ABSORPTION
villosités sont pressées les anea contre les autres, el L'épithélium forme les 5 5 de leur épaisseur. I><i plus, les cellules épithéliales changent de couleur, deviennent blanchâtres, et l'on peut constater que cel aspect est dû à un grand nombre de gouttes de graisse placées dans leur intérieur; ce phénomène a lieu alors même que le Liquide stomacal mis en contact avec la muqueuse était complètement dépourvu de graisse. Mais nous savons que toute cellule contient de la graisse, dissimulée, il est vrai, mais qui devient libre et visible en certaines circonstances et particulièrement sous l'influence d'une transformation intime qui est comme le signal de la mort de la cellule. Il est donc probable que le cylindre épithélial qu'on a alors sous les yeux est près de sa fin, qu'il va bientôt tomber en ruine et qu'il s'opère une véritable mue épithêliale de la muqueuse; c'est ce que nous verrons, en effet. Lorsque le chyme contient des corps gras, ce fait est encore bien plus apparent, la blancheur est plus éclatante, les sphères graisseuses plus considérables ; mais là encore on verra bientôt le tout disparaître et être remplacé par un jeune épithélium l.
Cet aspect blanchâtre, cette turgescence commence vers la base libre de l'épithélium, gagne peu à peu sa profondeur et finit par envahir le corps même de la villosité (fig. 106, G); mais toujours c'est l'épithélium du sommet de cette papille qui est le premier blanchâtre et gonflé, et donne ainsi à la saillie villeuse un aspect tout particulier, qui nous permet de comprendre ce que Lieberkiihn avait vu et interprété, en lui donnant le nom d'ampoule (de petit réservoir aspirateur du chyle). Le mandrin ou corps de la villosité se modifie alors consécutivement à l'épithélium, et au moment où celui-ci devient granuleux et va tomber, on voit le sommet de la villosité se transformer en une grappe de gouttelettes graisseuses, qui apparaissent successivement dans le corps et la base de la villosité, et sont souvent rangées en lignes plus ou moins régulières 2.
1 V. Kùss, Gazette médicale de Strasbourg, 1844, p. 38: Sur V Absorption. Fink, Sur la Physiologie de l'épithélium intestinal, thèse de Strasbourg,
L. Lerebouillet,2)e V Épithélium intestinal au point de vue de V absorption des matières grasses, thèse de Strasbourg, 186'J, n° 579.
2 II est bien intéressant de rapprocher cet exposé, emprunté textuellement aux leçons de Kùss, de ce qu'à écrit Cl. Bernard :
« D'après de nouvelles recherches encore inédites, je pense que l'absorption digestive est d'une tout autre nature que les absorptions ordinaires. J'ai vu chez la grenouille des glandes pyloriques disparaître pendant l'hiver quand la digestion cesse, et se régénérer au printemps quand la digestion recommence. Je suis porté à admettre, d'après mes expériences, qu'il y a à la surface de
Cet aspect est parfois modifié, surtout chez le chien (fig. 106, en Bj, par une déformation de la villosité. mais ce n'est là qu'un phénomène accessoire dû à la contraction de fibres musculaires lisses. En effet, le corps de la villosité renferme des éléments contractiles rudimentaires : ils sont disposés, surtout autour du chylifère central, en stries longitudinales parallèles à l'axe de la villoské. puis se recourbent en anse vers le sommet, où Moleschott et Donders ont reconnu des fibres contractiles lisses (cellules contractiles) disposées transversalement.
En somme, nous venons d'assister à un phénomène de passage : l'épi— thélium, par sa vie propre, par sa nutrition, s'est gorgé du produit de la digestion avec lequel il était en contact, et Ta transmis aux éléments cellulaires du corps de la villosité. La pénétration a eu lieu: il suffit désormais d'un phénomène de diffusion pour que le sang absorbe les liquides avec lesquels il est en contact immédiat. Ce phénomène de passage, nous l'avons observé surtout pour les graisses, parce que leurs propriétés optiques en rendent facile la constatation : il est probable que les choses se passent de même pour les autres éléments (albuminoses et glycoses), quoiqu'on ne puisse le constater directement : les graisses seules nous montrent le chemin qui doit être parcouru.
On a cherché à pénétrer d'une manière plus intime dans l'analyse des phénomènes par lesquels les cellules épithéliales des villosités effectuent l'absorption. On sait que la surface libre de ces cellules est munie d'un plateau strié ; ce plateau strié est formé de bâtonnets placés parallèlement côte à côte: or d'après Tanhoffer. Gruenhagen, Heidenhain. ces bâtonnets seraient des prolongements du protoplasma de la cellule, prolongements analogues à des cils vibratiles. Ces prolongements présenteraient en effet des mouvements, très lents, qui sont activés par la présence de la bile, et grâce auxquels ils plongeraient dans le liquide intestinal qui est en contact avec la villosité et s'y empareraient des substances à absorber, comme un amibe, avec ses pseudopodes, va à la recherche de ses aliments, s'en empare, et les amène dans son corps protoplasmique par la rétraction de ses pseudopodes. C'est ainsi notamment que les fines gouttelettes de la
la membrane muqueuse intestinale une véritable génération d'éléments épithéliaux qui attirent les liquides alimentaires, les élaborent et les versent ensuite par une sorte d'endosmose dans les vaisseaux. La digestion ne serait donc pas une absorption alimentaire simple et directe. Les aliments dissous et décomposés par les sucs digestifs dans l'intestin ne forment qu'un blastème régénérateur dans lequel les éléments épitheliaux digestifs trouvent les matériaux de leur formation et de leur activité fonctionnelle. Je ne crois pas. en un mot, ;'i ce qu'on pourrait appeler la digestion directe. Il y a un travail organique ou vital intermédiaire. Ce n'est pas une simple dissolution chimique, comme l'avaient admis la généralité des physiologistes. J'espère pouvoir plus tard développer toutes les conséquences de ces nouvelles idées. » (Cl Bernard. De la Physiologie générale, notes, 1812. p. 283.) Et plus loin (p. 287 . CL Bernard ajoute : a Les cellules qui sont a la surface de l'intestin s'atrophient très rapidement quand elles sont soustraites au travail digestif. J'ai vu. par exemple, qu'en isolant une anse intestinale, de façon à ce que les aliments n'y passent plus, il y a une atrophie rapide de la membrane muqueuse, bien que la circulation continue à s'y faire d'une façon normale. »