ÉLASTICITÉ DES ARTÈRES
menls vibratoires, progresse avec une vitesse très grande, qui est de 9 mètres par seconde : on voit que cette vitesse est bien supérieure à celle du courant sanguin lui-même, laquelle est seulement de 40 à 50 centimètres à l’origine de l’aorte ; il ne faut donc pas, comme nous le dirons plus loin en y insistant, confondre la pulsation, l’arrivée d’une onde, avec le mouvement de la circulation lui-même. Le médecin provoque souvent dans des liquides des phénomènes identiques à celui du pouls : telle est la fluctuation que l’on observe en produisant un choc brusque sur une poche remplie de liquide; le cœur, par 1 b choc de son expulsion systolique, exerce sur la masse sanguine une vraie percussion; aussi le pouls coïncide-t-il avec le choc du cœur, mais il est un peu en retard sur celui-ci, ce retard est de d/7 de seconde pour le pouls radial, c’est le temps qu’il faut pour que l’onde se transmette depuis le cœur jusqu’à l’artère radiale au niveau du poignet (calculé à raison de 9 mètres par seconde). De même que le phénomène de la fluctuation observé en chirurgie est plus ou moins net, selon que les parois de la poche qui contient le liquide sont plus ou moins tendues, de même l’état de la paroi des artères influe sur la forme du pouls. Nous savons en effet, que, grâce à l’élasticité de ces parois, les artères ne sont pas rigides, ce qui, tout en permettant au flot, à l’onde de s’y faire sentir, finit cependant par l’épuiser (voy. plus haut comment l’élasticité transforme le mouvement saccadé du sang en mouvement régulier); mais si la paroi artérielle n’a pas conservé sa parfaite élasticité, la transformation graduelle du choc intermittent en mouvement continu ne se fait plus, et l’on voit survenir des saccades jusque dans les plus petites artères et même dans les capillaires, comme on a pu l’observer dans le mésentère de la grenouille. C’est ce qui se produit dans les tissus enflammés, et il est peu de personnes qui n’aient senti les pulsations artérielles (ou plutôt capillaires) dans le panaris; dans ce cas, la paralysie du muscle des petites artères (voy. plus loin: Vaso-moteurs) a permis à l’onde de se manifester jusqu’au niveau des capillaires.
Dans tout cela il ne laut pas confondre la pulsation, l’arrivée d’une onde, avec le mouvement de la circulation du
SANG ET CIRCULATION
sang lui-même ; on ne peut trop le répéter: unda non est materia progrediens, sed forma mater iœ progrediens : aussi Czermak a prouvé, par des recherches très exactes (sphvgmographe à miroir), que tandis que le mouvement du sang diminue de vitesse à. mesure qu’on se rapproche des capillaires (voy. plus haut, p. 248), la vitesse de propagation de l’onde pulsative va au contraire en augmentant du centre à la périphérie, qu’elle est plus considérable chez les vieillards et les adultes que chez les enfants, résultats qui montrent bien qu’il ne faut pas confondre, nous l’avons déjà démontré, le pouls, sa vitesse, sa forme, avec la vitesse du sang et l’activité de sa circulation. Onimus a particulièrement insisté sur ces caractères de Tonde pulsative1.
On peut par l’expérience constater directement les ondes
de la colonne sanguine en mettant un manomètre en communication avec le vaisseau ; on constate alors facilement des soulèvements et des abaissements successifs. On a essayé de fixer ces ondulations au moyen du kymograpliion de Ludwig (fig. 68), qui n’est qu’une modification de Yhémodynamomètre que nous avons étudié plus haut. A la surface de la colonne mercurielle du manomètre (en a, fig. 68)se trouve un petit flotteur portant à sa face supérieure une tige verticale b articulée avec une seconde tige horizontale c, munie d’une pointe qui touche un cylindre tournant noirci au noir de fumée (d d,). Si ce cylindre était immobile, le stylet tracerait des lignes verticales; mais comme il tourne régulièrement, il en résulte que le stylet trace des ondulations qui, selon qu’elles sont à convexité supérieure ou inférieure, sont dites positives ou négatives : elles correspondent, les premières aux systoles ventriculaires, les secondes au repos du cœur.
1. Onimus, Éludes sur les tracés obtenus par le sphygmographe . (< Journal d'anatomie, 1866.)
Fig. 68. — Kymograpliion.
PULSATION ARTERIELLE. 261
Le sphygmographe de Marey, applicable à Tarière radiale de l’homme, donne des résultats semblables ; c’est un appai cil enregistreur, qui note les impulsions que lui imprime l’artère, grâce à un petit levier qui appuie sur celte artère, comme y appuie le doigt du médecin qui explore le pouls. D’après la longueur de chacune de ces ondes on peut établir la durée comparative de la systole et de la diastole. On constate ainsi toutes les modifications de la circulation (fig. 69).
Eic. 09. — Trace sphygmograpliiquc du pouls normal.
On a pu ainsi montrer que le clicrotisme du pouls, manifestement sensible au toucher dans certaines maladies, n’est qu’une exagération d’un dicrotisme que Tonde sanguine présente toujours normalement. Ce dicrotisme consiste en un petit soulèvement qui interrompt la ligne de descente du tracé (fig. 69, en d ), c’est comme une seconde pulsation qui se produit après la première. Les recherches de Marey, de Vivenot, de Duchek, ont élucidé le mécanisme de ce phénomène : on l’attribuait d’abord à une onde en retour produite soit par l’abaissement des valvules sygmoïdes, soit par le reflux d’une pulsation qui se réfléchit à la terminaison de l’aorte sur l’éperon qui résulte de sa bifurcation en deux iliaques. Tout démontre aujourd’hui que le dicrotisme est dû à l’élasticité de 1 aitere, qui, distendue par la systole ventriculaire, revient à son volume primitif (systole artérielle). La petite ascension qui interrompt la ligne de descente (fig. 69, d) nous marque précisément le moment où, comme nous le disions plus haut, l’élasticité artérielle restitue à l’ondée sanguine la force qu’elle avait emmagasinée, et qui se serait perdue, dépensée en frottements dans un tube rigide (voy. plus haut, p. 258). — Le sphygmographe a encore permis d’étudier nombre d’autres particularités de la circulation : par exemple, dans les grandes inspirations les ondes négatives augmentent, tandis qu’elles diminuent dans les fortes pressions du thorax coïncidant avec une expiration énergique; alors les ondes positives augmentent (\oy. Respiration). On a cru remarquer que dans certaines circonstances le pouls droit était plus ou moins rapide que le pouls miuche : c est ce qu on a appelé 1 opouls différent; mais ce sont là des faits
SANG ET CIRCULATION
résultant d’observations erronées ; ces pouls différents ne sont que le résultat de contractions rythmiques accidentelles des muscles satellites des artères, du coraco-brachial par exemple, s’il s’agit du pouls radial1.
La fréquence du pouls (nombre des battements du cœur) varie avec l’âge: on en compte par minute 140 à 180 chez le nouveau-né; 100 à 115 chez l’enfant d’un an ; 90 à 100r puis 80 à 85 dans l’enfance et jusqu’à l’âge de quatorze ans ; 70 à 75 chez l’adulte; chez le vieillard, le pouls, loin de se ralentir, prend de la fréquence. — Le nombre des battements est plus grand après le repas et surtout après les exercices corporels, plus grand chez les femmes que chez les hommes.
Outre ces propriétés élastiques dues au muscle et au tissu jaune, et grâce auxquelles les artères régularisent la circulation générale, ces vaisseaux peuvent encore, par la contraction de leurs muscles lisses, modifier activement leur calibre et par cela même la circulation. Comme le muscle abonde vers les petits vaisseaux (voy. fig. G6, schématique), ce sont surtout les circulations locales qui sont ainsi modifiées, ainsi que nous l’avons sommairement indiqué plus haut (voy. p. 258); ces variations de diamètre sont peu sensibles sur les artères volumineuses. En général les artérioles se contractent plus ou moins bien selon qu’elles sont plus ou moins bien nourries. Ces propriétés contractiles sont utilisées en chirurgie, et les hémostatiques que l’on emploie sont utiles non seulement parce qu’ils coagulent le sang, mais encore parce qu’ils excitent la contraction des artérioles et diminuent ainsi leur calibre; le froid est surtout apte à amener ces contractions, ainsi qu’on peut le vérifier sur le mésentère delà grenouille (expérience de Schwann); les artérioles diminuent dans cette circonstance des G/7 de leur largeur (fig. 70). A l’état normal, le muscle artériel est tantôt contracté, tantôt relâché ; mais tout en tenant compte des variations de calibre et des modifications (le la circulation qui en résultent, on ne peut y voir, du moins chez les animaux supérieurs, des contractions rythmiques capables
I. Voy. Lorain, Éludes de médecine clinique. Du Pouls; 1870, in-8.