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SENS DE LA VUE — ADAPTATION

Mais ce qui se passerait ainsi dans un appareil de physique tel que nous l'avons conçu, n'a pas lieu dans un œil normal. Quelle quesoit (dans de certaines limites) la distance du point lumineux, nous pouvons toujours faire en sorte que le sommet du cône oculaire, produit par ses rayons, vienne tomber précisément sur la rétine : nous pouvons regarder alternativement, et voir presque avec une égale netteté, une étoile et le bout de notre nez. En un mot, nous pouvons adapter, accommoder notre œil aux distances.

G. Adaptation. - Le mode selon lequel se produit X adaptation c'est-à-dire la coïncidence toujours exacte du sommet du cône oculaire avec la rétine, n'a pu être précisé que dans ces derniers temps. On a même longtemps nié l'existence de l'adaptation. La

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Fig. 162. — Expérience de Scheiner *.

preuve de l'existence de cette fonction peut être donnée par plusieurs expériences. Si l'on place, par exemple, en face de soi deux doigts, l'un derrière l'autre à une certaine distance, et qu'on fixe son attention sur l'un deux, on s'aperçoit alors que l'on ne voit distinctement que celui-ci, c'est-à-dire que l'œil n'est adapté que pour voir l'un des doigts, et ne l'est point pour l'autre, qui parait vaguement dessiné; c'est qu'en ce moment l'un des deux doigts se peint régulièrement sur la rétine, et les divers points de l'autre n'y produisent que des cercles de diffusion. Le fait est encore bien mieux démontré par une expérience célèbre due à Scheiner : elle consiste à placer devant l'œil une carte percée de deux petits trous rapprochés l'un de l'autre (Mm, N», fig. 162) et à regarder deux

>ur la

* AB, diaphragme avec deux ouvertures (Mm et 'Sn).

a, Point pour lequel l'œil est adapté, et dont l'image vient se faire en a> rétine).

>>, Point sur lequel l'œil n'est pas adapté ; les rayons lumineux qui en partent, après s'être rencontrés en 0' (en avant de la rétine), divergent de nouveau et rencontrent la rétine en b", b", de sorte que le point b est vu double.

points lumineux (deux têtes d'épingle, par exemple) placés l'un devant l'autre à une certaine distance (comme les deux doigts dans l'expérience précédente) : si Von fixe attentivement V un de ces ■points, on voit l'autre double. Yoiei la raison de ce fait. Si par les deux ouvertures Mm et i\w(fig. 162) on fixe le point lumineux a, il se passe dans l'œil un phénomène d'adaptation, à la suite duquel le cône oculaire est tel, que son sommet tombe sur la rétine: donc les sommets des deux cônes partiels passant parles deux ouvertures se confondent en un seul (en a), puisque ces deux cônes font partie du cône total qui se produirait si l'on examinait le point lumineux avec l'œil découvert; mais cette disposition est uniquement relative au point a, et quand au point b, son cône objectif étant plus long, il a un cône oculaire plus court, dont le sommet sera en avant de la rétine, et qui n'ira frapper cette membrane qu'en divergeant, après avoir opéré l'intersection de ses rayons : si donc, comme dans l'expérience, on divise le cône en deux, en regardant par deux trous, l'objet qui n'est pas fixé, l'objet b viendra se peindre par deux cônes distincts (et sera vu double) puisque la rétine ne les rencontre pas au niveau de leur sommet commun fb'J, mais plus en arrière, lorsqu'ils se sont de nouveau séparés (b", b"). Il est dont évident que l'œil était adapté pour voir a et non pour voir b-, l'inverse arriverait si l'on fixait attentivement b; ce serait alors a qui paraîtrait double.

Ces faits suffisent pour prouver que nous avons la faculté d'adapter notre vue aux différentes distances. L'expérience de tous les jours nous montre, du reste, que nous pouvons distinguer des objets placés pour ainsi dire à une distance infinie, et que nous apercevons de la façon la plus nette les objets placés à 12 centimètres. C'est, en effet, à cette distance que nous recevons la plus grande quantité de lumière, et en général la faculté d'adaptation oscille entre l'infini et 12 centimètres. C'est-à-dire qu'un œil normal, à l'état de repos, sans effort d'accommodation (voir ci-après) est en état de distinguer nettement les objets situés à 65 mètres, distance telle que les rayons qui en partent peuvent être considérés comme parallèles, comme s'ils venaient de l'infini. On appelle cette distance, le punctum remotum. Puis, par un effort d'adaptation, nous pouvons arriver à voir distinctement des objets de plus en plus rapprochés, jusqu'à une distance qui pour un œil normal est à 12 centimètres de l'œil ; on appelle cette distance le punctum proximum. Le champ de l'adaptation est donc mesuré par la distance du punctum remotum au punctum proximum.

Myopie et hypermétropie. — Sous ce rapport, il y a cependant

MYOPIE BT HYPERMÉTROPIE

rides différences individuelles : les limites que nous venons d'indiquer sont celles desyeui normaux, dits emm t. Mais

certaines personnes ont le globe oculaire constitué de telle manière

■. quelle que soil la Longueur du cône objectif, le cône oculaire o'est jamais court pour que son Bommet tombe sur la rétine;

même quand l'objet Lumineux esl à L'infini, son image vient se faire plus Loin que la rétine : ces personnes sont dites hypermétropes,

i\ à dire qu'il faudrait que L'objet tût au delà de l'infini pour que Le sommet du cône oculaire pût tomber sur leur rétine (fig. 163,1 1; pour ces y eux, le punctum remotum est au delà de l'infini : ces yeux sont nommés hypermétropes, et ce défaut de convergence (de brièveté relative du cône oculaire) constitue l'hypermétropie. D'autres personnes, au contraire, ont le globe oculaire tel que le cône oculaire est toujours trop court, son sommet se faisant toujours en avant de la rétine, et il leur faut rapprocher beaucoup les

objets, regarder de très près pour que, ce cône s'allongeant, son sommet vienne tomber sur la membrane sensible ; pour ces yeux le punctum remotum est plus près de l'œil que chez les sujets normaux : c'est là le cas des myopes (fig. 163, 2) et cette trop grande brièveté du cône oculaire constitue la myopie.

On voit que X hypermétropie et la myopie sont deux états opposés, dans le premier desquels l'œil, à l'état de repos, sans aucun effort d'adaptation, ne peut voir que des objets très éloignés, plus éloignés que l'infini, tandis que, dans le second, il ne peut, dans les mêmes circonstances, voir que des objets très rapprochés.

* 1, Œil hypermétrope. Les rayons lumineux, venus même de l'infini (parallèles) donnent un cône oculaire dont le sommet tombe en arrière de la rétine (en a), soit que ce cône soit trop long (défaut de pouvoir convergent dans les milieux de l'œil), soit que la rétine soit trop en avant (œil trop court).

2. Œil myope. Les rayons lumineux, venus de l'infini (parallèles), donnent un cône oculaire dont le sommet tombe en avant de la rétine (en >>)■, soit que ce cône soit trop court (excès de pouvoir convergent des milieux), soit que la rétine se trouve placée trop en arrière (œil trop long; les travaux de Donders rattachent la myopie à cette dernière cause, que la figure fait bien saisir ; globe oculaire très allongé d'arrière en avant).

Yig. 163. — Œil hypermétrope et œil myope *. ;

En d'autres termes, l'hypermétropie et la myopie consistent toutes deux en un déplacement du punctum remotum, soit au delà (hypermétropie), soit en deçà (myopie) de sa place normale. Une autre défectuosité de la vision, bien différente des précédentes, quoiqu'on l'ait confondue parfois avec l'hypermétropie, consiste en un déplacement du punctum proximum, qui s'éloigne de l'œil ; c'est la presbytie. En effet la presbytie consiste en ce que la faculté de l'adaptation est diminuée et ne peut plus se produire pour les objets très rapprochés : c'est ce qui arrive normalement avec les progrès de l'âge, parce qu'alors le cristallin devient plus dur, moins élastique, et ne se prête plus si bien aux changements de courbure par lesquels, comme nous le verrons, se fait l'adaptation aux courtes distances. Alors le punctum proximum se rapproche du punctum remotum, et le champ de l'adaptation en est diminué d'autant. Ainsi l'hypermétrope a fatalement un cône oculaire toujours trop long, le myope un cône toujours trop court; mais l'un et l'autre peuvent modifier ce cône par l'adaptation et notamment le raccourcir, comme nous le verrons. Le presbyte, au contraire, ne peut presque plus modifier ce cône pour la vision des objets rapprochés ; on voit donc que si un œil normal peut devenir presbyte, il en est de même d'un œil hypermétrope ou myope, et que la myopie et la presbytie peuvent se trouver combinées. Chez le myope devenu presbyte le champ de l'accommodation est très court, puisque, comme presbytie, le punctum proximum s'est éloigné de l'œil, et que, comme myopie, le pu?ictum remotum est rapproché de l'œil, c'est-à-dire qu'il y a peu de distance entre ces deux points.

Mais l'art a trouvé, pour remédier à ces vices de la vue, des moyens empruntés à l'optique : il s'agit de modifier les cônes oculaires trop longs ou trop courts, et pour cela on place devant l'œil un verre concave ou convexe. Les plus simples notions de physique nous permettent de comprendre qu'un verre concave ou divergent allongera le cône oculaire, puisqu'il diminuera le pouvoir convergent de l'œil : les myopes feront donc usage de verres concaves. Au contraire, un verre convexe ou convergent raccourcira le cône oculaire, puisqu'il augmentera le pouvoir convergent de l'œil; ce sera d'un verre convexe que feront usage les hypermétropes pour raccourcir le cône oculaire, de même que les presbytes, lorsqu'ils veulent voir de près, et qu'alors leur adaptation est devenue impuissante à produire cet effet.

Mécanisme de l'adaptation. — L'étude des variétés dans le pouvoir convergent de l'œil et du mode artificiel par lequel on y remédie»

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