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IV. ABSORPTION

A. Absorption en général, rôle des épithéliums. — Nous avons vu que l'estomac n'absorbait que peu ou pas de son contenu et que ce phénomène de refus était dû à la vitalité propre de l'épithélium qui recouvre la muqueuse.

Au contraire, dans l'estestin, l'absorption se fait avec une grande rapidité, et nous verrons aussi que dans ce phénomène il faut faire jouer un rôle important à la vitalité propre de l'épithélium. Lannois etLépine1 ont étudié l'activité de l'absorption comparativement dans les parties supérieures du jéjunum, et dans les parties inférieures de l'intestin grêle. Ils ont observé que l'anse supérieure du jéjunum absorbe environ les deux tiers de la quantité de peptone introduite dans sa cavité, tandis que dans ce même temps l'anse inférieure n'en absorbe que la moitié seulement. Avec l'huile émulsionnée, la différence a été beaucoup plus accusée ; il en a été de même avec le glycose. Au contraire, avec les sels i chlorure de sodium et iodure de potassium) la différence a été moins accusée.

A part le rôle des épithéliums, on peut considérer en général les phénomènes d'absorption comme des phénomènes de diffusion. Les phénomènes de diffusion sont connus de tout le monde ; chacun a répété cette expérience qui consiste à faire arriver du vin rouge sur l'eau contenue dans un verre, en versant le premier liquide avec assez de lenteur pour qu'il ne se mêle pas au second. On voit alors le vin coloré se tenir cà la surface de l'eau restée incolore,

1 Arch. de physioi., 1888.

puisque le vin est plus léger que L'eau. Les deux couches sont si distinctes qu'on croirait qu'elles ne se confondront jamais pour former un mélange intin. endant au bout de peu de tem

malgré un repos complet, les deux liquides sont confondus en un tout h( :.. ne, l'eau est allée vers le vin, elle a diffusé vers lui. Quelque chose de semblable se passe dans l'absorption considéi à un point de vue général. En effet, l'organisme se compose de 4 5 d'eau sur 1 5 de matières solides, de sorte qu'il est comparable à une éponge imbibée d'eau. Or, si une éponge imbibée fe dans de l'alcool, celui-ci la pénètre à son tour, en se mêlant à l'eau; dans ce cas, on peut faire abstraction de

l'éponge, et .' nce même du phénomène est un acte de diffusion

entre l'alcool et L'eau ! contenue dans les mailles de l'éponge). Il en

si m ,epour l'organisme. Le fait de la circulation du liquide sanguin n'est qu'accessoire. On peut priver une grenouille de sa

rculation, et cependant, en faisant plonger un de ses menu dans une solution de strychnine, on voit ce poison diffuser da tout le i - de l'animal, atteindre sa moelle épinière et le faire les convulsions du tétanos. Si la circulation existe encoi îs phénoi se produisent beaucoup plus vite, pa.

que le mouvement du sang hâte la diffusion, mais il n'est pas indispensable à sa production : la circulation est à l'absorption ce que le mouvement respiratoire est à la diffusion du gaz ou respirât! .

peut donc pas dire, dans le sens propre du mot, que les vaisseaux sont de- . nés absorbants: à proprement parler, ce - ..: Les liquides des tissus, c'est le sang lui-même qui absorbe. Aussi l'état du sang influe-t-il beaucoup sur l'intensité de l'absorption. Si le sang est saturé d'eau, comme, par exemple, après une injection aqueuse dans les veines d'un animal, la pénétration d'u

.e quantité d'eau deviendra très difficile : aussi l'absorption -elle très paresseuse chez les hydrémiques: au contraire, elle devient très active si l'on a diminué la masse du sang (saignée), ou si l'on parvient a l'épaissir, comme, par exemple, par des purgatifs ou des diurétiques chez les malades précédemment cités. On a fait des expériences analogues pour l'absorption des corps gras: si le

sang st sui -: de graisse (3 pour 1000 seulement à l'état

normal», les matières grasses ingérées se retrouvent presque totalement dans les selles, et il n'y en a eu que fort peu d'absorbé . N os ] ouvons donc dire en résumé que l'état de saturation ou de non-saturation du sang est une des causes qui influent le plus sur l'absorption vis-à-vis telle ou telle substance.

Mais . .: diffusion ne peut se faire que tant que Yépithéliu .

ournoN

qui forme la barrière entre l'organisme et les liquides déposés à la surface, permet et facilite ces passages. Le point capital de l'étude de l'absorption est donc la manière dont se comporte l'épithélium intestinal pendant ces phénomènes.

Fonctions des villosités. — La muqueuse intestinale, afin de multiplier les contacts avec les matières à absorber, forme de nombreux plis, tels que les valvules conniventes, et i\<->> saillies

Fig. 105. — Eléments de l'épithélium cylindrique

(st. i«

F1G. loi-,. — Villosités intestinales observées pendant l'absorption, surtout pendant l'absorption de la graisse ** (Virchow).

telles que les villosités. Les villosités se composent d'un revêtement de cellules cylindriques (fig. 105), qui, vues de face, représentent une espèce de carrelage hexagonal (base libre de la cel-

Quatre cellules unies entre elles, vues de enté : leur bord libre (en haut) présente un rebord épais, strié de fines radiations; — b, cellules analogues vues incli- - par leur face libre (en haut et en dehors). On y remarque la forme hexagonale [a coupe et le rebord épais: — c, cellules modifiées par l'imbition et un peu altérées ; elles sont effilées à leur rebord supérieur (Virchow, Pathologie cellulaire). " A. Villosités intestinales de l'homme prises dans le jéjunum : —en a, on voit l'épithélium cylindrique, avec son fin bourrelet et ses noyaux, persistant encore à la surface de la villosité: — c, vaisseau chylifère central ; — i\ r, vaisseaux sanguins ; dans le reste du corps de la villosité, on aperçoit les noyaux embryonnaires du tissu conjonctif.

B, Villosité du chien contractée.

G, Villosité pendant la résorption intestinale : la graisse envahit le corps même de la villosité; — en D, on voit une goutte considérable de graisse. Grossis. 2<0.)

laie), tandis que par leur sommet elles s'insèrent sur le corps de la villosité (fig. 106), et sont en contact avec des cellules plus petites, polyédriques ou irrégulières, germes de futures cellules cylindriques (qui sont à celles-ci ce que la couche de Malpighi est aux

cellules plus superficielles de Tépiderme f). La partie centrale, ou corps de la villosité, est très compliquée (voir fig. 106, A et G) : elle se compose d'un tissu connectif embryonnaire, avec un grand nombre de cellules embryonnaires ou plasmatiques. Dans ce tissu se trouvent deux systèmes vasculaires : c'est, d'une part, un lacis de vaisseaux sanguins placés dans toute l'épaisseur, et arrivant si près delà superficie qu'il est presque en contact avec l'épithélium. En second lieu, nous trouvons un canal central, extrémité d'un chylifère. qui reçoit, ainsi que l'a montré Sappey, le contenu des lacunes et capillicules lymphatiques disposés dans toute l'étendue de la villosité. On a longtemps considéré ce chylifère central comme formant un canal isolé, central, et terminé en cul-de-sac à son extrémité.

Nous voyons donc déjà que les vaisseaux sanguins sont airssi bien disposés pour l'absorption que les chylifères.

Quand l'estomac livre par ondées son contenu à l'intestin grêle. les villosités, épithélium et corps de la villosité, changent d'aspect au contact de ce liquide. On peut provoquer artificiellement ce phénomène en prenant le contenu d'un estomac en pleine digestion, le filtrant, et plaçant ce liquide en contact avec la muqueuse intestinale fraichement mise à nu et encore vivante. Touteautre substance que le contenu stomacal, c'est-à-dire tout aliment qui n'est pas dilué clans une grande quantité de suc gastrique, ne produit aucun effet sur la muqueuse intestinale : mais au contact du liquide précédent, même quatre heures après la mort, on voit la muqueuse devenir blanche, plus épaisse, plus résistante. En regardant de plus près, on s'aperçoit que tout d'abord ces phénomènes tiennent seulement à des changements dans l'épithélium ; excitées par le suc gastrique, les cellules épithéliales. qui chez l'animal à jeun sont petites, et forment à peine une membrane bien distincte, ces cellules se gonflent, s'érigent pour ainsi dire, triplent de volume et forment une membrane résistante et presque disséquable; alors

1 D'après les recherches de Debove (Comptes rendus de l'Académie des sciences, décembre iS?2i. ces cellules profondes représenteraient une couche endothéliale. c'est-à-dire formée de cellules identiques à celles qui recouvrent les séreuses, cellules plates unies entre elles par un ciment très fin. Elles sont rendues visibles par l'emploi du nitrate d'argent. D'après Debove. ce que His a vu et figuré dans les villosités comme le revêtement d'un chylifère central serait précisément la couche endothéliale, sous-épithéliale qui appartient à la surface de la villosité (?).

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