MENSTRUATION ET OVULATION
dante1. Ainsi, quoique L'hémorragie soit le phénomène le plus frappant, il n'est pas moins vrai que l'essence môme de la menstruation est une mue épithéliale, sympathique du développement épithélial ovarique d'<»ù résulte la cliute dos ovules, de l'ovulation en un mot2.
Ce n'est pas à dire que, dans l'hémorragie menstruelle, les vaisseaux eux-mêmes ne jouent aucun rôle. Il y a, à cette époque, des modifications de l'innervation vaso-motrice telles que, si l'écoulement du sang ne s'eftèctue pas par la surface utérine, le flux hémorragique se fait jour par d'autres vaisseaux. C'est ainsi qu'on voit des femmes avoir, à l'époque des règles, des hémorragies nasales, pulmonaires, intestinales. Récemment encore on a apporté l'observation singulière d'une femme dont les seins étaient tous les mois le siège d'une tuméfaction douloureuse, puis d'un écoulement d'abord séreux, puis sanguinolent, qui durait huit jours.
1 Ch. Rouget, en découvrant les fibres musculaires lisses qui sont contenues dans l'épaisseur des ligaments larges et qui englobent tous les vaisseaux placés <lans ces organes, a aussi indiqué cette disposition comme la source principale du mécanisme de l'hémorragie menstruelle; il est, en effet, incontestable que ■ces faisceaux musculaires, en se contractant, compriment les vaisseaux veineux qu'ils enlacent, et s'opposent ainsi à la circulation de retour, sans nuire à l'afflux par les artères, qui, grâce à leur petitesse et à leur résistance, ne sont que peu ou pas modifiées par la compression. De là, augmentation de pression ■et déchirure dans les capillaires utérins. La contraction de ces faisceaux musculaires prend aussi la plus grande part à l'érection de l'ovaire, et à l'adaptation de [la trompe (V. p. 683), de sorte qu'une seule et même cause préside aux trois phénomènes essentiels de l'époque menstruelle, rupture de la vésicule ■de Graaf, adaptation du pavillon tubak'e, hémorragie cataméniale : dans ces ■circonstances, l'adaptation de la trompe doit se taire la première et précéder fort heureusement la rupture de l'ovisac; elle doit se produire à l'instant où •cette rupture, devenue imminente, par hypertrophie de la vésicule de Graaf, provoque dans tout l'appareil génital interne cet état particulier (contraction •des muscles péri-utérins), qui constitue le molimen menstruel. (V. Ch. Rouget, Les Organes érectiles de la femme; Journal de Physiologie, t. I, 1858.)
2 Parfois la desquamation de l'épit hélium utérin se fait tout d'une pièce, et les régies sont accompagnées de l'expulsion d'une fausse membrane reproduisant exactement le moule de la cavité utérine (dysménorrhée membraneuse exfoliante). La muqueuse utérine se sépare du tissu sous-jacent comme au moment de l'accouchement et est expulsée, tantôt entièrement sous forme de sac, à villosites externes ou internes, suivant qu'elle sort directement ou retournée sur elle-même, tantôt par lambeaux plus ou moins considérables. (Quelques auteurs ont nié le détachement menstruel de la muqueuse, et prétendu que ce n'est là qu'un avortement des premiers jours ou des premières semaines (Haussmann) ; mais Courty a réuni plusieurs observations incontestables de menstruation membraneuse chez des vierges et chez des femmes mariées, chez lesquelles, maigre l'interruption avérée des rapports conjugaux, le phénomène se reproduisait avec une persistance qui ne saurait laisser de doute sur sa nature.
gge APPAREIL GENITAL FEMELLE
Le sang menstruel évacué est pauvre en matériaux solides ; il n'est pas coagulable ; plus clair et plus mélangé de mucus dans les premiers jours, il offre de nouveau ces mêmes caractères lorsque l'écoulement est près de cesser. Il n'est pas nécessaire de dire ici qu'il ne possède aucune des propriétés nocives dont se sont plu à le doter les superstitions de tous les temps et de tous les pays.
Cet écoulement dure en moyenne quatre jours: la quantité de= sans perdu ne dépasse généralement pas 500 grammes. Use reproduit en moyenne tous les vingt-huit jours, c'est-à-dire tous les mois lunaires. La menstruation commence, c'est-à-dire la premièreovulation se produit, dans nos climats, ver- quinze ans ; elle cesse vers quarante-cinq à cinquante ans, eu même temps que les fonctions de l'ovaire. Elle s'arrête également pendant toute la durée de la grossesse. La menstruation disparait chez la femme qui a subi l'ablation complète des deux ovaires ; on cite cependant à cet égard des observations contradictoires.
Vagin. — L'épithélium pavimenteux du vagin et du col de la matrice ne reste pas indifférent au phénomène de la menstruation. Là aussi se produit, mais sur une bien plus petite échelle, une desquamation épithéliale, d'où résulte un produit liquide épais et blanchâtre. Dans certains états pathologiques très fréquents, cette desquamation est permanente et constitue les écoulements connus sous le nom de fiueurs blanches, qui ont leur source dans le vagin et surtout le col de l'utérus.
Les parties génitales externes offrent aussi des desquamations épithéliales analogues, mais qui se rapprochent du produit sébacé ou plutôt du smegma préputial.
Le vagin et les parties génitales externes servent surtout à la copulation, qui a pour but la fécondation ; nous les étudierons donc avec ce phénomène, que nous pouvons aborder maintenant, connaissant les produits mâles et femelles, c'est-à-dire les deux éléments dont la mise en présence constitue la fécondation.
III. Fécondation et développement de l'œuf fécondé. I. FÉCONDATION, PHENOMENES PREPARATOIRES
La fécondation résulte de la rencontre de Y ovule et des spermatozoïdes. Nous connaissons l'appareil mâle destiné à éjaculer le sperme. L'appareil femelle destiné à le recevoir comprend :
a) Les organes génitaux externes, qui possèdent des appareils érectiles (bulbe du vagin et corps caverneux du clitoris) analo-
KKCONDATION ,5^7
gués à ceux de L'homme, quoique rudimentaires ; ces organes, et surtout I.i région clitoridienne, analogue au gland de la verge, sont (e siège principal des sensations génitales voluptueuses.
b) Le vagin, à L'entrée duquel (entre Les petites lèvres et les caroncules myrtiformes) s'ouvre de chaque eôté le canal excréteur des deux glandes de Bartholin ', glandes analogues, et par leur position et par leur produit, aux glandes de Cowper, que nous avons étudiées chez le mâle. Leur produit paraît destiné à lubrifier l'entrée du vagin. Ces glandes sont intéressantes au point de vue pathologique; c'est en elles que siège, chez la femme, l'inflammation analogue à la blennorragie de l'homme. Dans ces cas, il n'y a presque jamais vaginite; blennorragie chez la femme se traduit par ce qu'on peut appeler une bartholinite.
Le vagin est esssentiellement l'organe de la copulation : ses rides et plis transversaux excitent au plus haut degré la sensibilité du gland et amènent le réflexe de l'éjaculation ; c'est donc dans le vagin que sont versés les spermatozoïdes. Aussi l'état de cette muqueuse peut-il avoir une certaine influence sur la vitalité de et -s éléments fécondateurs : si la desquamation vaginale est notablement acide, son contact avec les spermatozoïdes peut être fatal à ces filaments vibratiles, car on sait qu'ils sont frappés de mortr comme toutes les cellules à cils vibratiles, au contact d'un liquide acide. Au contraire, la présence d'un mucus alcalin, comme celui que produit normalement l'épithélium pavimenteux du col de l'utérus, est éminemment favorable à la vie et aux mouvements des spermatozoïdes. (V. p. 667 et 677.)
Les sensations génitales voluptueuses qui accompagnent l'acte du coït chez l'homme, et qui sont nécessaires pour amener le réflexe de Yèjaculation, ne paraissent pas, ainsi qu'il a été dit précédemment (p. 677), devoir accompagner nécessairement cet acte chez la femme, afin d'amener la fécondation; les seules conditions que doivent remplir les organes génitaux externes de la femme, c'est de permettre que la semence soit introduite dans le vagin et puisse y être retenue. La membrane hymen, qui présente toujours une perforation de forme variable (hymen semilunaire, hymen en fer à cheval, hymen annulaire, hymen bilabié), n'oppose pas d'obstacle à cette introduction, et, du reste, elle est d'ordinaire brisée dans le premier coït ; mais parfois cette membrane présente une sensibilité toute particulière, qui, mise en jeu par les plus
1 Bartholin. — La famille suédoise des Bartholin compte cinq membres qui se
sont illustrés par leurs travaux en médecine; celui qui a donné son nom aux -landes vulvo-vaginales est Thomas Bartholin, le plus célèbre de la famille ne à Copenhague en 1616, mort en 1680.
£88 APPAREIL GENITAL
légers attouchements, amène par action réflexe une contraction •énergique du sphincter du vagin, contraction accompagnée de violentes douleurs et mettant obstacle à tout coït.
C'est ce phénomène, si curieux au point de vue physiologique, que Mar. Sims (de New-York) a étudié sous le nom de vaginisme. Sims compare avec raison le vaginisme au hlépharisme ou contraction spasmo- ■dique douloureuse et involontaire de l'orbiculaire des paupières, accompagnée d'une extrême sensibilité ou photophobie1. Ce chirurgien a de plus montré que le vaginisme ne pouvait être détruit ni modifié par la dilatation forcée ou graduelle, tant qu'on ne s'adressait pas au point de départ du réflexe, c'est-à-dire à l'hymen ou à ses débris (caroncules myrtiformes), mais que l'excision et la cautérisation de ces membranes sensibles (surtout à leur surface externe) font disparaître aussitôt les contractions spasmodiques qui étaient la suite de leur hyperesthésie.
Il est possible que le sperme soit lancé directement jusque dans l'utérus, car l'ouverture du méat urinaire du gland étant verticale, et celle du col de l'utérus transversale, il y a là une condition qui doit favoriser le passage dans la seconde ouverture du liquide qui sort avec violence de la première. Ce passage est peut-être favorisé par un état d'érection de l'utérus et de son col, érection qui ouvrirait largement l'ouverture de ce dernier ; on a dit aussi que cette érection, dilatant la cavité de la matrice, amenait de la part de celle-ci une véritable aspiration sur le sperme.
Cependant l'observation directe chez les animaux (lapine) fait voir que le sperme n'est versé que dans le vagin 2 ; Coste a montré
i V. pour plus de détails sur la physiologie pathologique du vaginisme : Stoltz, Contracture spasmodique de Vorip.ce vaginal par hyperesthésie (vaginisme). — Gazette médicale de Strasbourg, janvier 1872.
2 Nous ne pouvons toutefois nous dispenser de rapporter une observation très curieuse faite chez la femme et qui confirmerait singulièrement la théorie d'une aspiration active de la matrice sur le sperme pendant l'orgasme vénérien. Cette observation, due à un médecin anglais, a été reproduite dans tous les journaux de médecine. (Mouvement médical du 8 mars 1873.) 11 s'agit d'une femme atteinte de chute de la matrice et chez laquelle le moindre contact sur le col utérin amenait l'orgasme vénérien : « Je glissai la pulpe de mon indicateur trois ou quatre fois le long du col de l utérus; immédiatement l'orgasme survint. Le col utérin, au début était dur, ferme et avait l'aspect normal : son ouverture était close et n'aurait pu admettre la sonde. Presque aussitôt après le contact, le museau de tanche s'ouvrit largement et bailla cinq ou six fois, pendant que l'ouverture externe était attirée vigoureusement dans l'intérieur de la cavité du col : ces phénomènes durèrent environ vingt secondes, puis tout rentra dans l'état normal, l'ouverture se referma et le col reprit sa place... Quand j'aurai ajouté que la malade était très intelligente, qu'il n'y avait aucun état inflammatoire ni t l'ouverture, ni dans le col utérin,