TOME I
Messieurs ,
Pour achever l’histoire du fluide nutritif, il importe que nous le suivions dans toute la série animale, et que nous recherchions quelles modifications il nous a présentées jusqu’à ce jour selon le degré d’organisation des animaux. *
Différences du sang dans la série. Ce fluide varie quant à sa quantité totale comparée à celle des fluides non circulans, quant aux proportions de ses deux espèces , quant à leur distinction , et quant à ses propriétés physiques , microscopiques, chimiques, etc. Je vais vous dire ce que j’ai trouvé à ces divers égards dans les auteurs, et ce que mes propres observations m’ont appris.
I. Du sang dans les osléozoaires . Comme c’est le sang des animaux vertébrés qui nous a fourni le type d’après lequel nous vous avons parlé jusqu’ici du fluide nutritif, il nous reste peu de choses à dire sur lui.
La quantité du sang est plus considérable , même proportionnellement, dans le type des ostéozoaires , que dans celui des invertébrés.
Ce liquide est constamment rouge dans cette grande division du règne animal. Sa couleur offre
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aussi toujours deux nuances qui sont d’autant plus distinctes que l’on s’élève davantage dans l’échelle : toutefois comme la différence dont il s’agit est en rapport , non point avec les progrès de la vie de relation , mais avec l’activité des fonctions nutritives , il y a quelques exceptions à la règle générale que j’indique ici. C’est ainsi que chez les oiseaux , qui jouissent d’une respiration si énergique, la distinction du sang artériel et du sang veineux est plus tranchée que chez les mammifères. Le sang est plus rutilant , plus chaud, plus doué de toutes les propriétés qui caractérisent ce liquide., dans la seconde classe des vertébrés que dans la première, même en choisissant dans celle-ci les animaux les plus favorisés sous ce rapport, les carnassiers.
Le fluide nutritif se divise spontanément en sérum et en caillot , chez tous les osléozoaires. Sa température est , ou très-supérieure, ou tout-àfait égale selon les classes, à celle du milieu ambiant. Il y a toujours des globules en plus ou moins grand nombre , et par conséquent toujours aussi de la fibrine. La proportion de celle-ci est d’autant plus grande que l’animal est plus élevé dans la série, tandis que celle de l’albumine s’accroît en sens inverse.
Mais pour mieux apprécier les différences que présente le sang des animaux vertébrés ^ il est né-
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cessaire que nous l’examinions dans chacune des classes qui composent cette grande section.
i° Bans les mammifères. C’est surtout dans cette classe que nous avons pris notre type; vous savez donc déjà ce que nous connaissons du sang de ces animaux , et vous savez surtout combien de lacunesnous restent à remplir dans sonhistoire. Sa température est assez variable, mais toujours moins élevée que chez les oiseaux : dans l’espècehumaine elleatteinl32, 35, 34, 55 et même 36degrés du thermomètre de Réaumur. Mais , comme j’ai déjà eu l’occasion de vous le dire , il ne faut pas croire qu’il y ait dans toutes les parties le même degré de chaleur, ni que les circonstances extérieures soient sans effet sur la température du sang non plus que sur celle du corps lui-même; c’est là une erreur du vitalisme qu’on s’étonne de trouver encore dans des ouvrages modernes. Nous reviendrons au reste sur ce sujet en parlant de la calorification , de ce phénomène qui , pour le dire en passant , n’est point une fonction , comme on l’a voulu, mais un simple résultat de la nutrition.
On a parlé de quelques différences entre les divers mammifères sous le rapport de la température; mais ces différences ne sortant pas des limites de variation qu’on reconnaît chez le même animal , on ne saurait les regarder comme positives et caractéristiques.
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Quelques personnes ont cherche' à de'terminer la quantité relative des globules et du véhicule que nous avons vus constituer le sang : elles ont cru remarquer un moins grand nombre des premiers, chez les mammifères que chez les oiseaux. Mais non contentes de ce résultat, ces personnes ont voulu pousser l’exactitude de leur évaluation jusqu’à compter le nombre des globules , et à exprimer par des chiffres la différence qu’elles annoncent sous ce rapport dans le sang des deux premières classes des ostéozoaires. Il y a là abus d’exactitude, car il est impossible de concevoir qu’on puisse faire le compte des globules , et il est absurde de vouloir porter la rigueur mathématique dans le champ de l’observation physiologique et microscopique.
Ce qu’il y a de plus sérieux , c’est qu’on ne s’est pas borné à proclamer de pareils résultats ; on a poussé les choses jusqu’à en faire l’application à la thérapeutique , et à s’appuyer sur eux pour conseiller la transfusion du sang; on a dit que celui des animaux chez qui il présenterait des globules égaux en nombre, en diamètre, etc.; à celui de l'homme, pourrait être injecté avec avantage dans les veines de cet être, lorsque son propre sang est dans un état d’épuisement ou de maladie. De pareilles propositions ne méritent pas d’être discutées; car est-il possible de
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croire qu’eu injectant dans les veines d’un homme du sang de chien , de loir , ou de porc , on lui fournirait un fluide véritablement nutritif pour lui?
On a également eu tort de vouloir se servir des mesures, qui ont été données des globules sanguins, pour reconnaître le sang dont un tissu peut être imprégné , et pour en tirer un élément de jugement en médecine légale. Dans des matières aussi délicates ; il faut avoir une bien grande certitude pour prononcer ; or la forme et la proportion des globules du sang sont trop variables, et leurs différences sont trop difficiles à apprécier, pour qu’on puisse donner ce moyen comme positif.
Il me semble impossible de rapporter à des circonstances déterminées les différences que l’on trouve dans le sang des divers mammifères. Quelque soin que j’aie mis à chercher des rapports de ce genre, je n’ai pu trouver,, ni dans le genre d’alimentation , ni dans la taille des animaux, ni dans leur degré d’organisation, quelque chose qui concordat constamment avec ces différences, et qui permît d’établir à cet égard des règles un peu fixes. Par exemple, pour ce qui concerne la nourriture, l’homme, le chien, le loir, la souris, le lapin, le cochon, ont dans leur sang des globules dont on estime le diamètre à rk de
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millimètre; en un mot , vous voyez les globules de deux animaux qui se nourrissent différemment, avoir néanmoins le même diamètre.
Quant au séjour habituel, il doit introduire quelques différences dans le fluide qui nous occupe, mais elles n’ont pas encore été bien étudiées. On peut dire seulement que chez les animaux aquatiques, chez les cétacés et les phoques parmi les mammifères, le sang veineux abonde plus que chez ceux qui vivent exclusivement dans l’air. Les deux fluides sont en outre moins distincts chez les premiers que chez les seconds.
Il paraîtrait aussi que chez les animaux qui passent une partie de l’année à dormir, tels que la marmotte, le loir, la chauve-souris, etc., le sang veineux est en prédominance. M. Mangili et quelques autres observateurs ont reconnu que , chez ces animaux, le cerveau reçoit , toutes choses égales d’ailleurs , moins de sang artériel que chez les autres, et que les artères carotides et vertébrales sont d’un volume proportionnel inférieur à celles de ces derniers. On pourrait trouver une preuve indirecte de la supériorité du système veineux des animaux dormeurs dans la facili té avec laquelle ils tournent, comme on dit, à la graisse . Vous savez que , près d’arriver au moment où ils s’endormiront, ils mangent abondamment, et acquièrent presque subitement un embonpoint considé-
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cable. Or , comme c’est le sang veineux qui fournit la graisse , il est permis de conclure de ce fait la prédominance de cette espèce de sang.
Quant à la taille des animaux, elle n’a, je le répète , aucune corrélation avec le volume des globules , puisque ceux de la chauve - souris auraient, à ce qu’on dit, ■— de millimètre , ceux du cheval ^3 et ceux du cochon 773.
On en peut dire à peu près autant à l’égard du degré d’organisation. Cependant } s’il est permis d’avancer quelque chose, je dirai que j’ai cru reconnaître une diminution de volume des globules à mesure que l’animal est placé plus has dans l’échelle des mammifères. Ainsi , d’après les estimations qui ont été faites , ceux du singe auraient 7^7 de millimètre de diamètre , ceux du hérisson en auraient -4- , ceux de la souris -4- ( quelle exactitude de mesure ! ) , ceux du cheval ) ceux du cerf enfin ceux de la chèvre ^g. Ce serai t donc ce dernier animal qui nous offrirait les plus petits globules parmi les mammifères , tandis que les singes auraient les plus gros ; cependant, il ne faut pas oublier que toujours, d’après l’estimation rigoureuse qui en a été faite^ ceux de l’homme seraient moindres que ceux du singe.
2°. Dans les oiseaux. Ici le sang est proportionnellement moins abondant que chez les mammifères ; il offre en même temps plus de den-
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site et une température plus élevée de 2 , 3 et même 4 degrés , si vous prenez l’animal au moment de l’incubation (î). Le sang des oiseaux est plus coa-, gulable , moins séreux, plus riclie en caillot que celui des vertébrés vivipares; il se coagulepresqu’en sortant de la veine. Les matières fibrineuse et albumineuse y sont en très-grande abondance, et il jouit enfin d’une plastici té remarquable , pour me servir d’une expression qui, sans paraître scientifique , rend très-bien le caractère dont nous voulons parler. C’est à ce même caractère du sang que les plaies des oiseaux doivent de se cicatriser bien plus promptement que celles des mammifères. J’ai vu déchirer des lambeaux de peau sur les premiers, et trois ou quatre jours après il était impossible d’apercevoir les traces de cette lésion, tant la force de cicatrisation avait été active pour réunir les parties divisées.
Quant aux globules , s’il faut en croire MM. Prévost et Dumas , ils n’auraient pas la même forme chez les oiseaux que chez les mammifères ; ils seraient plus ovales chez ceux - là , un des diamètres étant double de l’autre. Bien certainement ce caractère des globules varie assez pour qu’on puisse dire que les uns sont ronds et les autres ovales. Une variation tout aussi grande se
(i) C’est surtout chez les cannrris que nous trouverons cette augmentation de chaleur plus évidente au moment de l’incubation.
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remarque dans leur volume , à tel point , qu’une personne de ma connaissance l’exprimait en me disant, qu’on pouvait établir trois générations de globules des grands-pères, des pères et des enians. Je vous cite seulement celte expression pour vous dire que parmi les globules du même animal , l’un est à peu près le double d’un autre, celui-ci d’un troisième , etc.
Ces petits corps sont plus nombreux ici que chez les mammifères, et par la même raison le sérum est moins abondant ; celte partie du sang est d’un beau jaune chez les oiseaux , ce qui tient peutêtre à la présence d’un peu de matière colorante de la bile (1), et non, comme on pourrait le croire, à de l’hématosine fournie par les globules. Le caillot est plus élastique que dans la classe précédente; ce caractère concorde avec la plus grande abondance de la fibrine, que je vous ai signalée plus haut.
Maintenant, le sang présente- 1- il quelques différences selon les diverses familles d’oiseaux? Il est à cet égard une observation que vous avez tous faite: c’est celle de la quantité de sang que fournissent les canards, sous le nom de jus , quand on les cuit peu , comme on en a 1 habitude ! Comparez ce jus de canards à celui que donnent les oiseaux de basse-cour chez qui , per-
(i) J’ai prié M. Chevreul de s’en assurer.
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mettez-moi cctie expression , la graisse mange le sang. Les oiseaux plongeurs sont généralement plus sanguins que ces derniers , et chez eux le fluide veineux l’emporte sur le fluide artériel. Celui-ci prédomine, au contraire, chez les oiseaux éminemment aériens.
Du reste, je ne crois pas qu’on puisse établir des différences bien réelles entre les sangs des diverses familles de cette seconde classe de vertébrés. On a dit qu’ils pouvaient être distingués par la forme des globules; mais je puis vous assurer que j’ai trouvé cette forme à peu près identique chez tous les oiseaux dont j’ai examiné le sang. Les petits corps dont il s’agit m’ont toujours paru ronds ou ovales, selon la manière dont on les voit.
D’après les estimations données par MM. Prévost et Dumas, un des diamètres ne varie pas et est constamment de -4- de millimètre ; mais l’autre offre, au contraire, des différences nombreuses et qui ne paraissent en aucun rapport avec quelques circonstances de grandeur , de nourriture ; ainsi dans la mésange, le second diamètre serait de de millimètre, tandis qu’il en aurait -jî dans l’orfraie. Linné a dit que le sang des hirondelles ne se coagule pas à la température de l’atmosphère; mais cette assertion est erronée.
5° Chez les reptiles nous remarquons , au contraire de ce qui avait lieu dans les oiseaux, une
température à peine supérieure à celle du milieu ambiant, et la prédominance du sérum sur le caillot. Les globules sont en même-temps plus volumineux^ ce que je n’ose toutefois certifier d’après ma propre observation, bien que j’aie étudié ceux de quelques reptiles , tels que la tortue , le caméléon, le gecko, le lézard, l’orvet, la couleuvre, la vipère, etc. Les globules sont en général plus gros; mais, en outre, l’un des diamètres remporte davantage sur l’autre que dans les oiseaux, ce qui les rend plus elliptiques.
4° C’est dans les ampliibiens qu’on signale les plus gros globules. Ils sont généralement ovales, mais il en existe aussi de ronds.
Dans cette classe, le sang présente la température du milieu ambiant. Il est moins facile de le distinguer en veineux et artériel que celui des classes supérieures; il n’a pas dans les artères l’aspect rutilant qu’il offre dans celles - ci , et l’élément aqueux s’y trouve en plus grande abondance.
J’ai déjà eu l’occasion de vous le faire observer, c’est le sang des grenouilles et des salamandres que les observateurs ont choisi pour établir l’idée générale qu’on devra se faire des globules qui entrent dans la composition de ce fluide. C’est là quon les trouve plus gros, plus longs et plus distincts, et qu’on peut s’assurer qu’ils sont déprimés , ren-
( 1 3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 5o5 fiés, sans excavation au centre. On peut également s’assurer que, sur leménae individu, ils varient de forme comme de grosseur, les uns étant quelquefois circulaires, tandis que les autres sont plus ou moins ova!es, ceux-ci étant souvent doubles de ceux-là. C’est ce qui m’empêche de vous exprimer leur volume en chiffres.
5° Chez les poissons, le fluide qui nous occupe a tous les caractères que nous lui avons trouvés chez les ampliibiens. Sa partie séreuse est encore plus abondante que le caillot; il se coagule lentement; ses deux espèces sont à peine distinctes , et comme chez tous les animaux aquatiques, c’esi le sang veineux qui prédomine. Le thon présente une preuve frappante de la vérité de ce dernier fait : ce poisson, qu’on pèche dans la Méditerranée, fournit, lorsqu’on le coupe, une énorme quantité de sang veineux. Quant aux globules, ils sont tantôt ronds et tantôt ovales; ils m’ont paru plus gros que ceux des oiseaux, mais moindres que ceux des reptiles et des ampliibiens, ce qui est contraire à la règle de gradation que nous avons indiquée plus haut pour le volume des globules des divers animaux.
Nous voici arrivés au sang des animaux invertébrés. Ici , le fluide nutritif n’est généralement qu’anê sorte de lymphe; rarement présente-t-il la couleur rouge qu’il a chez les ostéozoaires ; et
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c’est avec raison qu’on a nommé animaux à sang blanc ceux dont il nous reste à parcourir la série. On leur adonné aussi l’épithète cV exsangues, quand on a regardé la coloration en rouge comme le caractère distinctif du sang. En supposant que celte dénomination eiit une raison vraiment physiologique^ elle ne conviendrait pas à quelques invertébrés, tels que les hirudinés et les néréides, qui possèdent réellement un sang rouge.
La quantité du fluide vasculaire diminue à mesure qu’on descend l’échelle, et celle de la sérosité interstitielle augmente proportionnellement dans la même gradation. Ces deux liquides diffèrent si peu l’un de l’autre, qu’on les confond aisément ^ et qu’en ouvrant des animaux à sang blanc pour avoir celui-ci, il faut prendre les plus grandes précautions de peur de recueillir à sa place le liquide non circulant.
Chez les entomozoaires on trouve encore des globules dans le sang; mais ils sont mal formés, irréguliers, quelquefois alongés, d’autres fois ronds, ou même un peu polygoniques. Ce sont moins des globules véritables que de petits grumeaux de matière albumineuse ou gélatineuse. On ne saurait dire dans 1 état actuel de la science s’il y a quelque différence entre le fluide du système centripète, et. celui du système centrifuge; la simple inspection n’en fait pas apercevoir.
( i5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.
Quant à l’analyse chimique, elle n’a pas encore été portée sur ce sujet; j’ai prie JM. Clievreul de vouloir bien la faire.
Le sang des animaux articulés est incolore comme celui de tous les invertébrés; il faut cependant en excepter les sangsues et quelques autres genres, ainsi que j’ai déjà eu l’honneur de vous le dire. La température de ce liquide est ici, comme chez les deux dernières classes d ostéozoaires, celle du milieu ambiant.
Quant aux différences c[ue peuvent offrir les diverses familles du groupe qui nous occupe , sous le rapport du fluide nutritif, elles sont peu nombreuses jusqu’ici. Chez les hexapodes, je n’ai pu voir le sang circuler que dans les larves. En ouvrant le vaisseau dorsal de celles-ci vous obtenez un liquide blanc, limpide, extrêmement, ténu, contenant néanmoins, et cela sans aucune espèce de doute, des globules albumineux qui, si j’en juge par les figures que j’en ai trouvées dans mes notes, sont assez ronds, assez réguliers dans le sang des larves de raonocéros. Je n’ai pas observé ce fluide chez les octopodes (les araignées), mais j’ai lieu decroirequ’il n’y diffèreguère de celui deshexapodes. Chez les crustacés il est si liquide, etasi peu de viscosité^ qu’il se répand aussi tôt qu’on ouvrele vaisseau, et qu’on a la plus grande peine à le retenir. Il contient des globules irréguliers , et il est
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susceptible de se coaguler et de former, par suite de l’évaporation du véhicule, une niasse gélatineuse, transparente , comparable enfin au papier de gélatine dont on se sert pour calquer. Le sang des crustacés ne paraît pas contenir de fibrine. Il a, dans les écrévisses , une forte odeur analogue à celle qui est particulière à ces animaux.
Le liquide rougeâtre qui remplit les vaisseaux des sangsues et de quelques autres vers articulés, m’a paru offrir deux nuances d’après lesquelles on y pourrait distinguer le sang artériel du sang veineux. Quand il a été desséché, on peut lui rendre absolument tous ses caractères en le délayant avec un peu d’eau, ce qui n’a pas également lieu pour le sang des animaux vertébrés. M. Chevreul, auquel j’en ai remis une petite quantité, croit cependant, d’après quelques essais, qu’il a des rapports avec ce fluide j ce que je sais , c’est qu’il ne se sépare pas en cruor coloré et en lymphe ou sérum incolore, et que tout est également coloré. Je n’ai pas pu y voir de véritables globules non plus que dans celui des animaux à sang tout-à-fait blanc.
La distinction du sang artériel et du sang veineux par le degré de coloration m’a paru bien difficile.
Dans les malacozoaires , le sang est blanc ou bleu, et quelquefois jaune, très-liquide, très-
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transparent. Il contient des globules gélatineux de moins en moins bien formes. Ce liquide se rapproche toujours plus de la lymphe des animaux supérieurs. Examinez le fluide vasculaire des hélices, des huîtres, et vous verrez en lui une sorte de sérosité charriant plutôt de simples grumeaux que de vrais globules.
Enfin, dans les dernières classes du règne animal , il n’y a plus de fluides circulans , mais seulement de la sérosité intertextulaire , si ce n’est dans les holothuries, les oursins et les astéries qui ont encore une sorte de système circulatoire.
Voilà, Messieurs, ce que j’avais à vous dire sur le sang considéré d’une manière générale. Le sujet que nous venons de traiter est de la plus haute importance pour la solution des grandes questions de nutrition et de sécrétion , et j’ai dû m’y arrêter un peu , non , comme vous l’avez vu , que nous le connaissions bien, mais pour vous en montrer toute l’étendue, et pour vous signaler les lacunes qui demandent à être remplies.