III. PORTION SOUS-DIAPHRAGMATIQUE DU TUBE DIGESTIF
Le tube digestif provient du feuillet interne du blastoderme ; vu l'encapuchonnement que subit la vésicule blastodermique à ses deux extrémités et sur ses côtés, sa cavité primitive se trouve
Ma
Fig. 9S. — Formation du tube intestinal *.
divisée en deux: d'une part, la vésicule ombilicale (V. plus loin, Embryologie), et d'autre part, un tube médian, d'abord cylindrique et régulièrement calibré (fig. 98, A), l'intestin primitif: bientôt la partie supérieure de cet intestin se dilate (fig. 98, A, s),
* A, B, C. Divers degrés du développement de l'estomac et des circonvolutions de l'intestin proprement dit ; — s, estomac; — /", S iliaque; — o, canal omphalo-mèsentérique; — b, bourgeon qui forme le caecum ; — c, côlon; — k, circonvolutions de l'intestin grêle.
puis devient oblique, de telle sorte que son extrémité inférieure, ki
moins dilatée i fig. 98, B. d). se dirige à droite en même temps ; sa lace gauche devient antérieure. Ainsi se forme Yesti (fig. ! x. . », dj. et c'est ainsi que le pneumogastrique gauche devient antérieur en arrivant au-dessous du diaphragme. Le i du tube digestif s'allonge, et. par suite, s'écarte du rachis en formant une anse ; du sommet de l'anse part le conduit qui fait communiquer l'intestin avec la vésicule ombilicale fig, 98, B, oj. la
branche supérieure de l'anse est placée en avant et présente bientôt un léger renflement (b), première trace du caecumet de Y appendice iièo-cascal; le reste e cette anse formera le gros intestin jusqu'à l'S iliaque (fig. '• 8, B. b. f. et C, b, f. e);en même temps les circonvolutions du sommet de la partie postéro-interieure de l'anse
iloppeni (fig. 98, B, k) et constituent Y intestin grêle (G, k).
L'épithélium de cette partie du tube digestif est partout cylindrique et se continue à ses deux extrémités avec pithéliums pavimenteux de l'œsophage et de la peau. Il forme aussi des végétations vers la superficie (ou phanèresj et dans la profondeur iou crypte*). Les premières sont représentées parles cillositès que nous étudierons à propos de l'absorption : les secondes sont les glandes diverses du tube intestinal. Ces glandes peuvent être très simples, comme les glandes de Lieberkuhn, qui ne sont qu'une dépression m doigt de gant (fig. 99), et qu'on rencontre sur presque toute la longueur de cette portion du canal alimentaire : niais déjà dans L'estomac quelques-unes de ces dépressions se compliquent, l'épithélium de leur extrémité caecale cesse d'être cylindrique, et on a alors les glandes pepsiques. Plus loin, un bourgeonnement plus complexe nous donne des glandes en grappes : telles sont les glandes de Brunner du duodénum : le pancréas n'est qu'une énormeglande de ce genre. Enfin l'embryologie nous montre que le foie
— Glandes en tubmuqueuse intestinale *.
' . Epaisse couche de irlaudes: — b. tissu propre de la muqueuse et c
— :. d, couche des fibres musculaires circulaires. — f. fibres musculaires, .oppe pèritûDealo.
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lui-môme est primitivement formé de bourgeons semblables à ceux qui donnent naissance aux glandes; seulemenl la masse glandulaire hépatique est ultérieurement remaniée parla pénétration «les vaisseaux.
Ces diverses glandes versent dansle tube intestinal leurs produits de sécrétion, qui se trouvent la plupart en présence des matières alimentaires venues du debors ; ces matières sont modifiées par ces liquides. <mi même temps qu'elles sont soumises à des phénomènes de transport (mouvements péristaltiqnes) de la part des parois musculaires de l'estomac et des intestins. Nous étudierons donc ces phénomènes chimiques et mécaniques dans Y estomac et dans l'intestin] nous verrons alors comment la plus grande partie des matériaux ainsi élaborés est absorbée par les parois du tube digestif et spécialement par son épithélium, et comment enfin le résidu des aliments, ainsi que les produits de desquamation intestinale, sont rejetés après avoir parcouru le^ro-v intestin.
Après avoir vaguement parlé de fermentations digestives, les anciens physiologistes s'étaient surtout arrêtés à l'idée de voir, dans la digestion, des actes mécaniques produisant une sorte de trituration des aliments (Pitcairn * évaluait com plaisamment à près de 13.000 livres la force triturante de l'estomac). Réaumur2 le premier, établit que la digestion est essentiellement un acte chimique, et ses expériences instituées en faisant avaler à des corbeaux delà viande enfermée dans des tubes percés de trou (il reconnut que la viande était digérée, quoique soustraite à toute action triturante) furent confirmées par celle de Spallanzani3, qui se procura du suc gastrique en faisant avaler aux animaux de petites éponges qu'il retirait et exprimait ensuite. Avec le liquide ainsi obtenu, il fit des digestions artificielles in vitro. Le rôle chimique du suc gastrique étant dès lors établi, les physiologistes furent amenés à ne considérer la digestion que comme un acte stomacal, à ne voir qu'une digestion gastrique, à faire jouer tout le rôle digestif au suc gastrique. Il était réservé aux physiologistes modernes, et notamment à Gl.Ber-
i Pitcairn, physiologiste d'origine anglaise, qui fut professeur à Leyde, en Hollande, clans les dernières années du xvir2 siècle.
2 Réaumur (Ferchault de), mathématicien, physicien, chimiste et naturaliste français (16^3-1*57), connu surtout en physiologie par ses études sur les. insectes, sur la digestion, sur l'incubation des œufs (c'est à propos de recherches sur l'incubation artificielle qu'il fut amené à construire le thermomètre qui porte son nom).
3 Spallanzani, physiologiste italien (1720-1799), professeur à Pavie ; il fut un des premiers expérimentateurs en physiologie, et ses expériences les plus célèbres ont porté sur la digestion, l'exhalation pulmonaire, la génération spontanée, la fécondation artificielle, la reviviscence des rotiferes, etc.
nard, de montrer qu'il n'y a pas qu'un seul liquide digestif, qu'une seule digestion, mais que, outre celle qui se passe dans l'estomac et qui n'est que le début de la série, il y a encore une digestion intestinale, pancréatique, biliaire peut-être. En même temps les pathologistes ont reconnu qu'il n'y a pas une seule dyspepsie, la dyspepsie gastrique, mais des dyspepsies intestinales, pancréatiques, etc. *.
A. Estomac
Iï estomac est une poche destinée à offrir un asile d'assez longue durée aux aliments qui y arrivent par le fait de la déglutition. Certains aliments ne font que traverser l'estomac; tels sont, chez les chevaux surtout, les liquides, qui vont s'accumuler dans l'intestin. Les autres aliments s'arrêtent en général dans l'estomac, et d'autant plus longtemps qu'ils doivent y subir une élaboration plus importante, c'est-à-dire qu'ils sont plus difficilement attaquables : les aliments que l'estomac ne peut attaquer restent dans sa cavité le plus longtemps possible.
Il y a à considérer dans l'estomac, d'une part, X élément moteur ; d'autre part, Y élément sécrètoire êjpithélial.
I. Musculature stomacale. — L'élément moteur se compose d'une tunique charnue assez faible, à contractions rares et incapables de
Fig. 100. — Mouvements de l'estomac *.
grands efforts, du moins chez l'homme et les mammifères voisins. Ces contractions péristaltiques, qui transportent, par une espèce
1 Voy. Germain Sée, Des dyspepsies gastro-intestinales. Paris, 1881. * a, Direction du cardia c,|au pylore d; — b, direction en sens inverse.