RÉTINE (IRRADIATION, ETC
fut rendue, virent aussitôt les objets droits et non renversés1.
Il faut aussi rechercher quelles sont les conditions de la vue simple avec les (leux yeux : pour qu’un point, qui vient faire son image dans les deux yeux et par suite donne lieu à deux impressions rétiniennes, ne produise qu’une seule impression dans les organes nerveux centraux, sur le cerveau, il faut qu’il vienne se peindre sur deux points similaires des deux rétines: chaque fois que nous voyons double, comme dans 1 e strabisme, c’est qu’il
1. Nous nous sommes élevés plus haut (voy. p. 634) contre la vieille formule qui identifie la rétine à un écran pur et simple; nous avons vu qu’il ne suffit pas de conduire le rayon lumineux jusqu’à la rétine, qu’il faut le suivre et l’étudier dans cette membrane. Or, cette étude, faite précédemment (p. 635), nous donne précisément les éléments i capables de nous expliquer la nécessité de la vue droite avec les prétendues images renversées. On sait que la compression mécanique d un point de la rétine donne lieu à une image lumineuse (phosphène, p. 630), qui nous semble située dans le champ visuel du côté opposé à celui où se fait la compression, (voy. Serre d’Uzès, Essai sur les r phosphènes ou anneaux lumineux de la rétine. Paris, 1853). «Celte ■situation de l’image subjective des phosphènes, dit Rouget, image diamétralement opposée à la région de la rétine excitée (quoique cette image soit complètement indépendante des phénomènes optiques de la vision), démontre que toutes les impressions communiquées aux extrémités des nerfs rétiniens par l’intermédiaire des bâtonnets (voy., p. 636) sont reportées au dehors de l'œil dans la direction des axes prolongés des bâtonnets. Les axes prolongés s’entrecroisent au centre de courbure de la rétine (dans l’œil), puisque les bâtonnets sont ordonnés suivant les rayons de cette courbure ; après leur entre-croisement, ils ont en dehors de l’œil, dans la place où se produit l’image subjective, une direction inverse à celle des bâtonnets eux-mêmes, les axes prolongés des bâtonnets de la région supérieure de la rétine correspondant à la partie inférieure de l’image subjective (phosphène), ceux de la région inférieure à la partie supérieure, etc. — Cette inversion se produit également quand, au lieu d’un corps solide (extrémité du doigt pour les phosphènes), c’est une •mage renversée formée sur le miroir choroïdien (p. 635) qui fait vibrer, après réflexion, les bâtonnets dans la direction de leur axe. De cette façon, le renversement phgsique (optique), résultant de l’entrecroisement des rayons lumineux au point nodal, est composé et annulé. En un mot, l'image , renversée par les conditions optiques de l'œil, est redressée par le mécanisme physiologique des sensations reportées a distance du point excité, comme sont reportées loin du point excité les sensations de fourmillement périphérique (voy., p. 108 Excentricité des sensations ) résultant de congestion médullaire- ou’ mieux encore, comme les sensations des moignons des amputés’ sont rapportées à l’extrémité des doigts. »
ORGANES DES SENS (OEIL)
y a défaut de symétrie entre les points ébranlés dans chaque rétine (voy. p. 48). Mais il faut ajouter que la nécessité de l’impression sur deux points similaires, identiques des deux rétines, n’est que le résultat de l’habitude, que rien sous ce rapport n’est préétabli et fatalement lié aune disposition anatomique, comme le voulait la théorie nativistique de J. Müller. Aujourd’hui, après les belles études de Helmholtz, la théorie empirislique doit remplacer la théorie nativistique. Ne nous suffit-il pas de faire des préparations sous le microscope composé, qui renverse les images, pour apprendre à diriger, sans réflexion, nos mouvements d’après une perception visuelle qui est l’inverse de celle à laquelle nous sommes habitués? Les strabiques ne s’habituent-ils point à fusionner les images fournies par des points non identiques des deux rétines, et cette habitude ne devientelle pas assez grande pour que la diplopie se manifeste loisque, , après opération et retour de l’œil à sa position normale, les images viennent se faire, cette fois, sur des points identiques ?
Quant à la vue des reliefs, c’est une perception de l’esprit. Le stéréoscope ne produit une illusion aussi complète que paice qu’il offre à l’esprit, tout résolu, le travail que celui-ci eût dû résoudre lui-même. En un mot, d’après la conclusion même de Helmholtz, danslastéréoscopie, deux sensations, reconnaissables l’une de l’autre, arrivent simultanément à notre conscience ; leur fusion en une notion unique de 1 objet extérieur ne se fait pas . par un mécanisme préétabli de l’excitation de 1 organe des sens,
mais par un acte de conscience. f
Sur toutes les questions de ce genre, 1 histoire des a\eugles- j nés qu’on vient d’opérer est décisive. Au moment où ils recouvrent la vue, ils éprouvent les mêmes impressions visuelles que nous, mais leurs centres des perceptions visuelles n’ont pas fait, dans leurs rapports avec les autres centres, la même éducation que les nôtres : ce qui leur manque, c’est ce que nous avons acquis. Le plus souvent, au moment où, pour la première fois, ils voient le monde extérieur, ils croient que tous les objets qu ils aperçoivent touchent leurs veux; ils ne savent ni situer, ni interpréter leurs impressions rétiniennes2.
Annexes de l'œil.
Les annexes de l’œil sont ; les muscles destinés à mouvoir
1. Voy. E. Javal, art. Diplopie du Nouv. Dict. deméd.et de chirur.
Pr± Voy/ l’histoire bien connue de l’aveugle de Cheselden, m H. Taine, de l’Intelligence, t. 11, ch. il.