NERF8 VASO-MOTEURS
2° Pour les vaso-dilatateurs l'explication est plus délicate. Il est parfaitement démontré qu'an grand nombre d'excitations produisent par réflexe la dilatation des vaisseau* : si l'on 'coupe l'oreille d'un lapin, et que l'on excite son nerf sciatique, on voit le sang ■couler en bien plus grande abondance par les vaisseaux sectionnés. Il est des nerfs centrifuges dont l'irritation amène directement la dilatation des vaisseaux ; c'est ainsi que la corde du tympan produit, quand on l'irrite, une hyperéniie intense, et par suite, une abondante sécrétion de la glande sous-maxillaire. Elle agit de même (hyperémie) sur la partie antérieure de la langue, tandis que c'est le glosso-pharyngien qui conduit les nerfs vaso-dilatateurs pour la base de la langue et l'isthme du gosier (Vulpian J).
Il existe donc bien des nerfs vaso-dilatateurs, c'est-à-dire dont J'excitation a pour résultat l'hyperémie, c'est-à-dire la dilatation. On pourrait peut-être comprendre une action de ce genre, si les ■artérioles possédaient des fibres musculaires longitudinales, dont la •contraction diminuerait les dimensions longitudinales des vaisseaux •en augmentant leur dimension transversale, en élargissant, en dilatant le vaisseau. Alors les vaso-constricteurs innerveraient les £bres circulaires, les vaso-dilatateurs les fibres longitudinales. Mats l'histologie montre que les vaisseaux artériels ne possèdent absolument que des fibres musculaires circulaires. C'est donc sur ces fibres circulaires que doivent agir les vaso-dilatateurs aussi bien que les vaso-constricteurs. Cependant il est difficile d'admettre des nerfs qui vont directement paralyser les éléments musculaires des tuniques artérielles; l'exemple de la corde du tympan, qui est un filet du facial, fait plutôt penser à des nerfs qui, allant agir sur d'autres nerfs, y feraient cesser toute action.
D'après cette hypothèse, les nerfs vaso-moteurs dont l'entrée en action, par excitation du bout périphérique, produit une vasodilatation, n'agiraient pas directement sur les vaisseaux, "mais bien sur les vaso-constricteurs , sur lesquels ils viendraient exercer une sorte d'action suspensive, une action d'arrêt. Les vasodilatateurs agiraient donc en paralysant les vaso-constricteurs; la vaso-dilatation serait active, au point de vue nerveux, en ce sens qu'elle est le résultat de l'action d'un nerf sur un autre nerf; mais elle serait passive au point de vue du second nerf qui reçoit l'action du premier, passive surtout quant à la paroi vasculaire qui, en définitive, se trouve en état de paralysie par affaiblissement ou suppression de son innervation tonique normale.
Claude Bernard, qui a émis et soutenu l'hypothèse de cette action
1 Vulpian, Leçons sur l'appareil vaso-moteur, Paris, 1875
paralysante des nerfs vaso-dilatateurs sur les vaso-constricteurs, lui a donné le nom à? interférence nerveuse. En ceci il avait moins l'idée de donner une explication, que de faire une comparaison. On sait quels sont ces phénomènes physiques dans lesquels de la lumière jointe à la lumière produit de l'obscurité, les vibrations lumineuses dans un sens venant neutraliser les vibrations lumineuses en sens opposé; on dit alors qu'il y a interférence delà lumière ; de même une action nerveuse venant neutraliser une autre action nerveuse, il y aurait interférence nerveuse.
L'action des vaso-dilatateurs rentrerait donc dans la classe des phénomènes nerveux dits d'arrêt ou d'inhibition (V. p. 35). Or, les expériences récentes de Dastre et Morat sont venues donner une démonstration expérimentale de cette hypothèse. Leurs recherches, relativement par exemple aux ganglions cervical inférieur etpremier thoracique, peuvent en effet se résumer de la manière suivante: ces ganglions exercent sur les vaisseaux de la tête (spécialement de l'oreille) une action tonique, qu'on met en évidence en comparant les résultats de la section de la chaîne sympathique en amont ou en aval de l'anneau de Vieussens. Cette action tonique est renforcée par des nerfs constricteurs venus de la moelle avec les racines des troisième, quatrième et cinquième paires dorsales, et les rameaux communiquants qui leur correspondent, l'excitation de ces filets resserrant les vaisseaux auriculaires. D'autre part, ces mêmes ganglions reçoivent des huitième paire cervicale, première et deuxième dorsales, des éléments dilatateurs, car l'excitation de ces racines et de leurs rami communicantes dilate les vaisseaux auriculaires. Que deviennent ces nerfs inhibitoires en arrivant dans les ganglions? L'expérience suivante indique qu'ils s'y terminent et s'y perdent au moins en partie: en effet, l'excitation en masse du cordon sympathique immédiatement au-dessous du ganglion stellaire produit la vaso-dilatation, tandis que l'excitation pratiquée audessus du ganglion cervical inférieur provoque la constriction. Ces épreuves nous montrent donc dans les ganglions susnommés des centres toniques vasculaires et des centres d'interférence ou d'inhibition. Cet exemple n'est pas isolé. En étudiant les vaso-dilatateurs du membre inférieur, Dastre et Morat ont vu que les ganglions second et troisième lombaire de la chaîne abdominale sont également des centres toniques et inhibitoires.
Les expériences de Dastre et Morat sur les diverses parties du grand sympathique aboutissent toutes à ce même résultat, c'està-dire que nous trouvons l'hypothèse de Cl. Bernard confirmée par tous les faits expérimentaux, et seule capable de les relier dans un ensemble de conceptions systématiques. Ces faits nous prouvent que