‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 28 sur 66 · DE M RE8FI1IATI01I · texte numérisé non relu

DE M RE8FI1IATI01I

obUnH une propcNrUcm un peu moinfl [oonsidértble ; Home (1), qui prftendait qoe cet acide traçait dans le sang épanché des canaux susceptibles de le convertir en vaisseaox sanguins; Vogel (2), qui a porté dans le vide pneumatique du sang qui avait pris iir auparavant ^ et d'autres enfln qnl avaient obtenu du carbonate de baryte, en portant sous la cloche pneumatique du sang et de la baryte.

C'était donc une croyance générale que le sang renferme de l'acide carbonique , lorsque J. Davy (3) le nia positivement. La coagulation dn sang en vaisseaux clos se feit, dit-il, sans dégagement d*àcide carbonique ; le sang n'en donne pas davantage dans le vide de la machine pneumatique (4). Davy constate que le sérum du samg absorbe Tacide carbonique avec beaucoup plus d'avidité que Teau. Il fait absorber de Facide carbonique à du sang récemment tiré de la veine ; ce sang, chauffé à 93 degrés centigrades , ne laisse pas échapper d'acide carbonique. Le sang, dit-il encore, ^renferme un alcali qui n'est pas saturé; comment admettre qu'il y ait de l'acide carbonique en liberté dans ce liquide? Mitscherlich, Tiedemann et Gmelin (6), obtiennent aussi des résultats négatifs par l'action de la machine pneumatique. Voici leur manière d'opérer : le sang veineux est reçu sous le mercure et il monte dans un cylindre plein de ce métal ; ce cylindre et son bain de pied de mercure sont portés sous la cloche imeumatique ; on fait le vide, le mercure descend et le sang avec loi. Puis on rend l'air ; tout remonte dans le cylindre qu'aucun gu d'occupé ; mais, s'ils lyoutent de Tacide acétique, ils obtiennent de l'acide carbonique provenant de la décomposition des carbonates. Vous comprenes que cette expérience venait à l'apfKoA de lenr théorie citée page 399 de ce volume.

(1) Philos, trou.» 1818, 1810 et iSao.^

(2) 8cliwei88er% Journal fUr Ckemie, t XI , p. 401 .

(3) Sdinb, med. and surg. Journal, avril 1828 , et Areh. gin. de mid^^ t.XVIIl, p. 411.

(4) Nous TerroM qn'il Mvait pas porté le vMe aiees Mb. (6) ZeUschrifl fur Physiologie, B. V, a I.

THEOUM B* LA BttflBATlOIV. M)

TmI^ ces eipérienees déoKmlrent tout simplonent qm le siog retient fortement l'acide ctrboniqae^ mtis non qn'il n'en contient pas. D'autres expérimenCatears ont constaté comme oenx-ci cette affinité do Uqoide ponr l'aeide earbenkpM, mais ilt ont trouvé le secret de mettre le gaz en évidence. Noas passons donc à la troisième période.

Ainsi William Stevens (1) fiiit absorber de l'acide carbonique par le sérum du sang ; ce sérum le conserve alors qu'on dimfnne la pression atmosphérique. Rof(ers, de Philadelphie (9), Mt passer dans une seringue en verre le sang de la veiné jogalaire d'un mouton , sans que le sang ait pris air. Au bout de trois semaines, il ne s'était pas dégagé la plus petite quantité de gai. Le sang, chauffé à 100 degrés, ne donna rien ; à liO degrés seulement, il eibala de Tacide carbonique provenant de sa décomposition. Jusqp'ici les résultats sont semblables à ceux de Davy. Maïs on se souvint que des expériences de Mitchell (3) avaient démontré qu'on gaz qui a pénétré on liquide et qui est fortement retenu par ce liquide labandonne cependant avec facilité pour se mêler avec un autre gai qu'on mettrait en contact avec ce liquide. HofAnann , Stevens, Rogers, de Philadelphie, Bischoff, etc., font les plus heureuses applications de ce principe à la démonstration de Tadde cariMMuque dans le sang. Hoffinann (4) introduit, sous un récipient de la machine pneumatique plein d'air, une solution de BMtiére colorante du sang saturée d'acide carbonique; au bout de einq minutes, une partie de l'air atmosphérique avait été absorbée , et l'air restant précipitait l'eau de chaux. On obtient m résultat analogue an précédent en substituant Yhjrdrogène pur à 1 air. Un bien encore on renverse les termes de l'expé-

(1) Phiiot. iransaeUotu, ISdô, p. 384, et Jrch, gén, d§ méd., 2« «ér., K XII, p. 236.

(2) The American joumai of the médical science, yoI. XVIH, p. 277 ; 1836, et Gaz, méd., 1836, p. 785.

(3) On the penetnUipenM of flmdê ( 1^ Amêriiùem JWÊinml of ihe mmUcal sciences, vol. VU ..'p. 36}.

(4) The Lonàonmed. gmâ,, vol. XI » p. 883; 1833.

401 MllA IBftHAJITIOir.

rienœ en agitant dans de Faeide carboniqae da Mng sataré d*air atmospbériqoe. Stevens (1) reoMoatt que le sang, agité avec le gaz hydrogène, lui abandonne de Faeide carbonique. L'air atmosphérique agit comme Thydrogène; Toxygène encore mieux. Telle estraction des gaz hydrogène et oxygène sur Tacide carbonique, qu'ils le font passer au trayers des membranes humides : (ait que nous allons voir bien démontré par Rogers , de Philadelphie (3).

Mais Magnus (S) devait porter beaucoup plus loin que ceux qui l'avaient précédé les limites de nos connaissances sur les gaz du sang; il connaissait les expériences récentes encore de Stevens et d'Hoffmann. Un jeune médecin, Berluch, répétait ces expériences, avec succès, sous les yeux de Magnus; mais Bertuch succomba. Magnus, que cela avait intéressé, donna suite à ces recherches. Le gaz hydrogène dont il faisait usage avait été complètement purgé d'acide carbonique par la potasse caustique et Teau de chaux. Le sang humain était recueilli avec toutes les précautions nécessaires pour empêcher qu'U n'eOt le contact de l'air. L'interdiction de l'air était plus complète encore pour le sang des animaux : le tube qui le conduisait plongeait d\ine part dans le vaisseau , et de l'autre sous le mercure. S'il faisait passer de l'air dans le sang , il n'obtenait pas moins de gaz acide carbonique qu'avec le gaz hydrogène.

Jusqu'ici Magnus n'était qu'imitateur ; mais l'emploi de la bmchine pneumatique lui donna des résultats beaucoup plus complets que ceux de ses prédécesseurs , qui n'avaient pas poussé 1 épuisement de l'air aussi loin que lui. Ce fut alors qu'il retira du sang non-seulement de l'acide carbonique, mais de l'oxygène et de l'azote.

Je ne pense pas que Magnus ait complètement retiré les gaz du sang. En prenant toutefois les chiffres qu'il a donnés , je

(I) Philos, trans., 1835, p. 345.

<2) The Jtneriean Sommai ofmed. sc.j vol. XVm, p. 277. (3) Sur les gax que cotOieni le smng, oiygèoe, azote et adde carboul' qiie {dnnaUi de ehUnUe M dêf^Tsique, t LXV, p. leO; ia87).

THBORIBS 0S.U RBSmATIOlf. 416

fonoulerai quelques propositions applicables au siyet que nous traitoiis.

l"" On relire plus de gaz du sang artériel que du sang vei- ^rax. Deux quantités de sang égales , Tune artérielle , l'autre feineuse, prises sur un cheval, donnèrent: la première, lOôt parties de gaz; la deuxième, 794 seulement. L'expérience étant ré-pétée sur un veau, une dose de sang artériel fournit 1163 parties degaz ;. la même dose de sang veineux ne donna que 716 parties.

S*^ Il y a tout à la fois plus d'acide carbonique et plus d'oxygtee dans le sang artériel que dans le sang veineux. Le sang artériel d'un cheval contenait 260 parties d'oxygène, le sang vei- MU n'en donna que 138 parties. Le sang artériel d'un veau abtndonna 279 parties d'oxygène , et 703 d'acide carbonique ; ne même proportion de sang veineux du même animal donna 96 parties d'oxygène, et 666 d'acide carbonique.

^ Que le sang soit artériel ou veineux, il fournit beaucoup plus d'acide carbonique que d'cnygène : la différence est comme 3 ou 4 est à 1.

4"* Le sang artériel a relcUhement plus d'oxygène que le lang veineux. Ainsi, d'après les chiffres qui précèdent, il y avait S378 dix millièmes du volume total du liquide dans le sang artériel d'un cheval , et seulement 1613 dix millièmes dans le sang veineux. La différence n'était pas moins remarquable chez le Yeao : le sang artériel de cet animal a donné 2398 dix millièmes, et son sang veineux, 1326 dix millièmes.

6^ II y a relativement plus d'acide carbonique dans le sang laineux que dans le sang artériel. Voici les chiffres en dix lyilièmes du volume total des gaz : sang veineux , 6889 ; sang «rtériel, 6679. L'opposition est encore plus grande pour le sang 4e veau : sang veineux , 7766 ; sang artériel , 6046.

Quant à l'azote, il est toujours moins abondant que l'acide carbonique et l'oxygène. Il n'y a rien de constant relativement i Si proportion dans les deux sangs; je le vois tantôt plus abondrat dans le sang^ artériel , tantôt dans le sang veineux.

Quel est au juste tétai de ces gaz dans le sang? Voilà un point assez délicat à résoudre. Il est biea entendu qu'ib n'y sont

406 M &A MWNBUkVIM.

pu à l*éut aériform , tm ib eaaseraiant mécaniquement la mort; mais y sont-ils, en vertu de l'affinité qui produit les eombinaisons? Y sonl-ib en Tertn de raffinité qui produit la disloltttion? Les chimistes admettent' iiqourdiitti deux sortes de combinaisons : les unes donnmt des composés à proportions bien définies; les autres , des composés où l'une des parties contractantes adhère à peine au corps auquel eUe s'est jointe. Ce serait par exemple le cas de Toxygène par rapport aux globules, oa mieux , à la matière coioranteMes globules : la respiration rattacherait aux globules , et le vide pneumatique suffirait pour l'en détacher. Si on veut admettre qu'il soit en dissolution pore et simple dans le sang, il fiiut, d'après l'observatiott de Gay-liiiftsac (1), reconnaître que sa solubilité dans ce liquide est M Ms plus grande que sa solubilité dans l'eau , ou tout au moins, 11 à 14 fois.

D'après Liebig(2), lorsque l'addition de chaînes sdtetances à l'eau augmente la iiiculté qu'Ole a d'absorber certains gaz , ce n'est pas l'eau , c'est la substance ajoutée qui attire et retient l'excès du gaz qui se dissout. Dans une dissolution pure et simple dans l'eau , la quantité de gaz qui est absoiMe varie suivant la pression ; il n'en est pas de même quand intervient l'affinité du gaz avec une substance quelconque dissoute elle-même dans l'eau. D'après ces remarques , je crois , avec M. LieUg (3) et avec M. Regnault (4), que l'oxygène contracte une combinaison chimique avec le sang, combinaison légère que diverses circonstances peuvent rompre , comme nous allons le voir.

Relativement à l'acide carbonique, il est en dissolution pure et simple dans le sang, où il s'i^oute aux carbonates alcalins, auxquels il donne un excès d'acide qui y adhérerait bien peu , puisqu'il suffit d'introduire un autre gaz dans le sang pour m

(t) J9inalêtdêckimUêtdephrtilue,¥9éent XI, p. 6.

(2) Nomfêllês lettres sur imckimU, traducHon éaM.Gcrluuréi, p»9;; tSS2.

(3) Lo€. cit., p. 87.

(4)*Gooimaaioiû(m onde.

THÉOmni •■ LA RfiBFimATION. 40T

eipaUer de l'acide carbonique. Il faut noler que TadditiOD d'uni partie de phosphate de soude, pour tOO parties d'eau , augmenta sensiblement la («culte dont ce liquide jouit d'absoiter Facide carbonique (1). Peut-être fiaut-il appliquer à Tacide carbonique Cù que nous ayons dit de l'oiygène.

Quant à Faiote , je n'ai aucune donnée sur son état dans le sang , où il est moins soluble et en moindre quantité que les deux autres gaz.

Le titre de cet article et ce que j'ai montré précédemment de la faculté qu'ont les gaz de se substituer les uns aux autres , de se déplacer dans les liquides, voire même les liquides visqueux, où ils sont en dissolution ou en combinaison légère, vous indiquent la théorie que j'adopte touchant les phénomènes de la respiration dans le poumon. L'air atmosphérique attiré dans cet organe déplace , par son oxygène , l'acide carbonique produit des phénomènes de combustion qui se sont accomplis dans toutes les parties du corps. Qu'il y ait simple dissolution oi| combinaisoii légère des gaz avec le sang , cela n'empêche pas faction que ces gaz exercent les uns sur les autres. A ce que j'ai dit plus haut des expériences de Stevens, dHofFmann, de Rogers, etc,, j'ayout^i ici quelques démonstrations. Si on agite du sang avec l'air, ce sang lui enlève plus du dixième de sop volume (du volume du sapg) d'oxygène (2). Faites ensuite l'expérience inverse : agitez ce sang avec un excès d'acide carbonique , il abandopuera presque entièrement son Qxygêne , et reprendra de l'acide carbopiqu^* Si oq agite avec l'air le sang saturé de gaz acide carbonique, cebii-cl s'échappe, et il y a de l'oxygène absorbé; il n'est pas même nécessaire d'agiter les gaz avec le sang. Ainsi, d'après les expériences

(1) Liebis , Nouvelles lettres sur la chimie , traduction fraoçaite , p. 85;

(2) Uebi(5, d*aprë8 Magnus.

408 •£ lA RB8PIitATI0N«

de Magnas, le sang artériel, saturé an sortir des vaisseaux par du gaz acide carbonique, fournit plus de 10 pour 100 de son volume de gaz oxygène. Vous savez que non-seulement Tacîde carbonique peut-être déplacé par Toxygène, mais qu'il Test encore par Thydrogène et l'azote. Th.-L. BischofF, dans son discours d'installatioa, comme professeur à Heidelberg (1), annonçait (et c'était alors une nouveauté) qu'il venait de confirmer les expériences de Stevens et d'Hoffmann.

Mais, Messieurs, dans toutes ces expériences, soit que Ton agite les gaz et le sang , soit qu'on les laisse simplement en contact, il n'y a pas de corps intermédiaire qui les sépare; tandis ^ue, dans le poumon, le sang ne touche pas Tair. C'est ici que nous devons iaire intervenir un phénomène auquel d^à nous avons foit allusion, celui de Vendosmose des gaz aa travers des membranes animales. Lorsque avant de posséder les notions que nous avons sur la présence des gaz dans le sang, on portait dans Foxygène une vessie pleine de cette humeur, qui y prenait la teinte écariate , on se bornait à constater un foit , mais on ignorait ce qui s'était passé. Rogers , de Philadelphie (2), nous Fa montré. La vessie, pleine de sang veineux frais , est suspendue dans une cloche contenant de l'oxygène ; bientôt l'oxygène a diminué, et de l'acide carbonique a passé dans la cloche. Pour prouver qu'un gaz peut aller, au travers d'une membrane, fîiire des combinaisons dans un liquide placé de l'autre côté de la membrane , Ro^jers remplit d'acide carbonique une bouteille qu'il ferme avec une membrane ; cette bouteille est renversée dans de l'eau de chaux , et presque à l'instant des stries nombreuses indiquent la formation de carbonate de chaux. L'humidité des membranes est une des conditions de leur perméabilité au gaz. Si maintenant vous voulez bien vous rappeler la ténuité des parois des

(1) Coininentatio de novis quibusdam experimeniis chemicO'phxsiO' logicis ad iUustrandam docirinatn de respiralUme institufis; Heidelberg, 1837.

(2) Experiments upon ihe bfood (American journal of médical sc^ vd. XVni,p. 277).

THiomas bb la beshbatioii. 4Êê

ceHiiles 4n poomon , et des Taisseaox capillaires qui couvrent ces cellules du réseau le plus riche qui existe en aucune partie dtt corps (voyez page 321 de ce volume), vous reconnaîtrez que la nature a merveineusement disposé cet organe pour Tédiange qui doit s'accomplir dans son sein entre le principe vivtlant de Pair et le produit toxique, ou tout au moins négatif, de la combvstion qui s'est opérée dans les capillaires généraux du corps. Geque j'expose ici fixe bien la part du poumon dans les pbé- Boniènes respiratoires. Le poumon est un jnerveilleux artifice anatomîqne pour multiplier le conflit entre Tair et le sang, mais ce n'est guère que cela. La respiration pulmonaire n'est que l'origiae et le terme d'actions chimiques importantes qui se passent ailleurs.

Pour examiner si toutes les parties organiques sont également perméables au gaz, M. Rogers a rempli quatre tubes d'acide carbonique; l'un d'eux était bouché par une membrane muqaeuse, l'autre par un lambeau d'épiderme, lautre par le péritoine, l'autre par une tranche de foie. Ces tubes furent portés dans du gaz oxygène ; leur degré de perméabilité se trouve indiqué par l'ordre dans lequel j*ai énuméré ces tissus.

Quant à l'azote du sang , il vient presqii'en entier de l'atmosphère. Cet azote s'y introduit en raison des lois physiques auxquelles j'ai fait allusion. Il est peu soluble dans le sang ; il ne parait y remplir aucun rôle. Ix)rsque le sang vient au contact de latmosphère, il rejette de l'azote et il en absorbe. Ces deux actions ne se font pourtant pas une exacte compensation , et nous avons vu qu'il y avait exhalation d'azote dans l'immense majorité des cas. Ceci ne peut provenir que de la décomposition de quelques principes immédiats azotés dans les phénomènes de la nutrition, et je pense que cela est en rapport avec la formation de sucre qui a lieu encore chez les animaux qui ne prennent pas de matières ftculcntes dans leurs aliments.

La théorie de Magnns ( théorie de l'échange de gai entre fair et le sang apportés au poumon ) a été soumise à quelques critiques assez sérieuses. On se demande d'abord si la quantité de sang qui passe au travers du poumon dans Tes-

110 •■ lA REftrnATioir.

ptce d*une minute oontîent une proportion d-tcide carbonique é^ale au moins à celle qui est expulsée du poumon pendant celle minute. Muller , qui n'arait pas pensé , au premier abord , que cette condition fut réalisée, s'est prononcé pour Magnns dans sa dernière édition (1). Voici Tanalyse de sa démonstration: en admettant que dix li?res de sang traversent le poumon en une minute (à 9 onces par pulsation du osnr), et en admettant en^ core, d'après les expériences de Magnus , que le sang contienne % environ de son volume d'acide carbonique , cela domera £0 pouces cubes diacide cariMmiqne , puisqu'une livre de sang ra« présente en volume S6 ponces cubes environ. Or ces 60 pouces cubes sont bien supérieurs à la quantité d'adde carbonique expulsée en une minute.

Mais Gay-Lussac (9) a présenté une critique très-imposante de la théorie de Magnus (c'est , je pense , le dernier travail sorti de la plume de cet ilinstrt académicien) ; il a dressé dans un antre ordre un tableau des résultats de Magnus. Voici ce tableau.

Sang artériel.

Cheval À

Cheval B. . . . .

Autrs cheval B ,

Veau C

idem G

En ramenant â 100 le volume du saog, on a

yoloQie Acpdo

da MOf. carbooiqae.

Oxygine.

Aiote.

IfS 0,4

loa 7

»fi

eOS 99,5

(1) ifiMMlito^<M0^é,traéOQltaflrsncsise>t. 1, p. 211; Paris, lasi. a) CompiH r$iidm d$s 9ém¥D$9 4$ V4cné4mvt d^ $ci$nc$i, i. XVUlt p.M8.

TIIÉOME0 ME LA EEfl^mATION. 411

Sang Veineux des mêmes animaux.

Choral A.*. . . .

^dMval B

Autre cheval B. .

Vewi C

liifm G

Volvme

Aeida

in umg.

nrboaiqve.

OiffiM.

Ant*.

MS

tu

HO

Le Toluaife du •Mg étant rtneao àlOO,ona . . . . fOO 4,5041 1,1703 1,0081

En jetant un coup d'œil sur ces chiffres , on voit qu*ii y a plus d'oxygène dans le sang artériel que dans le sang veineui , ce qui satisfait à la théorie de Magnus. On voit aussi qu'il y a plus d'acide carbonique, par rapport h Foxygène, dans le san{; veineux que dans le sang artériel , ce qui est encore favorable à la doctrine que nous examinons. Mais la quantité absolue d'acide carbonique se montre plus considérable dans le sang artériel que dans le sang veineux. Ce rapport, si Magnus avait complètement épuisé par le vide les gaz du sang, jetterait, selon moi , une grande perturbation et dans la théorie de la subsii^ ùition des gaz et même dans la doctrine générale de la respiration et de ses conséquences; car il faudrait admettre que l'acide carbonique est surtout engendré ou mis en dissolution dans le sang au moment où celui-ci traverse le poumon, et que l'excès de cet acide est éliminé dans les capillaires généraux. J'emprunte à M. Jourdan (1) un extrait de l'argumentation de Gay-Lussac contre Magnus. « En supposant que le sang veineux abandonne 11,23 p. 100 de son volume d'acide carbonique, le sang artériel devrait évidemment contenir, pour le produire , un volume égal au moins d'oxygène, soit 1 1 ,23 ; de plus, comme

(1) TraducUoa de U Physiologie de MuUer, 1. 1, p. 2W; Puii, mu

412 DC Lk «ISPIRATION.

dans l'acte de la respiration, sur 4 parties d'oxygène absorbé, il y en a 3 qui se transforment en acide carbonique et en eau , le sang aura dû prendre, dans le poumon, non pas seulement 11, 23 d'oxygène, mais 11,32 + '-^.,21= 1^,97, quantité 16 fois plus considérable que celle de 0,926 que pourrait prendre ïtàa pure dans les mêmes circonstances, c'est-à-dire en présence de l'air atmosphérique, et qui s'élèverait à 14,97 +^ = 71,3 si le sang était en contact, au lieu d'air, avec une atmosphère d'oxygène (1). Enfin, si Ton admet, avec Magnos, que le sang veineux, à son arrivée dans le poumon, conserve à peu près la moitié de Toxygène primitivement contenu dans le sang artériel, la quantité totale que celui-ci devrait eu renfermer à sa sortie du poumon serait : 1** de 14,97 destinés à former de l'acide carbonique et de l'eau ; 2® de "-^ qui restent dans le sang veineux ; c'est-à-dire en somme 22,46, ce qui supposerait que, en contact avec une atmosphère d'oxygène , 100 parties de sang artériel pourraient prendre 22,46 -h TT = 106^ de gaz , ou plus que son volume. Et, quoiqu'une telle solubilité de l'oxygène dans le sang, 24 fois plus forte que celle de Teau , ne soit pas impossible , il fallait la prouver ou au moins la rendre vraisemblable, ce que n'a pas fait Magnus. »

Je ne suis pas fort touché de cette argumentation, et je reste dans la doctrine de l'échange de gaz aux poumons, d'après le considérations suivantes : T il y a beaucoup plus d'oxygène dans le sang artériel que dans le sang veineux; V Magnus n'a pas épuisé les gaz du sang ; 3® il ne s'agit pas d'établir une solubilité pure et simple de l'oxygène dans le sang , mais un mode de combinaison qui Tenchalne quoique faiblement; 4^ les lois physico-chimiques qui produisent cet échange de gaz dans le sang qu'on vient de retirer des vaisseaux le produisent infailliblement dans le poumon. Du reste, ne perdez pas de vue que, restàt-il quelque incertitude sur la manière dont les gaz s'échappent et s'absorbent dans le poumon, la théorie chimique

(I) Gay-LusMc croit I tort(ia*oo absorbe plus d'oxy^^ène dans roxyofèoe pur (|K daat ranr.

TSÉOntËS M LA RESPmATlOBr. 4fà

de la combustion qui s'opère dans l'organisme consécutivement I la respiration, combustion attestée par ses produits, n'en sertit pas le moins du monde attaquée.

Il ne parait pas que le travail de Gay-Lussac ait fait une plus grande impression sur M. Liebig (1), qui, dans ses dernières lettres, montre Foxygène se substituant à Facide carbonique dans les globules du sang.

Suivant MM: Valentin et Brunner (2), le pbénomène d*édumges de gaz dans le poumon serait régulièrement soumis à la loi de diffusion des gaz, loi établie par Graham sur des expériences très-positives. En voici la formule: lors* que deax gaz, sans affinllé chimique l'un pour l'autre, sont séparés par une membrane poreuse et soumis à des pressions égales , il y a diffusion des deux gaz Pun dans l'autre. Jusqu'à ce que les volumes éc/iangés soient entre eux , en raison inverse des racines carrées de leurs densités. Or il y aurait suivant eux , dans la respiration , un phénomène de cette nature au travers des porosités des membranes des cellules pulmonaires. Pour un volume d'oxygène absorbé , il y aurait 0,86 diacide carbonique exhalé. Quant à Fazote, sa presque insolubilité dans le sang le laisserait en dehors du phénomène. Cette théorie est fort séduisante, mais elle ne peut être acceptée dans sa simplicité. MM. Regnault et Reiset loi objectent qu'on ne peut pas comparer les conditions delà respiration (d'un côté de Fair libre , de l'autre un gaz en dissolution ou en combinaison légère) avec les conditions auxquelles s'applique la loi de Graham , à savoir à deux masses d*air toutes deux élastiques et séparées par une membrane. Vous savez d'ailleurs. Messieurs, que le rapport entre Foxygène absorbé et Facide carbonique expulsé est soumis à de grandes variations.

(f ) NouveUes Mires sur la chimie , p. 84 ; 1852. (2) Physiologie de Falenlin, 2« édir., 1. 1 , p. ô80, el Geiz, méd., t84l« p. 6.

411 &Ë LA KBSPlRATIOBr.

S'' Que déifient l'oxygène? 4^ Quelle est la cause du cfuxn'

gement de couleur du sang?

La troisième question a déjà reçu en partie sa solution, et elle se raïucbe à la quatrième , dont je ne la sépare pas. Le rapport entre l'entrée de Tair dans le sang et le changement de couleur de. ce liquide est signalé dans le& termes suivants par Nedham, dès Tannée 1667 : CerU mihi extra omne dubium est, aerem sanguini copiose admisceri.... et ciborum concoctionem promacère. Hinc sanguis arteriosus floridior et splendidior fit venoso (1). Un an plus tard, Lower écrivait : Colorent ruiilum particulis aeris sese in sanguinem insinuanlibus omnino deberi (2). Tbruston va un peu plus loin et dit : Subtiliorem purioremque aeris partent (3). Vous savez d^à combien Mayo^ a été explicite à cet égard (page 327 de ce volume). Les progrès de la chimie ont fait reconnaître que c'était Taddition de Toxygène au sang qui lui donnait sa teinte rutilante; mais, de nos jours, la question est devenue plus complexe. Est-ce l'addition d'oxygène , est-ce le dégagement d'acide carbonique qui donne la teinte écarlate au sang artériel? Il est à remarquer que les deux phénomènes marchent ordinairement ensemble et paraissent corrélatifs. Lorsqu'on voyait le sang rougir en l'agitant avec Tair, lorsque le sang veineux contenu dans une vessie rougissait de même, la vessie élant placée dans l'oxygène ou dans Taîr , lorsqu'un caillot, noir auparavant, devenait d'un rouge vif au contact de l'atmosphère, lorsqu'on artérialisait, disait-on, le sang des poumons d'un cadavre en poussant de Tair dans ce poumon , lorsque Hewson, emprisonnant, à Taide de ligatures, du sang dans la veine jugulaire d'un animal vivant, faisait rougir le contenu d'un des compartiments en dirigeant sur lui un cou-

(1) IH Pormmio fmlu, cap. 6; de Ingressu aeris in sanguine, in Manget. biblioth. anat.j 1. 1, p. 663.

(2) De Motu et colore sanguinis, cap. 3.

(3} De Bespirationis usuprimaHo diatribe; Lond., 1670,

TttÉOUW DB LA BBfl»IlATlO!V. - C^l. 415

rant d'air, on ne voyait U, il y a quinze ânSi que les efîfets de Toxygène ajouté au sang. Mais , dans tous ces cas, il y a dégagement d'acide carbonique ; dégagement opéré par Finfluence de Toxygène, qui s'est en quelque sorte substitué à l'acide carbo» nique. D'une autre fMrt, si dans du sang rendu écarlate par rox}*»* gène on hit passer de Tacide carbonique, ce sang devient vei^ nevx ou noir comme on dit (i), mais alors il y a eu de Toxygène expuM^ de sorte qu*avec ces éléments, la question paraît înse^ laMe.

J'accorde piqs cependant à Taddition de Toxygène qu'à Fen* lèvement de l'acide carbonique pour ia production de la teinte vermeille du sang artériel. En effet , il y a beaucoup d'acide car-* bonique dans le sang artériel , et ce sang n'eu conserve pas moins sa teinte écarlate, parce qu'il vient d'absorber de l'oxygène. D'Uue autre part, on peut expulser l'acide carbonique du sang à Taidede l'axote, ou mieux à Taide de l'hydrogène , et cela ne donne pas au sang l'éclat qu'il recevrait de l'oxygène. Magnus dit qu'on éclair** cit un peu la teinte du sang en le purgeant d'acide carbonique, BiictioAf a vu le sang rester noir après avoir été traité par Ttaj^ drogène. L'action de la machine pneumatique ne rend pas au sang veineux la couleur éearlale du sang artériel. Si on fait le vide jusqu'à ce qu'il n'y ail plus qu'une ligne de mercure, comtee dans les expériences de Magnus, la teinte devient plus claire*^ mais elle n'égale jamais la teinte artérielle. Si le sang a reçu de l'acide carbonique avant d'être porté dans le vide, il ne s'y édaircit plus.

L'oxygène s'unit aux globules ; ce sont eux qui le transportetil, légèrement enchaîné , jusque dans les capillaires généraux. Le sérum ne partit pas attirer fortement l'oxygène (â) , il n'exeree presque pas d'action sur l'air (3). L'espèce A'indmduaUlë que les globules ont prise lorsqu'ils ont subi l'action respiratoire, et la possibilité de filtrer le sang dans ce cas, constituent, à mon

0) tit «Met éonatnt uue tihitt notfe au MI19.

(2) Proiil, T%oms0m'i Jnmmlê ofpkUû9Cfhr$ fal H il IV.

(3) Bcnelius, ChinUe, t. Vil, p. 99.

4f6 M tk ^mnkknùti.

avis , un argument important pour TopinioB que je iMrofesse id (voy. San^, p. 36 de ce vol.). Dans le globule, c*est Je pense, à h matière colorante que s'unit l'oiygène. La dissolution de matière colorante du sang attire Toxygène. M. Lidiig pense auari que Toxygène s*unit aux globules ; mais il enseigne en oontqoe Tacide carbonique et l'oxygène s'y déplacent alternativement dans les phénomènes de la respiration et de la nutrition (1). le ferai observer cependant que Tacide carbonique est trèa^brtement attiré par le sérum , et que le iiot de sang que le ventricule gauche lance dans l'aorte contient des globules auxquels Toxy gène est attaché , globules artériaKsés , et une bonne proportion d'acide carbonique dissous dans le sérum ou uni à ses carbonates alcairns.

Je n'admets pas que le changement de couleur du sang tienne à Taction de l'oxygène sur un sel métallique ; j'ai déjà ftit connaître et rejeté l'opinion de Fourcroy et autres à cet égard (p. 106 et 107 de ce volume). Par les mêmes raisons que j*ai .déjà exposées , je rejette la variante récemment proposée par M. Hetet , pharmacien de la marine à la Guadeloupe. M. Hetet, ayant remarqué que les sulfo-cyanures alcalins prennent par le contact de l'eau oxygénée une coloration rouge vermeille , a pensé que l'oxygène respiré produisait le même effet sur les 5ulf6-cyanures alcalins qui existeraient dans le sang.

De l'influence des sels neutres surïartériaUsatton du sang. Le rôle de ces sels a été signalé par M. Stevens (S). Le sérum qui tient ces sels en dissolution est , suivant ce médecin , un agent de Tartérialisation. L'oxygène n'agirait pas sur des globules qui ne seraient pas baignés par du sérum. M. Turner (3), professeur de chimie à l'université de Londres , a Ait l'expérience suivante,

(i) NoavtUes leUres mr la chimie, p. 83.

(2) ObseivaUons on ilie heaUhjr and diseased properiies ofthe blooé. In 8»; LoDd., ta32.

(3; ElemeiUs ofchemiUfy, 4* édit; JEcttuà. med and surgical jùmniêA, Td. XXXIX , p. M9; 1639, el JrckUms générales de médecim, )• Aie» 1. 1, p. 270.

dWiOée booiUiedes trandies minces de caiUot et stng artériel ; oeliii-ci , privé ainsi de son sérum , devient noir. Il reprend la teiaie écarlate si on le met dans du sérum. Les expériences de M. Hoffmann (1) confirment presqu'en tous points celles de Stevens et cdles de Tumer. H\ l'air atmosphérique ni Foxygëne ne peuvent , dit-il , changer la couleur noire du sang, alors que œ dernier est privé de sérum, -c'est-à-dire de sel marin, par le lavage avec Teau distillée. Ainsi le sang dépouillé de matières salines est toujours noir (2). Ces laits sont très-intéressanls ; mais je les sépare avec intention de la théorie de M. Stevens, qui me parait faire la part trop grande au sérum, en disant que c*est lui qui artérialise le sang dès que, Tacide carbonique ayant été expulsé par la respiration , les sels ont repris leur neutralité. A ce compte , Toxygène ne serait pas nécessaire, et tout autre gaz qui déplacerait Tacide carbonique pourrait servir à Tarté-^ rialisalion du sang : ce qui n'est pas.

Concluons que Tartérialisation du sang est une action complexe provenant de l'action de Foxygène sur les globules en présence des sels du sérum. J*ai indiqué ailleurs ( p. 37 de ce volume) les sels qui favorisent Tartérialisation et ceux qui y mettent obstacle.

Je termine cet exposé des phénomènes physico-chimiques de la respiration par une remarque que j'ai d^à faite, mais sur laquelle j'insiste. Il y a deux séries de phénomènes dans la respiration : V d'une part, le conflit avec l'air extérieur, et l'échange de gaz qui en est la conséquence; T d'une autre part, les consé-. qoences ultérieures de ce conflit, c'est-à-dire les efFets de Tadjonction de l'oxygène au sang qu'il vivifie. J'ai insisté sur la première série de phénomènes qui constitue la respiration pro-

(1) The London tned. gax., toI. XI , p. 883.

(2) Uo excès de sels produit presque le même résulut, ai le sang est mit en coDtact arec l'acide carbonique, c'est-à-dire que ni Tair ni l*oxygèfie m peu- ▼CM lui rendre alors la teinte écarlate. M. Turner croit que cet effet se protfaH dans le scorbut de mer,

4i9 iHÈlLk RS0KMiTlfMV«

prtment dffte; mais je ii*al pas dit le dernier mot snf la aeeoodfe, h laquelle se rattachent des actes sur lesquels j^ppellerai rotre attention , quand je ferai l'histoire de la nutrltioirpropremettt dite , des sécrétions et de la tempérture animale. Ainsi nons avons décrit plus particulièrement le conflit dà sang iteeratmosphère. Il fiiudra voir ailleurs et par fractions le conflit du sang oin^géné avec les parties vivantes. Mais je rej^rde , comme un complément nécessaire de la théorie de la respiration , la recherche du mécanisme suivant lequel la mort survient, quand la respiration est interrompue. Je vais donc ftiire lliistoire de Tàsphyxie au point de vue physiologique; ce sera roljet de la prochafaie leçon.

M VAÊÊvnm. m

QVATRI'VlNfiT-'DlOIlÊII LIÇOR.

fil U mspiRATI^Rt

A la rigueur, ce mot devrait ^\çn\t^er privation de pouls, et les anciens l'employèrent pour désijpier Tétât de mort appante, c'est qu'ils considéraient le cœur comme le grand ressort I Torganisme vivant. Le mot asphyxie fut restreint plus tard à désignation de la mort apparente provenant primitivement I la suspension des phénomènes respiratoires, n faut donc ouier son étymologie.

Aucun animal ne peut , sans danger de mort , se soustraire mplétement à Faccomplissement de Facte respiratoire. Ni ces îmaux qu'on a retirés de troncs d'arbres ou de blocs de pierre 1 ils avaient séjourné pendant des périodes de temps qu'on I peut calcjiler, ni le fœtus dans le sein de sa mère, ni les en- Boaires , ne conservent leur vie sans le secours de la respira- 10. Il n'est plus guère permis de se montrer incrédule relaiive- BDt à ces crapauds qu'on a trouvés ensevelis vivants dans des ÎCS de pierre qu'un coup de pioche venait de faire éclater. A çpasion du dernier fait de ce genre qui ait été communiqué à gplitut, M. Duméril (1) a rassemblé dans son rapport toutes les Utions qui , à diverses époques, ont excité l'attention des sauts. On ne peut pas attribuer tous ces faits à la supercherie ,

tm ' » ^ ■ I ■ Il ■ 1 ^mmm^m

;i) Comptes rendus des séances de r Académie des sdeaces^ t. XXXIIl ,

420 DE LA SESmiATION.

et, pour mon compte, j'ai été parbUemeot édifié sur Taulbeiiticité du dernier, ayant eu entre mes mains et les deux fragments de la pierre et Fanimal , dont la forme s'adaptait parfaitement à la petite loge restée au centre de la pierre. L'Académie des sciences, au xyiu® siècle, a voulu expérimenter sur ce sujet; mais à plus courte échéance, comme on le conçoit. En 1777, Hérissant renferma trois crapauds dans des boites qui furent scellées dans du plâtre et déposées à TAcadémie des sciences. Les bottes ayant été ouvertes dfx-huit mois après, deux des crapauds en sortirent vivants. Ces curieux essais ont été répétés. Des crapauds, renfermés dans des pierres calcaires couvertes de plaques de verre ou de petites lames de bois, ont'été enterrés à trois pieds de profondeur, ils vécurent plus d'un an; d'autres crapauds , renfermés dans du silex, résistèrent moins longtemp»(l).

I^s expériences plus récentes de M. Edwards (2) autorisent i penser que, dans ces cas comme dans les expériences faites par la nature, tout commerce avec l'atmosphère n'était pas complètement interdit , et que des fissures ou des porosités avaient permis l'accès de l'air. Des crapauds, des grenouilles, des salamandres , ont été, par lui, renfermés dans des bottes avec du plâtre gâché sur ces animaux mêmes. Ceux-ci succombaient promptemeot si les bottes étaient plongées dans l'eau ; ils vivaient longtemps, au contraire , si ces bottes étaient tenues dans l'air.

Il n'y a donc pas là exception pour la nécessité de la respiration. Quant aux fœtus, la respiration ne leur est pas moins nécessaire, et il y a lieu d'admirer les précautions que la nature a prises pour l'assurer chez eux. S'agit-il des oiseaux qui vont se développer dans Tœuf ; le jaune, spécifiquement plus léger que 1 albumine, remonte s'appliquer à la coquille, qui est pénétrable n Fair. Le point oh va se développer l'embryon oçctipe aussi dans le jaune, et d'après les lois de la pesanteur, la position la plus superficielle. Nous verrons enfin l'embryon envoyer à la périphérie ses vaisseaux vitcllins et ensuite ses vaisseaux-ombi-

( 1 ' BuckUnd , Bibliothèque UnivenelU ^ 1. 11 , p. 3QL (2) Influence des a$enU physiques, p. 15.

IDE l'asphyxie. 421

Scêoi. Qaelques serpents sont ovo-vivipares , telles sont les f^pires; d'autres, comme les couleuvres, pondent des œufs dns lesquels les petits sont déjà trës-àvancés dans leur déf eloppenient ; or, dans les deux cas, les œufis nont pas en le coDtaet de ratnil)sphère. Eh bien! le grand sac pulmonaire de ces reptiles est en contact avec leur oviducte, et les œufs reçoi* vent 9 M travers des membranes très-minces de ces organes, ricCioo de l'air nécessaii^ à leur éclosion. Chez les ftstus des ■MUBlftres, on pourrait croire l'indépendance plus complète, cependant cela n'est pas ; ils hématosent leur sang au contact ■édiat de ce sang avec le sang maternel , dans le j[>lacenta , et si m fiitt périr la mère d'asphyxie , ils périssent asphyxiés eux- ■èiDes. Legallois (1) a étudié ce sujet sur des lapines à terme ; i leor plongeait la tète dans l'eau , elles y mouraient en deux ■iootes. Tons les fœtus de cette portée étaient retirés de l'eau de Tamnios les uns après les autres, celui-ci à douze minutes après U mert de la mère , celui-là à treize , celui-là à quatorze , etc.; ks limites de la survie ont été entre seize et vinp,time mloBtCi. D n'a jamais vu la respiration s'établir spontanément chez les fietus qui étaient restés dix-sept minutes dans le seta de la mère asphyxiée. 11 n'en a pas vu non plus qui aient respiré spontanément parmi ceux qui n'étaient restés que. seize nrinotes (2). La durée de la survie est un peu plus longue quand on pratique l'insufflation aux fœtus à l'aide de la trachéotomie. De petits lapins ont été ranimés après vingt-cinq minutes, jais après vingt-six. La survie est de quatre minutes plus lonqoand les fœtus sont pris dans une lapine vivante et dont n'a pas gêné la respiration. Enfin si , au lieu d'asphyxier brust une lapine , on le fait graduellement en prolongeant Pnpérience an delà de la limite artificielle de la survie des fœtus, eeurci partagent le sort de la mère, ils se rétablissent avec elle ,

(1) Fragments d'un mémoire sur le temps durant lequel les Jeunes esâmmix peuvent être sans danger privés de la respiration , «te ( OBupre posthume j publiée par U commission de l'hisUtut; Paris , UfM).

(2) Loc. cit,j p. 31« '

4t$ DE lA IWHAAnON.

M aeurent m elle mcoombe (1). U est bon de noter <ia'il s'agit M et lipîM) et de tenir cempte de rinfluence de Taiplifiii» Hioi Terrw» tUieurs la Mir?ie plus eonsidérable cbea d'anirei

La réalité des phénomèoeB respiratoires chea la tetas des OMmifères est révélée enoore par la différence de eariaor du sang dans les nisseaui ombilîeaiUL à la vérité, Triliat, eipéri« ■intant sur des ftetus de ehiens et de coefaons dlndfe, m'avait m aucune diffiérsnce dans le sang de la veine et des artères an- Hlicales; mais la teinte claire et d'un beau rouge dn sang dt|a Mm OBdbilicjle est plusieurs fois signalée par LegàUoia 01) » al s'il lui arrivait de oomprimer et de relâcher alteraativtdient le eordon ombilical , il voyait le sang prendre soeoeasivenent la teinte sombre et la teinte claire. Enfin le besoin de la respi* ratAtai se révèle par certains actes automatiques ches les féetus dottt on comprime le cordon ombilical pendant qu'ils sont enixm dans l'eau dé Tamnios. Ces foetus, qui, dans ces oas^ eiécutent des mouvements de la bouche et des lèvres, semMent^ suivant l^enreuse eipression de Haller, chercher un bien inconnu. Vapfum qaasi bonum ighotum, cibus ne fiterit an émrP

L'histoire de la génération me fournira l'occssion de vous présenter d'autres développements sur la req^ratien des ftetus aantiinos dans l'ceuf ou dans Tûtérus. Qu'il nons suflbe d'avoir éliUi qu'il n'y a pas exception pour eux.

Qaant aux entecoaires, ils respirait, sans doute, âuxd^^ens du fluide vivifié de l'être dans lequel ib résident; enfin des eipé» Mieés multipliées ont montré que, dans l'air don reDoavelé et dam la vlde^ tous les animaux, y compris même les Vers de ttm Mltaâ»eetes^suceoBibhietat€r5/%*â;i^dans un temps ptaseu éêMêê long, nursû ces expériences, on consultera avec fMt elHls te Biyle 01) M ceUea de ^palhiifeab^

(1) Loe.'eU.,p.S2.

ti) Cas. €«^i^ OS) eS) es n ea.

fl^ im^ ffmmmmîivat tnms- ^Mgéti^ 1. 1 , p. 491 it Mhr. h (4) Mimoirci sur ia re^UxUion, iii-9»i Paris, ia(Nk

k lécipicot de tt machine pneamatiqiie de peiiU chiens , des canards, des grenomiles , des vipères, des poissons, des WoUiiscifles, des anaélidesi etc.; le second a sartout étudié les eAGets de l'air non renouvelé.

Je laisse aux pathologistes le soin de claisser les asphyxies d'à* fHfès lenrs causes; je ne les examinerai qu'au point de vue phyiiulesique. Oceupons^nous en premier lieu des cas où le fluide élMliqae attiré dans la poitrine s'éloigne de la composition noraaaie de l'air atmosphérique, kû se place la respiration dans les ^v«s faa. Certains mélanges ne causent pas l'asphyxie; mais il ]r a utilité à rapprocher, sous un même chef , les principales influences de cette sorte.

n L'air qui est expulsé par la respiration diffère, comme vous l'ftfei VU) de l'air atmosphérique. Ce ne serait pas sans inconvé* ateni que cet air, altéré dans le poumon , avant d'en être chassé, f serait introduit deredief , et si cette introduction se renou* feiait plusieurs fois, la mort en serait la suite inévitable. Quand on diffère l'expiration, on ressent dans la poitrine un malaise provenant, on le suppose, de l'action malfaisante de l'air, qui i^t chargé d'acide oartxmique dans les cellules du poumon. La ■art ptf air non renouvelé, atr confiné, n'a pas été observée ia>itment dans les expériences des physiologistes; de tristei ont été données de l'étudier chci l'homme. On lit!, l'histoire des goerrea des Anglais dans l'Indostan , le récit Im angoisses éprouvées par 146 hommes, priscmniers de guerre, wafJBrmés , à huit heures du soir, dans nue chambre de vingt pMs carrés , qui n'avait d'antres ouvertures qoe deux feoé- Ma étroites donnant sur une petite galerie. Il ne sortit, le lafeiemain matin, que vingt^trois êtres vivants decet horrible ÉMlmtl Un Mt non moins navrairt s'est produit, il y a peu de MDpa , sur mer, ma loin des cAtea d'Angleterre. Soixante émt* |MBt8, parmi ceut qui avalent Aé renfermés dans la calepen* hm un orage, périrent en nwinsde six heures. Entre ces cas, oft ^air confiné est en si petite quantité que la mort est prochainenent causée par l'asphyxie, et ceux où l'aération est complète , il y I unefodedeeeiiditkmsfaitoraMiiirw plus ou moins misibles

424 DE Là, uMmAnoN.

à 1a santé. On rapporte qa'à Tbospioe delà Materaité dé DaUin, où 2,944 eDfiuits (sur 7,6fi0), Agés de uâ à quime jours y avaient succombé dans nne période de qoatre ans , la nuirtalité Ait réduite pour une même période i 279 décès, lorsque r<m eut aimtiplié les ventilateurs.

La diminution de Foxygène et son remptaceoKat pn une |>roportion presque égale d'acide carbonique ne sont {M les seules causes d'insalubrité de Fair confiné; il s*y joint des émanations animales , bientôt décomposées et fttides , de l*hydrogène sulfuré , dont la présence est attestée par la conversion du carbonate de plomb des peintures de nos appartements en sulfure de plomb , etc. Mais, dans les cas de mort prompte par Voir confiné, c'est à l'altération fondamentale de l'air par la diminution d^oxygène et la production d'adde carbonique qu'il tait attribuer la mort. Or le physiologiste rencontre ici une question assez délicate : Quel est le degré d'altéraiion de tair ^ le rend irrespiraUe, et dans cette altération de l'air, quelle part faut-il faire à la diminution d'oxygène , qaeUe part à l'augmentation de l'acide carbonique?

Se fondant sur l'impression pénible et bientM irrésistifale qui nous pou^ à expulser par l'expiration l'air qui a s^onné dans le poumon, M.^ Dumas (I) parait croire que l'air qû a étéresittré une fols est irrespirable. Or, en admettant que l'air qui sort du poumon soit chargé de 3 à 5 centièmes d'acide carbooîqoe et privé de 4 à 6 centièmes d'oxygène , l'asphyxie devrait commencer immédiatement dans un mélange de 79 parties d'azote , 6 d'acide carbonique , et 15 d'oxygène. M. liebig (S), i son tour, est très-explicite à cet égtJ*d. « Dès que l'air à^respirer présente, dit-il, la même composition que Tair exhalé, les-condi* tions de la respiration ne sont pas remplies ; Fair exhalé <»t de Tair consumé, qui ne peut plus, dans le poumon, servir une seconde, fois aux^roèmes fonctions : il ne transforme plus le sang veineux en sang artériel; il gène, au contraire, la respiration , et

(1) TreUé de chimie, t. VIII , p. 450.

(2> Nouveliêê leUrêt sur im ckimii, p; 89 at tuiv,;

iw L'AsrwxiE. 426

prodilii te^ méoiies effets d'asphyxie que rocclosîoo de la bouche et lia neK. » M. Liebig, admettMit qae roxygène et facide carbonique se substituent l'un à Tautre dans les globules, explique de la manière suivanle Taction nuisible de Taclde carbonique ajouté à Tair. Sa présence, dit-il, a le double effet d'empêcher le dégagement de celui qui est dans le sang et d'empêcher le sang de prendre de Toxygène. On meurt plus vite dans une atmosphère d'acide carbonique que dans le gaz azote ou le (^az hydrogène, parce que le sang n'émet pas d'acide carbonique, et qu^il ^ prend au contraire davantage dans une atmosphère d'acide carbonique.

Malgré l'autorité des deux hommes célèbres que je vicas de citer, j'ai peine à croire que l'air respiré une seule fois, Fair contenant 6 centièmes d'acide carbonique (c'est faire la part large ) et ayant encore 16 centièmes d'oxyi',ène , soit déjà irrespirable et ne puisse plus rien fournir à l'hématose.

Lavoisier et Séguin ont vu la quantité d'acide carbonique atteindre 10 pour 100 dans l'air respiré plusieurs fois, d' chiffre n'était pas dépassé alors même qu'on continuait l'expérience, ceque d'ailleurs on ne pourrait faire longtemps, sans danger de mort. Est-ce parce qu'il y avait 10 pour 100 d'acide carbonique dans l'air, ou bien est-ce à cause de la réduction considérable que cela imjilique dans la quantité d'oxygène, que l'air amené à cette composition ne pourrait plus entretenir la vie ? Pour répondre à cette question que je me pose, j'emprunte les résultats de quelques expériences de MM. Regnault et Reiset , résultats si extraordinaires, que , ne pouvant en croire ni mes yeux ni le texte du mémoire, j'ai dû prier M. Regpault de m'en donner hi eonfirma* lion orale. Voici- le passage auquel je fais allusion : « Nous nous sommes assurés qu'un animal peut séjourner pendant longtemps, et sans éprouver de malaise apparent , dans une atmosphère renr fisrmant plus de la moitié de son volume d'acide carbonique , pourvu que cette atmosphère contienne une quantité suffisante d*oxygènc» (1). Je me croirai^ autorisé à conclure de ces faits

(1) Regnault et RcUcty mémoire dié, p. 402.

426 DB LA MttfUAIlON.

que c'est la quonlité «baolue d'oif (jiiie dans Pair ipite re8|iir^ et non b proportîMi de cet Mygèot afec Taeide carboaiqM f qui établit qu'un air eac ou aoo respiraUe ; mail j'avoue que je aè mk çoauuèot copeilier les résultats de M. ResDaultaveeceui qu'avait publiés M. GoUard de Martigny (1) , et qui semblent déméntrer ooQ-seuleiBeat rinsufBsance^ mais Faction toxique deraalleeai^ boDique. De petits oiseaui mis dans un mélange deSt parties d'oxygèue et de 79 parties d'acide carbonique y succombent en moins de deux minutes et demie. On reaverseles teftnes do Feipé^ rieoce : on compose le mâange de 79 d'oxygèoe et de f 1 d*acide carbonique ; les petits oiseaux ne résistent pas au delà de tteis I quatre minutes , et cependant une bougie continue de brtler dans le mélange. Une atmosphère d'axote ou d'hydrogène ne devient mortelle pour les mammifères qu'après six, huit /dix on douze minutes ; tandis qu'une atmosphère d'acide carbonii^ tue en soixante et dix secondes , en deux minutes et demie an plus tard, les lapins , les cabiaii , les moineaux , les linotes. Bichat. avait tort, dit M. Gollard de Martigny, de mettre sur ft même ligne Tacide carbonique et l'hydrogène pur. Les différences sont plus saisissantes encore chei les reptiles, qui résis^ tent pendant des heures entières et quelquefois pendant plusieurs joui*s dans l'hydrogène ou l'azote, et qui ne mt pas an delà d'un quart d'heure dans l'adde caii)onique. Telie est an moins la condition des batraciens , eu égard à Taeide caflionlqoe. Longtemps avant M. CMlard de Martigny, Fontana (S) avait proclai^ l'innoeuité relative de l'air inflammable (notre hydrogèDC) et de t'air phlogistiqué^(notre azote); «mais l'air fiMF, AlUilj est meuririer de sa nature , mille expériences me l'ont prouvé. » AJontoos les expériences de Halle et celtes de Yarin. Voilà de gmfes tf- Aïoignages, et s'il est vrai qu'un aDimal, respirant dans nMD>» sphère, mais ayant le corps plongé dans l'aeide carboniqne , y

(t) Jciion de l'acide carhoniquô sur l'économie [Jrck, gén. de mééf^

t.XIV,p. 203etsuiy0• (2) Opuscules physiques et chimiques^ uradiiction de Gibeliu, ln-#^;.Parif «

W L'AaPAYXlE. 427

soil empoMûoné (1), commeot comprendre que d*aiiM8 animBiu aieflt pu I sans être ioccmiiiMMJUSf respirer dans me atniosphèfe cMlenant 60 pour 100 d'acide carbonique? Nous n^avons jamais reneootré de difficultés plus sérieuses que celle-ci. Je ne prétends pas la trancher; je me bornerai à faire observer quelesexpériences de MM. Regnault et Reiset diffèrent de celles de leurs prédécesseurs , en ce sens qu'ils rendent Toiygène à Ranimai , à mesure que celui-ci Tabsorbe, et je refilerai que M. Regnault est un des eipérimentateurs tes plus habiles et les plus sévères de notre époque»

Je persiste d'ailleurs i penser que raltération de Tair noû renouvelé dans lequel meurt un animal est poussée beaucoup plus loin que celle que lui avait fait subir une seule respiration, en admettant que toute la masse d'air ait passé par fractions dans le poumon. 11 suffit même , comme je vous Tai dit ailleurs , que respiration soit longtemps retardée pour que Taltératioa de Tair soit portée beaucoup plus loin que dans la respiration ordi*naire. La Faculté de médecine de Lancastre (États-Unis) (S) a analysé en 1839 Pair contenu dans les poumons d'un homme mort par suspension» Elle a obtenu un résultat imprévu , mais qui ne contrarie pas la proposition précédente ; cet air était composé de : oxygène 1,06944 , azote 93,10842 , acide oarboni* que 6,83214. Il y a dans l'énoncé de ces fractions une grande prétention à l'exactitude.

Les animaux qui meurent dans Tair non renouvelé n'altèrent pas tous cet air au même degré. Les animaux à sang chaud y mettent 10 centièmes d'acide carbonique, et par conséquent ils n*y épuisent pas Foxygène ; les animaux à sang fh>id l'absorbent presque tout entier, et quelques-uns même n'en laissent pas du lottl, si nous en croyons les expériences de Spallaniani (3) , et

(t) CMaNiteMartig«y,i0e.«ie.MsiiUaolteiatontpa<MérriB8Mip^ lifaeaitacMaataaratlear cou.

<2) The Jmeriean Journal of meé. mÂtance, vol. XXVI, p. 81 ; ISfa^ et ^MM. méd., lêia, p. 670,

(3) Mémoires sur la respiration, p. 161.

42B DE XA HBSnillAViOlf .

surtoaC cdles de VtaqneUa : de sorte que les atrimaiix pourrment èdre conptrés m bàtoo dl^ phosphore qu*on pliee sous uoe cloche pour Tanalyse de Tair. Ce sont de véritables eodiomètres , à part la oompUcatHm provenant de l*acide caiiiODiqiie qu'ils ont eihalé.

L'étude à laquelle nous venons de nous livrer touche et près à l'hygiène ; c'est efiectivement au physiologiste qu'on a demandé quel volume d'air était nécessaire pour on homme , un cheval on une réunion d'hommes ou de chevaux, renfermés pendant , un temps déterminé dans un espace clos. La question n'est pas aussi simple qu'elle le parait > mais fort heureusement la pratique et le bon sens la résolvent mieux que ne le fait la science pure, réduite ici, comme on va le voir, à des tâtonnements. Pour ta détermination approximative de la quantité d'air qui passe-par le poumoad'un homme adulte en vingt-quatre heures, je prendrai les chiffres de M. Dumas (I) , ce qui me dispensera d'établir uncalculsur les données dont j'ai fait usage précédemment, d'après M. Herbst, de Gottingue. Soient donc 16Jnspirationspar minute, appelant chacune dans le poumon un tiers de litre d'air : teqvel perdra de 4 à 6 pour 100 d'oxygène ? Cet homme fcn passer en un jour , c'est-à-dire en vingt-quatre heures, de 7 à 8 mètres cubes d'air dans sa poitrine , et il aura dépensé 800 grammes d'oxygène (2). Quel enseignement retirerons-nous de œ docu-^ ment? Aura-t-on rempli toutes les conditions hygiéniques quand

(1) Traité de chimiê.t VUI , p. 458.

(2) J*aî évalué bien plutbaut, t 111, p. 345, la quantité d'oxygèiMB ooaaommé; mais je doit rappeler que je n'ai fait qu'une sorte d'essai d*appUcatkm d l'homme des résultau que MM. RegnauU et Reisel avaient obtenoa sur les cfaieus, les lapins, les oiseaux palmipèdes et gallinacés. Mais l'énorme différence que j'ai nfpaiée , d'après ces expérimentateurs, entre les petils oiseaux et les gros , me fait penser qu'il en existe d'analogues entre rhorome et les mammifères plus petiu que loi. Telle est aussi l'opinion de M. Ré^aauit, arec lequel j'ai eu une conyersation à ce sujet Je désire donc qu'on ne prenne I9 cilifrïres portés à la page 345 que comme des chiffres provisoires , et pont-étre ^vrait-on en revenir au chiffre de M. Prévost ( 1 kiftograu^qn)^ f oxioèof abaorbé en vingt-quatre heures}.

DE L'ASPHYXIK. 429

on aura mis 8 mètres cobes d'air à la disposition d'un homme en vingt-quatre heures ? Si , ces 8 mètres cubes étaient successivement fournis par fraction d'un tiers de litre chacune, et si le résidu expiré n'était point admis à se mélanger avec la portion qui n'a pas encore été respirée, il est clair qu'on aurait réalisé, à peu de choses près , les excellentes conditions de la respiration à l'air libre. Mais supposez le même homme renfermé avec ces 8 mètres cubes dans un lieu parfaitement clos : dès les premiers moments de son séjour, il commencera à altérer Tair dans lequel il respire, en y mettant de Tacide carbonique, de la vapeur d'eau chargée de matière animale, et en y diminuant la proportion d'oxygène. Ces altérations iront croissant , si bien que, les vingtquatre heures étant accomplies, la masse d'air sera aussi ahérée que celle que l'expiration chasse de la poitrine d'un homme. Si à ce degré il n'y a pas encore commencement d'asphyxie , au moins serait-ce une condition fort peu hygiénique. Rarement l'observe-t-on dans la pratique. Dans les lieux où l'air nous parait le plus vicié , dans un dortoir de caserne ou dans une salle de malades, l'air pris avant qu'on l'ait renouvelé ne contient pas d'ordinaire , d'après M. I^blanc, plus de 1 pour 100 d'acide c irbonique. Cependant cette atmosphère est repoussante pour ceux qui viennent du dehors , à cause des matières animales en décomposition dont elle est chargée. Pour qu'un homme ou une réunion d'hommes puissent séjourner sans inconvénient pendant un certain temps dans un espace limité, il faut ou bien qu'il y ait un bon système de ventilation, etalors il n'est pas de rigueur que l'espace ait des dimensions très-considérables, ou bien que l'espace soit relativement très-vaste, et alors la ventilation n'y est pas indispensable. M. Péclet est arrivé à établir approximativement que la ventilation doit offrir de 6 à 10 mètres cubes d'air frais par heure et par homme. Quant à la masse d^iir que devrait contenir une pièce où il n'y aurait d'autre ventilation que celle qui a lieu par les jointures des portes et des fenêtres, et où Ton devf*ait, comme dans une chambre à coucher, passer huit à neuf heures sans renouveler l'air, il est évident que plus ccHe masse sera considérable , moins la proportion d'acide carbonique pro«

4M DB l'A masmiATiON.

doit tn tm temfM domé par la respiration ^deviendra ippinde par rapport à l'oiygène. Vm masse d'air é^ale à un cube de 12 pieds environ on de 4 mètres de côté a été considérée oomme pouvant satisftire an conditions qoe prescrit lliygiène.

Continuons d'eiaminer les cas où la respiration opéra âvone atmosphère qui s'écarte de la composition normale. Llmnmo n'est jamais eiposé, si ce n*est quand il eipérimente snrhihiième, I respirer un air où la proportion d'oiygène se trouve noâUement augmentée. II est à peine nécessaire de dire que Feicés d'oiygène ne peut amener raspbyxie. Ce que la plupart des auteurs, se répétant les uns It^ autres, ont écrit de TaetioQ irritante d^une atmosphère riche en oxygène , laquelle enflammoait le poumon, etc., n*a point été confirmé par les expériences de MM. Regnault et Reiset (1) sur les chiens, les lapins et les oiseaux. Un verdler est resté cinq heures sans en être incom- Inodé dans un mélange de 96 parties d'oxygène et de 4 d'aioce. Ceux qui ont vu des signes dMrritation avaient peut-jêtre employé de Toxygène mêlé de chlore, ce qui peut arriver quand on extrait Toxygène du chlorate de potasse (2). Ces résultats difftrent beaucoup de ceux qu'avait obtenus Broughton ; les animaux renfermés dans le gaz oxygène pur (ou qu'il croyait por) y mouraient au bout de quatre à cinq heures. A ce moment , ils n'avaient pas à beaucoup près dépensé Foxygène de cette atmosphère, dans laquelle un autre animal pouvait vivre après qiie les premiers y étaient morts. Cette atmosphère , dit Taoteur, pouvait encore rallumer une bougie qu'on avait soufflée (8). Mais des expériences bien plus récentes que celles de M. Broughton concordent à merveille avec celles de MM. Regnault et Reiset. M. Delapane, qui pendant trois ans a étudié Faction de t'oxygène sur des oiseaux, des quadrupèdes, et enfin sur lùi-méme, a constaté qu'un oiseau peut vivre pendant trois jours au moins dans l'oxygène pur, à la pression de 76 centimètres environ, et

(I) Mémoire cité, p. 491 et tuiv.

(3) M. Regnault, commnnication orale:

' (8) Jreh. gén. de méd., t XXIH, p. fOI.

BS L'AflMprxn. 491

pour ftn qu'on ait soin d'absorber les émanations de l'animal. Ufl loîaaaa et on mammifère (an cobaye) vîTfnt en santé sous une cloche dans laquelle en entretient on courant suffisant d'oxygtee, en ayant soin d'y absorber Pacide caitonique ibuml par la respiration (I).

Prenona maintenons une condition tout à fait opposée. Ab* senœ eomplète iHaxjrg^e libre dans le gaz ou le mélange gaaen ffoumi à la respiration. Ici Tasphyiie est forcée et comroeuce trèa-promptement. Un seul gaz pourtant Ait exception et peut entretenir la vie pendant quelque temps : c'est le gaz dit protaopjrde d azote, oxydute d'azote, oxyde nitreux, gaz Mlariant. La combinaison qui nuit Foxygène à Pazote dans ce gaz est asaeijiible, à ce quHI parait, pour que le sang fosse son profit soit de l'oxygène enlevé , soit du gaz lui-même , qui donne pourtant à ce liquide une teinte pourpre. L'étude des effets de ce gaz a été foite en Angleterre par H. Davy (3), puis par des etpériraentateursfrançais (3), qui furent loin de confirmer la qualification de gaz hilariant donnée an protoxyde d'azote. Plus récemment, Zimmermann a publié à Marbourg un très-bon travail sur la respirabilité de ce gaz (4). Un lapin y fbt plongé , sans y mourir, pendant vingt minutes; puis, dans une autre expérience pendant trois heures vingt minutes. Deux lapins de six semaines y moururent au bout de deux heures et demie à deux heures quarante-cinq minutes. Il a expérimenté aussi sur des oiseaux. Un jeune pigeon ne mourut qu'après une heure et demie, un autre fut asphyxié après une heure quarante-cinq minttte& seulement , un autre supporta rexpérience pendant deux heures et put être rappelé à la vie (5). Enfin Zimmermann a expé-

(I) Séance de rinutitut, du 29 juin 1846.

C2) H. Davy, Besearches on nitrous oxyde ; London , 1900.

(5) bllre Mitres VaiM|tieHn et M. Orfila, TraUé de toxicologie, t 11, p. 646^

(4; De Respiralione nitrogenii oxydnli commentaiio; Marbourg, 1844.

(6) Burdaeh est cerf atnemeiit dans rerreur 1orsqu*n avance que le gaz oxydnle d'azote ne peut être respiré que pendant cinq minutes (t. IX, p. 614). peut-être fait-il allusion aux expériences que rbomme pratique sur Inl-niéoie,

43i DE L% RMVlttATiON.

rimenté sur lui-même. U a senti le goût sueré sif^utlé par ses pré^ décesseurs ; comme eux il éprouva one.dialear Meofaitme, n sentiment de pléDîtade dans les poumons, qu'il ditatattpkis firéquemment et plus amplement Le pools s'acoéléra, sesyeox devinrent brillants , son ouïe s'exalta. Puis il éprouva éi tour» mil\ement dans les membres , un mouyement d*hUarité «qprimé par un accès de rire très*pn>longé ; phénomine qui d'ordinaiie se fait attendre jusqu'à la huitième ou la dixièBM inspirttîM. La. proportion d'acide carbonique exhalée est augmentée , saivant M. Zimmermann. Le n** Wells, de HerfcHrd, qui prétend avoir employé le premier Téthérisation , a substitué le gaz oxydide d'azote à l'élher, comme aoesthésique (1).

Dans les autres gaz , l'asphyxie commence Irès-promptemenC, et la mort survient au bout de deux à six on huit minutes, suivaitf' l'espèce de gaz. Je me hâte de présenter une remarque que je crois importante sur l'action des divers gaz. Évidemment on a confondu , dans presque tous ces cas, ïempoisannememt avec Y asphyxie. Si un animal succombe alors qu'il respire Tair atmosphérique mêlé à une très-petite proportion d'hydrogène sulfuré ou d'hydrogène arseniqué, la cause de la nori n'est oer* tainement pas Yasphyxie, car le fluide élastique inirodoîl dans les poumons renferme de l'oxygène et de l'azote en quantité el dans des proportions convenables pour alimenter la respiration ; mais un poison septique gazeux a été absorbé en mémelempSi et il a causé la mort. D'autres gaz, comme le chlore, l'acide nitreux , l'acide sulfureux, l'ammoniaque, etc., mélangés à l'air introduit dans le poumon, enflammeront à l'instant lesvoies aériennes, et altéreront, chacuu à leur manière, la oompositiOB du sang. Ce n'est pas encore là de l'asphyxie. Je n'admettrais l'effet asphyxiant de ces gaz que s'il était vrai qu'ils déterminassent , respires en certaine quantité, une occlusion spasmodique de la glotte, chose présumée, mais non prouvée. Si on suppose qu'au lieu d'être mélangés à l'air, les gaz dont je viens de parler

(1) Cm m*d., 1M7, p. 16^

ht t' ASPHYXIE. 433

loieot respires purs , il y aura en inècne temps asphyxie par défiiot d'air respîrable et empoisonnement.

H est d'antres gaz qui ne paraissent jouir d'aucune propriété Métère. Ceux-ci j mêlés à Tair atmosphérique ou à Toxygène , en proportion modérée, ne causeront pas d'accidents; et si Faspliyxie survient quand ils sont respires purs ou presque purs, ^est uniquement parce quMis sont autres que le fluide nécesndre à la respiration : la mort est due non à la présence de ces gaz, mais à Vabsence d'air atmosphérique. Cest là X asphyxie négative de quelques auteurs. Je la regarderais plutôt comme Paspbyxie gazeuse par excellence. Dans cette catégorie de gaz , il fhxjX placer, en premier lieu , Xazote^imX l'innocuité est évidente, puisqu'il fait partie de Tair atmosphérique. Puis vient IHydrogène pur, que les animaux respirent très-bien , mélangé ivec Toxy gène , et remplaçant, en quelque sorte, Tazote dans une atmosphère artificielle. Des cochons d'Inde, mis par Lavoisier et Séguin dans un mélange à parties égales d'oxygène et d'hydrogène, n'y éprouvaient aucune incommodité. Ces auteurs disent que la quantité d'oxygène consommée reste la même, et qu'il n'y a pas absorption d'hydrogène. Mais la première assertion est eontredite par les expériences de MM. Regnault et Reiset (voyez page 347 de ce volume), et la seconde me parait fort peu admissible. Les animaux plongés dans une atmosphère où de l'bydrogèoe remplace l'azote y exhalent de l'azote (l).t)ans l'hydrogène pur, les grenouilles ne vivent pas en général au delà de trois à quatre heures; elles cessent peu à peu de déglutir le gaz. Par exception, une grenouille y a vécu douze heures. Enfln, dans b catégorie des gaz insuffisants, il faudrait aussi, d'après les expériences de MM. Regnault et Reiset, placer l'acide carbonique, qne tous les auteurs s'accordent à classer, avec Thydrogène carboné et l'oxyde de carbone , parmi les gaz délétères non îrrl- Kants (voyez ce que j'en ai dît, page 426 de ce volume).

Le mot aspttyxie a été prononcé dans les discussions aux- — - ■ -^ 1»

(I) Allen et Pepjrt, PhVosophicaX transactiont,f. 42i ecniiv^ tii09. 111. S8

434 DE 1.4 ESSNEATIOIV.

quelles a donné lieu la singulière propriété des agents inoilliésiques. Les cas de mort par le diloroforme «mt-ils de^ cas d'iapbyxie , comme on Ta dit, fort légèrement, sinon par igMimce des véritables conditions de Tasphyxie? J'ai sontema qse k cfcloroforme, mélangé à Tair que Ton respire , donnait la mrt à la manière des gaz délétères , et par conséquent en empotêonnani. Des considérations présentées par M. Edouard Bobin à l'Acidemie des sciences, en 18M(1), tendent à établir que Féther, k chloroforme, introduits à certaine dose dans le sang, y eiercent la même action que i^r les substances animales privées de vie, c'est-à-dire qu'elles s'opposent à la combustion lente qui résnlte de la combinaison de l'oxygène avec la matière organique. Gette action , relativement aux substances animales mortes, ff»ipédif leur putréfoction, et relativement aux parties vivantes , enraye le phénomène fondamental auqud nous avons si souvent lait allusion dans cet ouvrage, et pour lequel la nature a institué le grand acte de la respiration. Ce serait une variante d'asphyxie à laquelle n'avaient certainement pas pensé cenx qui ont dit que le chloroforme tuait par asphyxie. Le sang des animaux vivants soumis à l'action du chloroforme est encore rulilant, alors même qu'ils ressentent déjà l'action toxique de celle substance ; mais plus tard il prend une couleur plus foncée.

Je placerai ici la mention d'une espèce très-proMématique d'asphyxie, consistant en ce que le sang, altéré dans sa cemposiiion , aurait perdu la^faculté de s'artérialiser au contact de Tair. L'Académie belge a entamé une longue et stérile discHision sur ce sujet, à propos d'un fait qui lui a été communiqué par un de ses membres, M. Fallot. Le sang des cholériques a-t*il perdu la facuUé de s'artérialiser?

Sans être altéré dans la proportion de ses principes constituants, Tair peut être modifié d'une autre manière; il peut être plus raréfié ou plus dense. Le premier de ces états, s'il est porté très-loin , causera l'asphyxie , comme l'ont montré les expériences faites avec la machine pneumatique. Mais jamais, soit qu'il ait

(1) GoMcUe des hôpitaux, IBM, p. 4%

DB jL'âwvms. 435

fkit nue aseeomo aéroiUtiqae, soit qu'il ait atteint le lommet d'ane nontagae trte-élevée» rbomme a'a été menaeé de voir Tair manquer aux besoins de ses ponmons^ en raison de son excessive raréAu^tion , bien que la diminution de la densité de Tair soive nne progression assez rapide , à mesure qu'on s'élève , puîaqo'à 6^000 mètres la colonne barométrique est déjà réduite de moitié. Depuis le moment où Saussure (1) a donné une relation si attachante des sensations et même des accidents qu'on éprouve eu s'élevant sur de hautes montagnes , un grand nombre de savants et une foule de touristes ont voulu se soumettre à cette épreuve, soit en atteignant, comme Saussure, la cime du Mont-Blanc (4,810 mètres au-dessus du nivean de la mer), soit en gravissant , en Amérique ou en Asie , des montagnes encore plus élevées, le Ghimborazo par exemple, ^eù M. Boussingault et le colonel Hall sont parvenus , sans atteindre son sommet, à une hauteur de 6,009 mètres, le baromètre ne marquant plus que 0,36 ; ou l'Hymalaya , sur les pentes duquel le lieutenant Gérard s'est élevé jusqu'à 18,700 pieds; soit enfin dans les ascensions aérostatiques, si multipliées de nos jours, et où l'on a, dit-on, dépassé la hauteur qu'avaient atteinte M. Gay-Lussac (7,006 mètres) et M°>'' Blanchard (7,600 mètres). Daeosla, au 16* siècle, avait nommé mal des montagnes l'ensemble des phénoibènes qu'on éprouve en se rapprochant des parties les plus élevées du globe. Parmi ces phénomènes, on a surtout signalé Vanhélation, un sentiment de lassitude si prononcé, que quelques personnes ne peuvent, dans cette situation, faire plus de quinze ou vingt pas, même horizontalement, sans perdre haleine , et une accélération notable du pouls. Saussure fait observer que cette fetigue cesse aussi promptement qu*elle se produit. Faut-il, pour Texplication de ces accidents, s'en prendre à une diminution d'oxygène proportionnelle à la raréfaction de l'air? C'est une théorie assez généralement reçue. M. Brachet, de Lyon, lui a fait subir une modification quelque

(1) Fo/ages dans les jilpe$,i U,p. 483.

436 DE tA Ei§»nAnoN.

peu subtile (I). Voici sa théorie réduite à qudqoes Biots. Le sang qui sort d'un muscle en contraction est plus noir, plos vei- Tieux , que celui qui sort d'un muscle en repos ; il a b^oin d*lne plus grande quantité d'oxygène pour redevenir artérict; or il ne trouve pas la somme suffisante dans l'air raréfié des nant^nes , de là raubélation ou respiration plus fréquente dès çpL\m se livre à la locomotion. D'une autre part, les oontractioos ranaeulaires sont faibles , parce que l'air raréfié n'afq[KMrte pins assez d'oxygène au sang pour entretenir l'énergie des masdes, qnîen font une dépense plus grande pendant leur action. M. Payeme (S) a nié récemment que l'anhélation et le sentiment de lassitude, dans les circonstances que ûous examinons , fussent oocasioraiés par la diminution d'oxygène respiré. Les mêmes effets se produisent, dit-il, quand on respire un air trèSHXwdei^ dans la cloche du plongeur ou dans un bateau sous-marin. L'anhélatioB et la lassitude tiennent, suivant cet expérimentateur, cà la rupture de l'équilibre entre la tension des fluides contenus dans nos organes et celle de l'air ambiant , en qodque sens que la rupture s'effectue.! U est certain que Tbomme peut s'accoutumer à respirer l'air raréfié des montagnes. On voit, dit M. Boussingault , des femmes jeunes et délicates se livrer à la danse pendant des nuits entières dans des localités presque aussi élevées que le Mont-Blanc. Un combat célèbre, edui du Pichincha, s'est donné à une hauteur peu différente de crile du Mont-Rose (4,736 mètres) (3). J'ai dit, t. 1, p. 449, d'après M. d'Orbigny, qu'un développement extraordinaire des poomons était un des caractères de la race ando-péruvienne.

Ou peut être exposé à respirer un air plus dense que de coutume dans des galeries profondes et souterraines, dans la ciodie du plongeur, dans des appareils que la thérapeutique a in-

(1) Noie sur Us causes de la UusUude et de l'anhéialiOH daiu Iês ascensions sur Us moniagnes]fes plus élevées,

{2) Séance de rintatut du 18 août IftSl , et l'Union médicale» 1851, p. 303.

(3; On dit aujourd'hui que le Moat- Rose est plus élevé que le Mant^Blaoc d^nt la hauteur est de 4,810 mètrcf»

DE L'ASPHYXIfi. 437

veatés : ceux de M. Pravaz, par exemple. J'ai déjà dit rinfluence de cette augmentation de densité sur la production d'acide carbonique (voyez page 353 de ce volume). Gela ne peut janoais amener l'asphyxie , tout au contraire. On rapporte qu'un indidividu, ayant rempli ses poumons d'air comprimé, pouvait rester plus longtemps sous l'eau sans être menacé d^aspbyxie , qu'après avoir fait une inspiration dans l'air de l'atmosphère.

Les lésions des centres nerveux ou de certains nerfs peuvent amener l'asphyxie de différentes manières. Ce sera plus loin l'objet d'une étude d'un grand intérêt.

Si le corps est plongé dans un liquide, l'asphyxie est immédiate et prompte pour les animaux à saug chaud ( asphyxie par submersion.)

Enfin différents obstacles mécaniques, agissant soit sur le poumon, soit sur les autres points des voies aériennes , peuvent être suivis d'asphyxie. Je renvoie à la pathologie pour la description des espèces. Une d'elles, très-intéressante au point de vue phy« siologique , a été expliquée à propos de l'élasticité du poumon (voy. t. III, p. 391 et suiv.).

Les pliénomènes de l'asphyxie ne sont pas exactement les mêmes dans tous les cas ; ils varient suivant que l'asphyxie a lieu dans l'eau , dans le vide , dans un gaz non respirable , suivant qu'elle est rapide ou graduelle et lente. Voici ce qu'il y a de plus général : sentiment d'angoisse , soupirs , bâillements , vertiges, lourdeurs de tête; la face devient violette, bleue, ainsi que les lèvres , les origines des membranes muquetises , et quelquefois même toute la surface de la peau. Puis, à un état obtus des fonctions sensoriales et de la volonté , succède leur abolition; les mouvements volontaires cessent aussi. Les expériences d'Edwards (1) montrent que, pendant la submersion, il y a une période de mouvements involontaires succédant aux mouvements dictés par la volonté et l'instinct de la conservation. Legallois dit que, pendant l'asphyxie, les fœtus de lapins

(I) influence des agents phxsifiêes,p* 167.

438 DE tk mnRATlON.

conservent longtemps leur sensibilité (1). Je pense qu'il aan pris des monreraents réflexes poar des actes de^sendbDité. Ces monvements réflexes cessent eux-mêmes par les progrès de llaaphyxie : c^est alors qu'il y a mori apparente. Cependant, faut que la mort n'est qu'apparente , le cœur continue de sa contracter; et, ses contractions, il les prolonge pendant on eertahi temps, alors même que , par une cause que je dirai , elles ne peuvent plus entretenir la circulation générale. A roaTertiire du corps, on trouve les membranes muqueuses et les tégamedto colorés comme je Tai dit. Le S]rstème veineux général , les eavltés droites du cœur, l'artère pulmonaire , sont pleins de sang noir et fluide.

La mort par asphyxie ne survient pas avec la même pfofDpCitude chez toutes les espèces animales ni à tous les âges. Il est important de prendre en considération les diffiErences qn'effes ofFrént sous ce rapport , pour discuter la théorie de Fa^yxie. Chez les mammifères et les oiseaux , animaux à sang diand et à double circulation , l'asphyxie commence dans la minute qui suit celle où la respiration a été interrompue ; et , bien qne quelquesuns de ces animaux, les oiseaux plongeurs par exemple , jouissent de la faculté de rester volontairement submergés plus longtemps que d'autres, cependant , si on foit le vide auiour d'eux , ils tombent dans les convulsions de la mort (2). M. Edwards a retenu, sous Teau, une poule d'eau : au bout de trois ndnutes , elle n'avait plus ni sentiment ni mouvement (3). Ce n*est pas qu'on ne trouve dans les auteurs un bon nombre d'histoires merveitleuses d'hommes qui ont pu , sans mourir, rester submergés 15, 20, 22, 26, 30 minutes, une heure, 9 heures, 16, 42, 48 heures, 3 jours, etc. (4)! Ces faits manquent en général d'authenticité ;

(1) MftBoiredté, p. t34.

(3) Boyie, PAO. lmit#., t V, p. lOtl ; 1619.

(3) Influence des agenU phxsigueSj elc., p. 107. J'ai c^tainemeotTO, étfDt ft la diane à TéUng , des oiseaux d'eau rester subBMrgés pcndam plos de trois minutes.

(4) HaUer, Elem. physiol., t Hl, p.

DB VAênrxm. 499

de iorte qif D semblerait inatile de chercher k les expliquer par d'autres faits qui seraient aussi inexplicables qu'eux , à savoir des états de léthargie ou de syncope prolongée qui auraient préservé les submergés de Pasphyxie. De nouvelles considérations ont cependant été exposées par M. Erichsen (1) en Faveur de Tcqpinion qu'une personne frappée de syncope au moment od die tombe à Teau peut être préservée de l'asphyxie. Cette thèse a Conduit l'auteur à établir entre la syncope et l'asphyxie an parallèle que je n'examinerai qu'à propos de la syncope. Les faits pour lesquels on cherdie ee$ explications doivent être bien rares, puisqu'il résulte d'un relevé fait par M. WooUey, chirurgien de l'établissement de secours formé à tiyde-Park, qu'il n'y a été rappelé à la vie aucun de ceux qui étaient restés plus de 4 minutes sous l'eau (2). Breschet (3) a signalé dans le système artériel des cétacés une disposition qui lui a paru être en rapport avec la feculté dont ils jouissent de rester longtemps submergés. Cette disposition ; dé^à mentionnée par Hunter, consiste en un amas de plexus artériels situés sur les côtés du rachis, au devant de l'extrémité postérieure des côtes. Leur ensemble formerait une sorte de réservoir artériel, qui donnerait du sang à l'aorte pendant le temps où l'animal est submergé. A l'intérieur du crâne , d^autre^ plexus artériels fourniraient aussi du sang aut artères, qui le distribuent dans la masse encéphalique (4). Les grandes dimensions des poumons , et l'énorme capacité du système veineux , ont été mises aussi au nombre des dispositions anatomiques qui permettent aux cétacés de rester longtemps sous Peau; ils y restent, dit-on, cinq à dh minutes, et même quinze à vingt mmutes quand ils cherchent leur nourriture (5). Si la mort suit de près l'Interruption des phénomènes respira-

(1 ) Edinb. med. and surg. Journal, yol. LXIU , p. 1 , et Ga*. méd., 1835, p. 657.

(2) Erichien, locéU.

(3) Annales des sciences mturelUs, 2« téri« , Zoologie, I. Vi, p. 876.

(4) Burdach, t. iX, p. 558, d'aprèl Scorelby.

(5) Gai. midu ia45|p. 655.

440 DE lA EsanBATiovr.

toireg chez les animaux à saag; chaud , adultes, il n^en est plus exactement de même des fetus et des nouveau-nés de ces animaux. J*ai déjà traité de la survie des fœtus contenus dans le sein de la mère (p. 420 de ce volume); voyons les fcetus après leur naissance.

Ici se présente le iameux problème de Harvey : Pourquoi un fixtus séparé de sa mère et dont ia bespiratiooln'a pas er- GORG GOMMEncÉ peut-H, sans danger, en supporter la privation pendant quelques heures? Le proUème^ comme on le voit, ne porte pas seulement sur le pi^vilége qu'auraient les nouveaunés de vivre quelque temps sans respirer, mais encore sur ce que ce privilège serait en quelque sorte perdu dès que le foetus jurait respiré. La première chose existe bien réellement. Mérjr (1) Ta constatée en mettant comparativement un chat nouveau-né et un chat adule e sous la machine pneumatique; le premier vécut plus longtemps. Boyle (2) a observé que les jeunes animaux vivaient (rois fois- plus longtemps que les adultes dans le vide. Senac (2) a vu des chiens, nouvellement nés et étranglés survivre pendant un certain temps. Haller (4) dit qu'il résulte de ses expériences que les foetus retirés du sein de la mère et laissés dans l'eau deTamnios peuvent y vivre pendant plusieurs heures. Mais la seconde donnée du problème est -elle fondée ? est-il vrai que le itetus qui a respiré soit devenu tout à coup, relativement à ses chances d'asphyxie, dans les conditions de l'adulte? Haller ne croyait qu'à moitié à ce miracle , et nous donne à ce siqet un sage avertissement : IVon oportet miraculum augere supra modum. Ce grand physiologiste , ayant mis dans Teau tiède un petit chien qui avait fait une inspiration dans l'air, l'avait retiré, vivant, du liquide au bout d'une demi -heure. Une expérience de Bnffon (6) est beaucoup plus concluante encore. Une chienne ,

*) Mémoires de l' Académie des sciences, t. X, p. 397 ; |(5?3.

(2) PhiloiopfUcal transactions, vol. Y, p. 2011 ; 1070.

(3) Traité da ccBur, 1. 1 . p. 323.

(4) Elcmentapfixsiologiaf, t Ul, p. 314.

(5) Histoire nainrelle, L 11 , p. 447, éditioo de rimprioierie royale,

DE L'ASraYXIE. 411

aitadiée dans un baquet plein d'eau , y mit bas. Deux des petits furent placés à Tinstant dans^du lait tiède sans qu'on les eût laissé respirer. Ils en Furent tirés bien vivants au bout d'une demi-heure. On les laissa respirer une demi-heure ; ils furent plonfjés pour la deuxième fois dans le lait tiède, où ils restèrent aussi longtemps que pendant la première expérience. Us en furent encore retirés vivants. Ils respirèrent de nouveau pendant une demi-heure, et furent une troisième fois reportés dans le kiît tiède, d'où ils sortirent, au bout du même espace de temps, presque aussi vigoureux qu'auparavant. I/Cgallois ignorait vraisemblablement les expériences de Buffan, lorsqu'il entreprit Us siennes sur les animaux nouveau-nés. Il opérait sur des lapins. 11 vit que les nouveau-nés étaient asphyxiés moins promptement que ceux qui avaient vécu vingt-quatre heures , et ceux-ci moins promptement encore que les foetus âgés dé deux ou trois joiir«. Ainsi, le cinquième jour, les jeunes animaux ne pouvaient rester plus de seize minutes dans l'eau , tandis qu'ils y vivaient une demi-heure le premier jour. Dans l'ouvrage posthume cité nu commencement de cette leçon , je vois un résultat bien contraire à la deuxième partie du problème harvéien, car il est dit que les fœtus qui ont un peu respiré peuvent supporter la privation d'air plus longtemps que les autres (I).

Le physiologiste qui, le dernier, à ma connaissance, a repris ce genre de recherches en ce qui concerne les nouveau -nés, est arrivé à un résultat tout à fait imprévu. M. Edwards (2) a reconnu que les nouveau-nés des mammifères pouvaient être divisés en deux classes relativement à leur résistance, quand leur respiration est empêchée. Les uns sont assez promptement asphyxiés; les autres se comportent, comme l'ont vu, dans leurs expériences, Haller , BuFfbn et Legallois. Or ce n'est pas seulement sous ce rapport que les animaux de ces deux classes diffèrent entre eux.

(1) Lesalloit, Expériences physiologiques tendant à faire connaître ta temps durtuit lequel les animaux peuvent être stuis danger privés de respiration, in-4* ; Parit, 1835.

(2) Influence des agents phfs'^ques, etc., p. 171 •

442 DE LA RttPIllATlON.

Les premien jouisMit dCji, à leur naissance, d'une grande force de résistance à nn alMissement de température. Us absoiiient plus d'oxygène en un temps donné et dégagent plus d'acide carbonique que les nouveau-nés de l'autre classe ; ils naissent avec les paupières ouvertes et la membrane pupillaire détruite. Les seconds se refhiidissent assez promptement si on abaisse la température autour d'eux , et ils naissent avec les paupières fermées. L'induction et quelques^ fiiits autorisent à placer le nouveau-né de rhomme dans la première classe , où se trouvent aussi les nouveau-nés des cochons d'Inde , dans la deuxième dasse , sont les chats , les chiens et les lapins.

La faculté dont jouissent les nouveau-nés dès mammifères de résister pendant quelque temps à la suppression de la respiration doit être prise en considération pour la discussion de la théorie de l'asphyxie. Cette faculté est incontestablement liée à Texistence du trou de Botal et du canal artériel.

Quant aux animaux à sang froid et à respiration aérienne, soit qu'on les submerge , qu'on les tienne dans Pair non renouvelé , dans des gaz non respirables ou dans le vide , ils supportent longtemps la privation d*air atmosphérique. Une conleavre n'était pas tout à fait morte après vingt heures de séjour dans le vide (1). Une grenouille mise dans la même condition parut morte au bout de trois heures , mais elle se ranima à Taif . Les linKiQons meurent seulement au bout de deux ou trois jours dans la niiachine pneumatique (3). Une tortue est restée soixante et douze heures dans le gaz hydrogène sans périr. Une sangsue resta quatorze jours dans un récipient renfermant seulement 3 pouces cubes et demi d'eau; elle en sortit vivante. Une autre vécut Quatorze jours dans le gaz hydrogène. Ordinairement ces animaux succombent plus tAt.

La température parait avoir une grande influence sur la marche de l'asphyxie chez les animaux à sang froid et chez les ani-

(1) Boyie, PhOos. trans., t V, p. 20(1. Le VMte réservoir & air dtla opn^ leuvre est pour quelque cbiie, je peate^ dins celte rétiitanceu (2; SpaUanzani, Mémoires sur la respiraUon; Paris, 1803.

lOE L'ASPHTXIB. 449

jiiadt li&>eniant8. Les limaçons ne péHssent qn^M bout de trott^^ jours dans Teau, si elle est froide ; ils meurent plus promptement, si la température de Teau est moins basse (1). Une grenouille qni auceorabe en moins de quelques heures , sous Feau, pendant Tété, peut séjourner pendant plus de dix jours dans Teau courante pendant Thiter (2). Il faut tenir compte ici de la respiration cutanée , qui se fiiit avec plus d'ayantages dans Teau froide que dans feau tiède , la première contenant une plus grande quantité d*air en dissolution. Quelques mammifères hibernants peurent impotiéfflent séjourner dans Tair non renouvelé ou dans Tacide carbonique, lorsque le froid les a rendus léthargiques; mais alors leur respiration est plus ou moins complètement saspendue.

Théories de l'asphyxie.

Les théories de l'asphyxie ne sont pour ainsi dire que Texplicalion de la mort par défaut de respiration, et elles se lient de près , comme on le pense , aux théorie^ de la respiration. U serait parfaitement oiseux de remonter au delà de Haller pour l'examen de ces théories. Haller lui-même n'y consacre pas de paragraphe spécial ; mais il est facile de iiaiire sortir, du troisiènie volume de son grand ouvrage , un résumé des explications données sur le mécanisme de la mort apparente par défaut de respiration. L'idée dominante de son temps était que rinterruptimi des phénomènes respiratoires rendait le poumon à peu près im-' perméable au sang lancé par le ventricule droit. Ce liquide s'accumulait dans les divisions de l'artère pulmonaire , s'arrêtait de proche en proche dans les cavités droites du cœur et le système veioeux général; il cessait de parvenir aux cavités gauches, ou n'y parvenait qu'en trop petite quantité. De là l'arrêt définitif de U circulation , la mort apparente , et bientôt la mort réelle. Quant à la cause prochaine de l'arrêt du sang dans le poumon ,

(1) Spallanzani, Mémoires sur la respiration, 1^ mémoire,

(2) Edwards, Influence d9S a§enU physiques, Me, p. I7f .

441 DE LA BBSPIHATION.

on la trouvait dans l'état flexuenx , les plis des vaisseaBX da poumoQ afiaissé, peniêniVexpiraiion.

Mais il fallait expliquer encore comment YinspiratipH pith^ longée et non suivie d'expiration peut encore causer Tasphyxie. On cherchait encore là un obstacle mécanique au cours du sang dans le poumon. Les uns disaient que le cœur était entraîné et fixé en bas par le diaphragme abaissé. Les autres allégttaieoc que lesartërcs pulmonaires étaient allongées, et partant flméiroites. De Moor (I) pensait que ces artères étaient comprimées par les vaisseaux aériens dilatés. Mais, dansFopinionquiétaitle plus en faveur, on disait que l'air introduit par Finspiration, et retenu dans la poitrine, y parvenait proroptement ù la température du sang; qu'il s'y dilatait en conséquence , et comprimait les vaisseaux sanguins. Enfin on tenait compte avec Bœrhaave (i) de Timmobilité du poumon. Aucune de ces explications n'est adoptée par Haller, et l'on s'attend à trouver toute la théorie moderne de l'asphyxie dans le paragraphe ayant pour titre : Propomiuralia {/^pot/iesis) nempe aeris pulmone recepti corrupUo (3). Mais on voit, en lisant ce paragraphe , que l'auteur est exclusivement préoccupé de rechercher dans l'état du poumon un obstacle à la circulation. L'explication qu'il donne à ce sujet est véricablemenl originale. « L'air, dit-il, d'après Haies, perd dans le poumon son ressort élastique ; or, le poumon ayant une tendance permanente à revenir sur lui-même , il y obéit en proportion que l'air perd son ressort élastique par son séjour dans la poitrine. » Le poumon s'affaîsse peu à peu, les vaisseaux deviennent flexueux , et bientôt ils ne laissent plus passer le sang. Ainsi Haller arrive à cette conclusion bizarre que l'inspiration prolongée arrête la circulation dans le poumon, de la m^me façon queTétat opposé, celui d'expiration. Il fout convenir qu'à certains égards Mayow avait été plus judicieux^

Théorie de Goodwin. Cet auteur a présenté en 1787, dans

(1) Cogationum de inslauraiione medicinœ, libri m, p. 357.

(2) Institutioneê rei medicœ, nf* 619.

(3) Elemenlaphrsioiûgiœ, 1. 111, p. 258.

t>E L*\snrxtÉ. 446

un petit essai ea latin , des idées neuves sur Tasphyxie , et il développa sa doctrine en 1789, dans l'ouvrage ayant pour titre T/te connexion of life vith respiration. Dans la théorie de Goodwin , comme dans les théories précédentes, la mort apparente est attribuée à Tarrét de la circulation; mais Goodwin ne cherche pas l'obstacle an cours du san^; dans l'imperméabilité du poumon. Voici le point fondamental de sa doctrine: le sang artériel est l'excitant nécessaire delà contraction des cavités gauches

du coeur; or, quand la respiration est suspendue, le sang qui a traversé le poumon ne s'y est point artérialisé; il revient au cœur sans avoir acquis les qualités qui devaient le rendre propre à stimuler la face interne de l'oreillette et du ventricule gauches : alors ces parties cessent de se contracter. On voit que, d'après celte manière de voir, la dilatation et le resserrement allernatil^ des poumons n'ont pas pour cause finale le passage du sang au travers de ces organes ; mais l'appareil respiratoire est un rouage propre à entretenir l'action du cœur gauche, en lui fournissant incessamment le stimulant obligé de sa contraction.

Théorie de Bicliat. C'est dans les Recherches sur la vie et la mort qu'il l'a exposée. Nulle part peut être, cet auteur n'est plus entraînant que dans la partie de cet ouvrage où il traite de l'asphyxie.

Nous venons de voir Goodwin rejeter l'opinion qu'il y a obstacle au cours du sang dans le poumon , et signaler comme cause de l'asphyxie le défaut de conversion du sang vcinei0[ en sang artériel. Bichat s'empare de ces deux idées et se les approprie, en quelque sorte, par le développement qu'il leur donne. Mais cette influence stupéfiante que Goodwin circon.<^crivait au contact du sang non hématose avec les cavités gauches du cœur, Bichat l'élend à toutes les parties du corps. Suivant Goodwin , le sang noir est cause d'asphyxie en arrêtant l'action du cœur ; et tous les autres phénomènes de la mort apparente , la privation du mouvement et du sentiment , par exemple, sont un résultat de l'arrêt de la circulation. Suivant Bichat, au contraire, le cœur a continué ses contractions , et il a envoyé à toutes les parties , notamment aux centres nerveux et aoî muscles, le sang

4f6 DE L4 lUEgPimAlXON.

non hématogé qui a paralysé leur action. Les deux physiologistes invoquent le défoutl^'hématose : mais l'un attribue l'asphy^ à ce que le cœur cesse de battre ; l'autre , à ce qu'il continue de se contracter pendant un certain temps après rinterruplioQ des phénomènes respiratoires.

Je vais essayer de resserrer dans quelques propositions la doctrine de Bicbat sur Tasphyxie, sans m'astreindre en aacune façon h Tordre qu'il a suivi pour la développer»

piiyxie, tt*Mi* pétmt iBtonrmMpu. Pour prouver cette proposition, déjà émise par Blayow (voy. p. 389 de ce vol.)) plus d'un siècle avant Goodwin , Bichat , qui nie d'ailleurs Tinfluence des flexuosités des vaisseaux sur le cours du sang, cite les expériences suivantes. On adapte i la trachée d'un chien le tube d'une seringue; on retire le piston, de manière à aspirer le plus d*air possible. On ouvre ensuite une artère ; le sang en jaillit avec beaucoup de force. Une artère donne également du sang lorsque, la poitrine ayant été ouverte, les deux poumons sont revenus sur eux-mêmes.

2^ Le ccBwr coBttMwe de ■• eentraeter ^fel^pic timp* wmmémmi ranphyxle, et II lanee le Muif; mmn «rtérUiliiié émmm #•■<«■ Im

divuioiM de récrie. Cette proposition, d'après Bichat , se trouve confirmée par les faits précédents, et aussi par Texpérience des robinets adaptés à la trachée et à la carotide. Godwin avait donc dit à tort que le cootact du sang noir sur la membrane interne des cavités gauches arrêtait la contraction de cette partie du cœur. Bien plus! si le cœur avait suspendu ses battements, on pourrait y iaire renaître quelques contractions en poussant du sang noir dans ses cavités gauches par les veines pulmonaires. Ajoutons que si les cavités gauches cessaient de se contracter par l'abord du sang noir, elles devraient se trouver distendues après la mort par asphyxie , ce qui n'a pas lieu; c'est plutôt le contraire que l'on observe.

3° l<*«kerd dm «abs nelr de— lee wpgmumm me ft eairciipir Umr AcUemi de là lee phéBeoièaefl de la Mort AppareaSe. Cest U

le point fondamental de la théorie de Bichat, et, pour l'asseoir

DE l'asphyxje« 447

d'une manière solide, 0 étudie successivement Tiofluence du saD{; mûr sur les divers ap|>areib.

L'actioa des centres nerveux cesse bientôt , dit Bicbat, lorsque le sang que les artères y portent n'a pas été vivifié par la respijritioiL Si on pousse du $an||; veineux au cerveau d'un diien, à r^ide d'une seringue adaptée i Tartère carotide, ranimai éprouve des étouffèments analogues i ceux que détermine l'asphyxie; bientôt la vie animale est entièrement suspendue. Même résultat, si on pousse du sang pris dans les artères d'un animal actuellement asphyxié. C'est bien le contact du sang noir, et non le début d'impulsion communiquée au cerveau, qui cause la perte du sentiment chez un asphyxié ; car, si on met à nu le cerveau d'un animal, et si on Fasphyxie en fermant un robinet adapté à sa trachée-artère , on voit que les mouvements imprimés au cei^veau par le choc des artères continuent encore quelque temps après que la vie de relation a cessé. Le mal de tète, les vertiges, qui précèdent la perte de connaissance, dans l'asphyxie, paraissent tenir à Taction du sang non hématose sur le cerveau.

La contraction des muscles volontaires cesse, dans l'asphyxie, non-seulement parce que l'action cérébrale' et celle des neris , qui devraient agir comme conducteurs sont anéanties par le contact du sang noir, mais encore parce que ces muscles sont pénétrés du même liquide, incapable d'entretenir leur pouvoir contractile. Qu'on ii^ecte dans l'artère crurale d'un animal le sang pris dans une de ses veines, on verra bientôt, dit Bichat, les mouvements du membre sur lequel on opère s'affaiblir ou même être paralysés tout à fait

Les muscles de la vie organique pénétrés de sang noir perdent aussi, mais un peu plus tard, leur faculté contractile. C'est ainsi que le cœur lui-même, après avoir asphyxié toutes les parties du corps en leur envoyant du sang noir, finit par s'asphyxier Ini-méme en projetant dans les artères coronaires le sang noir qu'elles vont mettre en circulation dans l'épaisseur de ses parois. Cest de cette manière, suivant Bichat, et non comme Tenten* dait Goodwin , que le défaut d'hématose enraye les battements du cœur.

4i8 DE lA HËH^lRATtON.

Le contact du sang noir étant la cause matérielle de la mort des parties, il suivrait de la doctrine de Bichat qu'on pout-rait, i la rigueur, asphyxier isolément un organe en lui faisant parvenir du sang noir par ses artères, alors que la respiration s'exercerait cependant dans toute sa plénitude. On pourrait aussi obtenir un résultat inverse, c'est-à-dire foire foncttonner Isolément un organe, en lui envoyant du sang artériel alors que, la respiration étant interrompue , toutes les autres parties senûent frappées de mort apparente (1).

Enfin les centres nerveux éprouvant, des premiers, l'action neutralisanle ou délétère du sang noir, raspbyxie des autres parties du corps se complique très-promptement de la suspension de rinflux nerveux sur ces parties. (C'est d'après cette considération que Legallois attribua plus tard la cessation définitive des battements du cœur, dans Fasphyxie, au contact du sang noir avec la moelle épiniëre , d'où découlerait , comme le croyait cet auteur, le principe des contractions de l'organe central de la circulation.)

Bichat s'est demandé quel était le mode d'action du sang veineux sur les organes. Paralysait-il ces organes par cela seul qiie n'étant pas sang artériel, il était dépourvu des qualités nécessaires pour entretenir leur actiou? Ou bien elerçait-il sur eux une influence délétère? Sans résoudre complètement ce point litigieux de sa doctrine, Bicbat penchait fortement vers la deuxième interprétation.

Après avoir obtenu et conservé pendant un certain nombre d'annres l'assentiment universel, cette célèbre théorie a cependant (M soumise à révision dans ces dernières années ; quelques parties en effet devaient en être retouchées.

(I) t/nt plus que bâtarde, coomieUDt d'anus paiiietdeoeUedoctriMt Le contact du fauff artériel ne suffit pas, il fànt encore Tactloo nenroMe pour an Urand nombre d'oqianet.

MB VAênYXiE. 449

Jppréciatton des théories de l'asphy^e.

Quelque ytriées que soient dans leurs détails les théories de rasphyxie, elles peuvent cependant être rapportées à deux principales. En effet, les uns attribuent la mort à Farrèt primitif de la circulation; les autres, au début d'oxygénation du fluide nourricier.

Est-ce Tarrét primitif de la circulation? Cet arrêt tiendrait à ce que le sang ne traverse plus un poumon qui ne fonctionne pas. Les vues des partisans exclusifs de cette explication me paraissent un peu étroites. En attribuant la mort par asphyxie à Farrét de la circulation, on présente une ihéorie qui ne s'applique bien qu'aux animaux à double circulation , et chez lesquels tout le sang doit traverser le poumon avant de parvenir dans Taorte. Or cette explication est déjà peu satisfaisante pour ceux des vertébrés à sang froid dont la circulation pulmonaire n*est qu'un diverticule de la circulation générale. L'artère pulmonaire d'une grenouille n'étant qu'une branche de Taorte , la circulation générale resterait assurée dans le cas même où on porterait une ligature sur le pédicule des poumons. L'eiplication est tout à fiit en défaut quand on l'applique aux animaux inférieurs. Ainsi donc on a perdu de vue, dans cette théoaie, la généralité du phénomène de l'asphyxie considérée dans Téchelle animale.

Est-ce le défaut d'oxygénation du fluide nourricier? Sans aucun doute. Cest là l'essence de l'asphyxie dans toute la série animale, sans en eicepter les êtres à respiration branchiale, qui sont asphyxiés comme les animaux à respiration aérienne quand Toxygène fait défaut dans le liquide où ils vivent. La présence de l'oxygène dans le sang est la condition chimique sine gua non de ces mutations moléculaires incessantes qui sont si intimement liées à la vie , qu'on serait tenté de dire qu'elles la constitçent. Absence d'oxy^^ène, cessation du mouvement intime , mort; mort d'autant plus rapide, dans les différentes espéoçi

460 DE tÀ àtWMlàMliv.

animales, que le mouvement intime et incontestable dont nous parlons s'eiefce ehez elles atfeb ji^tcls Sfe ràpiSité."Veiiil , je le répète , Tessence de Tasphyxie.

Mais $ Mfessiëât^ , et j*ttppelte tottte j^ift nttMftmi m W 4ne je Ttis pÂ)fe8ief M ( la conflfftirâtkm et tel Mppbrts drt appà- Itlfls resjiifllttilre et drculatdre cbee les mamntftm adUles et les <Maeitti introduisent tme complication qni prééipite te résultat. L'embarras de la circulation intervient ici cominfe èaose de mort ; elle intervient d'one manière si eflleâté et il prompte, qu'on pourrait se demander si réellement c'est Tasphyxle , e'est-^ Si-dirë Tétat que j'ai défliii dans le paragraphe précédent , qui « causé Une riioK si rapide , on si ce n'est pas jplutôt Pâlrrèt delà circulation P

Ce que j'avance ici vous ftiit prévoir qne je vais ri^itMfaer i Bichat d'avoir exagéré la t)erméëbilité du poumon ait san^ , |)éndânt que la respiratioti est interitMiipne. En effet , MMienrs , soient un mammifère , utie chieilne , par exempté , et sttti nouveau-né , submergés immédiatement apfts la partnrition. La première aura Succombé an bout de dètti mihdtes et demie , tandis que le nouveau -né sera retiré vivarit dtt liquide api%s irne demi-heure : pourt^uoi cette diffénméé ? C'est (|Û pbUr He mouvoir cih;utait%mebl , et pottr pa^i^ dés l^vitCs'droitfes Atk cœur dans tés cavités gahches, pôui^ ptfsSël^ dfa S)rstêiilë vfeltaehx ^éfn\ àûm le système aoHiqùé, il n'y a qti'ttti cHéttlh; £ttet rMdlte, c'est le poumon; tandis que chez le nouveau-né il y h Mis h)tiles : le pottmori , si Ce nouveaii-né ttSjJiré j et , S'il ne reSjiire pas, Ib trou de Botàl et lé canal aHériel. La clrCoiatim est dbtic assurée chez ce derriiér. Si la respiration tui manqué , il iiiOlirfîi kans doute , mais il ^10u^^â une demi-heure Oh ùné htÈv^ pl^ tdrd, liar le fait de la véritable asphyxie (1); tartdis que l'adulte, n'ayant pôitit là Itssource d'un trou de Botàl et d'un cànàl aMê^ riél, aura Succombé, en deux dn trois mindtés, |>ar embairas ût

(1) On cite des exemples de suryie bien plus prolongée , ebez des totnt qui lin respiraient pas.

iiK'lLtoWnbk.' «i

lÉ feMnHHM; SI Ml ilë iNMiUitl ]Mft adlieHHfc këHe Cl|ltlcftltoii , H IMidMit rnifitUHtT ^t le Matiiioe d^bt^tHIatiM dil tang ki plus {iTocbainenîeht niiistble à Tadcilte qn^ao fabOTéatl-né. J'aime miedi ht'enteiiir ïi lt)piiiion qde le satag triTërtê ilioltià focilettlfent lé potamoii qiiand la respiration est interrompue; ôplnioil i|iii a pbrir elle , tintrë rexj[)éHenee dé Tésalfc et celle de Hdokc (p. 381 dfe ce vol.), des et|)eriencU ^\n% réceiitfeii Mtes par le D^ James Philips Kay (1). L expérience par tàqdëlic Bibliat prétend démontrer qae le sang noir passe facilement au ttàvcrs des poumons ne parait pas décisive i M. Kay. En effet , Si le sang noir jaillit pendant quelque temps , avec sa force ordinaire, d*nne artère qu'on tient d'ouvrir, pendant qiie le rôbltlët, Ms h la trachée est fermé, le jet s'afFaiblit ensuite; et si Ton doiine accès & Tair daiis le pôutfaon , le sahg redevient rouge , et son Jet augmente aassi très-visiblement : ce sotit les etpressions de Bichat. Si , après avoir lié la trachée d'un animal, on ouvre une artère de gros calibi*ei la crurale, Taorte même , lorsque ranimai est dans Tétat d'asphyiiè , l'écoulement du sang , qui réstitle de la blessure du vaisseau , s'arrête bientôt , et cependant le cœur continue de se coûtHcter avec énergie. S'il ne projette plus de sang dans l'artère , eela ne peut tenir qu'à ce qu'il a presque cbinplétèmeht cessé d'en recevoir du poumon. De ces fiaits, M. Kay c(mcltit que , dans Tasphyxie , le ventricule gauche diminue de volume & mesut^e que la quantité de sang que le poumoh laisse passer devient moins abondante, jusqu'à ce qu'enfin les parois de ce ventricule arrivent au contact , de manière â bblItCrer sa cavité. Alors la petite portion de sang noir qtie les veines pultnonait^s ramènent dans l'oreillette gauèhe s'y accumule peu il peu , bien que cette oreillette continlie de se contracter. J'ai iBh dernièrement l'occasion d'observer uta malheureux étudiant

(1) Expériences physiologiques et observations sur ia eessaiion de ia contraclilué du cœur et des muscles dans tes cas d'asphyxie, chez tes animaux à sang chaud {^ journal des progrés, t. X et XI, traduit de VmfiHati).

462 DE L4 RS8PIEAT10N.

qui sucpombait, asphyxié par une angine couenneuse avec csten*» siun des fausses membranes dans les bronches ; son cœur battait 9Yec vigueur et précipitation » et cependant le pouls n'était pas sensible & la radiale. J'ajouterai que y dans la théorie exdosive de Bicbat , le système artériel et les cavités gaaches du cœur des gens qui succombent asphyxiés devraient être aussi remplis de sang au moins que le système veineux et les cavités droites ; or cela ne s'oteerve pas.

Une petite difficulté de détail se présente ici : pourquoi le sang traverse-t-il mal le poumon quand la respiration est suspendue? Chez un homme submergé , ou pendu , ou étranglé , chez un animal dont on lie la trachée , je comprends que le repos forcé du poumon, et par conséquent Tabsence de la dilatation et de son resserrement alternatifs puissent, à la rigueur, être invoqués comme cause d'arrêt de la circulation pulmonaire; mais, chez un animal qui respire dans l'hydrogène pur ou dans un mélange d'hydrogène et d'azote, le poumon exécute régulièrement ses mouvements alternatifs, et cependant l'asphyxie survient si promptement que nous devons , dans ce cas comme dans les autres , admettre un embarras et bientôt un obstacle dans la circulation pulmonaire*. M. Kay , qui du reste n'a pas examiné la question que je propose, émet une opinion qui lèverait toutes les difficultés: c'est que le sang veineux ne traverse pas facilement les capillaires du poumon. Le sang artériel , poussé dans Tarière pulmonaire d'un animal vivant (vivant au commencement de Texpérience, mais non à la fin, j'imagine) , auquel on a préalablement lié la trachée et vidé les veines pulmonaires , traverse, dit M. Kay, le poumon avec facilité. Il n'en est pas de même du sang veineux, celui-ci ne parvient dans les veines pulmonaires qu'autant qu'il est iryecté en grande quantité et avec plus de force que dans l'expérience faite avec le sang artériel. Rattache, je Tavoue, peu de confiance à cette expérience. M. Erichsen, qui a fait de nombreuses expériences sur l'asphyxie, dit qne trois causes concourent à arrêter la circulation dans l'asphyxie : l"" la cessation des mouvements respiratoires , l^ l'afFaiblissemeat

DE L-ASPHY:nE. 453

éa cœur, 3^ robstacle opposé au sang par les veines pulmonaires et les capillaîres artériels de cet organe , qui refusent de recevoir on de laisser passer le sang veineux (I).

La restriction que j'ai apportée à la doctrine de Bichat soulève ane question capitale, relativement à l'asphyxie des animaux supérieurs. La voici: La suspension des fonctions cérébrales dam Fasphyxie d'un mammifère tient-elle, dès le début, à ce que, par suite de l'embarras de la circulation pulmonaire et du passage difficile du sang des cavités droites dans les cavités gauches an travers du poumon, le cœur envoie une quantité insuffisante de ce liquide à Tencéphale? on bien tient-elle à ce que la petite proportion que les artères carotides et vertébrales y apportent, n'ayant point été vivifiée par Foxygène , ne peut entretenir Faction du centre nerveux? Je pense que cette question est jugée en faveur de Bichat. C'est par là , par là seulement, que sa doctrine sort triomphante des critiques dont elle a pu être Fobjct. Les expériences de Bichat prouvent en effet, comme vous l'avez vu , que pendant l'asphjrxie, la vie dite de rdation est interrompue aidant que les pulsations artérielles aient cessé d'agiter la masse encéphalique. Ce sont donc les conséquences du défaut d'hématose qui ouvrent la scène, même chez les animaux supérieurs ; mais l'événement est précipité chez eux par l'embarras de la circulation pulmonaire.

Je ne puis passer sous silence une objection, accablante en apparence, faite par M. Magendie, au point de doctrine que j'essaie de réhabiliter. Vous avez été frappés, sans aucun doute de voir l'intelligence conservée et les mouvements réguliers , jusque dans les derniers moments, chez les cholériques cyanoses alors qu'un sang noir et visqueux circulait à peine dans les principales divisions de Faorte. M. Magendie, en présence de ce fiiits, n'a pas hésité à affirmer que le contact du sang artériel n'é-

(1) Recherches expérimentales sur la pathologie et le traitement de Vasphxxie (dans The Edinburgh médical and surgical Journal, y ol LXIU, p. 1 , et Gaz. méd., 1845, p. 655).

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