DE LA QUATRIÈME ÉDITION
La bienveillance avec laquelle ont été accueillies, en France et à l’étranger1, les précédentes éditions de ce Cours de Physiologie, nous montre qu’il est venu remplir une véritable lacune, en répondant, sous une forme résumée, aux besoins les plus urgents de l’enseignement. Le format de ce volume, le choix des figures, les représentations schématiques, les résumés dont nous avons fait suivre chaque grand chapitre, tout montre en effet que nous avons cherché essentiellement à donner une idée exacte de l’état de la science dans un précis de physiologie, dont la place était marquée à côté des traités complets et volumineux que nous possédons en France.
C’est dans ce môme sentiment que nous avons redoublé de soins pour faire de cette nouvelle édition un ouvrage qui, mis au courant de la science, répondit le plus directement possible aux besoins les plus immédiats de l’étudiant en médecine.
Il nous suffira donc, pour éclairer le lecteur dès ces premières pages sur les modifications principales apportées à sa rédaction, de rappeler ce qu’ont de particulier certaines parties déjà comprises dans les éditions précédentes et d’indiquer, sur quelques questions générales et essentielles, les nouvelles additions qui y ont été faites.
Au premier point de vue, et pour bien préciser l’esprit général de ce livre, nous attirerons surtout l’attention du lecteur sur le rôle qui est assigné à l’étude des éléments anatomiques, et en particulier aux cellules ou globules. (Nous avons conservé ce nom de globule, quoique celui de cellule soit plus généralement employé aujourd’hui, parce qu’en réalité il correspond plus exactement à la morpho-
1. Traduction anglaise : A Course of Lectures on Physiology, as dclivered by prof Kuss, etc., translatcd by Robert Amory. Boston, 1875, in-18.
Traduction espagnole : Curso de Fisiologia, etc., traducido por D. J. Mitjavila y Ribas. Madrid, 1876.
PRÉFACE
logie réelle de ces éléments anatomiques primordiaux et essentiels.) C’est ainsi que nous insistons sur l’origine embryonnaire des globules dérivés des trois feuillets du blastoderme; c’est ainsi que nous faisons jouer le rôle principal aux globules épithéliaux dans les actes (¥ absorption et de sécrétion. En effet, nous croyons qu’il est temps que la physiologie cesse d’emprunter uniquement aux phénomènes physiques d’endosmose et d’exosmose l’explication de ces actes, qui appartiennent essentiellement aux corps vivants, pour en baser enfin l’étude sur celle des éléments essentiellement vivants, sur celle des éléments globulaires (cellules).
A côté de ce point de vue général, qui a été celui où nous nous sommes placé dès la première édition de cet ouvrage (1873), et dont les travaux récents ont établi chaque jour davantage la légitimité, en montrant que la physiologie générale ne doit être autre chose que l’étude des propriétés des éléments anatomiques (lesquels sont représentés par les globules ou leurs formes dérivées), il est quelques questions plus particulières relativement auxquelles les développements théoriques que nous avions empruntés à l’enseignement du professeur Küss , source originelle de notre rédaction, avaient pu et dû être l’objet de discussions et de critiques; nous avons celte fois glissé plus légèrement sur l’exposé de ces théories de notre premier maître, sans les abandonner cependant, toutes les fois que l’expérimentation n’était pas encore venue trancher définitivement le problème. C’est ce que comprendra facilement le lecteur en se reportant aux chapitres consacrés soit à l’étude du rôle de la bile dans V absorption intestinale, soit à l’élude de la sécrétion rénale, soit enfin à l’histoire du système lymphatique considéré comme appareil en connexion, à ses origines, avec les surfaces épithéliales.
Quant aux additions destinées à mettre cet ouvrage au courant des progrès de la science, nous pouvons, sans les énumérer toutes en particulier, les classer en deux catégories bien distinctes : celles qui se rapportent à des questions générales, et celles qui ont trait à des faits de détail.
PRÉFACE
Dans le premier groupe, nous devons appeler avant tout l’attention du lecteur sur les développements que nous avons donnés aux questions de physiologie générale : cette science, que les travaux de Cl. Bernard ont portée si loin, est tout d’abord l’objet des considérations préliminaires dans lesquelles, en retraçant rapidement son histoire, nous avons cru devoir caractériser, par quelques exemples et développements anticipés, l’œuvre de Bichat, de Magendie et de Cl. Bernard, notre illustre maître; puis, comme il est impossible de faire de la physiologie générale sans connaître les fonctions particulières de l’organisme, nous avons repris, après l’étude des principales de ces fonctions, l’analyse des actes élémentaires qui s’y rapportent, et c’est ainsi notamment, qu’après les articles consacrés à la digestion et à la respiration, nous donnons, sous le nom de nutrition, dans un chapitre entièrement nouveau, un essai de synthèse auquel devra se reporter le lecteur pour saisir dans une vue d’ensemble les rapports généraux des actes fonctionnels de l’organisme et de ses rapports d’échanges avec le milieu extérieur. C’est aussi comme additions d’une importance générale que nous signalerons les nombreux résumés anatomiques dont nous avons fait précéder l’étude de chaque fonction : ces considérations anatomiques ont reçu des développements tout particuliers pour les appareils du système nerveux central (Moelle, Bulbe, Encéphale), et si l’auteur s’est plu à donner ces nombreux détails anatomiques, par ce fait qu’ils ont été et sont l’objet de ses recherches particulières, il croit pouvoir en môme temps espérer que le lecteur sera bien aise de trouver en eux une base solide pour l’interprétation des faits expérimentaux et cliniques qui viennent tous les jours, en si grand nombre, constituer l’élude physiologique des centres nerveux.
Parmi les additions qui se rapportent à des questions particulières, c’est encore celles faites à l’analyse des fonctions du système nerveux que nous citerons tout d’abord: les localisations cérébrales, question à l’ordre du jour, ont été l’objet de développements qui, en présentant l’état actuel des données cliniques et expérimentales, donnent
PRÉFACE
l’interprétation que ces faits nous paraissent appelés à recevoir. Une question importante, et que cependant nous avions complètement omise dans les éditions précédentes, a trouvé ici la place qui lui était due : nous voulons parler de l’étude du liquide céphalo-rachidien. — Enfin, signalons seulement l’indication des travaux récents de P. Bert sur les gaz du sang, de Hayem et Pouchet sur l’origine des hématies, les recherches sur la spermatogénie, sur l’origine de Y ovule, sur le pourpre rétinien, etc., etc.
La nature même des développements consacrés aux questions générales ou spéciales que nous venons d’indiquer, nous a décidé cà employer deux textes différents, de manière à signaler au lecteur les parties qui sont d’une importance primordiale, et celles qui, plus particulières, peuvent être relativement négligées à une première lecture, ne devant être de sa part l’objet d’une élude plus attentive qu’après qu’il se sera complètement assimilé les notions relativement élémentaires. C’est ainsi que nous avons dû mettre au second plan, c’est-cà-dire en petit texte, l’analyse délicate des fonctions intimes de quelques organes des sens (physiologie du limaçon et élude des perceptions musicales ; physiologie de la rétine), l’étude de quelques questions importantes, mais fort délicates, d’embryologie (origines du corps de Wolff et des glandes génitales), l’exposé de quelques théories controversées et discutables, etc., etc.
Ces quelques indications, en prévenant le lecteur de ce qu’il trouvera dans ce volume, lui montrent assez que nous nous sommes attaché à ne pas oublier que notre but est d’être directement utile à l’élève. C’est dans cet esprit que nous avons multiplié les additions, ajouté des ligures schématiques, multiplié davantage les citations bibliographiques. Enfin, nous avons fait tous nos efforts pour que, dans les limites que nous nous sommes assignées dès le début, ce petit volume présente à l’étudiant comme au médecin un exposé complet de l’état actuel de la Physiologie.
Mathias Düval.
Juillet 1979.
• COURS