‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource]Chapitre 45 sur 45 · C. De la vitrine · texte numérisé non relu

C. De la vitrine

J’arrive à la troisième substance semi-fluide qui se trouve à titre d’élément dans la composition interne de l’organisme. Cette substance que je désigne sous la dénomination de vitrine est une ma-

tière transparente comme l’indique son nom, et qui se dépose dans les mailles d’un tissu cellulaire lâche et d’une grande ténuité. Elle n’existe que

( i) Nous démontrerons plus tard , en traitant du tissu nerveux, combien on s’est trompé jusqu’à ce jour sur la structure des nerfs, et nous verrons que toute l’erreur est venue de ce qu’on est parti de l’étude du nerf optique, qui, ainsi que nous le prouverons aussi, n’est point un véritable nerf. Dans ce moment, nous devons nous borner à signaler la présence de la neurine dans les nerfs des mollusques.

dans deux organes, dans celui delà vision et dans celui de l’audition ; c’est elle en un mot qui forme le corps vitré et une partie de l’humeur de Cotuni.

A. La vitrine oculaire est limpide et d’une transparence parfaite , surtout dans l’œil encore vivant) sa densité est un peu supérieure à celle de l’eau.

On a trouvé qu’elle était composée de :

Eau 9S, 4o

Albumine ...... 0,16

Lactale de soude. . . . 1,4 2 -

Chlorure de sodium . . 0,02

Il est vraisemblable que quelques-unes des substances qu’on dit avoir rencontrées dans ce semi-fluide provenaient de la trame celluleuse dont il est peut-être impossible de le priver complètement. On peut toutefois regarder , ce me semble, la vitrine comme une eau albumineuse.

Cet élément, quand il sort d’un œil frais, se soustrai t, à cause de sa transparence, à l’observation microscopique) mais si vous attendez quelque temps , la vitrine venant à se décomposer , vous voyez l’alburnine se granuler et former des globules irréguliers , dont le nombre s’accroît cà mesure que la décomposition fait des progrès.

En comparant la vitrine oculaire des divers

(3g) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 3g() animaux, vous trouverez des différences dans la densité, sans parler de celles que vous présente la forme du corps qu’elle constitue ; forme qui dépend de la disposition du tissu cellulaire de ce corps. Ces différences seront en rapport avec le séjour habituel de l’animal ; ainsi il n’est pas douteux que la densité de l’humeur vitrée doit varier selon que ce dernier habite et voit par conséquent dans l’eau, ou qu’il habite et qu’il voit dans l’air et sur terre, surtout lorsqu’il peut exister à degrandes hauteurs. C’est ce dont il est facile de s’assurer en comparant la vitrine oculaire dans les mammifères, dans les oiseaux et dans les poissons. Outre la différence de quantité et de forme dépendant de la forme de l’organe, il sera aisé de voir que, dans Tes seconds , sa densité est moindre que dans les premiers, et surtout que dans les derniers.

B. La vitrine auditive est assez difficile à reconnaître dans les mammifères, et même dans les oiseaux , surtout quand ils sont à l’état adulte : mais dans les poissons, spécialement dans les raies et dans les squales , chez lesquels la nature du squelette rend la dissection de l’oreille trèsfacile, on peut trouver une assez grande quantité de vitrine auditive pour en étudier les propriétés.

Elle est d’une limpidité et d’une transparence parfai tes, et que l’on ne peut mieux comparer qu’à

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l’humeur vitrée. Elle est également contenue dans des mailles lâches du tissu cellulaire, ce qui l’empêche de couler, quand on a percé sa membrane. Examinée au microscope, elle ne m’a offert absolument aucun globule. Mais dans les endroits où elle présente un aspect laiteux , cet aspect est dû au dépôt d’une matière crétacée , composée de granules d’une limpidité parfaite et comme cristalline. Quand elle est desséchée, cette substance ressemble tout-à-fait à du carbonate de chaux, et en effet elle fait une vive effervescence avec les acides , absolument comme les ostéotides qui existent aussi dans la vitrine auditive des poissons osseux. Une expérience bien simple va vous montrer que ceux-ci se dissolvent entièrement dans les acides, ainsi que les corps appelés yeux d’écrevisse. C’est le seul exemple connu jusqu’ici d’une masse de carbonate de chaux prise dans la composition organique des ostéozoaires.

Quant à la vitrine auditive elle-même , je ne connais pas encore de chimiste qui en ait fait l’analyse ; il est vrai que jusqu’ici elle était à peine distinguée comme partie de l’organisme.

Les différences que peut présenter la vitrine auditive suivant quelques circonstances appréciables et dans la série animale n’ont pas encore appelé l’attention des observateurs. Nous savons seulement que l’âge apporte une grande différence

(40 COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 4 01 dans sa proportion, et nous présumons qu’il doit y en avoir de plus importantes suivant le degré d’organisation de l’animal, et suivant le milieu qu’il habite; mais nous ne les connaissons réellement que fort imparfaitement. A en juger d’après un aussi petit nombre de recherches, c’est dans les animaux aériens , ou dans les oiseaux , que la vitrine auditive est en moins grande quantité, et c’est dans les animaux aquatiques , qu’elle est le plus abondante : on peut cependant très-bien en démontrer l’existence dans les mammifères , et entr’autres dans le veau.

Ainsi c’est dans les animaux des trois dernières classes que l’on peut découvrir une matière de dépôt dans la vitrine auditive, matière qui se solidifie complètement dans les poissons osseux.

Je ne connais pas de chimiste qui ait fait l’analyse de la pulpe auditive ; M. Chevreu.1 ne s’en est pas encore occupé.

J). De la Phanérine.

La quatrième matière que je compte parmi les élémens semi-fluides, est très-analogue à celle dont je viens de parler en dernier lieu; car les organes qui la produisent , et que je nomme des phanères , sont, d’après ma manière de voir , du même genre que les bulbes oculaire et auditif, ou

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plutôt ces derniers sont de véritables phanères modifiés pour les usages auxquels ils sont destinés. Je ne m’arrêterai pas ici à vous démontrer cette similitude, parce que ce serait sorLir de mon sujet , et parce que je vous en ai parlé fort en détail dans mon cours d’anatomie comparée (1).

Vous trouvez la phanérine dans les bulbes dentaire, pennaire et capillaire. Elle offre partout essentiellement la même disposition : c’est toujours, comme les substances précédentes, une matière pulpeuse déposée dans les mailles d’un tissu cellulaire très-fin, et en rapport avec un système de filets nerveux et de vaisseaux sanguins très-nombreux.

Dans le bulbe des dents et dans celui des plumes , qui sont les seuls où l’on puisse rencontrer une assez grande quantité de phanérine pour l’observer , on trouve que cette substance est semitransparente, incolore ou légèrement rosée, d’une consistance sub-gélatineuse , sensiblement plus grande que celle de la vitrine.

Quant à sa composition , la chimie ne nous l’a pas encore fait connaître, bien qu’on ait pu en recueillir assez dans les deux ordres de bulbes dont nous venons de parler, pour qu’il valut la peine de l’analyser.

(i) Voyez aussi mes Principes généraux d’ Anatomie comparée, tom. icr ; Paris, 1822.

Je n’ai pu non plus l’examiner assez complètement au microscope , pour pouvoir noter les particularités quelle pourrait présenter; mais je suppose quelles ne doivent pas être très-importantes. C’est cependant un sujet de recherches qu’on ne devra pas négliger.

Ë. De la Luiéine.

Je place enfin dans la catégorie des éle'mens semi-fluides , la lutéine , cette substance qui entoure une partie du germe dans l’ovaire, et qui constitue la petite tumeur qu’on aperçoit à la surface de cet organe , et qui est connue sous le nom de corpus luteum ; c’est la lutéine qui, par son accumulation autour d’un ovule, donne lieu à cette tumeur, et finit par rompre la membrane qui l’enferme , en entraînant ce dernier avec elle. Je ne fais mention ici de l’humeur jaunâtre du corpus luteum , que pour lui assigner la place qui lui convient selon moi; mais malheureusement elle est encore tout-à-fait à étudier , et je ne puis vous donner aujourd’hui son histoire. Ce que je sais, c’est quelle n’est pas libre dans la petite loge où s’est développé le germe , mais qu’elle est contenue dans le tissu cellulaire qui en forme le fond , que c’est à son développement , ou mieux à son dépôt, à son accroissement qu’est due l’ex-

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pulsion de ce germe, comme nous l’exposerons plus tard.

Nous avons achevé maintenant de passer en revue les élémens organiques de la troisième section , et nous arrivons à ceux qui ont une consistance tout-à-fait solide. Nous commencerons leur histoire dans la prochaine séance.

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