TOME I. IQ
Messieurs ,
Ainsi que j’ai eu l’honneur de vous l’annoncer, nous consacrerons encore la leçon d’aujourd’hui à la revue des différences que présente le sang de l’homme.
Différences selon les âges. Il est de toute évidence que la somme totale du sang que les différences des deux espèces de ce liquide, et les proportions de ses élémens doivent varier selon les diverses époques de la vie. Mais il faut avouer que les différences que l’induction nous porte à admettre à ces divers égards, sont beaucoup plus difficiles à saisir par l’observation que celles dont nous venons de parler. Ainsi je ne connais pas d’expérience qui prouve une augmentation de la quantité du sang dans tel ou tel âge. On peut admettre, je crois, comme certain, qu’il n’y a pas de sang distinct dans la première époque de la vie embryonnaire. Mais chez le fœtus , qui Lire sa nourriture du placenta, et où nous trouvons une circulation bien établie, nous pouvons voir que le système vasculaire sanguin est plus développé, toute proportion gardée , qu’il ne le sera par la suite; car le placenta appartenant au
(3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. tG 1
jeune sujet, ainsi que je l’ai démontré par 1 anatomie, et comme je le démontrerai encore par la physiologie, ce dernier se trouve avoir , pendant sa vie intrà-utérine , outre ses vaisseaux intérieurs , des artères et des veines extérieures , c’est-à-dire tout cet ensemble de vaisseaux qui établissent ses rapports avec sa mère. Or , comme il perd . après sa naissance , cette espèce d’appendice de son système vasculaire , il est évident qu'il possède alors moins de sang qu’auparavant. Depuis la naissance , la quantité proportionnelle de ce liquide paraît augmenter jusqu’à l’âge adulte , et diminuer à partir de cette dernière époque , mais surtout à partir de celle où l'organisme est commestationnaire.il est néanmoins impossible d’apprécier les variations que subit la masse du fluide nutritif aux diverses périodes de la vie. Une circonstance qui , dans l’âge mur , doit tendre à diminuer cette masse, c’est l’exhalation plus abondante de la graisse qui se remarque alors.
On n’a pas encore pu suffisamment comparer les globules de l’enfant à ceux de l’adul te , pour déterminer quel rapport existe entre les uns et les autres , quant à la facilité de les distinguer, quant à leur grandeur et quant à leur nombre. Nous savons seulement que ces corps sont proportionnellement plus gros dans le sang du fœtus, que
dans celui de sa mère, et deux fois plus volumineux selon MM. Prévost et Dumas , que dans celui de l’homme adulte.
Quant aux différences des deux sangs selon les âges , ce qu’on peut assurer , c’est que , chez le fœtus , ceux-ci sont peu ou ne sont même pas distincts, et qu’ils ne le deviennent qu’à partir de la naissance.
Sous le rapport de la composition , je puis vous dire que l’albumine est plus abondante chez le fœtus et chez l’enfant que dans les âges suivans , et surtout que dans l’âge adulte; au contraire, la fibrine moins consistante, plus mollasse, plus gélatineuse, rougissant moins au contact de l’air, et contenant moins de sels pliosphoriques chez le jeune sujet, augmente en quantité et acquiert de plus en plus ses qualités caractéristiques à mesuré que le développement de l’organisme approche de son terme ; le même principe diminue progressivement pendant la période de retour. Ces observations sont dues à Fourcroy, et ont été confirmées par M. J. Davy , qui , en comparant le sang de l’agneau à celui du mouton adulte, a trouvé la fibrine moins abondante et moins coagulable dans le premier que dans le second. Dans l’âge adulte , le sang exhale une odeur spermatique chez les sujets dont les organes reproducteurs sont doués d’une certaine énergie. On
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dit que, chez les vieillards, le sang a perdu beaucoup de ses qualités vivifiantes. Je erois qu’il ne faut pas admettre cela d’une manière trop absolue , car ce liquide présente souvent, lorsqu’on est dans le cas d’ouvrir la veine chez les personnes âgées , tous les caractères qu’on est convenu de regarder comme l’indice d’une grande vitalité. C’est ce dont j’ai encore été malheureusement dans le cas de me convaincre tout récemment par l’examen du sang d’un de mes amis. Je crois qu’on s’est exagéré la différence qui existe entre le sang de l’adulte et celui du vieillard, à moins qu’on examiue celui-ci chez un sujet dans un état d’épuisement, ce qui fausse la comparaison.
Différences selon les sexes. Je ne crois pas que des différences sensibles entre le sang de l’homme et celui de la femme, aient jamais été aperçues et signalées par les auteurs. Cependant, je viens d’apprendre que tout récemment, M. Barruel, préparateur de chimie à l’École de Médecine, a annoncé, dansunrecueil scientifique, qu’il peut trèsbien distinguer par Codeur, non seulement le sang de divers animaux, mais meme celui des individus mâles, et des individus femelles de notre espèce. Pour ce qui concerne les divers animaux , j’admets comme tout-à-fait positive l’observation de M. Barruel; quant à la différence qu’il dit avoir remarquée dans l’odeur du sang selon les sexes, je
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la conçois dans certaines circonstances, c’est-àdire, quand on compare le sang de la femme à celui d’un homme dont les organes spermatiques jouissent d’une grande activité.
M. J. Davy assure encore que la densité de ce fluide est moins grande dans le sexe féminin. Le sang de la femme serait alors , à l’égard de celui de l’homme, dans le même rapport que celui du jeune sujet est à celui de l’adulte.
Différences selon les Lempéramens . Il n’est pas douteuxpour moi que le fluide nutritif doit offrir des modifications concomitantes de celles qu’on désigne dans les organismes sous le nom de tempéramens. Mais malheureusement l’ohservation n’a pas encore éclairé ce sujet, et nous ne pouvons déterminer quelles sont les différences que présente le sang sous le rapport dont il s’agit. Je suis sûr que si l’on étudie ces différences, et que si l’on parvient à les saisir, on trouvera que le sang d’un sujet lymphatique, celui d’un homme franchement sanguin , et celui d’une troisième personne douée de tous les caractères du tempérament bilieux (1),
(1) Ces trois tempéramens admis par Hippocrate , sont les seuls qui soient bien tranches ; tous ceux qu’on y a ajoute's depuis ce grand me'deciri , sont des combinaisons des tempéramens lymphatique , bilieux et sanguin , souvent avec prédominance de l’action nerveuse ; ce qui a donné lieu dans ce cas à la création d’un tempérament nerveux.
(7) COMPOSITION INT1MC DliS ANIMAUX. ‘j65
se distinguent par les proportions du caillot et de la sérosité, par le nombre des globules, par l’abondance de l’hématosine; nous rencontrerons cliez les sujets bilieux cette matière colorante de la bile qui est si abondante dans les affections iclériques, et que les climats chauds mettent en évidence, peut-être en favorisant l’évaporation des parties aqueuses du sang , et en concentrant ainsi les principes fixes de ce liquide.
Différences selon les races, et selon quelques circonstances hygiéniques. Aristote, cet homme encyclopédique, dont on ne saurait trop lire les ouvrages, avait remarqué que le sang des nègres est d’une couleur plus foncée plus violette que celui de la race blanche. Il avait fait une observation semblable sur le sperme, et je me suis assuré que ce qu’il dit à ce sujet est parfaitement exact.
La différence dont il est question ici, est le résultat de l’action des circonstances extérieures sur l'organisme animal, action qui, lorsqu’elle est constante et prolongée , produit en grand et chez des populations entières, des modifications analogues à celles qui constituent les tempéramens. C’est ainsi que vous voyez le tempérament lymphatique dominer dans le nord, le tempérament bilieux dans les pays chauds, et le tempérament sanguin dans les régions tempérées. Nul doute que
la température, la sécheresse ou l’humidité de l’air, le mode d’alimentation des peuples ne soient la cause d’une foule de différences observées dans leur constitution, et que le fluide nutritif ne participe à ces différences. Mais jusqu’ici nous ne connaissons à cet égard, pour ce qui concerne le sang, que les modifications signalées par Aristote relativement à sa couleur; toutes celles qu’il nous est permis de supposer dans sa composition, et dans les proportions de ses élémens, sont encore à étudier. Il y a là une lacune dans la science; je vous l’indique connue tant d’autres , que je vous ai déjà fait connaître, ou que nous rencontrerons dans la suite, et j’appelle sur ce sujet l’attention de ceux d’entre vous qui travaillent aux progrès de la physiologie: vous sentez combien il serait important de connaître l’influence des circonstances hygiéniques sur l’état de nos humeurs, et particulièrement sur celui du sang. Quelques faits peuvent déjà vous faire entrevoir qu’il y a là un vaste champ pour l’observation. Voyez les hommes qui habitent les climats humides , et comparez-les à ceux qui respirent un air habituellement sec. Les chairs plus ou moins molles et volumineuses des premiers vous indiquent la présence dans leurs humeurs d’une plus grande quantité d élémens aqueux; la maigreur générale des seconds prouve, au contraire, qu’ils perdent habituellement une
(y) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX, ‘i(>7 grande quantité de liquide par 1 évaporation qui a lieu à la surface de leur corps. Peut-être la différence de la pression atmosphérique, en agissant comme nous le verrons, sur la marche du sang, estelle la cause indirecte de quelques modifications de ce liquide. La diversité des alimens doit aussi produire quelques différences dans la composition du fluide nutritif; vous avez vu que le chyle paraît varier un peu selon la nature des substances dont il provienfior, ces variations doivent se retrouver dans le sang lui-même. C’est ce que témoigne déjà l’analyse comparative du sang du bœuf, et de celui de l’homme , que je vous ai donnée d’après M. Berzelius. Vous avez pu y remarquer des différences notables entre ces deux sangs, sinon dans la fibrine et dans l’albumine, au moins dans les sels qu’ils contiennent, dans la proportion de leur partie séreuse. Or, ce que nous observons, en comparant un animal herbivore à l’homme, doit se retrouver, quoique moins sensiblement chez ce dernier , selon que les alimens végétaux ou animaux feront sa principale nourriture. Mais, il faut l’avouer , l’analyse est ici bien difficile. Rien n’est plus évident que les effets d’une bonne ou d’une mauvaise alimentation sur l’organisme ; mais quand il s’agit de découvrir quelles différences en sont résultées pour le sang, nous voyons l’impuissance de nos moyens d’analyse. Le jeune modifie
y. 08 COUllS I1E PHYSIOLOGIE. (10)
aussi ce liquide, en diminuant sa quantité, et en activant l’absorption intérslitielle ; les proportions de ses élémens, et celles du sérum et du caillot, doivent nécessairement changer alors.
Différences dans les maladies. Les modifications qui appellent maintenant notre attention n’ont pas été Lien étudiées; mais la nouvelle direction que prennent dans ce moment l’anatomie pathologique et la pathologie, nous fait espérer que dans peu, celte étude sera faite avec soin. On ne saurait trop en apporter pour Lien connaître les maladies, pour remonter à leurs antécédens, à leurs causes, et si l’on a le malheur de perdre les malades, pour étudier les altérations qui existaient dans leur organisation. Une chose à laquelle je vous prie, Messieurs, de faire bien attention, c’est à la manière dont vous recueillez les fluides que vous voulez soumettre à l’analyse. Les chimistes m’ont constamment répété , qu’une des sources les plus communes des fausses idées qu’on s’est laites, à l’égard de la composition des liquides animaux, est le peu de précaution qu’on a apporté à les recueillir. Le plus souvent on soumet aux réactifs des liquides mélangés , dont l’analyse ne saurait, par conséquent, donner de résultat positif.
Vous avez sans doute entendu parler de 1 alka- Unité du sang, de son acidité, desonâcreté, que l'ancienne pathologie humorale admettait par pure
(n) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. rJi6lJ
théorie, et sans partir de laits bien observés, cpii ont fini par renverser ces idées préconçues. On a aussi admis la putridité du même liquide , parce qu’en effet, il y a des maladies où il semble être décomposé; mais toutes ces choses demandent à être examinées de nouveau. Ce n est pas que je ne sois déjà certain que nos liquides sont susceptibles d’altérations aussi bien que nos solides. Il n’est, je crois, personne, qui se soit occupé de médecine, sans reconnaître que si nos tissus sont le siège le plus ordinaire des maladies , celles-ci peuvent néanmoins exister originairement dans les humeurs.
On dit avoir trouvé dans le sang plusieurs fluides, tantrécrémentilielsqu’excrémentitiels, du chyle, du lait, du pus , de la bile. Il paraît assez certain que tous les faits de ce genre qui ont été cités par les auteurs sont erronés, et qu’on les doit à des observateurs qui ne possédaient pas encore les connaissances et les moyens d’analyse> à l’aide desquels il est possible aujourd’hui de distinguer les uns des autres les fluides qui ont quelque apparence d’identité. Il est bien vrai que le pus peut être absorbé, mais on ne le retrouvera que dans le parenchyme celluleux des organes , et non dans les fluides circulans ; il sera du moins difficile qu’il y existe à l’état de pus,
ses élémens seuls pourront y parvenir (1). Dans les cas de métastases, le transport de ce produit n’a pas lieu par le sang, mais à travers le tissu cellulaire, comme cela arrive dans les abcès dits par congestion, où l’on voit le pus fuser à travers ce tissu, et parcourir un trajet plus ou moins long avant de se former en collection.
Nous en pouvons dire autanlpourlelait, pour la bile, qu’on a aussi voulu reconnaître dans le sang Quant à celle-ci, il est bien avéré qu’elle n’y est jamais entière, mais que c’est sa matière colorante seule qu’on y rencontre ; c’est ce qu’ont parfaitement prouvé MM. Chevreul , Lassaigne et plusieurs autres chimistes. Dernièrement, un médecin de Paris, M. Collineau, a observé une altération remarquable du sang. Ce fait est digne d’attention, et comme il est nécessaire de connaître toutes les circonstances concomitantes d’un phénomène , pour être en état de le bien apprécier, je vais rapporter les propres paroles de l’observateur, bien que rien , dans ce qu’il a vu , ne nous explique encore l’anomalie dont il est question.
(1) Quelques personnes dignes de foi m’ont cependant assuré dernièrement qu’elles avaient trouvé du véritable pus dans des veines voisines'd’un abcès. M. Velpeau parait même avoir mis la chose tout-à-fait hors de doute.
(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 27 l
« Le 7 novembre dernier je fus appelé, a sept heures du matin, par un marchand chapelier, at>c de trente-neuf ans, dune forte constitution, mais cL’un caractère mobile et tres-irritable. Depuis à peu près une heure et demie, cet homme éprouvait des vertiges, une pesanteur et un malaise de tête, surtout vers la partie postérieure de la base du crâne, accidens auxquels il n était pas sujet, et qui l’effrayaient tellement , que, malgré la crainte que lui causait la saignée , il se soumit sur-le-champ à cette opération , qui fut pratiquée au bras droit. Il n’avait fait depuis long-temps aucun écart de régime , n’avait pris qu’un demiverre de vin à six heures, et venait de marcher assez vite pendant vingt minutes.
» Le sang, au sortir de la veine, était trouble , d’un rouge clair, sale, et devenait marbré, rougeblanchâtre , à mesure qu’il se refroidissait dans la cuvette. Quelques gouttes^ qui tombaient sur le carreau, blanchissaient en peu d’instans, et prenaient l’aspect du chocolat au lait. La saignée fut de près de vingt onces. Au bout d’une heure et demie, il s’était formé un caillot d’un volume médiocre , nageant dans une grande quantité d’un fluide blanc et opaque, tout-à-fait semblable à du lait.
«M.le docteur Gendrin vint le soir même voir le malade avec moi ; nous trouvâmes le sang tel
272 COURS DE PHYSIOLOGIE. (i/,)
que je l’avais vu dans la matinée. Quelques jours après nous examinâmes ensemble cet homme, qui allait un peu mieux , mais qui , cependant , éprouvait encore une pesanteur de tète et des vertiges; cet homme petit , d’un teint un peu blafard, assez gras, nous dit que, pendant les mois de juin, juillet et août, il avait été malade, bien qu’il lie fût pas obligé de garder le lit; qu’à diverses reprises on lui avait appliqué des sangsues au côté droit du thorax; qu’à la suite de cette affection, et après avoir fait très- vite quelques lieues à pied , il lui était survenu, à l’aine gauche, une tumeur semblable à un bubon, laquelle s’étant ouverte, a produit une petite plaie fistuleuse qui suppure encore. Il ne s’était exposé à aucune cause d’infection syphilitique. Depuis son enfance, il tousse le matin, et ressent de l’oppression lorsqu’il monte; mais dans l’état de repos , la respiration est facile, bien que l’inspiration ne soit pas très-longue. Le côté droit du thorax donne moins de son que le gauche ; le bruit de la respiration y est moins marqué , et on y entend distinctement l’égophonie sous l’aisselle, et en arrière sous le scapulum ; les mouvemens du cœur n’offrent rien de notable.
» Nous pensâmes que cet homme avait éprouvé une pleurile chronique, dont les suites ne sont pas encore entièrement dissipées , et en définitive nous ne découvrîmes aucune lésion , ni aucun trouble
( i5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 27 3
de fonction qui pût nous éclairer sur la cause de l'altération du sang que nous avons observée ; il est même tout-à-fail probable que cette altération singulière n était qu’accidentelle; car, dans les buit jours qui suivirent, les vertiges étant revenus presque à leur intensité première, on appliqua des sangsues au siège, on pratiqua une seconde saignée au même bras; il s’écoula, par le nez, quelques onces de sang, et le fluide provenant, soit des sangsues, soit de l'hémorrhagie, soit de la saignée, ne présenta plus rien d’extraordinaire. » Voici ce qu’ajoute M. Gendrin :
« Le lendemain matin j’ai examiné de nouveau ce sang extrait la veille, vingt-quatre heures auparavant, par mon honorable confrère M. Collineau. Le caillot, qui ne formait pas le cinquième de la masse du sang, surnageait : il était d’un rouge plus violâtre que dans l’état physiologique; il était recouvert d’une couche couenneuse blanche, très -peu consistante, qui n’avait pas plus d’une demi-ligne d’épaisseur. Cette couche était diaphane et comme gélatiniforme. Le sérum dans lequel nageait le caillot me présenta exactement le même aspect qu’il avait la veille au soir lorsque je l’examinai avec M. Collineau; il était d’un blanc laiteux un peu jaune , absolument mat et opaque : je le goûtai , il avait le goût fade du sérum du sang ordinaire; j’en re-
274 COURS DE PHYSIOLOGIE. (ili)
cueillis six onces que je portai chez M. Caventou : qui a Lien voulu l’analyser (1). »
En effet , M. Caventou fit l’analyse,, non du sang entier , comme il paraît le croire , mais seulement du sérum , ainsi qu’il résulte des paroles de M. Gendrin. Ce fluide bien singulier a été soumis à divers procédés chimiques qui ont paru décéler en lui une substance distincte de toutes celles qu’on rencontre ordinairement dans la sérosité du sang. La chaleur le coagulait en masse ce qui fit penser d’abord que c’était, de l’albumine; mais les réactifs vinrent contredire cette
/opinion. Ce ne pouvait être ni de la fibrine ni de la gélatine , puisque la chaleur ne coagule pas celles-ci. M. Caventou conclut que c’était une matière animale particulière. Il eût été à désirer que le sérum qui avait subi cette altération, sans contredit fort remarquable, eût été aussi étudié à l’aide du microscope. Il est bien probable qu’autrefois on n’eut pas manqué de dire que ce liquide contenait soit du chyle, soit du lait, peut-être meme du pus ; et vous voyez cependant que l’analyse n’y a pas même démontré les élémens de l’une de ces substances.
Voyons maintenant ce qu’on a dit sur l’état du sang dans les maladies. On est bien loin d’avoir
étudié ce sujet pour l’ensemble du cadre noso-
(i) Journal général de Médecine, janvier 1829.
( 1 7) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 276 logique; tout ce qu on a l’ait se réduit à quelques recherches sans suite et sans connexion , en sorte que les résultats obtenus jusqu’ici à cet égard, sont encore d’une faible importance.
Toutes les maladies que nous observons dans l’organisme , peuvent être ramenées à trois catégories. La première comprend les affections qui se rattachent à la nutrition ; la seconde celles qui dépendent de l’excitation ; la troisième les altérations de nos solides et aussi de nos fluides.
Parmi les maladies de la nutrition, nous citerons ici celles qui ont pour effet l’augmentation de la masse du sang , ou de quelqu’un des matériaux de ce liquide , ou enfin des tissus à l’entretien desquels il est employé, augmentation qui caractérise dans Je premier cas la pléthore, dans le second la polysarcie , et dans le troisième l’hypertrophie.
La pléthore n’existe en général qu’à un certain âge, à celui où le développement de l’organisme étant achevé , ou l’assimilation n’ayant plus à pourvoir à 1 accroissement , mais seulement à l’entretien du corps , les fonctions digestives conservent néanmoins toute leur activité , et fournissent au sang la même quantité de matériaux que dans les âges précédens. Ce fluide , qui n’a plus la même dépense à faire, devient alors trop riche et trop copieux ; de là ces pléthores TOME I. 2 o
que vous observez tous les jours chez les hommes d’un âge mûr , et notamment chez ceux qui prennent peu d’exercice corporel. La pléthore a souvent pour effet des hémorrhagies, qui, lorsqu’elles ont lieu, comme c’est fréquemment le cas, dans l'intérieur du cerveau, constituent ces premières apoplexies qui s’observent entre quarante et soixante ans , et qui dépendent le plus souvent d’un excès d’alimentation. A cet âge, en effet, on a coutume de rester plus long-temps à table, et comme il n’y a plus d’accroissement qui réclame un régime copieux , la pléthore ne tarde pas à survenir. Il est donc très-important, en diététique, de prévenir tout excès d’alimentation , et de proportionner celle-ci aux besoins de l’assimilation.
Dans la polysarcie le sang contient et dépose sur son trajet une grande quantité de cette matière seini-fluide , que vous connaissez sous le nom de graisse , et que nous étudierons très-prochainement. Comme je vous le dirai, la graisse se montre surtout dans le tissu cellulaire qui entoure les veines.
On a étudié l’espèce de maladie dont il s’agit, soit dans l’espèce humaine, soit chez les animaux ; mais l’on a surtout cherché à saisir les circonstances qui la favorisent, afin de pouvoir engraisser à volonté ceux de ces derniers , dont la chair nous sert d’alimens. 3 aurai plus tard l’occasion
tic vous montrer à quel point on a réussi dans celte recherche, et vous savez peut-être déjà que l’on est parvenu à accumuler la graisse à volonté sur la vqueue, sur les épaules, et dans plusieurs autres pallies. C’est surtout en leur crevant les veux et même les oreilles , enfin en les soustrayant à toute excitation, à tout mouvement, que l’on obtient l’embonpoint remarquable des poulardes du Mans , et des oies qui nous fournissent les fameux foies gras de Strasbourg. Mais ce qu’il serait intéressant de connaître pour nous , surtout en ce moment, c’est l’état du sang chez les hommes et chez les animaux atteints de polysarcie. Malheureusement je n’ai pas encore analysé ce liquide dans ce cas particulier ; je sais seulement que quelques auteurs l’ont trouvé peu coloré , et même parfois tout-à-fait blanc , changement qui , s’il est réel , semblerait résulter de la présence d’une plus grande quantité de matière gras-e, avec diminution de la fibrine. Il serait fort intéressant de savoir si , lorsque ces malheureux animaux sont arrivés au summum de l’état graisseux , la masse du sang n’est pas considérablement diminuée, et si ce fluide ne contient pas une plus grande proportion de graisse.
Les hypertrophies ces véritables extensions ou développemens locaux par simple excès de nutrition , sans trace de décomposition , ces maladies
‘-f-'jS COURS UE PHYSIOLOGIE. (îo)
dont plusieurs organes, tels que le cerveau, le cœur, les reins se sont montrés susceptibles , sont très-vraisemblablement liées à un changement quelconque soit dans la quantité du sang, soit dans les proportions de sesélémens, et dans ses qualités. Mais nous n’avons pas encore de travaux à citer sur ces changemens, qui nous sont tout-àfait inconnus. C’est un sujet digne de l’atlenlion des observateurs.
Si la nutrition offre parfois un surcroît d’activité, elle peut aussi ,. et dans beaucoup de cas , descendre au-dessous de son état normal.
On peut étudier letat du sang lors du dépérissement des organes par défaut de nutrition , en faisant jeûner des animaux , et en examinant avec soin les effets progressifs de l’abstinence sur la quantité et sur les qualités du fluide nutritif. M. Collard de Martignÿ a fait des expériences de ce genre, et leurs résultats tout-i-fait dignes de confiance, parce que cet auteur a connu et a pris toutes les précautions qui étaient nécessaires pour les rendre tels, ces résultats, dis-je, ont parfaitement justifié les idées que j’avais conçues d’avance à l’égard de l’influence que le jeûne devait exercer sur le sang. Voici la manière dont M. Collard a procédé. Il a pris des animaux arrivés au même degré de développement , provenant de la même portée, soit des chiens, soit des lapins, des ani-
(at) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. l'JCj
maux qui se nourrissent en général différemment, cest-à-dire, les uns de végétaux seulement, les autres de substances animales, et quelquefois de substances végétales; après avoir extrait du cœur et des grosses veines de chacun deux le plus de sang qu’il lui a été possible d’en recueillir, il a trouvé dans la quantité les différences suivantes.
De deux individus pris comme mesure il a extrait du premier 8 gros 17g grains, et du second 7 gros 49 grains.
Un troisième lapin, après quatre, jours d’abstinence de nourriture solide et liquide, n’a plus fourni que 5 gros 21 grains de sang.
Un quatrième, après sept jours d’une abstinence semblable , n’en a donné que 3 gros 3 7 grains.
Enfin un cinquième n’en contenait plus que 1 gros 63 grains après une abstinence complète prolongée pendant onze jours consécutifs.
Dans la troisième période d’abstinence la quantité de sang était tellement petite, surtout dans le derme, le tissu cellulaire et le peaussier, qu’en coupant ces parties et en les déchirant on n’en faisait plus sortir.
Les memes quantités de sang (119 parties' examinées chez trois lapins ont donné à l’analyse :
Dans le premier à l’état normal :
Albumine et hématosine 10,2.
S.8o COURS DE PHYSIOLOGIE. (22)
Fibrine. ; 2,0.
Eau et sels 106, 3.
Dans le second , après cinq jours d’abstinence complète :
Albumine et bématosine 12,6.
Fibrine 1,0.
Eau et sels io4,5.
Dans le troisième lapin , après onze jours d’abstincnce :
Albumine et hématosine i3 yq..
Fibrine 0,9 7.
Eau et sels io4 25.
Les mêmes expériences faites sur des chiens ont offert des résultats analogues.
Ainsi, il résulte des expériences de M. Collard de Martigny, qu’à mesure qu’on prolonge le jeûne , la quantité de sang diminue notablement , que ce liquide perd un peu d’eau, mais surtout de la fibrine, et que l’albumine y devient au contraire proportionnellement plus abondante. U eût été à désirer que cet expérimentateur éprouvât séparément l’influence de l’abstinence des alimens solides et de celle des boissons sur l’état du fluide nutritif. On pourrait regretter aussi qu’il n’ait pas employé l’observation microscopique pour compléter les résultats qu’il a obtenus ; enfin je pense qu’il eût peut-être été bon de tenir
(23) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. V.81 compte des circonstances hygrométriques dans lesquelles 1 animal se trouvait placé.
Il y a des maladies par défaut de nutrition qui sont les effets de flux sanguins ou de sécrétions. 11 arrive souvent que des hémorrhagies par exhalation ou que des sécrétions excessives portent une atteinte très-grave à la nutrition; cette fonction souffre alors à tel point que si le flux se prolonge, la mort par épuisement, ou , comme on dit communément, par éthisie , arrive de toute nécessité. Quand c’est à une hémorrhagie qu’est dû ce triste résultat, on ne trouve pas d’altération dans le sang exhalé (i); mais il serait intéressant d’examiner si celui qui reste dans les vaisseaux n’a pas subi de cliangemens dans les proportions de
( i ) Chez les femmes cette exhalation a souvent lieu à la surface interne de l’ute'rus; elle n’est alors que l’état normal , l’exagération de celle qui se fait à peu près tous les mois pendant une certaine période de la vie. Quelques auteurs prétendent que le sang des menstrues est d’une nature particulière; qu’il n’est ni artériel, ni veineux. Quant à moi, de quelque manière que je l’aie étudié, je n'ai jamais aperçu en lui de caractère particulier ; et je suis porté à le regarder comme du sang veineux. M. le docteur Constancio m’a cependant encore assuré tout dernièrement, que le sang menstruel a une odeur toute particulière ; que le plus souvent il ne se coagule pas , et enfin qu’il contient de l’urée. Userait intéressant de chercher, par de nouvelles observations , à lever les doutes qui peuvent encore exister à ce sujet ; mais nous convenons que cela sera assez difficile, le sang menstruel avant de sortir au-dehors, ou même avant d’être recueilli dans le vagin , pouvant avoir déjà subi quelque altération dans la matrice.
ses matériaux, et quels sont ceux qui deviennent en prédominance. On n’a pas fait de recherches à ce sujet , et je n’en connais point non plus sur l’état du sang chez les personnes dont la nutrition a été empêchée par un flux sécrétoire excessif, tel que le diabète, les diarrhées dites colliquatives , etc. M. J. Davy nous assure que le sang des diabétiques lui a paru différer un peu du sang ordinaire ; mais l’a-t-il examiné au début de la maladie , ou lorsqu’il y avait déjà éthisie? c’est ce qui est incertain.
On a dit pendant long-temps , d’après Rollo , qu’il existait du sucre dans le sang des personnes affectées de diabètes; mais Wollaslon d’abord , et depuis lui, M. Vauquelin, ont démontré que cette substance ne s’y trouve pas constamment, en supposant même que Rollo ne se soit pas trompé, car ils n’ont pu en trouver de trace dans le sang de diabétique qu’ils ont soumis à l’analyse chimique.
En général, les différences que le sang peut présenter dans les maladies provenant d’une anomalie de nutrition en plus ou en moins, n’ont pas été étudiées, ou ne l’ont été que d’une manière trop incomplète pour qu’on puisse citer de cette étude des résultats un peu satisfaisans. 11 faut convenir que ce genre de recherches est d’une bien grande difficulté.
(u5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. ^83
Nous arrivons maintenant a ces maladies dans lesquelles il y a'exccs ou defaut d excitation , ou selon l’expression généralement admise , sthenie ou asthénie.
Nous allons voir que les résultats que nous fournissent l’observation et les expériences ne sont pas beaucoup plus concluans dans cette classe de maladies que dans la précédente.
L’état sthénique , qui constitue ce qu’on nomme Yirriiaiion , affecte quelquefois isolément le système nerveux; plusieurs pathologistes prétendent meme que toute irritation commence par être nerveuse , et qu’elle ne se porte que plus tard sur les autres systèmes, mais notamment sur le système vasculaire^ où elle donne lieu à l’état inflammatoire. Je ne crois pas qu’on ait étudié l’état du sang dans les névrosés proprement dites. Mais , en revanche, on l’a souvent observé dans les irritations inflammatoires , dans ces maladies qui s’accompagnent, lorsqu’elles ont quelqu’intensité , d’une sur-excitation générale , remarquable surtout dans l’état des fonctions les plus immédiatement en rapport avec la nutrition, sur-excitation qu’on désigne sous le nom de fièvre , et dont M. Pinel , rectifiant les idées vagues et ontologiques de ses devanciers , nous a indiqué le véritable caractère, en nous montrant son point de départ
dans tel ou tel tissu, dans tel ou tel organe (1).
On a remarqué que dans les inflammations aiguës, et plus spécialement dans celles de certains organes , le sang tiré de la veine présente un caractère particulier , savoir la présence d’une couenne jaunâtre à la surface du caillot. L’existence de ce caractère n’est rien moins que constante; et la formation de la couenne inflammatoire dépend de plusieurs circonstances , parmi lesquelles je citerai la forme du vase dans lequel on reçoit le sang, la manière dont ce liquide s’écoule , lepoque de la saignée , le nombre des évacuations sanguines qui ont déjà eu lieu pendant la maladie, etc. On avait cru d’abord que cette couenne, placée à la surface du caillot , se composait de fibrine , mais il est bien démontré que c’est une portion coagulée de l’albumine du sérum .
On a observé qu’en général la température du sang étaitplus élevée dans les phlegmasies que dans
(i) En effet , M. Pinel a eu la gloire d’assigner le premier un caractère organique à la fièvre , et de rapporter plusieurs des divers modes de celle-ci à divers tissus de l’organisme , indiquant par là que chaque tissu et que chaque organe donne aux maladies une physionomie particulière. C’est cette belle idée qui a inspiré les travaux de lîichat sur l’anatomie et sur la physiologie des tissus ; elle a été mûrie plus tard par M. Schwilgué , et dans ces derniers temps, elle a reçu, comme on le sait, des dcveloppemens d une im-
l’état de sauté. Nous savons maintenant , d’après M. Lippi , (pie cette augmentation de chaleur n’existe (juc dans le sang veineux ( nous verrons , au sujet de la nutrition , que le fait que je signale ici est digne d’intérêt ). Toutefois il faut avouer que cette différence de température est bien légère , puisqu’elle n’est que d’un degré ou un degré et demi , et qu’il est permis de conserver quelque doute sur sa réalité, surtout quand on connaît la difficulté de pareilles évaluations.
Le sérum et la fibrine ne paraissent pas avoir leur viscosité habituelle dans les circonstances dons nous parlons, et leur séparation a lieu plus lentement. Le second de ces principes, et, en général , toute la partie solide du sang , semblent être proportionnellement plus abondans que de coutume, et la pesanteur spécifique du fluide nutritif est augmentée, selon M. J. Davy.
Mais , convenons-en , toutes les modifications qu’on a observées jusqu’ici dans le sang extrait de sujets atteints d’affections inflammatoires, ont besoin de confirmation, et l’étude, dont ce sang a été l’objet , demande à être reprise avec soin, avec méthode , et avec les plus grandes précautions.
portance telle, que l’édifice de la pathologie a été presque complètement reconstruit. C’est surtout par ceux de ses travaux qui ont etc tires de 1 idée toute positive dont il s’agit, que l’école dite physiologique a véritablement donné une nouvelle direction à la science.
Il doit encore exister des différences dans le sang , selon que l’inflammation estexterne, qu’elle atteint , par exemple , les tégumens , tant muqueux que cutanés, et le tissu cellulaire placé immédiatement au-dessous d’eux, ou bien qu’elle siège dans l’intérieur de l’organisme. Malheureusement ces différences sont un sujet de recherches encore tout nouveau , et sur lequel nous ne pouvons qu’appeler l’attention des physiologistes et des chimistes.
M. Chevreul a trouvé une modification du sang chez les enfans affectés d’induration du tissu cellulaire avec ictère. Ce liquide contenait une matière qui se coagulait spontanément, outre deux principes colorans, l’un d’un rouge orangé et l’autre hleu.
Chez les ictériques , on n’observe d’autre anomalie dans la composition du sang que la présence de la matière colorante de la bile.
Dans les fièvres adynamiques , qu’on désignait aussi sous le nom de putrides , parce qu’on supposait que le sang était dans un état de décomposition , MM. Deveux et Parmentier n’ont rien trouvé de particulier. Cependant on peut encore douter que ce résultat soit bien conforme à la réalité. Il est très-probable, au contraire , que dans ces maladies où l’excitabilité est diminuée , le sang offre une modification en rapport avec la fai-
blesse et l’abattement général qui en sont le caractère le plus saillant.
Nous ne savons pas quel est l’état du sang dans un autre genre de maladie par defaut d excitabilité, dans celles que déterminent les miasmes et les poisons sédatifs. Il serait à désirer qu’on fît quelques travaux dans cette direction.
Restent enfin les maladies dans lesquelles il y a altération ; soit des solides, soit des fluides; par exemple, le charbon, les scrophules, le cancer, le scorbut, l’état tuberculeux.
M. Leuret nous a appris que le sang est malade chez les sujets atteints de charbon, et, quoiqu’il n’ait pu reconnaître ses altérations , il s’est assuré, par des expériences nombreuses, qu’introduit dans un animal sain il y détermine ceLte maladie.
Le docteur Urban assure que , dans les hydrophobes, le sang devient noir et épais, et surtout à l’endroit où existe l’inflammation.
On a trouvé que dans les scrophules le fluide nutritif était plus lymphatique , plus albumineux, moins riche en fibrine ; ce qui me semble assez en harmonie avec les phénomènes pathologiques qui caractérisent cette maladie.
Nous devons à M. Velpeau une observation que je vous ai déjà citée, et qui tend à établir que la matière cancéreuse existe dans le sang, et qu’elle est transportée par lui dans tout le corps. Vous
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savez que le cancer peut se montrer dans tous les organes , et que souvent il en atteint un grand, nombre à la fois ou successivement. Le fait qui a donné lieu à l'admission d’une diathèse cancéreuse ne semble - 1 - il pas justifier l’opinion de M. Velpeau , et indiquer que c’est le sang qui est alors infecté?
Dans le scorbut, ce liquide a une odeur particulière ; il est plus fluide , moins albumineux , d’une couleur violacée , ou grisâtre , suivant Bichat.
Différences résultant de ï introduction des substances étang ères dans le sang. Vous concevez bien , Messieurs , que les substances absorbées par nos tissus, et portées ensuite dans les vaisseaux sanguins, doivent modifier le fluide avec lequel elles y circulent. A l’époque où la couleur de celui-ci était attribuée à la présence du fer , on avait imaginé d’administrer ce métal dans une maladie propre aux femmes , surtout à un certain âge, dans celle que vous connaissez sous le nom de chlorose ou de pâles couleurs; les succès fréquens et incontestables du traitement étaient fort propres à entretenir l’erreur dans laquelle on était. Mais aujourd’hui que l’ancienne théorie chimique de la coloration du sang est démontrée fausse, on explique les bons effets du fer dans la chlorose, par l’action tonique qu’il exerce sur nos tissus. Il n'est
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pas certain que si ce corps s introduit dans le fluide nutritif, il le modifie réellement.
On a attribué à l’opium une influence remarquable sur le sang. Si l’on en croit M. Sainte- Marie, celte substance donnerait lieu à une diminution dans la quantité de fibrine contenue dans ce liquide. Il est malheureux pour celte opinion qu’elle ait été conçue à priori, et par suite d’un singulier raisonnement. L’opium , s’est dit M. Sainte - Marie , paralyse la contractilité des muscles; ces organes sont formés de fibrine : c’est donc sur ce principe que doit agir le narcotique. Ce même principe se retrouve dans le sang : donc l’opium modifie la fibrine du sang, qui , étant diminuée , ne peut plus fournir aux muscles leur élément contractile. Une pareille manière de raisonner est plus que surprenante à l’époque où nous sommes. Vous savez , Messieurs, que certains fluides vénéneux sont introduits dans le sang par absorption veineuse, et qu’ils se mélangent si bien avec ce liquide, qu’en extrayant une certaine quantité de celui-ci , et en l’injectant dans le système vasculaire d’un animal sain , il donne lieu à tous les symptômes d’empoisonnement qui caractérisent l’action de ces substances.
11 laut convenir que l’influence des médicamens sur le sang est encore complètement inconnue,
et que nous en sommes encore à appeler sur elle l’attention des chimistes.
Des expériences curieuses de M. Magendie ayant montré qu’une pléthore aqueuse, produite artificiellement, rend l’absorption beaucoup plus difficile ; l’on a proposé dernièrement ce moyen comme propre à annihiler les poisons introduits par accident dans l’économie.
M. Dupuis , professeur à 1 ecole vétérinaire d’Alfort , s’est assuré, dit-on, que le sang contient moins de fibrine après la section des nerfs pneumo-gastriques.
Il nous reste maintenant , pour achever l’élude du sang, à traiter des différences qu’il présente dans la série animale. Ce sujet demandant plus de temps qu’il ne nous en reste , nous préférons le remettre à la première leçon, afin de le traiter en entier et sans interruption.
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dixième leçon.
Sommaire. Différences du sang dans la série animale. — I. Chez les ostéozoaircs , où nous en avons pris le type. — i° Sang des mammifères. — Diamètre des globules. — Inconstance de leur volume et de leur forme. — Peut-on saisir quelque rapport entre les caractères des globules et la taille, le degré d’organisation, lanourrituredesanimaux? — a° Sang des oiseaux; sa température est plus élevée que celle du sang des mammifères. — La matière fibrineuse y est plus abondante que chez ceux-ci. — Le volume des globules y varie beaucoup. — 3° Sang des reptiles et des amphibiens. — Sa température est celle du milieu ambiant. — Le sérum prédomine. — Les globules sont fort gros et généralement oblongs. — 4° Chez les poissons , le sang a même caractère que chez les amphibiens ; le sérum est encore plus abondant. — Prédominance du sang veineux. — IL Chez les animaux invertébrés le sang diminue progressivement en quantité. — Il est le plus souvent incolore , et l’on distingue à peine quelquefois un fluide centripète et un fluide centrifuge. — Les globules existent encore chez les cntomozoaircs et les malacozoaires , mais ils sont très - irréguliers et nullement fibrineux. — • Note sur les éle'mens chimiques de l’organisme , et en particulier sur ce qu’on nomme les principes immédiats.