‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 2 sur 66 · TOME TROISIÈME · texte numérisé non relu

TOME TROISIÈME

PMUS.

IK9 tUlUUK, LIBRAIRE DE LA FAtL'Llk i}\ù MkDEtl>E,

place de r£cole-de-Médocine , 23 (ancien n''4).

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COURS

liUa mysierious fitUd the hloodt

Datt (1).

SOlXANTE'SIXiÊlE LEÇON.

Messieurs,

Je devrais, pour me conformer à la classification des fonctions que je vous ai exposée, procéder à Fétude de la respiration après avoir terminé Thistoire de l'absorption ; mais , la respiration modifiant incessamment la composition et les propriétés physiologiques du sang, il m'a paru indispensable de vous Faire connaître avant tout le liquide sur lequel elle opère. J'ajoute quHl est utile de rapprocher, comme je le Fais, la description du sang de celle du chyle et de la lymphe.

Si on n'avait égard qu'aux animaux vertébrés, on pourrait définir le sang le liquide rouge qui est mis en mouvement dans les caviiés du cœur, des artères, des vaisseaux capil^ h ires et des veines.

Au point de vue de la zoologie et de la physiologie générale,

: i; OàéfnaiioHS on the coagulation ofthe blood (in Edinburgk nudicat and surgical Joumat , toI. XXX , p. 251 ; 1823 ).

cette définition est attaquable. I^ couleur rouge ne (wurrait constituer un des caractères du sang, qu'autant qu'on s'accorderait à refuser )e non) de sang au suc nuiritffàcs animaux, lorsqu'il a'est pdi coloré en rouge. Ceci ressemblerait beaucoup à une pétition de principes (l).

En cessant de tenir compte de la couleur, et en ne s'altachant qu'au caractère tiré de la spécialité des voies au travers desquelles se meut le suc nutritif, on pourrait dire que le sang est le liijuide nutritif contenu dans des voies circulatoires par^ faitement closes, et distinctes du tube digestif.

Cette deuxième définition n'est pas non plus irréprochable : elle convient au sang des invertébrés, mais elle ne distingue pas suffisamment le sang des vertébrés du chyie et de la If/np/ie.

Si je ne craignais de tomber dans l'aridité des détails scolastiques, je |)ourrais composer une définition de la fusion des deux premières; mais il me suffit de vous avoir mis à même d'établir la distinction entre le sang cl les autres humeurs du corps.

Ainsi ce ne sera pas du sang pour vous que le suc nutritif, produit de la digestion , lorsqu'il pénétrera tout simplement la masse de l'animal , sans être introduit par l'absorption dans des voies circulatoires canalicuiécs et close§. Le suc qui stagne chez les insectes, entre le tube digestif et le vaisseau dorsal, pourra être considéré comme du sang , parce qu'il s'introduit directement dans ce vaisseau dorsal. Vous n'assimilerez pas au sang l'humeur contenue chez quelques radiaires, et notamment chez les acalèphes, dans ces prolongements vasculiformes que le tube digestif envoie dans le corps. Sans doute ces prolongements jouent , à la fois , et le rôle d'estomac , qui digère la matière alimentaire, et le rôle de conduits, qui portent aux parties vivantes le produit . de cette digestion ; mais îl me faut pas

(1) Insectomm suceos, qui sœpe allerius colorh sunt , sanguinem va care non soient (llaller, Elem. phyùoL, t. Il, p. I ).

pousser rassimilation au point de dire que l'estomac est de-

rrou vaisseau sanguin, et que son contenu s'est transformé en ong. Enfin vous vous abstiendrez de regarder comme du ^aog veineux Thumcur contenue dans les conduits gastro-bi^ Haines de certains mollusques. Cette dernière restriction doit \mis faire pressentir le pàHi que je prendrai plus tard dans la question qui , sous le nom iê p/ilébentérisme , a un instant passionné les académies.

Entre le tube digestif et les voies dans lesquelles circule le >aDg, il y a . chez les animaux supérieurs, et surtout chez les mammifères, des voies intermédiaires qui manquent chez les animaux invertébrés: ce sont les chylifères; de sorte que ce ae>t que progressivement, chez les premiers, qu'une partie de la matière réparatrice est élevée à la dignité de sang,

\ous voyez, d'après ce qui précède, que certains animaux peuvent manquer de sang. Il n'y en a pas chez ceux des infusotres qui sont privés de bouche, il n'y en a pas non plus chez les rhizopodes. Les bras des hydres renferment des conduits dans lesquels un liquide est mis en mouvement. Trembley (1) avait pris ces conduits pour des vaisseaux, et ce liquide pour du sang; il a été réfuté par Meyen (2): Ces conduits effectivement s'ouvrent dans rcstomac. Déjà nous avons exprimé notre opinion sur le contenu des conduits qui naissent de Testomac de cerfaius radiaires, tubes cliymifères de M. Agassiz (3). Mais, autour de ces tubes, il existe, suivant Will (4), des vaisseaux dépourvus d'rpiihélium vibratile, contenant un liquide colore muni de globules et qui peut être considéré comme du sang. Toutefois ces faits méritent d'être vériHés.

On ne sait trop si on doit donner le nom de sang à Thumeur rosée homogène qu'on observe dans les cavités contractiles de

il} Mémoires pour servira l'histoire des polypes^ p. 219. (2j BrowD's Fennischte Botanisch Schriften , etc., t. IV, p. 490. (S) Contributions to the naturnl history ofthe acalepha of Korth America, u iV, p. 1 à 7, may 1819.

(4; froriep's Notizen, n» 599, p. 68; 1813.

cerlaius infusoires munis de bouche. Au moment de la diastole, le liquide afflue dans ces cavités, puis il disparaît au moment de leur systole, comme s'il se répandait dans la masse du corps.

A partir de ces degrés inférieurs, on rencontre chez toutes les espèces animales un liquide réunissant les caractères auxquels nous reconnaissons le sang. La généralité, la presque universalité de cette condition anatooD|q[ue, donne une haute idée de son importance. Je crois devoir reproduire ici la vue générale que j'ai exprimée sur le sang en exposant la classification des humeurs. Qu'on se figure, chez un mammifère à sang chaud , une sorte de torrent qui part du cœur et se dirige vers la périphérie, en se subdivisant en courants secondaires, et qui abandonne de tous côtés des matériaux pour les sécrétions, la perspiration, la nutrition... ; puis ce fleuve remonte vers sa source, et, chemin faisant, il se charge des produits des absorptions veineuses et lymphatiques.

Ainsi le sang est placé entre les fonctions qui le forment et les fonctions qui le dépensent ; il occupe véritablement le centre de la vie végétative. De plus il tient immédiatement sous sa dépendance les principaux rouages du corps : Faction nerveuse, la contraction musculaire , la vie eMe-méme enfin, qui s'échappe avec lui.

PBOPOBTIOlf nVTBB liA MiUMB DU SAIVO ET MJk HASSIS

DU COBP0*

A une époque où la thérapeutique médicale répand le sang avec une certaine libéralité, il n'est pas indifférent de rechercher quelle est la quantité de ce liquide contenue dans le corps ( 1 ).

(I) //t morborum curatione vidclur iemerarium esse medicum, qui sangumis non paucas libras dttrahat , neque tamen mensuram tencat nccessarii humons, ahsque quo vita superexse non possit , et cnjus si nufjorem aliquam porlionem removcris, cordis vires iahcscanl et aiUmaljCtiam mullo retenlo sanguine , Ionien perçai ( Haller, Elem. phys., 1. 11 , p. 1 ).

QUANTITÉ DU êlNO. 9

DtfferenM modes d*ëvaIuation ont été mis en usage pour arrirer à la solution de ce problème.

1^ mode d'évaluation. Il a été employé dès le 17® siècle, par Allea Moulin (1) , et easiiîte par plusieurs autres expérimenuteurs. On pèse un animal , on lui ouvre un gros vaisseau , on btsse couler le sang jusqu*à ce que l'animal succombe. Le sang qu on a recuilli est pesé , et son poids, comparé au poids primitif do corps de ranimai. Déterminant ensuite le poids d'un homme adulte, on en déduit par analogie le poids de son sang.

Voici quelques résultats :

Lne brebis pesait 118 livres; on lui tira, pour la faire périr, 5 liTres et y^ de sang (23* partie du poids du corps). King retira I livre et Vs de sang d'un agneau pesant 30 livres et ^ ii(f partie du poids du corps environ); ce n'était que la 30® partie sur un lapin. De l'ensemble des faits recueillis par les premiers expérimentateurs , ils avaient tiré la conclusion que le poids du sang était au poids du corps comme I est à 20 (op. tOO). Appliquant par analogie ces résultats à l'espèce humaine, on donnait 8 livres de saog à un homme adulte pesant 160 livres.

Ce chiffre est trop peu élevé. Ceux des expérimentateurs modernes qui ont fait usage de ce premier mode d'évaluation sont de même restés au-dessous de la vérité. Wanner, convaincu que dans les abattoirs les chairs des animaux sont épuisées du saog qu'elles contenaient, s'y est livré à des recherches dont voici les principaux résultats. Un bœuf pesant 750 kilogr. a donné 31 kilogr. AD cent, de sang (proportion : 1 sur 23,81 , un peu plus de 4 pour 100). Un autre bœuf, pesant 700 kilogr. , a fourni 29 kilogr. 50 cent, de sang (proportion: 1 sur 23,73). Lnc vache , du poids de 588 kilogr. , a laissé couler 27 kilogr. de sang (proportion: 1 sur 21,77, environ 5 pour 100). Un mouton pesant 50 kilogr. donna 2 V2 kilogr. de sang (1 sur 27,72); au autre mouton , du poids de 40 kilogr. , donna 2 kilogr. 50c. (I sur 20, ou 6 pour 100). Wanner tire de ces expériences la con-

:i; Philosophical transacliotis, n» 191, p. 433; 1689.

séquence que, chez rhomme, le sang forme la 25® partie au plus, la 20® au moins, du poids total du corps; de sorte qu'une saignée de 2 livres, faite à un homme pesant 100 livres , le priverait de la moitié de son sang. Il dit encore qu'un nouveau-né de 5 à 6 livres n'a pas plus de 4 à 5 onces de sang.

Si ce mode d'évaluation donne des résultats inexacts, cela tient : 1^ à ce que pendant que le cœur envoie du sang à la blessure , au moment où Tanimal succombe, il en envoie en même temps aux autres parties du corps, qui par conséquent ne soqt pas épuisées ; 2^ à ce que le crâne, qui résiste , comme nous le dirons ailleurs, à la pression atmosphérique, ne peut être vidé de tout le sang qu1l contient ; 3^ à ce que certaines veines, disposées comme des sinus, retiennent de même une certaine quantité de sang; 4"" à une sorte d'attraction que les parties vivantes exercent sur le sang. J'ajoute qu on n'est pas toujours autorisé à conclure des animaux à Thomme.

Il y a pourtant à dire, à l'avantage de ce mode d^évalualion, que s'il ne donne pas le maximum , il fournit un minimum qu'il est bon de connaître. H nous instruit aussi approximativement de la quantité de sang dont la perte brusque pourrait être funeste. Du reste , il a offert, dans quelques circonstances , des résultats un peu plus élevés que ceux dont nous avons parlé jusqui^ci. Un bœuf a répandu une quantité de sang égale à la 11^ partie de son corps (1) , un chien de 50 livres a fourni 5 livres de sang (10^ du poids du corps) (2); enfin les résultats obtenus, dans ces derniers temps, par Herbst (3), qui ouvrait à la fois 1 aorte, la carotide, l'artère crurale, et les vaisseaux pulmonaires, sont plus élevés que ceux des expérimentateurs qui n'a* valent ouvert qu'un seul vaisseau.

3® mode dévaluation. Il consiste à rechercher quelle quantité de sang ont perdue, par des hémorrhagies spontanées , des

(1) Haies, PfUlos. exper., p. 91 ; cité par Haller.

(2) DreliDcourt, Canicidium, 1.

(3) De Sanguùiis quanUtate , qttalis homini adullo el sono convenu, p. 46-51 , iD-4<»; Gœttinsae , 1822.

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QUAIITITE DU SANG. H

iBdîTtdas appartenant à Tespèce humaine. Pour éviter de tomber diB» des exagérations , il fout faire choix des cas où Thémor- T^gie a eu lieu en un seul accès, pour ainsi dire, et non à infm ailes plus ou moins éloignés; cas daas lesquels il y a , comme outts le verrons , une réparation rapide du sang. L'érudition de ilaller nous fournit de suite de nombreux exemples. Aiusi je rf marque qu'il a été perdu, par épistaxis, 9 livres de sang; chez ■n autre individu , 10 livres; chçz un autre individu , 11 livres; — par vomissement y 12 livres en une nuit; — par épiS' taxis, 15 livres; — par vomissement, 8 pintes ; — par épistaxis, 18 livres ; — par épistaxis, 22 livress — par épistaxis, 30 livres (1). A ces faits empruntés à la grande Physiologie de Ilaller, j*en ajouterai deux , qui sont cités par Burdach (2) : une femme, morte de métrorrhagie , avait perdu 26 livres de sang; nue autre, qui avait subi le supplice de la décapitation, en avait répandu 2'i livres.

D après les faits qu'il avait rassemblés , Haller était disposé à arceplcr les évaluations faites par Quesnay {il livres) ou Floffmaau (28 livres^, pour un homme bien constitué et de moyenne ^ture; ce qui aurait donné, relativement au poids du corps, iO |K)ur 100 environ , ou une partie sur cinq.

3** /no</e dévaltuition. Mullcr emprunte à Valentin la métliuilc dévaluation suivante. On saigne un animal, et on détermine quelle est la proportion des parties solides dans le sang obtenu. On injecte ensuite une quantité d'eau connue dans les veines, et sur-le-champ on tire, de diverses parties du corps, d'autres échantillons de sang, dont ou évalue aussi la proportion de:» |)artics solides ; et, d'après la différence qui existe entre les deux résultats, on calcule combien de sang a été délayé par Teau. Le rapport moyen de la quantité du sang au poids du corps a été , chez le chien , 1 : 4 ^2 ; ^^ <^h^z la brebis , de 1 : 6. Si on appliquait ce résultat à l'espèce humaine, on établirait qu*un

(f) Ilaller, Elem.physiolj 1. 11 , p. 3 et 4. i2; Trait é de physiologie , l. VI, p. 119.

homme pesant 146 livres aurait 33 livres de sang;, et une femme pesant 127 livres en aurait 27 (1). C'est trop.

4* mode d'évaluation. Il a été proposé par le D*" Weisz en 1847 (2).

On retire d'un animal une quantité de sang suffisante pour constater combien pour 100 ce liquide renferme de fer; apris quoi ranimai est tué, brûlé et incinéré. D'après la quantité de fer qu'on trouve dans les cendres, on calcule la quantité totale du sang.

Vous objecterez de suite qu'il y a du fer ailleurs que dans le sang ; mais fauteur répond que si on a pris un animal mâle, que si on Ta fait jeûner pour qu'il n'ait pas de chyle, que si on a lavé les poils pour enlever la sueur, et rincé la bouche pourôter la salive, la quantité de fer contenu dans les autres parties est insignifiante. A l'objection que le procédé est dispendieux , l'auteur répond qu'en opérant seulement sur la quantité du sang que renferme le poumon, on pourra conclure pour le reste. Je doute fort que Ton ait souvent recours à ce procédé.

6® mode d'évaluation. 11 appartient à Herbst (3). On remplit les vaisseaux d'une masse solidifiable , et Ton examine combien il y en est entré. Suivant l'auteur , il suffit de 20 livres d'injection pour remplir le système vasculaire tout entier. 11 évalue à 10 ou 14 livres au plus la masse de sang contenue dans le corps d'un homme. Je ne pense pas qu'on puisse jamais remplir tout le système vasculaire d'injection solidifiable.

D'autres modes d'évaluation pourraient sans doute être imaginés. En songeant qu'une molécule de sang ou d'hydrocyanate de potasse peut faire, en 30 secondes, le tour du système vasculaire , en tenant compte , d'après la capacité du ventricule gauche , de la quantité de sang qu il lance à chaque systole , et enfin du

(1) Bepcrtorium fur Anal, und Phys., t. lll , p. 281 , et Muller, Manuel de physiologie , t. I , p. 87 et 88.

(2)lleller*s Archivfur Physiolog. «. Paiholog, Chcmie u, itikroikopie, B. IV, 561 ; 1837.

(3) Coinmenlatio de sanguinis quantHalè, p. 53.

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