PREMIÈRE PARTIE
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
I. — physiologie. — historique. ( Bichal , Magendie, Cl. Bernard.)
La physiologie est la science des phénomènes que présentent les organismes vivants; l’anatomie a pour objet l’étude des organes et des tissus de ces êtres; la physiologie a pour objet l’étude des fonctions de ces organes et des propriétés de ces tissus. Les phénomènes qui résultent de ces fonctions et de ces propriétés ont été envisagés sous un grand nombre de points de vue et interprétés de manières très différentes.
A toutes les époques, ils furent regardés comme les phénomènes les plus impénétrables, et l’on avait été conduità admettre que les manifestations vitales s’accompliraient en dehors des lois physico-chimiques, qu’elles seraient régies par des causes impossibles cà saisir et à localiser ( principe vital, esprit, âme physiologique ou archée), causes qui auraient une existence immatérielle, indépendante du substratum organique qu’elles régissent. La chimie moderne, avec Lavoisier, nous a montré que la plus grande partie des phénomènes qui se passent dans les êtres vivants sont
küss et diival , Physiologie. 1
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
des phénomènes physico-chimiques identiques à ceux que présentent les corps bruts: c’est ainsi que le phénomène de la respiration , de la production de chaleur animale , a pu être identifié aux combustions qui se passent dans nos foyers.
Ce n’est pas à dire que la physique et la chimie nous permettent aujourd’hui d’expliquer tous les phénomènes que présentent les êtres vivants; mais du moins ces sciences nous permettent toujours, grâce à leurs puissants moyens d’investigation, de saisir et de localiser ces phénomènes, de les rattacher à un substratum organique, et nous dispensent d’invoquer l’existence d’un principe entièrement indépendant des formes organiques dans lesquelles il se manifesterait.
C’est au commencement de ce siecle que Xavier Bichat formula le premier nettement cetle idée, que la raison des phénomènes qui caractérisent les êtres vivants doit être cherchée non pas dans l’activité mystérieuse d’un principe d’ordre supérieur immatériel, mais au contraire dans les propriétés de la matière au sein de laquelle s’accomplissent ces phénomènes. Bichat. fondateur de Y anatomie générale, créateur de la science des tissus, devait être fatalement amené à considérer les phénomènes vitaux comme résultant des propriétés, des activités particulières des tissus. En s’en tenant à cet énoncé général, Bichat nous apparaît comme le fondateur de la physiologie générale; mais, en réalité, il n’en est rien: si, à la conception métaphysique des anciens, Bichat substitue une conception physiologique qui cherche à expliquer les manifestations vitales par les propriétés mêmes de la matière des tissus, il retombe dans une hypothèse vitaliste lorsqu’il s’agit de définir les propriétés de ces tissus; loin de chercher à établir une ressemblance, une identité entre les phénomènes des corps vivants et Ceux des corps inorganiques, il pose en principe que les propriétés vitales des tissus sont absolument opposées aux propriétés physiques : la vie est à ses yeux une lutte entre des actions opposées, entre les actions physico-chimiques et les actions vitales, car il admet que les propriétés vitales conservent le corps vivant en entravant les propriétés physiques qui tendent à le détruire. Quand la mort survient, c’est le triomphe des propriétés physiques sur leurs antagonistes. Bichat, d’ailleurs, résume complètement ses idées dans la défini ion qu’il donne de