 980 à 995 pour 1000. M. Marcet, que je citerai de préférence, parce qu’il a analysé comparative-
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ment tous les fl uides organi ques par un procédé u informe, M. Marcel a trouvé que la quantilé d’alhumirie variait de 1 à 7 pour 100; il en a trouvé 00, 1 dans la sérosité d’un enfant hydrocéphale , et 00,7 dans celle d’une ascite; il a reconnu, en outre, dans ce liquide , le chlorure de sodium dont nous parlions tout-à-l’heure , des sels alcalins en plus ou moins grande quantité , comme il en existe au reste dans tous les tissus , et du phosphate calcaire. Je le répète , il est à regretter que la plupart des analyses de la sérosité n’aient pas été faites en ayant égard aux circonstances dans lesquelles on recueillait ce fluide, car si l’on en eût mieux tenu compte , nous pourrions vous présenter des résultats moins défectueux que ceux que je viens de vous exposer.
Dans la prochaine leçon , nous passerons en revue les différences que présente la sérosité, selon les parties, les âges, les tempéramens, les sexes, etc.
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