I. Structure de la peau — Productions èpidermiques
a)]Derme et èpiderme. — La peau (fig. 135) se compose du hernie et de Y èpiderme. Le derme forme un substratum de tissu connectif et élastique, destiné à supporter la partie la plus importante de la peau, l' èpiderme, et à contenir ses vaisseaux sanguins ses nerfs et les organes glandulaires qui résultent de sa végétation en profondeur. Le derme renferme aussi des éléments musculaires lisses, qui sont inégalement répandus selon les régions. Dans la peau des bourses (scrotum), ces éléments forment une couche continue (dartos). Dans le mamelon, ils constituent un appareil tout particulier (improprement dit èrectile) ; ailleurs, ils sont surtout annexés aux follicules des poils qu'ils peuvent redresser. Ce sont les contractions de ces muscles qui produisent, par exemple sous l'influence du froid, ce qu'on appelle la chair de poule. La chair de poule, comme l'érection du mamelon (thèlotisme), sont des phénomènes purement musculaires, et nullement comparables à l'érection des tissus vasculaires érectiles. Le mamelon, par exemple, possède des libres musculaires transversales qui, en se contractant, augmentent sa longueur aux dépens de son épaisseur; dans la chair depoule, les
TEGUMENT EXTERNE
muscles lisses redi ssenl et font saillir les bulbes pileux auxqn ils sont annexés.
L'épiderme est la partie essentielle de la peau; c'est lui, en effet,
qui existe le premier chez
\ \\ l'embryon (ectoderme on
feuillet externe du blastoderme) en même temps que l'épithélium du tube digestif (endoderme ou feuillet interne), et ce n'est que plus tard que le derme se forme et s'organise aux dépens du nièsoderme onfeuillet moyen.
Ce revêtement cellulaire se comprise de plusieurs couches de cellules, dont les plus profondes sont cylindriques comme celledes muqueuses intestinales, puis viennent des cellules polyédriques, à peu près de même dimension dans tous les sem :
...a général de la peau *.
toutes ces premières couches sont formées de cellules à protoplasn a granuleux, avec noyaux; c'est ce qu'on nomme la couche de Malpighi; pins superficiellement est une couche, plus on moins
épaisse selon les régions, de cellules plus larges que hautes, et enfin entièrement aplaties et réduites à une simple plaque. c'est-à-dire ne renfermant plus de noyaux: c'est la couche cornée de l'épiderme; et en effet ces cellules superficielles sont transformées en matière cornée, en kératine. Ces modifications successives de forme des cellules des couches de l'épiderme sont assez bien représentées par les
Coupe de cuir chevelu (d'après Gurlt) : o, épiderrae: — >>, tige d'un poil; — c.f, g, glande sudoripare: — e, >l. glande sébacée et son conduit excréteur: — h. i, tissus adipeux: — j. balbe du poil.
1 et i, Couche de Malpighi; les cellules profondes (1) sont cylindriques, les autres (2) ont des dimensions a peu près égales dans tous les sens; — 3, couche superîicielle d-» cellules r«-rnées aplaties et a\ant perdu leurs noyaux.
Fij. 136. — Schéma des couches éj .dermiques "
BPIDERME 5(1
figures que donnent des Lignes paraboliques juxtaposées et formant <h'ux Béries inverses qui >■• coupent plue ou moins obliquement Belon le niveau des couches celltJaires auxquelles correspondent leurs points d'intersection (fig« 136).
lu Vie des éléments cellulaires de V épidémie. — Mais outre ihangement de forme, une particularité importantequi différencie les couches, c'est le changement de structure 9de compos/ (ion. ha. che de Malpighi est formée de cellules vivante-, c'est-à-dire de masses albumineuses, protoplasmatiques, capables de se liquéfier en un produit analogue au mucus, en un mot d'éléments globulaire* vivants; mais au-dessus de ces couches, la structure change brus quement, et nous trouvons seulement des cellules desséchées, ratatinées ou aplaties, avant perdu en grande partie leur albumine, en un m<>t des cellules cornées (couches cornées), dont l'albumine s'est oxydée pour se transformer ewkèratine^.
Il est facile de prévoir que. parallèlement à ces différences de structure et décomposition, nous trouverons entre ces deux parties de l'épidémie des différences tout aussi accentuées dans le fonctionnement physiologique. Les cellules superficielles cornées ne sont plus vivantes : les cellules des couches profondes sont essentiellement vivantes; c'est-à-dire qu'elles réagissent à l'action des excitants, et donnent lieu, par exemple, à de véritables phénomènes inflammatoires; c'est ainsi que sous l'influence d'une pression forte et longtemps soutenue, la couche profonde se métamorphose, se liquéfie, et donne un liquide avec quelques noyaux (ampoules); le froid, la chaleur très vive produisent le même effet, de même que quelques irritants chimiques (tels que la cantharidine) connus sous le nom général de vésicants. C'est alors la couche moyenne de T épidémie qui se liquéfie, et forme une masse liquide qui soulève la couche cornée. Si on enlève cette calotte cornée, la sérosité s'écoule et l'on aperçoit sur le derme un voile blanc qui n'est autre chose qu'un reste de la partie profonde de la couche de Malpighi. prêt à reconstituer successivement par sa prolifération les diverses couches del' épidémie normal; mais si l'action irritante continue à agir sur la couche de Malpighi, alors elle subit tout entière la liquéfaction.
-t aussi cette couche profonde et essentiellement vivante de l'épidémie qui donne naissance aux néoplasmes de ce tissu, aux
i La kératine, substance propre des cheveux, des ongles, de la corne, constitue réellement un principe particulier, car elk <-st insoluble dans la potasse, à l'inverse de toutes les autres substances organiques (Ch. Robin).
5i2 TÉGUMENT EXTERNE
diverses formes de cancers êpithèliaux ou cancroïdes l. C'est dans la couche de Malpighi que se trouvent les granules de pigment qui produisent la coloration de la peau dans les races de couleur, et dans quelques régions de nos téguments (peau des bourses, aréole du mamelon, etc.). Ce pigment du réseau de Malpighi ne se montre qu'après la naissance. Cependant chez le nègre, les bords des ongles, l'aréole du mamelon et les parties génitalesprennentuneteinte foncée dès le troisième jour, et du cinquième au sixième jour la coloration noire envahit toute la surface du corps. La base du cordon ombilical présente même une coloration brune caractéristique dès la naissance. Du reste, d'après les recherches de Sappey, les couches profondes de l'épiderme renferment toujours un peu de pigment ; les différences que l'on observe selon les races ne sont que des différences de plus ou de moins; sous diverses influences, lepigment peut prendre un plus grand développement dans les races blanches. Tel est l'effet de l'action prolongée delà lumière; ici les rayons solaires n'ont pas pour résultat de faire naître des granulations pigmentaires comme un élément nouveau, elles déterminent simplement l'hypertrophie de celles qui existent (Sappey).
La couche de Malpighi est la matrice de toutes les autres couches. Ses cellules se multiplient incessamment, et, grâce à cette prolifération physiologique, les éléments cellulaires qui ont fait partie de la couche primitive s'éloignent deplusen plus du derme pour former successivement des couches de plus en plus vieilles et par suite de plus en plus superficielles. Quand ces cellules arrivent à une certaine distance du derme, elles paraissent éprouver une modification graduelle dans leur composition chimique, modification qui se traduit par l'aspect particulier des couches dites stratum granulosum et stratum lucidum (nous renvoyons aux traités d'histologie pour l'étude de ces deux couches interposées au stratum de Malpighi et au stratum corné). Finalement il y a mort des cellules épidermiques à mesure qu'elles arrivent à constituer la couche cornée. Cette mort est le sort de toutes les cellules épidermiques (peut-être faut-il faire une exception en faveur des productions analogues aux ongles, dont les cellules conservent encore leursnoyaux), et, d'après ce que nous avons vu, de toutes les cellules épithéliales (intestin). Ces changements brusques n'ont rien d'étonnant et se trouvent parfois encore plus accentués. On a cité des exemples de décoloration presque instantanée de la chevelure par l'effet de diverses secousses morales, et si cela n'indique pas la vitalité dans les éléments des
1 A. Blum et Mathias Duval, Du cancroïde de la peau (Archives gênéraies de médecine, août 1883).
DE L'EPIDKRMK -J3
poils, cela prouve du moins qu'ils peuvenl subi!- de rapides modi fications chimiques à la suite de certains états nerveux agissanl sur eux soit directement, soit par l'intermédiaire du sang el des
vaisseaux.
Ces couches cornées ainsi produites sont destinées àétreséparées <le l'épiderme, et à tomber en se détachant, absolument comme uou- avons vu l'épithélium <le l'intestin tomber en ruine. Mais ici la chute ne se produit pas sous forme de mucus, ou de flocons plus ou moins albumineux, mais sous celle de petit»-* écailles, de pellicules, de débris de cellules desséchées. La partie toute superficielle <lo l'épiderme est constituée par cescouches de débris prêts détacher. C'est ce qu'on appelle le furfur, la couche furfuracée, qui s'enlève au moindre frottement, dette desquamation furfuracée peut, sous l'influence de causes pathologiques, devenir plus abondante, et comme ces débris épithéliaux renferment de l'albumine transformée kératine), du soufre, du fer, etc.. il en résulte une perte réelle pour l'organisme, d'où la gravité des maladies dites squameuses, et leur effet épuisant. Nous avons vu de même que la fonte muqueuse trop considérabledes épithéliums constitue desétats pathologiques importants. La bronchite, par exemple, et les catarrhes en général sont en partie un phénomène de ce genre. On peut donc dire que ce qui est un pityriasis (ou desquamation) pour la peau, est un catarrhe pour une muqueuse.
Nous venons de voir que le produit de la desquamation épidermique n'est pas liquéfié en général, comme celui des muqueuses: mais il existe des régions de la peau, des points plus abrités, où la desquamation est déjà moins sèche et se rapproche sensiblement du produit correspondant des muqueuses Nous citerons le creux de l'aisselle, la desquamation grasse de la peau du gland et de la face interne du prépuce (smegma préputial). Chez le fœtus la desquamation épidermique n'est pas non plus sèche et cornée; elle est caractérisée par sa dégénérescence graisseuse (vernix cascosa) et analogue au smegma préputial ; cette desquamation graisseuse se continue encore après la naissance dans certaines régions, surtout dans celles qui se sont formées les dernières, par exemple, sur la tète, et particulièrement vers la ligne médiane et vers la grande fontanelle, où il semble que la peau n'était pas encore mûre lors de la naissance.
e i Productions épidermiques. — Outre cette végétation desquamative, l'épiderme est encore le siège de végétations particulières destinées à produire des organes plus ou moins permanents. Ce sont les poils, les ongles, les plumes et autres produits cornés. La formation du poils est le type de toutes les autres. Le point de départ de cette production est un bourgeon épidermique de la couche de
M. Du val, Physiol. 33
TEGUMENT EXTERNE
Malpighi, qui s'enfonce dans le derme et y forme un sac en doigt de gant (A, fig. 137). ou rappelant plus ou moins la forme d'une bouteille (follicule 'pileux); au fond de ce cul-de-sac qui a végété vers la profondeur, se forme un bourgeon épidermique (fig. 137 . qui cette fois végète vers la superficie, s'allonge de plus en plus, traverse tonte la longueur du follicule (racine du poil), puis en
sort (G) et vient proéminer plus on moins au dehorsftige du poil. Cheveu, poil follet i. Toutes ces productions s< nt composées d'éléments cellulaires analogues à ceux de la couche cornée, et très hygroscopiques comme elle ; cette hygroscopie est notablement diminuée, grâce à la matière grasse que les glandes sébacées répandent sur la peau et dont elles revêtent le poil au fur et à mesure de son développement, car nous verrons que ces glandes viennent déboucher dans la partie supérieure des follicules pileux. Quelques poils [ poils tactiles du museau du chien et du chat) présentent dans leur intérieur une papille dermique qui monte jusqu'à une certaine distance dans le canal médullaire. Cette papille est très vasculaire '-. Il est donc probable qu'elle renferme aussi les éléments nerveux qui en font un organe du tact.