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QUATRIÈME PARTIE

DU SANG

Le sang est un liquide qui, circulant dans l’organisme de la périphérie au centre et du centre à la périphérie, transporte dans l’économie les éléments absorbés par certains globules de la surface et entraîne les déchets de l’organisme en général vers d’autres globules de la surface chargés de les rejeter à l’extérieur. Dans ce continuel commerce d’échange, il est impossible qu’il y ait à chaque instant compensation parfaite, de sorte que le sang n’a pas une composition fixe, normale, typique, et qu’on peut même à un moment donné distinguer plusieurs espèces de sang, notamment le sang artériel et le sang veineux.

Le sang est donc l’une des principales humeurs constituantes (Ch. Robin). En ayant égard à ce fait, que c’est. par son intermédiaire que tous les principes introduits dans l’organisme (même les gaz, voy. Respiration) viennent au contact des éléments anatomiques, c’est-à-dire que ces éléments vivent réellement dans le liquide sanguin, on peut appeler le sang le milieu intérieur (CL Bernard) L

1 . « On dorme le nom de milieux à l’ensemble des circonstances qui •environnent l’être vivant et dans lesquelles il trouve les conditions propres à développer, entretenir et manifester la vie qui l’anime... Il faut distinguer les milieux cosmiques (air, eau, aliment, température, lumière, électricité) et les milieux intérieurs : les premiers entourent l’individu tout entier; les seconds sont en contact immédiat avec les éléments anatomiques qui composent l’être vivant. » (Cl. Bernard, Propriétés des tissus vivants .) — Au point de vue purement anatomique, on a pu considérer le sang comme un tissu, ainsi que le font aujourd’hui un grand nombre d’histologistes (Frey, Rouget), et le définir un tissu cellulaire avec substance intercellulaire liquide. II rentre ainsi dans l’une des quatre grandes classes de tissus:

1° Tissus cellulaires avec peu ou pas de substance intercellulaire: épithéliums et leurs dérivés (ongles, poils, émail, cristallin);

2° Tissus cellulaires avec substance fondamentale liquide (sang, lymphe, chyle) ;

3° Tissus cellulaires avec substance fondamentale abondante, mu-

DU SANG

Le sang est d’une couleur rouge vermeille (sang artériel) ou rouge pourpre (sang veineux ou sang noir). Sa densité est de 1,045 à 1,075. Sa réaction est toujours alcaline 1 chez tous les animaux, et aussi bien dans les conditions morbides que dans les conditions normales. Sa saveur est légèrement salée. Il a une odeur propre, peu prononcée et différente selon les espèces animales.

Quantité de sang. — L’évaluation de la masse totale du sang paraît au premier abord facile à réaliser, mais présente de grandes difficultés pratiques. On admet généralement aujourd’hui que l’organisme humain renferme en moyenne 5 à 6 litres de sang. — Pour évaluer cette masse liquide on avait essayé de saigner un animal à ô/awc (Herbst, Haidenhain); mais il reste toujours dans les vaisseaux une quantité de sang difficile à apprécier. — Une injection complète du système vasculaire, destinée à en mesurer la capacité, ne donne pas des résultats plus recommandables. — Un moyen plus simple et en même temps plus ingénieux est celui qu’a employé Valentin ; il consiste à calculer la quantité de sang cV après la dilution que lui fait subir l'injection d une quantité d'eau déterminée , étant connue la proportion de solide et de liquide qu’il contenait d’abord. Supposons, pour fixer les termes, qu’on ait constaté que le sang d’un animal contient, à un moment donné, 4 parties de liquide pour 1 de solide, proportion obtenue par i’ana-

queusc, hyaline ou fibreuse (cartilage et tous les tissus collagènes ou conjonctifs) ;

4° Tissus formés par des globules ayant donné lieu par leur juxtaposition à des lormes de fibres ou de tubes (muscles, nerfs, vaisseaux, etc.). •

1. D’après la plupart des auteurs (voyez plus loin), ce seraient le caibonatc et le phosphate tribasique de soude qui donneraient au sang sa réaction alcaline; mais d’après les recherches de Rabuteau, le phosphate tribasique ne peut, sans se décomposer, exister dans le sang riche en acide carbonique: il conclut que l’alcalinité est due au bicarbonate de soude. Nous verrons plus loin que grâce à cette alcalinité

(pCIBcrt)arb°niqUC SC fiXe SUI' leplasma du san£ (dails lcs carbonates)

Notons déjà, à propos de l’alcalinité du sang, qu’il n’y a que trois liquides de 1 organisme présentant une réaction acide: la sueur, l’urine et Je suc astrique.

SANG ET CIRCULATION

lyse d’une première saignée. Aussitôt on introduit dans le système vasculaire une quantité d’eau égale à celle du sang qu’on avait retiré, puis on pratique une deuxième saignée, qui naturellement donnera un liquide sanguin plus dilué que celui obtenu par la première. Si par exemple la première saignée était de lOOgrammes, et qu’après avoir in jecté lOgrammes d’eau la deuxième saignée amène du sang deux fois plus aqueux, Usera facile, par une simple proportion, de calculer le sang que contenait primitivement l’animal.

Il y a encore bien des objections à faire à cette méthode, vu les échanges rapides qui se produisent, dans le court espace de temps qui sépare les deux saignées, entre le sang et les tissus qu’il baigne; en effet, de suite après une saignée, la masse du sang tend à se reconstituer aussitôt, en empruntant aux tissus ambiants leurs parties liquides.

Une meilleure méthode est celle du lavage de Welcker. Un animal est décapité ; on recueille tout le sang qui s’en écoule et on mesure le pouvoir colorant de ce liquide. On divise alors le cadavre en fragments, et par un lavage complet on en retire tout le sang. En comparant alors le pouvoir colorant de l’eau sanguinolente ainsi obtenue au pouvoir colorant du sang déjà extrait, on peut facilement calculer quelle est la proportion du sang contenu dans celte eau, et on obtient ainsi l’expression de la totalité de la masse sanguine. Mais il y a encore ici de nombreuses causes d’erreur, parmi lesquelles il suffit de citer celle qui tient à ce que le lavage enlève non seulement le sang, mais encore la matière colorante des muscles, celle de la moelle des os spongieux, de la rate, etc., matières colorantes qui dérivent de celles du §ang, mais qui, attribuées à ce liquide, donnent à l’évaluation de sa masse une valeur supérieure à ce qu’elle est en réalité.

Cependant on admet en général, d’après les résultats fournis par cette méthode, que le poids total du sang est en moyenne la 1/13° partie1 du poids total du corps de

1. CctLe proportion varie avec les espèces animales : t/17 du poids du corps chez le chien, I/-4- chez le mouton, 1/36 chez le Ia-\ pin .

DU SANG

l’homme, ce qui ferait donc 5 kilogr.1 de sang pour l’homme, dont le poids moyen est de 65 kilogr.

Du reste la masse du sang est très variable selon les circonstances : 1 état de jeûne on d’absorption digestive est ce qui influe le plus sur cette quantité, et dans ces cas il peut y avoir des variations du simple au double. C’est ce qu’a directement constaté CI. Bernard en décapitant deux chiens, 1 un à jeun et 1 autre en pleine période d’absorption digestive; c’est ce qu’il a démontré indirectement en faisant voir qu il faut, pour faire périr un animal en digestion, une dose de poison (strychnine par exemple) double de celle qui suffit pour le tuer quand il est à jeun 2 . Il est vrai que dans ce cas il faut tenir compte non seulement de ce que l’organisme en général est gorgé de liquides, mais de ce que les éléments anatomiques eux-mêmes sont saturés et bien moins disposés cà l’absorption du poison. Un fait plus significatif est encore celui signalé par Collard de Martigny : sur un lapin cà l’état ordinaire, il faut enlever 30 gr. de sang pour amener la mort par hémorragie; au bout de 3 jours d’inanition, il suffit d’enlever 7 gr. pour obtenir le même résultat. On comprend quelle importance a ce fait pour le médecin, au point de vue des saignées pratiquées au début d’une maladie, ou après plusieurs jours de diète.

Composition du sang. — Si nous étudions le sang au point de vue pour ainsi dire anatomique (comme un tissu), nous voyons qu’il se compose de deux parties bien distinctes*: le cruor, qui comprend la partie solide, les globules; et le liquor , qui comprend toute la partie liquide à l’état physiologique. Ces deux parties sont en quantités à peu près

1 . 5 kilogr., c’est-à-dire un peu moins de 5 litres, puisque la densité du sang (1055 en moyenne) est un peu supérieure à celle de l’eau.

j On comprend bien l’augmentation de la masse du sang pendant l’absorption intestinale, quand on se rappelle que Colin a recueilli, sur une vache, jusqu’à 95 litres (en 24 heures) de lymphe, par une fistule du canal thoracique, canal qui ne représente cependant que l’une des voies de 1 absorption intestinale (l’autre voie est représentée par la veine porte). (G. Colin, Traité de physiologie comparée des animaux 2° edit. Paris, 1873.)

SANG ET CIRCULATION

égales *, de sorte que l’on peut considérer le sang comme une certainemassede cruor en suspension dans une niasse égale de liquor.

Mais cette proportion varie, surtout dans les cas signalés précédemment : pendant l’absorption, la masse du sang peut doubler ; c’est alors surtout le liquor qui augmente, car cette augmentation est due à la grande quantité de lymphe versée dans le torrent circulatoire. (Colin a recueilli jusqu’à 95 litres de lymphe en 24 heures par une fistule du canal thoracique pratiquée sur une vache.) De même, après une saignée abondante, le sang tend à recouvrer sa masse primitive, en empruntant leurs liquides aux tissus voisins: c’est donc le liquor qui augmente, et la masse du cruor ne se reconstitue que bien plus lentement. Ainsi on sait que la mort arrive d’ordinaire lorsqu’une hémorragie a enlevé la moitié de la masse du sang; mais c’est en réalité la moitié du cruor qu’il faudrait dire, avec précision, et l’on conçoit l’importance de ce fait, pour des saignées successives, alors que la masse liquide, mais non la quantité des globules, a eu le temps de se reconstituer.

Cruor. — Cette partie solide du sang est uniquement formée de globules en suspension dans le liquide; les globules du sang sont de deux espèces : les rouges et les blancs.

a. Les globules blancs du sang, mieux nommés globules incolores (leucocytes, Robin), sont un peu plus gros que les rouges (8 à 9 millièmes de millimètre de diamètre), mais bien moins nombreux (1 globule blanc pour 300 rouges en général) ; il$ sont sphériques et identiques sous tous les rapports aux globules de la lymphe, que l’on trouve dans les vaisseaux lymphatiques : ils proviennent en effet de ces

1. La proportion exacte (chez l’adulte) est la suivante : 1000 grammes de sang se composent de 4-4-6 grammes de globules (cruor), et 554 de plasma (liquor). Nous disons chez l’adulte, parce que chez le fœtus la proportion est inverse: les globules, apparaissant les premiers, forment la plus grande partie du sang, et à la naissance on trouve encore la proportion de 722 de globules pour 278 de plasma. (Ch. Itobin, Leçons sur les humeurs, 2e édit., 1874.)

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