QUANTITÉ DU SANG
soabre de ces systoles en 30 secondes , on pourrait croire qu'oa arriverait à une détermination très-approximative de la quantité de sanc^ contenue dans le corps. Mais, de ce qu'une molécule de prussiate de potasse peut , en 30 secondes , faire le tour de Tarbre cireolatoîre , on ne peut conclure que toute la masse du sang passe , par le cœur, dans ce même temps.
Comparaison foite des résultats des divers modes d'évaluation que j'ai eiaminés , je vous propose , Messieurs, d'admettre avec moi que chez un homme bien constitué, et pesant de 150 à 160 livres , il y a environ 20 livres de sang.
Je me hâte d'ijouter qu'il y a , à cet égard , de nombreuses dif^ férences individuelles. Il vous suffira, pour vous en convaincre; de comparer la teinte des capillaires cutanés et le relief des veines chez un grand nombre d'hommes accidentellement réunis. Il y a peut-être moins de sang chez les gens obèses relativement à la masse du corps, et moins chez les vieillards que chez les jennes gens et les adultes. La teinte rosée du système capillaire culané chez le uoaveau-né a fait penser à tort que dans xette période de la vie il y avait relativement plus de sang qn'aax périodes subséquentes.
Il y a généralement plus de sang chez les hommes et les animiui bien nourris que chez ceux dont la nourriture est moins abondante. Nous avons signalé la diminution du sang pendant rabslincnce (t. I, p. 526); les animaux à sang froid deviennent presque exsangues l'hiver, époque où ils ne prennent plus d'alinents. Une ou deux heures après un repas, pendant lequel on a ba à plosieurs reprises , Tétat des capillaires de la peau et des veines sous-cutanées indique que la masse du sang s'est momen- Uoément augmentée.
U y a de notables différences parmi les animaux, relativement i la quantité de sang qu'ils possèdent. Tous les navigateurs l'accordent sur la masse véritablement incroyable de sang qu'ils ont vu s'écouler des blessures faites à des phoques (1). (Test là,
(1) On lii dam le R$aÊ9U des voyagea du Nord, t. U , p. 117: «Noua lui
avec rénorme couche de graisse qui double leur peau , la cause de leur résistance à Faction du froid. Leurs (j^rands réservoirs veineux, et ces énormes circonvolutions artérielles que Breschet a signalées sur les c6tés de leur colonne vertébrale , sont aussi en rapport avec la faculté qu'ils ont de suspendre leur re&r piratiou pendant un certain temps.
Les chiffres suivants, empruntés à Hcrbst et à divers auteurs cités par Burdach (I), donneront une idée des différences qu'on observe entre les animaux relativement à la proportion de leur sang avec la masse du corps. Le poids du sang étant représenté par 1 , celui du corps est représenté par 6 chez le limaçon , — 12 chez le bœuf, — 13 chez Técrcvisse, — 14 dans le triton , — 16 chez le chien et la grenouille, — 18 chez le cheval et le pigeon , — 20 chez le lièvre et le moineau, —21 chez le renard, — 22 chez le chat, le serin, Tagneau, et la souris, — 23 chez Tàne et la brebis, — 24 chez le lapin, — 25 chez le coq, — 27 chez la vipère, — 29 chez le canard,— 32 chez la poule (2).
L'examen de ces chitTres semble interdire toute proposition générale que Ton voudrait établir sur le volume de Tanimal , la classe ou le genre auquel il appartient. Tout bien pesé cependant, on peut dire qu'il y en a moins en général chez les animaux à sang froid que chez les mammifères. Les poissons en ont peu: Mengliini(3) put à i)eine s'en procurer quelques onces
enfonçâmes une dniii-pique au U-avers du cimir et du foie, il sorlit encore autant de Kan}} que d'un jeune buuf. »
On dit ailleui> I .t |>n»|His d'un lion luaiin U plus [grande t^s|»èi^' de pho ipie : ' ('n rn:\i\ , anqiirl on coupa la ];orj;»', donna ilCiix barriques, sans ooniplcr relui qui reslail dans Ws vaisNcauv dr ^oll roips - ^ huft'on , t. Mil , p. 3>1 )•
■ I» Traité de physioloffir , {. VI, p. tlî» et Kuiv.
■X, L'applicaiMui du detixièuie mode d'évaluation que j*ai luém'ntO d'apii'ft Valenlin et '.raprtit MuUcr, uioilr que M. Duveruoy {HésunU sur le ^iuidr. nounicier, elc, p. 8; Paris, 183U) aaepie avec contiance, dounerait des cbiffi*es beaucoup plus élerés : ainsi, chez le cliat, le poids du sanj; serait au poids du corps conune 1 est à 4,78; chez le chien, comnie 1 est à 4,55; chez le lapin , conune 1 est à 6,20, et chez le mouton , comme I est à 6,02.
(3) Bonomeruis AcadewUc comm§fU^, t. U, par» u, p. 250.
COLLËUH DU SANG. 15
dn grand nombre d'anguilles. Il n'y en avait qu'une petite proportion dans un crocodile, et une grosse vipère n'en donna qat 80 grains (1). Il y a cette différence encore entre les reptiles et les animaux à sang chaud, que ces derniers en ont la même proporUoa dans toutes les saisons ; tandis que les reptiles en ont tr^pea Vhiver , époque où , comme je Tai dit , ils cessent de prendre des aliments. A cet égard , il faut rapprocher des reptiles les animaux hibernants.
coiuBii» 1117 mAmu»
Ghei Vhomme et tous les vertébrés, le sang offre une couleur ronge dont la teinte varie, comme nous le dirons ailleurs, dans les artères et les veines. Chez les sujets dont la constitution esc riche, et dans le calme de la circulation, le sang veineux est si foncé qu'il parait plutôt noir que rouge : c'est là sa teinte nor-^ maie (2). La couleur du sang est plus sombre chez le fi(r(us qn'après Vétablissemeotdela respiration aérienne. Elle n'est pas xoat à fait la même dans la veine et les artères ombilicales. Ceci «applique an fetus déjà bien formé ; mais, en rétrogradant vers (a période embryonnaire, on observe, |)endant l'incubation de lœuf des oiseaux, que le sang tourne un peu vers la teinte jaone. Cette teinte est même franchement jaune au moment où le sang apparaît ; et s'il arrive que le cœur languisse chez un embryon dont le sang était rouge, ce liquide reprend de nouvi^au nne teinte jaunâtre (3). Vous savez que la couleur jaune e^f Mil** des nuances par lesquelles [wsse le sang ecchyniosô.
J*» fia fierai plus lard du sarif; blanc.
1 Hallfr, iiffm. physiof., p. <i.
2 Je |irota«e dfpuin lonf^nipt, à cet éf\ard , les idënt i*éceiniiient AmUiM par M. Lucieu Papillaud ^ Caz. mcd., p. 225; 1848;. Lorsque, pendant la saisuée, le «aog tort clair de la feine, il est rare que la saignée toit utile , et iIDdipiefois elle est très-nuisible. La teinte noire annonce^ qu on peut tirer du sang.
;3) UaOer, £lem. phrOoL, 1. 11 , p. tSr
16 TAj SA1VG.
Le sang des reptiles est un peu moins Toncé que celui des animaux à san{; chaud.
La couleur rouge du sang des poissons tire un peu sur le Ueu.
Au-dessous des vertébrés, on ne trouve le sang rouge que chez les annélides, dont^Guvier avait fiait une classe distincte sous le nom de vers à sang rouge, et chez les planorbes. ïjsl couleur rouge du sang de ces animaux n'est pas, comme chez les vertébrés, attachée à des globutes, et n'est pcut-êlre pas de la même nature. On a découvert que certains annélides n'avaient pas le sang rouge. Une première exception avait été signalée par M. de Blainville sur YaphradUe fiérissée; d'autres ont été notées par M. Milne-Edwards. Ainsi le sang des polynoès est jaunâtre, celui des sigalions est incolore, celui des sabelles est vert-olive. La couleur varie même d'un genre à un genre voisin : les terebelles, les serpules, voisines du genre sabeile, ont le sang rouge.
Parmi les mollusques, les biphores ont le sang incolore, les planorbes ont le sang rouge. Le sang des gastéropodes parait lactescent lorsqu'il est en masse assez considérable; il offre e'n outre une teinte bleue variant, suivant Ermann (1), du bleu de ciel au bleu d'améthyste foncé.
1^ sang du vaisseau dorsal des insectes est verdâtre chez les orthoptères let a chenille du sphynx, brun chez les coléoptères, jaune chez la chenille du ver à soie, jaune orangé chez la chenille du saule, rougedtre chez quelques lan>es aquatiques. Parmi les radiaires, les ëchinodermes seuls ont le sang coloré (2); il csi jaunâtre chez ces animaux. Nous ne nous sommes pas prononcé sur la signification de l'humeur rouge des infusoires munis de bouche.
Malgré les variétés nombreuses de couleur que je viens de signaler dans le sang des invertébrés , je dois vous faire observer
(1) Mémoires de V Académie des sciences de Berlin, p. 199; 1816-17, (2} Tiedemann , Anal, der Rohrtnholothuric, tic^ in-t* ; 1816.
GLOBULBS DU SANG. 17
fK, dans Tumnease majorité de ces animaux , le sang est Incolut. et que chez ceux qui Tont coloré, aucun, sauf peut-être ks éc/tùiodermes, n'a la couleur fixée sur des globules, bien fails aient presque tous des globules dans leur sang.
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Presque tous les animaux pourvus de sang ont en suspension dans ce liquide des 'ëorpuscules assez réguliers, auxquels on donne le nom de globules. Il ne faut excepter que les polypes , quelques annélieles (1), quelques larves aquatiques d'insectes , et ïampidoxus , vertébré dont le sang ne renferme que des granulations moléculaires à peine teintées en rouge.
Cest à Marcel Malpighi (2) qu'on doit rapporter Thonneur d'avoir le premier décrit , dans le sang, les corpuscules qui ont depuis pris le nom de globules; mais, chose digne de remar* que , ircroyait voir et décrire des particules graisseuses dans un petit vaisseau de Fépiploon d'un hérisson. Voici ce qu'il écrivait m 1665 : Sanguineum nempe vas Jn omenio /grstricis.,, in gao giobuU pinguedinis propria figura terminati, rubes* unies et coralliorum rubrorurn vulgo coronam œmulantes.
Ce ne fut que le 15 août 1673 que Lecuwenhoek(3) vit ces corpuscules rouges suspendus dans le sang, mais il ne les prit pas pour de la graisse. 11 nomme ceux de Thomme globuli sanguinis^ et ceux des oiseaux particulœ sangninis. Cette découverte ne passa pas sans quelques contestations. Hartsoeker, souvent injuste envers le célèbre micrographe belge, Platner, que Ilaller nomme vir elegantisslme doctus, et d'autres encore, refusèrent de voir daas ces corpuscules des parties anatomiques s|)éciales, ou
;i) Le liquide de la ca?ité dans laquelle flottent l'intestiu et les orgaucs sexuels a des glotxilet chez les aonélides.
(l) Dt Omento et adiposis duclibus, in Oper, omn., 1. 11 , p. 256, ïn-V ; Amiteiod., 1687.
(3; Philosophical transacUçns, 1671, p. 23.