‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource]Chapitre 5 sur 45 · TOME i · texte numérisé non relu

TOME i

:ju COURS 1)E PHYSIOLOGIE.

Et le mode viviseclique.

Jetons un coup d’œil sur chacun d’eux.

A . Dans le mode hygiénique , l’on se borne à changer, soit d’une manière continue , soit d’une manière intermittente, quelqu’une des influences ordinaires de l’air, de l’eau , de la chaleur , de l’éleçtricité , de la lumière et de l’obscurité , ainsi que de l’alimentation , sur l’animal en santé ou en état de maladie. Il y a ici une foule d’expériences souvent assez faciles à instituer, et dont les résultats peuvent avoir quelque valeur.

B. Dans le mode thérapeutique , les expériences sont faites à l’aide de moyens appelés thérapeutiques, parce qu’ils sont réservés poulie traitement des maladies. Elles peuvent être instituées aussi dans l’état sain et dans l’état morbide ; elles portent essentiellement sur les fonctions de tissu. Leur nombre est très-considérable, mais elles sont bien plus difficiles que les précédentes. Quant à leurs résultats , ils se prêtent aussi beaucoup moins aisément à l’analyse que ceux de ces dernières, et ils n’ont pas, à beaucoup près, la meme valeur qu’eux, parce que l’action des moyens thérapeutiques varie selon les idiosyncrasies.

C. Le mode vivisectique est celui dans lequel les expériences sont faites , par des procédés opératoires , sur l’animal vivant. Elles sont encore

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ici très-nombreuses et très-variées ; mais leur iustitution et leur exécution présentent souvent beaucoup de difficulté. Les résultats qu’elles fournissent sont , dans un très-grand nombre de cas , fort difficiles à analyser et à apprécier , au milieu des phénomènes complexes que produit la vivisection ; aussi ces résultats sont-ils souvent appréciés d’une manière contradictoire.

On a néanmoins l’avantage, dans ce mode d’ex périmentation , de pouvoir agir sur tel ou tel tissu: par exemple sur les vaisseaux et sur les nerfs qui vont se distribuer à un organe. Dans ce cas, si les lésions que l’on produit ne sont pas trop considérables , les résultats de l’expérience peuvent être satisfaisans , surtout quand l’animal est en état de vivre encore pendant un certain temps; car , en général , il ne faut pas compter pour beaucoup les phénomènes ou les altérations qui se manifestent immédiatement après l’opération.

En résumé , le degré de confiance que méritent les expériences directes , est proportionnel à la difficulté de l’institution, à celle de l’exécution, à la simplicité et à la durée des phénomènes.

E. Des moyens artificiels.

Ces moyens sont des créations de notre esprit: nous trouvons d’abord parmi eux les forces parliculiei es qu on a imaginées à l’imitation des phy-

siciens , pour expliquer les phénomènes. Sans aucun doute, ce moyen-là est le plus aisé à manier, mais aussi c’est le plus stérile quand on lui donne la valeur d’un fait , car alors il ne peut conduire à aucun bon résultat en zoobiolome.

Il est même à remarquer que plus l’esprit humain avance dans les procédés à l’aide desquels il cherche la vérité, moins il a recours à la création de forces particulières.

En effet , pour me servir de l’expression d’un jeune professeur de philosophie positive (1) (la seule philosophie qui soit véritablement digne du siècle où nous vivons ) , les sciences ont passé successivement par trois états : Y état théologique , Y état métaphysique et Y état positif; c’est-à-dire qu’on a usé successivement de trois méthodes pour expliquer les phénomènes. On a d’abord eu recours à l’intervention d’une cause divine qu’on plaça tantôt hors de l’univers , et tantôt dans l’univers lui-même. A cette époque, les médecins eux-mêmes reconnaissaient des maladies sacrées , qui résultaient d’une action immédiate de la divinité. Plus tard , on attribua les phénomènes à des facultés particulières , véritables entités créées par l’esprit, comme cela est surtout évident en physiologie , où nous voyons presque

(1) M. Auguste Comte.

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toutes les fonctions présentées comme dépendant d’une faculté spéciale ; la digestion , par exemple, reconnaître pour cause une faculté digestive ; l’intelligence être due à la faculté intellectuelle; les actes de nutrition , à des forces nutritives , assimilatrices, à la sensibilité organique, selon Bichat ; les diverses sensations , à autant de sensibilités particulières, etc. En même temps, l’ensemble des phénomènes était attribué à l’action d’une entité supérieure , d’un enormon ou impetus faciens , d’une archée , d’une ame pour ainsi dire corporelle, d’un principe vital, de la nature ; Blumenbach imagina son ni sus formativus. Enfin on eut recours à des forces ; mais on n’en fut pas plus avancé pour avoir emprunté cette expression aux physiciens; car on ne lui conserva pas le sens hypothétique que ceux-ci lui donnent, et l’on transforma ces forces en des êtres réels. Les physiciens, en effet, considérant tous les phénomènes dynamiques de l’univers comme provenant de ruptures d’équilibre , ont dû supposer , dans chacun d’eux , des forces antagonis tes : lorsqu’elles agissent avec la même intensité , lorsqu’elles s’équilibrent , le corps est en repos , et il n’y a par conséquent pas de phénomène ; il y en a au contraire, et le corps entre en mouvement lorsqu’une de ces forces l’emporte sur l’autre. Mais pour ces savans , ce n’est là qu’un moyen artificiel d’analyser les phénomè-

ncs. Dans la méthode positive , selon laquelle le travail scientifique se fait aujourd’hui à peu près dans toutes ses branches , les phénomènes sont complètement analysés , tant extrinsèquement qu’intrinsèquement , sans égard pour la cause qui les produit. Ainsi , par exemple, pour ce qui concerne la théorie de la chaleur , on l’a très-peu avancée par les recherches qui ont été faites sur sa cause, et pour découvrir si celle-ci était un corps ou un mouvement; on a au contraire beaucoup fait pour cette théorie quand on s’est borné à étudier les lois du phénomène; c’est ce que prouvent les beaux travaux de M. Fourier.

Il ne faut cependant pas exagérer ce mode de procéder à lctude des faits , ouplutôtne nous bornons pas à ce seul travail ; sans cela nous y trouverions l’inconvénient de recueillir des faits particuliers sans voir et sans établir leur liaison , et il nous deviendrait dès-lors impossible de concevoir et de réunir dans certaines limites l’ensemble des phénomènes que l’esprit humain a l’heureuse faculté d’apercevoir dans l’univers. Imitons Newton qui , après avoir analysé avec la sagacité du génie, les phénomènes de la lumière , dans son célèbre Traité d’Optique, termine celui-ci par des questions qui ne constituent rien moins qu’un système général des causes de ces phénomènes, et qui les font remonter à l’attraction.

introduction.

11 nous reste à vous parler d’un dernier moyen artificiel , qui est très-important pour diriger notre intelligence à travers celle foule de phénomènes, pour pouvoir les analyser, les concevoir, les réunir sous des formules ou des lois de plus en plus générales ; ce moyen est ce qu’on nomme l’ordre ou la méthode. C’est dans l’ordre ou la méthode à laquelle est parvenue une science qu est réellement toute sa philosophie. Ajoutez-y une nomenclature en rapport avec cette méthode, et vous serez arrivés à tout ce qu’il y a de mieux possible dans la constitution de cette science. Ainsi , dans ces derniers temps, lorsque la chimie eut fait les nombreuses acquisitions (pi elle doit au génie des Priestley, des Cavendish et des Lavoisier; lorsque ces illustres savons eurent pu concevoir , à l’aide de la grande quantité de phénomènes qu’ils avaient analysés, un ordre méthodique pour classer ces phénomènes ; lorsqu’ils eurent traduit cet ordre par une nomenclature en rapport avec lui , la science dont nous parlons atteignit un degré de perfectionnement tel , qu’il devint possible au professeur de faire connaître en peu de temps un très -grand nombre do laits , et à l’élève de concevoir rapidement les leçons du premier. Vous devez voir par là que si dans les sciences , et dans la zoolnologic comme dans toute autre, nous pouvons arriver à établir.

uu ordre , une méthode rationnelle, qui nous présente les phénomènes dans une succession de rapports , d’explications , de formules de plus en plus générales ; et que si nous pouvons établir une nomenclature conçue dans le même esprit , et qui traduise bien cet ordre , nous aurons vraiment atteint la pierre philosophale de la physiologie. Car , si ce qu’on nomme la méthode naturelle est la pierre philosophale du zoologiste , vers laquelle il doit tendre constamment , sans espoir néanmoins d’en atteindre jamais la perfection , elle est aussi celle du zoobiologiste.

Vous sentez donc , Messieurs, de quelle importance est l’ordre méthodique dont je parle ; mais vous ne perdrez pas de vue que cet ordre est une création de notre esprit , un moyen artificiel à l’aide duquel nous parvenons à ramener un nombre immense de phénomènes à des faits de plus en plus généraux , jusqu’à remonter ainsi aux lois qui régissent la nature entière.

Il suit de là que la méthode fait partie de la philosophie ; car la philosophie telle qu’on doit la définir maintenant , n’est pas autre chose que l’analyse de l’ordre, de la méthode que doit suivre l’esprit humain dans l’étude de la nature, pour arriver à constituer une science dans quelque direction que ce soit. Considérée ainsi, la philosophie appartient à l’anatomie , aux classi-

(u5) INTRODUCTION. 5j

iical ions des animaux, à la médecine, en un mot , à toutes les branches de la zoologie ; elle s’appliqueplus facilement à l’étude des phénomènes généraux de la nature inorganique , en d’autres termes , à la recherche des lois de l’astronomie , de la physique et de la chimie. La philosophie telle que la concevaient Newton , Leibnitz , etc. , qui se sont toujours trouvés à sa tête, en même temps qu’ils marchaient les premiers dans la science par les faits nouveaux qu’ils découvraient, ou par les instrumens qu’ils avaient aiguisés pour en faciliter l’étude , cette philosophie présidait aux travaux de ces grands génies quand ils découvraient simultanément le calcul intégral et différentiel. C’est là véritablement la philosophie, et toute la philosophie, car ce que les philosophes se sont réservé est inabordable , surtout avec les élémens que la plupart ont pu prendre dans leurs études préliminaires.

Vous concevez , Messieurs pour quelle raison vous devez attacher une très-grande importance à l’ordre dans lequel vous classerez les phénomènes dans quelque science que ce soit ; vous concevez qu’il n’est rien moins qu’indifférent de commencer par un bout et de finir par l’autre. Ce n’est nulle part le cas, et moins que partout ailleurs , dans la science que nous nous proposons d’étudier. Comme vous le verrez tout à l’heure, il

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n’y a pas de corps isolés lorsqu’on envisage la nature clans son ensemble , il y a un tout continu , dont les diverses parties, que nous distinguons sous le nom de corps, sont en connexion nécessaire, en état de réaction mutuelle , et ne sauraient être isolées les unes des autres. Par conséquent un corps organisé est soumis aux lois qui régissent l’ensemble de la nature; il l’est a la réaction des corps qui l’entourent , et à l’action réciproque de ses propres molécules ; en sorte qu’une multitude de forces convergent ici vers un but qui est la vie de cet être. Cette complication de forcesrend l’analyse très- difficile. Lorsqu’un mathématicien introduit dans son calcul un petit, nombre d’élémens , il obtient aisément un résultat exact ; mais s’il cherche à évaluer l’action combinée d’un grand nombre de forces , il est obligé de réduire ce nombre, avant de pouvoir analyser cette action avec l’instrument mathématique. On en trouve un exemple bien évident dans la manière dont il analyse les perturbations des corps célestes suspendus dans l’espace.

Que sera-ce si nous analysons un être vivant , qui non-seulement est en rapport avec les circonstances extérieures, mais encore avec les circonstances intérieures dépendantes de son espèce, et avec tous les animaux? L’analyse est ici trèsmalaisée, et la méthode , si elle est importante

INTRODUCTION

(a7) INTRODUCTION. OC)

n’en est pas moins hérissée de difficultés ; c’est à cela qu’il faut attribuer l’invention des forces , quand les physiologistes en ont eu besoin. Ils ont largement usé de ce moyen de franchir la difficulté. Ainsi, vous verrez que Barthez a été jusqu’à imaginer une force de situation fixe , création qui n’a aucune espèce de raison, ni dans les faits , ni dans l’art de philosopher.

Une autre considération qu’il importe de consigner dans ces prolégomènes philosophiques , c’est que la méthode doit marcher le plus possible du simple au composé , et surtout du plus connu au moins connu , le plus connu devenant alors une sorte de mesure , ce qui nous fait rentrer dans la définition de la mathématique , la science qui mesure des grandeurs inconnues par des grandeurs connues , ayant avec les premiers certaines relations connues. C’estpour suivre cette dernière marche que je vous ai dit dans un autre cours, que je me garderais bien en anatomie et en physiologie de prendre mon point de départ dans les êtres inférieurs. Je le prendrai chez moi,, chez l’homme , parce que les phénomènes de la vie me sont mieux connus par ceux que je sens, que j’observe en moi , dans les individus de mon espèce , que par ceux que présentent les autres êtres plus ou moins éloignés de notre organisation ; et que par conséquent il m’est plus aisé de descendre

Go

de ces phénomènes vers ceux qui se rapprochent de plus en plus des phénomènes généraux de la nature, jusqu’à se confondre enfin avec eux. 11 est vrai toutefois que la marche opposée, ou celle du plus simple au plus composé , est également philosophique; mais elle est à peine applicable à la physiologie , à cause de l’objet même de cette science. Au reste , nous tâcherons de faire converger les deux modes de procéder, en employant tout l’art don t nous sommes capables pour résoudre les problèmes très-difficiles dont nous nous sommes proposé d’essayer la solution.

Pour concevoir l’ordre que j’ai adopté, il faut que vous vous rappeliez la définition que j’ai donnée de la philosophie; car si le plan de mon cours a été vraiment compris dans son ensemble, il est évident que vous aurez dû trouver dans celle définition tout ce que je vais essayer de développer devant vous.

C’est àtort que, dans l’exposé d’une science, on commence par sa définition; il vaudrait mieux analyser d’abord, autant qu’il est possible, la science dont on s’occupe, et en déduire la définition , qui n’est que l’expression la plus contractée desfaitsélevés aux lois qui constituent cette science. Si je vous ai donné préalablement cette définition, c’est afin de fixer votre attention. J’ai défini la zoobiologie , la science qui dans les animaux analyse les phé-

(i9) introduction. Oi

nomènes de Ja vie dans leur production et dans leur rapport avec l’organisation de ces êtres , et qui cherche à les expliquer par les lois générales de l’univers. Ainsi ., comme je vous l’ai déjà dit , il y a deux choses distinctes , l’analyse des phénomènes et leur explication.

Il faudrait , pour suivre la marche rigoureusement mathématique, vous exposer la valeur des termes que je viens d’employer., vous dire ce qu’il faut enLendre par la vie , ce que sont les êtres qui en jouissent au plus haut degré , c’est-à dire les animaux ; mais la définition que j’ai essayé d’en donner ne serait peut-être pas comprise ni appréciée: je crois donc que ce n’est pas encore le moment de vous Ja faire connaître (1). U vaut mieux que nous commencions par étudier ensemble la succession des phénomènes , en nous aidant de tous les moyens qui sont en notre pouvoir ; après cela je vous dirai ce que j’entends par la vie , et je vous définirai les animaux, autant qu’il est possible de les définir ; car , ainsi que vous le verrez , la définition de ces êtres , en les distinguant des végétaux , offre beaucoup de difficultés, et ne peut être que très-artificielle.

Ainsi donc, en ce moment, au point auquel nons sommes parvenus , nous devons , préalahle-

(i) Elle se trouve nu reste dans plusieurs de mes ouvrages; voyez, entre autres, mon ier vol. d1 Anatomie comparée.

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ment à toute autre chose , nous arrêter à vous développer l’ordre cpienous avons cru devoir établir pour l’exposition des phénomènes que nous nous proposons d’analyser et d’expliquer lorsque cela sera possible , ce qui constitue le plan de notre cours ; c’est un point tout aussi important que nécessaire , qui nous demandera même quelques considérations préliminaires qui feront le sujet de notre prochaine leçon.

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