TOME I
entre les doigts, ce qui dénoté en elle une prédominance de l’oléine sur la stéarine.
Dans les amphibiens , il n’y a plus du tout de graisse sous la peau, et l’on n’en rencontre que dans la cavité abdominale; encore est-elle ici en très-petite quantité , et dans des endroits déterminés : il y a dans cette cavité des espèces d’épiploons chargés de matière graisseuse , auxquelles on a donné le nom de corpora lutea , et qui se trouvent disposés sur les côtés de la colonne vertébrale , autour des reins et des testicules. Ces masses de graisse épiploïque , qu’on peut rapprocher de celles des animaux dormeurs, augmentent à l’époque où les amphibiens sont prêts à s’engourdir, et sont, au contraire, peu considérables au moment où les organes génitaux sont disposés à entrer en exercice. Mais on peut toujours reconnaître rtn rapport de situation entre le système veineux et les masses dont il s’agit. La graisse des animaux de cette classe est d’un beau jaune; ses granules m’ont paru plus petits que ceux des mammifères et des oiseaux. Du reste ; je n’ai pas remarqué en elle d’autre particularité qui soit digne de votre attention.
Dans les poissons, la graisse est répandue partout : il en existe non-seulement autour du système veineux abdominal , mais aussi sous le tégument externe : elle est cependant moins abon-
(iq) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. .Î^C)
dante dans cette dernière localité' que dans la première (1). Si vous ouvrez une carpe, vous trouverez dans l’abdomen une masse assez considérable de graisse très-blanche. Un caractère particulier aux poissons est la présence d’une certaine quantité de cette substance dans le crâne; c’est ce qu’il vous sera encore facile de constater en examinant une carpe : vous trouverez chez cet animal une disproportion frappante entre la grandeur de la cavité craniène et le volume de l’encéphale, et vous verrez que le cerveau n’occupe qu’une petite partie de celte cavité, dont le reste est rempli par du tissu cellulaire plus ou moins chargé de graisse.
Les fibres musculaires des poissons se trouvent souvent entrelardées d’une graisse très-fusible , dont la consistance est presque oléagineuse, et qui contient, par conséquent, beaucoup plus d’oléine que de stéarine.
Ce qui prouve que la substance qui nous occupe est disséminée chez ces animaux dans toutes les parties du corps, c’est que, dans les grands établissemens de la Norwège, de la Suède et du
(i) 11 est facile de concevoir pourquoi les vertèbres infe'rieures ont moins de graisse sous-cutane'e que ceux des deux premières classes , et surtout que les mammifères: c’est que , chez les premiers , le système musculaire est peaussier et s’attache immédiatement au derme ; ce qui n’a lieu que très-partiellement chez les seconds.
380 COURS DE PHYSIOLOGIE. (ao)
Dannemarck, où l’on extrait la graisse des harengs, on en obtient de la chair musculaire, des organes respiratoires , des os . en un mot de toutes les parties de ces animaux. Cette abondance de matière adipeuse est en rapport avec le développement considérable du système veineux des poissons.
Quant à la nature chimique de cette substance , elle n’a jamais été faite que sur ce qu’on nomme dans le commerce l’huile de poisson; or, comme celle-ci n’est rien moins que pure, et qu’il s’y trouve non-seulement des graisses de plusieurs poissons, mais encore de la graisse de quelques cétacés, tels que le dauphin et le marsouin, on ne saurait tirer un grand parti de l’analyse qu’on en a donnée. Nous savons seulement, par les observations de M. Chevreul, que l’huile de poisson du commerce contient de l’oléine , de la stéarine , mais qu’il ne s’y trouve point d’acide volatil , ni de cétine.
Chez les animaux articulés ou entomozo aires , il existe de la graisse , surtout à l’époque où l’organisme n’a pas encore acquis son entier développement; mais ce n’est jamais sous la peau, et c’est seulement dans la cavité viscérale que se trouve la graisse des animaux de ce type. Chez les hexapodes, qui ne se développent plus, une fois la métamorphose achevée, on ne trouve dégraissé que dans la larve, parce qu alors l’animal prend beaucoup de
(ai) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 38 1 nourriture et fait provision de matériaux alibiles, avant de passer à letat de nymphe. Les papillons ont fort peu de graisse, tandis cpie les chenilles en ont une assez grande quantité. Vous trouvez, dans l’intervalle des renflemens intestinaux et des trachées, des espèces de paquets épiploïques graisseux, composés d’un très-grand nombre de globules qui ont la même forme et la même disposition que ceux des ostéozoaires . Quand on n’y regarde pas de très-près et attentivement, on est tenté de prendre ces globules pour de petits lobes des ovaires, pour de gros œufs; mais enles examinantavec soin, on ne peut manquer de reconnaître que ce sont de petites vésicules formées aux dépens du tissu cellulaire. Swammerdam, qui a parfaitement bien vu ces vésicules, s’est trompé, lorsque, s’appuyant sur l’observation, d’ailleurs très-jusîe, de l’absence des trachées vésiculaires chez la larve du hanneton, il a prétendu que dans cette dernière les petits corps kystiformes dont je parle étaient destinés à se convertir, pendant la métamorphose, en trachées vésiculaires. Ce sont de véritables lobules graisseux, composés d’une enveloppe de tissu cellulaire dans laquelle sont renfermés plusieurs grains adipeux. En effet , vous pouvez ouvrir l’un de ces globules sous l’eau, et vous en verrez sortir une matière quia tous les caractères de la graisse, qui forme des yeux au-dessus de l’eau, qui rend
Je papier transparent, etc. Je crois môme que c’est l’observation de la graisse des insectes qui a conduit dans ces derniers temps quelques micrograplies à regarder, ainsi que nous l’avons dit, celle des animaux vertébrés comme composée de grains à enveloppe celluleuse, qui en contiendraient euxmêmes un certain nombre de plus petits attachés à cette enveloppe, et dans lesquels se retrouverait du tissu cellulaire. Mais je crois que chez les ostéozoaires, la graisse n’a pas celte disposition, qui , selon moi, 11 appartient qu’aux insectes. Cet élément résulte-t-il aussi chez ces derniers d’une combinaison d’oléine et de stéarine? Je l’ignore ; mais ce qui est certain, c’est que l’enveloppe des granules est ici une véritable membrane celluleuse d’où s’échappe une espèce d’huile, quand on la rompt, tandis que chez les animaux supérieurs, c’est de la stéarine qui forme cette enveloppe.
Il est quelques hexapodes^ les abeilles par exemple), qui diffèrent des autres, en ce qu’ils présentent de la graisse dans leurs trois états de larve, de nymphe et d’insecte parfait. Cette circonstance est, en effet, très- rare chez les autres espèces ; car, ainsi que je l’ai dit, ce n’est le plus souvent que dans le premier état qu’il existe de celte substance : elle est rare chez les nymphes, et beaucoup plus rare encore après la métamorphose
(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.
complète. Chez les ociopodes ou arachnides, et chez les décapodes ou crustacés, il existe indutablement de la graisse : mais il a été impossible jusqu’à présent de découvrir son siège précis. Lorsqu’on dissèque ces animaux sous l’eau, seul procédé qu’on puisse employer pour y parvenir, il s’échappe de la graisse qui vient flotter à la surface du liquide. Je n’ai pu réussir, non plus que Swammerdam, à découvrir d’où elle provenait, et je ne saurais dire si elle était contenue dans le tissu cellulaire qui constitue chez ces entomozoaires des espèces d épiploons. Quoi qu’il en soit, l’élément qui nous occupe est, sans aucun doute, encore moins abondant ici que chez les insectes avant la métamorphose. Je n’ai pas aperçu de graisse dans les annélides, c’est-à-dire dans des sangsues, des lombrics terrestres, etc. Mais on en retrouve chez les mollusques j elle y prend un caractère particulier. Vous avez tous vu des moules très— hl anches, et des huîtres d’une épaisseur extraordinaire; c’est à de la graisse répandue dans les mailles de leur tégument, et non point, comme on l’a dit, à une extension de l’ovaire que ces acéphales doivent, les uns leur blancheur, les autres leur épaississement. Examinez cette moule, vous lui trouverez une enveloppe de deux ou trois lignes, et vous verrez que ce caractère, qui a droit de surprendre chez un anima aussi petit et aussi
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protégé que celui-ci contre les circonstances extérieures , est dû h la présence d’une certaine quantité de graisse. Mais il est remarquable que cette substance n’a pas ici , comme chez les animaux supérieurs , la propriété de rendre le papier transparent» Etudiée à l’aide du microscope, on ne découvre en elle que de très -petits granules, qui sont répandus dans les mailles du tissu cellulaire dont se compose l’enveloppe.
Chez les mollusques céphalés , on trouve aussi une graisse qui vient à la surface de l’eau, dans laquelle on dissèque l’animal; mais il ne m’a pas été possible d’en découvrir le siège, quoique je l’aie observée plus d’une fois en faisant l’anatomie des limaces et des limaçons. Je ne sais rien non
plus sur ses caractères physiques , microscopiques et chimiques ; mais je suis porté à croire que, sous ces trois rapports, l’élément graisseux des mollusques n’est pas le même que celui des animaux supérieurs.
Quant aux actinomorphes ou actinozoaires , classe chez laquelle il n’y a plus de véritable circulation, on n’y découvre point de matière grasse; il en est de même , à plus forte raison , chez les amorphozo aires .
Il résulte donc de ce qui précède que la graisse est, en général, d’autant plus abondante, qu’on remonte davantage dans la série animale, et que
(i5) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX.
chez les animaux supérieurs ce sont ceux qui habitent l’eau, et généralement ceux dont le système veineux est très-développé, qui en olFrent le plus.
Devant réserver pour une autre partie de ce cours ce qui concerne la physiologie de cette substance, et les discussions importantes auxquelles ce sujet a donné lieu, nous passerons immédiatement à l’histoire des autres élémens de la même catégorie.
B. De la neurine
Je donne le nom de neurine à une matière semi-fluide qui existe dans la trame cellulaire de la partie pulpeuse du système nerveux, c’est-àdire dans le cerveau, dans la moelle épinière, dans les ganglions de la locomotion et de la sensibilité. Analysez avec soin le tissu du cerveau, et vous ne manquerez pas de vous convaincre qu’il consiste en une trame celluleuse à mailles très-lâclies, recevant beaucoup de vaisseaux sanguins , qui déposent dans ces dernières la substance dont nous devons nous occuper en ce moment. Si l’on n’a pas connu plus tôt la neurine, c’est que jusqu’à ce jour les études dont le système nerveux a été' l’objet, ont porté surtout sur les formes, et sur les rapports de position de ses diverses parties, ainsi
386 COURS DE PHYSIOLOGIE. (aÜ)
que sur sa composition chimique, et qu’on s’esi peu occupé de la disposition intime de son tissu.
Caractères anatomiques. La neurine occupe, comme nous venons de le voir, les mailles de la trame celluleuse des organes nerveux. Elle y est en quantité très-variable, selon les parties qu’on examine. Lorsqu’elle prédomine sur l’élément cellulaire, elle donne au tissu nerveux une apparence et une consistance pulpeuses ; quand, au contraire, c’est ce dernier élément qui l’emporte , la texture de l’organe est plus déterminée, et celui-ci plus dur. On peut se convaincre de cela en examinant un nerf ou un ganglion delà vie organique, car ici tout est celluleux , tandis que dans le cerveau, où la neurine est abondante, vous êtes obligés, pour reconnaître la texture fibreuse propre au système nerveux, d’avoir recours à des agens chimiques capables de coaguler, de condenser la trame de l’organe; c’est à quoi l’on parvient en faisant bouillir celui-ci dans l’huile, ou en le plongeant pendant quelque temps dans l’alcool , etc. On voit alors la trame celluleuse se fasciculer par l’action de ces agens, et la disposition fibreuse peut se démontrer jusqu’à la périphérie , et même dans la substance grise des hémisphères, comme MM. Gall et Spurzheim l’ont fait voir.
Caractères physiques. La neurine est plus ou moins blanche ou grise , quelquefois même jau-
nâtre ou noirâtre; sa densité varie selon toute apparence. Nous devons à un jeune médecin , mort dernièrement, et que la science doit regretter, parce qu’il promettait de lui être fort utile, des considérations intéressantes sur les différences de densité du cerveau suivant les âges. Il ne s’est pas occupé de celles que présen enl les diverses parties de celui-ci, mais il y a certainement quelque chose à faire pour ce sujet. La neurine est constamment plus pesante que l’eau, ce qui se conçoit parfaitement. Mais nous ne connaissons pas les limites de variation dont elle est susceptible sous ce rapport.
Caractères microscopiques. En armant ses yeux du microscope, on trouve que la neurine se compose d’une très-grande quantité de corpuscules; quelques personnes ont regardé ces petits corps comme des globules, mais leur forme est bien certainement très-irrégulière, et leur volume trèsvariable. Ce sont, selon toute vraisemblance , des grumeaux fournis par une matière albumineuse sui generis , comme nous allons le voir en parlant de la nature chimique de la neurine. Existe-t-il, ainsi qu’on pourrait le présumer, des différences de volume et de forme entre les globules de la matière nerveuse blanche , et ceux de la grise? C’est ce qui n’est pas probable, car le microscope ne nous en montre aucune; mais pour ce qui est du
388 COURS DU PHYSIOLOGIE. (ïtS)
nombre de ces petits crains , il doit être [dus considérable dans la matière blanche, car la neurine y est indubitablement plus abondante que dans la grise , où le réseau vasculaire occupe beaucoup de place.
Caractères organoleptiques . La matière qui nous occupe offre un goût plus ou moins salé , qui résulte nécessairement de la présence d’une certaine quantité de chlorure de sodium introduite dans nos tissus avec les alimens. Son odeur est en général spermatique , et souvent assez forte ; elle n’a aucune autre action sur nos tégumens.
Elle est du reste d’une digestion très-facile , et peut être regardée comme une substance très-nourrissante. Les animaux carnassiers en sont en général très-friands.
Caractères chimiques. Peu de personnes se sont occupées d’analyser la substance pulpeuse des organes nerveux. M. Vauquelin a fait ce travail , mais à une époque où l’on ne sentait pas comme aujourd’hui le besoin de la plus scrupuleuse exactitude dans les recherches de cette nature. Ce n’est pas à dire, néanmoins, que les observations de l’illustre savant que je viens de citer ne méritent aucune confiance de notre part , et que nous n’en puissions rien conclure. Loin de les dédaigner , je crois qu’elles doivent être connues. iVI. Vauquelin a trouvé que la substance en ques-
(ït,) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 38()
lion n’est pas soluble dans l’eau et qu’elle y forme une sorte d’émulsion ; elle n’est ni acide ni alcaline, et la preuve, c’est quelle n’agit en aucune façon sur la teinture de tournesol, non plus que sur l’hématine. Elle se putréfie très-rapidement au contact de l’air, comme le savent très-bien toutes les personnes qui se sont occupées d’anatomie pathologique ; on ne peut manquer d’être frappé, quand on ouvre beaucoup de cadavres, de la différence qui existe entre le cerveau, d’une part, et les ganglions et les nerfs de l’autre, sous le rapport de la promptitude de leur décomposition putride. Elle arrive beaucoup plus tard dans ces derniers que dans les masses pulpeuses qui servent décentré au système nerveux; ce qui tient évidemment à la présence d’une plus grande quantité de neurine dans celles-ci que dans ceux-là. Celte dernière est très-difficile à incinérer.
D’après l’analyse de M. Vauquelin, la neurine sc composerait, sur 100 parties, de
Eau 80,00
Albumine 7, 00
Matière grasse blanche. ... 4>5o
Matière grasse rouge 0,70
Ozmazome 1,12
Phosphore i,5o
Soufre 5,i 5
3p O COURS DK PHYSIOLOGIE.
Phosphate acide de potasse.
Phosphate de diaux et de
magnésie.
des traces.
Hyd rochî orale de soude.
Suivant M. John, qui, ainsi que d’autres chimistes , a repris l’examen de la substance nerveuse , celle-ci ne contiendrait ni soufre ni phosphore ; mais il est difficile de croire, que M. Yauquelin se soit mépris au point d’admettre dans la neurine une proportion assez notable de ces principes, s’il n’en existait réellement aucune trace. Ce n’est toutefois pas sur cette circonstance que je veux surtout appeler votre attention ; c’est sur la présence dans le cerveau des deux matières grasses qu’y a signalées M. Yauquelin, à une époque fort antérieure à celle où M. Chevreul a publié son beau travail sur les corps gras. Je vous ai déjà fait observer précédemment qu’il se pourrait fort bien que la graisse cérébrale fut formée , lors de l’analyse, par les petites veines qui restent dans la trame du tissu soumis à l’épreuve des réactifs. Quant à sa nature , nous ne pouvons décider si c’est une graisse particulière au cerveau, ou si ce ne serait pas plutôt une simple modification de celle qui se trouve dans le reste de l’organisme. M. Chevreul regarde la matière grasse rouge comme une variété de la blanche, et non comme une espèce particulière.
(3i) COMPOSITION 1NT1MK DES ANIMAUX. 3gi Il ignore , m’a-t-il avoué, si c’est de l’oléine ou de la stéarine qui compose ces graisses. Mais une chose digne d'intérêt, c’est la présence de l’albumine, du soufre et du phosphore. Comment le soufre entre-t-il dans la composition de l’encéphale? Le chimiste distingué que je citais tout à l’heure , pense qu’il y est à l’état d’acide sulfurique, et en combinaison avec l’albumine, à laquelle il donnerait , selon lui , un caractère particulier; en vous citant cette opinion , je dois vous avertir quelle demande la sanction de l’expérience, et quelle n’est encore qu’une vue conçue à priori. On peut, au reste, en dire autant à l’égard de l’existence du soufre dans l’albumine en général: ce fait, assez communément admis, n’a d’autre preuve que la réalité de la présence de ce principe dans l’albumine de l’œuf; car tous les chimistes que j’ai interrogés, et M. Chevreuil lui-même, m’ont dit qu’ils admettaient le soufre dans la partie albumineuse du sang, uniquement par analogie avec ce qu’ils ont observé dans celle de l’œuf fécondé. Il serait donc fort possible que le soufre qui existe, selon toute probabilité . dans le cerveau, n’y fût nullement combiné avec l’albumine , et qu’il y fût dans un état tout différent de celui qu’on a supposé.
Différences. i° Selon les parties du système nerveux. La neurine ne présente pas partout les
5()2 COURS DE PHYSIOLOGIE. (fo)
mêmes caractères ; elle est surtout irès-clilFérente dans les centres nerveux de la vie animale, et dans les ganglions que Bichat a appelés de la vie organique; dénomination sous laquelle on comprend aussi bien les ganglions du grand sympathique que ceux du système nerveux viscéral. La substance pulpeuse qui remplit la trame de la partie centrale du système nerveux , ou de la moelle épinière dans le canal rachidien, aussi bien que dans Je crâne , celle qui constitue la très-grande partie des masses ganglioniformes qui s’y ajoutent , comme les lobes olfactifs, les hémisphères, les tubercules quadrijumeaux , le cervelet, m’a paru à peu près identique, et telle que je vous l’ai décrite; tout au plus y a-t-il une légère différence sous le rapport du volumedes molécules. Mais dans les ganglions interver lébraux , surtout dans ceux de la vie organique , on observe toute autre chose. Ici vous trouvez une substance constamment grise et plus ou moins rougeâtre , semitransparente, et qui remplit les vacuoles d’un tissu cellulaire dense et presque fibreux. Cette substance a un aspect particulier, ce qui la distingue de la neurine cérébrale ; cependant il reste encore, pour bien connaître jusqu’à quel point elle en diffère, à étudier avec soin ses caractères microscopiques et chimiques ; ce qui n’a pas été fait jusqu’à présent.
Je ne vous parle pas de la neurine ou pulpe nerveuse, qui, suivant Reil, et la très- grande partie des anatomistes qui ont écrit depuis f se trouve dans les filets nerveux , parce que , comme nous le verrons plus tard , je n’ai jamais pu réussir à y démontrer cette substance ; mon opinion , à cet égard, vient d’ètre confirmée par les observations microscopiques de MM. Hodgbins et Lister.
Quant à ce qu’on nomme les nerfs optiques et acoustiques, c’est tout autre chose que les filamens nerveux, et la neurine qui entre dans leur composition ne m’a pas paru différer sensiblement de celle qui constitue le cerveau et la moelle épinière.
2° Les différences que l’âge peut amener dans la neurine sont fort peu connues. Dans le jeune sujet, la pulpe cérébrale est plus molle, plus rapprochée de l’état fluide qu’elle ne le sera dans la suite , ce qui dépend surtout de ce que le tissu cellulaire qui la loge est alors beaucoup moins dense que plus tard. M. Desmoulins nous assure que } chez les individus plus âgés , on trouve , sous ce rapport, des différences de densité et de dureté très-appréciables par les moyens physiques, et <{ui ne sont pas sans importance en physiologie et en pathologie.
~>0 Quant aux différences selon les tempéramens , les circonstances hygiéniques , les sexes tome i. 28
3g4 COURS DE PHYSIOLOGIE. (3^
et les races , nous ne possédons pas d’observations qui nous les fassent connaître , et Ja difficulté de leur étude nous fait craindre que nous ne restions long-temps encore dans une ignorance complète à leur égard.
4° Les différences dans l’état morbide ont attiré l’attention des observateurs, et ont été étudiées par eux avec beaucoup de zèle ; ce qui fait que nous possédons déjà un petit nombre de données intéressantes sur cette partie importante de l’anatomie pathologique. On sait que , dans les inflammations du cerveau, le tissu de cet organe est le siège d’une congestion de sang, et comme ce liquide dépose alors plus que dans l’état de santé, il en résulte une exubérance et une sorte d’induration de la matière nerveuse. Cet état morbide encore peu connu, et que l’on peut regarder comme une hypertrophie , demande à être analysé avec soin. 'Une maladie qu’on a beaucoup étudiée dans ces derniers temps est le ramollissement du cerveau ; mais les médecins qui s’en sont occupés se sont contentés d’observer à l’œil nu, et d’une manière toute superficielle, les altérations qui constituent cette maladie, et de les rapprocher des symptômes qui en étaient le résultat pendant la vie. Il est bien à regretter qu’ds aient complètement négligé jusqu’à ce jour le secours du microscope, et celui de la chimie. Enfin l’état cancéreux qu’on
(35) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 3q5
peut aussi remarquer dans quelques parties du cerveau demande également de nouvelles études , afin qu’on sache s’il y a alors altération de la matière cérébrale elle-même, ou dépôt dans le tissu nerveux d’une substance morbide contenue dans le sang. Vous sentez , Messieurs, que je ne puis entrer ici dans beaucoup de détails sur l’anatomie pathologique du système nerveux , et que je dois me renfermer dans ce qui concerne les altérations de la partie pulpeuse et de la neurine; or, nos connaissances sur ce qui constitue réellement ces altérations, étant à peu près nulles, c’est présent à vous indiquer les lacunes delà science sur ce point que ma tâche se borne en ce moment.
5° Différences dans la série. La neurine présente des différences assez notables dans la série animale, surtout par rapport à sa quantité. Ce n’est même que sous ce rapport que nous en trouvons jusqu’à présent dans la division des ostéozoaires . Vous savez que sa proportion augmente d’autant plus, qu’on approche davantage de l’homme qui en possède la plus grande masse, ün remarque bien aussi que les variétés blanche et grise de la pulpe cérébrale deviennent de moins en moins distinctes à mesure qu’on descend l’échelle des vertébrés ; leur quantité relative change en même temps un peu : fait qui se retrouve chez les mammifères observés aux divers degrés de leur développe-
3g6 COURS DE PHYSIOLOGIE. (3G)
ment. Tandis que chez l’homme et tous les animaux de sa classe , la distinction de la pulpe grise et de la blanche est très-prononcée, il n’en est plus tout-à-faitde meme dans les autres classes d’ostéozoaires. Dans les oiseaux , elle est encore au moins aussi sensible ; mais la quantité de substance grise dans les masses cérébrales est bien plus considérable.
Dans les reptiles } on remarque à peu près les mêmes différences que dans les oiseaux.
Chez les a/nphibiens } les masses cérébrales n’offrent presque plus qu’une seule substance pulpeuse, tant la couleur est uniforme. Mais cette substance est généralement plus molle que dans les trois classes précédentes.
Ces caractères négatifs sont encore plus prononcés dans les poissons , chez lesquels on ne peut reconnaître de substance grise proprement dite.
Dans les animaux articulés extérieurement } nous ne pouvons plus distinguer les deux substances. Ici , la pulpe nerveuse, qui est assez abondante pour former des ganglions très-apparens , se montre partout la même ; elle est évidemment granuleuse.
Dans les malacozo aires } nous trouvons de la neurine dans les ganglions sus-œsophagiens ou cérébraux, et dans les nerfs, dans lesquels elle se prolonge, à la différence de ce qui a Heu chez les
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animaux vertébrés ; car, pour le dire en passant, chez ces derniers , les nerfs ne sont pas , comme on la cru long-temps , des tubes remplis de matière pulpeuse; ce sont dés cordons sans cavité intérieure, et réunis en plus ou moins grand nombre (1).
Quant aux animaux du type des actinozoaires , à peine avons -nous quelque soupçon sur l’existence d’un système nerveux chez les plus élevés d’entre eux; nous n’avons, par conséquent, rien à vous dire sur la neurine qui peut exister à ce degré de l’échelle animale.