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TOME I

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phosphate. Ce chimiste n’admet le fer que dans l’hématosine d’où l’on ne peut, dit-il, le retirer que par l’incinération; mais il affirme positivement que ce métal y existe en quantité notable , èt l’exactitude de ce fait a été mise tout à faithors de doute par MM. Engelhart et II. Ptose (1). Quelques personnes rangent encore au nombre des élémens du sang :

L osmazome découverte , comme on le sait, par M. Thénard , et dont nous parlerons plus longuement à l’article du tissu musculaire, dans lequel on l’a principalement rencontrée. Cette substance ne paraîtrai t pas , d’aprèsles travaux de M.Chevreul , constituer un principe immédiat; en tout cas, il est fort douteux quelle existe dans le fluide nutritif; on l’y a plutôt admise à priori, que d’après l’observation; et ce qui a surtout conduit à cette opinion, c’est l’idée que le sang serait, comme le dit Bordeu., une chair coulante.

La gélatine, qui n’est pas non plus un principe immédiat : elle résulte, comme MM. Chevreulet Berzelius le pensent, de la combinaison de plu-

(i) Voyez le Mémoire inte'ressant publié par cet auteur dans les Annales de chimie, pour le mois de mars 1827. M. H. Rose y démontre que les substances organiques précipitent le pe'roxide de fer , et il cite comme ayant cette propriété , non-seulement la matière colorante du sang , mais aussi le sérum et l’albumine de l’œu f.

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sieurs principes, entre lesquels prévaut surtout l’albumine; ainsi l’on ne doit pas augmenter le nombre des élémens du sang , en y comptant sous le nom de gélatine une pure modification de l’albumine.

Le soufre: il a été signalé aussi dans le sang par plusieurs auteurs , qui l’y ont admis par la seule raison que lorsqu’on fait évaporer ce liquide dans des vaisseaux d’argent , ceux-ci se noircissent. Je ne connais pas d’analyse qui confirme directement le fait dont il s’agit ; mais comme il est certain que l’albumine de l’œuf contient un peu de soufre, il est à présumer qu’il peut en exister dans le sang lui-même ^ comme renfermant de l’albumine.

Différences. Après avoir reconnu , autant qu’il nous est donné de le faire, l’état statique du sang chez les animaux supérieurs, où nous avons dû le prendre afin d’avoir un type , nous allons étudier les différences que présente ce liquide , d’abord cbez l’homme , parce que c’est lui qui nous a fourni notre type , et ensuite dans la série animale.

I. Chez Vliomme. Nous ne connaissons qu’un bien petit nombre des différences que peu t offrir le liquide nutritif; c’est là un sujet d’étude dont on a méconnu toute l’importance , et qui a été presque totalement négligé. Vous allez juger vous-mêmes des lacunes qui existent à cet égard

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dans la science , et des services qu’on peut rendre à celle-ci en travaillant dans cette direction.

Le sang diffère selon le système des vaisseaux qu’il parcourt , et selon les diverses parties du même système. Nous verrons aussi qu’il offre des différences selon les âges , les sexes , les lempéramens, les races-, selon quelques circonstances hygiéniques , et enfin selon les maladies. Je suis convaincu que si nous pouvions réunir toutes les variations qui existent à ces divers égards , nous serions , pour ainsi dire , armés de toute pièce pour aborder les grandes questions qui se rapportent au fait de la nutrition , et aux sécrétions , à tous ces actes dans lesquels le sang joue certainement le premier rôle.

Différences selon les diverses parties du même ordre de vaisseaux. Legallois a traité ce sujet dans une thèse très-remarquable , son premier ouvrage, qui annonçait déjà un esprit disposé à aborder les questions les plus difficiles, et propre à rendre de grands services à la science. Dans ce travail, Legallois avait déjà émis l’opinion que le sang ne devait pas être identique dans les diverses parties des systèmes centripète et centrifuge.

Dans le premier ou dans le système veineux , le sang doit offrir d’autant plus de différences, quon se rapproche davantage des divers

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organes, et d’autant moins qu’on s’éloigne de ceuxci, et qu’on l’examine dans des vaisseaux plus voisins des eros troncs. Ceci est surtout vrai pour le sang veineux. Ainsi, on comprend très -bien que celui qui sera pris dans la veine rénale et celui qu’on recueillera dans les veines hépatiques , ayant servi à des fonctions différentes , devront aussi présenter des différences plus tranchées que le sang recueilli , je suppose , dans les deux veines caves , où se trouve confondu celui de toutes les parties du corps. Toutefois le raisonnement seul nous a conduits jusqu’à présent à admettre ces faits ; nous n’avons pas encore pu les confirmer par l’observation. Il faut en dire autant quant aux différences qu’il nous est permis de supposer dans le sang des diverses parties du système centrifuge ou artériel. Si rien ne porte à croire que ces différences existent déjà dans les artères, proprement dites (etl’on peut même assurer que dans toutes les ramifications artérielles où le sang suit une direction constante et déterminée, ce fluide est identique , à des distances égales de l’organe d’impulsion) , il n’en est pas de même à l’égard des capillaires de ce système; car, ici, la marche du liquide n’étant plus une progression constante , mais une oscillation , il est très-vraisemblable que le sang doit subir une modification variable selon les organes dans lesquels il

oscille : l’espèce de stase qu’il éprouve dans leur parenchyme doit permettre une réaction de ses matériaux les uns sur les autres , et une absorption nutritive; actes qui sans doute seront en rapport avec la texture de ces organes, et qui, par conséquent, doivent introduire des différences plus ou moins considérables entre les portions du sang artériel qui abreuvent les divers parenchymes. Le sang alors, non-seulement diffère de ce qu’il était quand il est sorti des sources qui lui ont imprimé les modifications dont il est susceptible, puisque ses élémens ont dû dans le trajet réagir les uns sur les autres , mais , en outre , chaque parenchyme , dans lequel il est parvenu , a dû agir sur eux à sa manière, suivant sa composition, sa structure , et le modifier différemment ; ce qui est aussi la source des différences que le sang présentera dansl’origine du système veineux. Peut-être qu’alors dans le système oscillatoire artério-veineux , le sang n’est plus partagé en globules et en véhicule, et que les premiers s étant dissous dans celui-ci , il en est résulté un fluide incolore véritablement plastique , tout différent du sang qui est sorti du cœur.

Maintenant, si, sortant de ces généralités sur les différences que nous concevons devoir exister dans le sang suivant les diverses parties des canaux qu’il parcourt , nous nous arrêtons un mo-

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ment sur celles qui peuvent exister dans les vaisseaux spécialises par les organes auxquels ils appartiennent . nous trouverons que beaucoup d’auteurs qui ont e'erit sur le sang en admettent d’assez grandes, mais qu’; lies sont presque toujours établies sur des considérations extrêmement peu positives, quoique plus ou moins plausibles.

Ainsi , pour ce qui concerne le sang veineux , on a dit que celui de la veine porte en général , diffère notablement de celui qui revient de toutes les autres parties du corps , et qu’il est plus noir , plus hydrogène, qu’il contient plus de carbone, etc. Mais on n’a pu appuyer cette opinion d’aucune apparence de preuve.

On a dit spécialement du sang de la veine splénique, qu’il est plus aqueux , plus albumineux ; plus onctueux , plus noir , moins coagulable , qu’il contient une fibrine moins annualisée que celui de la veine mésaraïque , et cependant MM. Gmelin et Tiedeman assurent qu’ils l’ont trouvé également coagulable , etc.

Pour le sang artériel, des physiologistes ont admis une différence notable entre le sang qui revient des poumons dans le cœur, et celui qui est chassé par cet organe dans tout le système aortique. Ils ont dit (jue le premier était plus vivement coloré, plus rutilant, pour employer leur expression favorite, plus chaud , plus coagula-

ble, mais, en général, plutôt d’après des idées préconçues que d’après l’analyse rigoureuse des faits.

Ainsi , toutes ces différences ne sont pas assez rigoureuses pour qu’elles puissent être comprises dans notre examen statique dn sang, envisagé en ce moment comme élément de l’organisme.

Quant au sang des menstrues, dont quelques auteurs ont fait aussi un sang tout particulier et très-distinct , par son odeur et par ses autres propriétés, du sang normal, nous nous réservons d’en parler lorsque nous serons arrivés au moment de traiter des différences que le fluide nutritif peut offrir suivant les maladies , et spécialement à l’article des hémorrhagies.

Différences selon les ordres de vaisseaux. Comparons maintenant le sang des artères à celui des veines, c’est-à-dire le sang par excellence, et qui a suhi toutes les modifications nécessaires pour servir à la nutrition , avec celui dans lequel viennent se confondre le chyle , la lymphe , le détritus de nos organes et le sang qui a fourni à ceux-ci les matériaux de leur nutrition et des sécrétions (1).

(i) Je pense qu’on a tort de déclarer d’une manière absolue que le sang veineux n’est pas nutritif, car dans le fœtus , et chez les derniers animaux à sang rouge , il n’y a pas de différence visible entre le fluide des artères et celui des veines.

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La différence des deux sangs est d’autant moins prononcée que l’on remonte davantage vers les ramifications capillaires de l’un et de 1 autre ordre de vaisseaux, que l’on arrive plus près du tissu même des organes, de ses mailles. Prenez le liquide d’une artériole arrivée à l’endroit où commence le système oscillatoire , et celui d’une radicule veineuse j vous trouverez que le sang de la première est bien moins rouge que dans les artères précédentes, et que celui de la petite veine est beaucoup moins foncé qu’il ne le sera à une certaine distance de son point de départ. Vous pourrez très -bien vous convaincre, en examinant la patte d’une grenouille, qu’il est des points où l’on ne saurait découvrir une différence entre les sangs des deux systèmes. L’oscillation qui succède dans les vaisseaux capillaires à la progression continue de ces fluides , donne lieu à leur mélange et à leur confusion. C’est pour cela que dans l’âge embryonnaire , et chez les animaux inférieurs , il n’y a pas possibilité de distinguer deux fluides sanguins. Ainsi toutes les fois que l’on examinera le système vasculaire à son origine , soit qu’on prenne pour cela un organe de quelque animal supérieur adulte, soit qu’on cherche cette origine dans les derniers degrés de l’échelle animale , ou au début du développement de l’embryon, on ne reconnaîtra qu’un seul sang. Mais il n’en est pas

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de même quand le mouvement de ce liquide, au lieu d’être une simple oscillation, devient une progression constante, lorsqu’il marche bien évidemment dans deux ordres de vaisseaux , dont l’un le porte à tous les organes , et l’autre le rapporte de ceux-ci après qu’il a servi à leurs actes nutritifs. Etudié alors dans chacun de ces systèmes vasculaires , le sang se montre avec des différences d’autant plus sensibles qu’on s’éloigne davantage des points où ces systèmes font suite l’un à l’autre, et qu’on examine des animaux plus âgés ou plus élevés dans la série.

Il faut cependant avouer que jusqu’à ce jour nous ne possédons pas beaucoup de données précises sur ce sujet , et qu’on est rarement parvenu à trouver dans les fluides artériels et veineux, par les divers moyens d’analyses, des caractères différentiels aussi prononcés que ceux que l’induction physiologique ou la simple inspection annoncent en eux.

On admet que le sang veineux est plus abondant que le sang artériel. C’est un fait positif, mais qui varie selon les individus , l’âge, la santé , et selon les animaux. Je vous montrerai plus tard que le séjour introduit aussi des variations dans les proportions réciproques des deux sangs ; car vous verrez les cétacés présenter, surtout à la surface cutanée, un système veineux plus abondant

que les autres mammifères. C’est un fait que l’on peut également remarquer dans les nombreuses espèces de la famille des plioqucs. La prédominance du sang veineux est encore plus marquée dans les poissons ; mais au contraire , dans les oiseaux le sang artériel est plus abondant que le sang veineux , et surtout dans les espèces éminemment aériennes.

Il est des organes où la quantité du sang noir l’emporte encore plus que dans le reste de réconomie sur celle du sang rouge ; tels sont les tissus érectiles , et cette portion de l’enveloppe générale qui est modifiée pour l’absorption aérienne.

Quant à leurs propriétés , les deux fluides dont il est question présentent les différences suivantes. Le sang des veines contient plus de sérum et offre plus de viscosité que celui des artères; il contient aussi plus d’albumine que ce dernier, et n’est pas aussi prompt que lui à se diviser en sérum et en caillot. Leur coloration diffère ^ comme vous le savez très-bien; tandis que le sang veineux est d’un rouge violet ou pourpre , l’artériel est d’un beau vermeil, rutilant, nuance qu’il doit certainement à l’action exercée sur lui par l’oxigène de l’airabsorbé pendant la respiration, puisque le li- ’ quide tiré de la veine prend le même caractère dès qu’il est soumis au contact de l’atmosphère.

Le sang veineux paraît avoir une densité supé-

l'ieure celle du sang artériel, dans la proportion de i o52 à io49 > ccst du moins ce qui résulte des observations de M. J. Davy. Mais il est bien difficile de croire que l’on puisse ajouter une entière confiance aux évaluations de ce genre; ce qui suffirait d’ailleurs pour les rendre incertaines, ce sont les nombreuses variations qu’offre l’état du sang.

Le sang veineux a moins de capacité pour le calorique et présente une température moins élevée que celui des artères : ceci ne serait vrai que dans l’état de santé, s’il était constaté que dans les maladies inflammatoires c’est , comme le prétend M. Lippi , du premier de ces fluides que provient l’augmentation de la chaleur.

L’odeur du sang veineux est plus faible que celle du sang artériel ; quant à la saveur , on ne peut affirmer qu’ils diffèrent l’un de l’autre ; au reste , il est difficile d’attendre un résultat un peu digne d’attention d’un caractère tel que celui-ci , qui est nécessairement apprécié d’une manière fort diverse selon les personnes.

Les micrographes ont assuré que la sérosité était plus abondante dans le sang noir que dans le sang rouge ; ils y ont trouvé moins de globules.

Ils ont même voulu compter ces derniers, et ont * prétendu pouvoir évaluer exactement leur nombre, ce qui est une sorte d’absurdité : on peut être

sûr, quand on voit des appréciations mathématiques dans la vie, qu’il y a erreur ; car pour qui s’est fait une idée de ce qui constitue le caractère des êtres vivans , de leur complication et de leurs évolutions continuelles , la pensee de soumettre les faits organiques à un calcul rigoureux paraîtra toujours une chimère. J’ai cherché avec beaucoup de soin à apercevoir la différence dont il s’agit ici, sans aller cependant jusqu’à essayer c}e compter les globules, et je n’ai jamais aperçu que ceuxci fussent plus nombreux dans les veines que dans les artères; j’ai plutôt vu le contraire.

Les chimistes ont remarqué une plus grande aptitude à la coagulation dans le sang rouge , ce qui s’explique assez-bien ; car si l’on admet une sorte de vitalité dans le fluide nutritif, elle devra être plus prononcée dans la partie la plus parfaite de ce fluide. La sérosité du sang noir est plus dense que celle du sang rouge (dans la proportion de 10,264 à 10,267), Parce qu’elle contient plus d’albumine ; mais faut-il en conclure , comme 011 l’a fait , que celui-ci contient en échange plus de fibrine?

Le caillot du sang veineux est à la vérité moins serré et plus mou que celui du sang artériel; mais aucune observation directe n’a prouvé qu’il y eût réellement une différence , quant à la proportion de la fibrine. L’hématosine est dans le

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même cas ; mais il paraît , sous un autre rapport, que ce principe est notablement modifié clans les deux sangs, c’est du moins ce qu’indique leur coloration différente; quant à la nature de ces modifications, elle est totalement inconnue.

On a bien dit qu’elles dépendaient du degré d'oxidation du fer, qui entre dans la composition du sang, et d’après cette théorie, le métal dont je parle serait moins oxidé dans le sang noir: c’est la une idée conçue à priori, par les personnes qui attribuaient la coloration du sang à une combinaison de fer et d’albumine; hypothèse que M. Berzelius a renversée, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire. Avouons donc notre ignorance, relativement à la cause de la différence de la coloration des sangs veineux et artériel; et bornons-nous à

espérer que la chimie organique, perfectionnant ses moyens d’analyse, parviendra à la découvrir. Vous voyez, Messieurs, que tout ce que nous avons pu saisir jusqu’à présent à l’égard des caractères distinctifs des deux sangs, se réduit à quelques différences dans leur quantité relative dans la proportion de quelques élémens, et dans leur coloration ; celles qu’on a cru remarquer à d’autres égards, sont plus ou moins douteuses.

Dans la prochaine séance nous continuerons l’histoire des différences que présente le sang humain, en parcourant celles qu’on a pu saisir jus-

ce jour, selon les âges, les sexes, les tempéramens et les maladies: nous passerons ensuite aux modifications que le fluide nutritif subit dans la se'ric animale.

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