‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 40 sur 66 · DÉCOUVERTE DE LA CIRCULATION. M · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE LA CIRCULATION. M

Permettez-moi , Messieurs , de vous, exposer en peu de mots , mais fidèlement, si je ne m'abuse, la doctrine qui régnait avant Harvey. Je parle de la doctrine généralement accréditée, et, pour le moment, je fais abstraction de Galien , de Servet, de Co* lombOy et de Césalpin. Je pense que, dans ce tableau de la découverte de la circulation, Harvey doit être mis sur le premier plan; je dirai ensuite ce qu'on avait fait avant lui dans le sens de cette découverte.

Voici donc la doctrine qui régnait avant Harvey et de son temps.

L'antiquité, dit-on, ne connut qu'une seule espèce de vaisseaux ; on lui donnait le nom de veines (i).

(I) Je iroure dans une savante publication de M. Daremberg une note qui rectifie à cet égard l*opinion commune. M. Daremberg s'exprime ainsi, à propos d'un passaf^ du commentaire de Galien sur le Timée de Platon : «Il résulte de ce passage que Platon n*ayait pas distingué les artères des veines, qu'il croyait tous les vaisseaux du corps de même nature et contenant la méiiie substance. C'est ce que Galien laisse entrevoir dans son commentaire et qu'il énonce plus explicitement dans deux autres écrits {de Pœt. format,, cap. 3, I. IV, p. 671 ; — de Dogm. Hipp. et Plat., vi, cap. 8, t. V, p. 173 et sqq.}. Dans le commentaire, il se fonde sur l'Idf^e émise par Platon, que tel vaisseaux placés le long de la colonne vertébrale ont été faits doubles pour répondre à la division du corps en deux parties. Dans les autres ouvfaget^ surtout dans le second, il invoque à l'appui de son opinion le passage suiraiit (p. 70, B.) : Le cœur, nœud des vaisseaux et source du sang qui se ré» pand impétueusement dans tous les membres , fui donc placé par les dieux dans la demeure des satellites de la raison, — Quant au mot ffij,^ appliqué indistinctement aux deux espèces de vaisseaux , comme le fait Platon, cela ne prouverait pas du tout que derrière cette dénomination commune fl n'existait aucune distinction réelle. Galien lui-même nous répète en plusieurs endroits que les anciens appelaient vo'ontiers les artères veines, tout en reconnaissant très-bien leurs diff(^rences. Pour faire comprendre cette confusion de langage , j'ai besoin d'entrer dans quelques explications :

4>Xt(|^ signifiait primitivement et proprement canal; ainsi les uretères sont appelés çX^Ct; dans un livre de la collection bippocratique {de ta Nature des os, édit. de Bâie, p. 59, 1. xv). Il n'est donc point étonnant que ce mot ail été, à l'origine de Tanatomie, employé pour désigner à la fois les artères et les veines. Mais, en même temps que (fl,i^, les médecins anciens avaient le

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Puis Érasistrate dislingue les artères des veines , mais sans aucun profit pour la théorie de la circulation, et voici pourquoi :

Vous savez qu'en général , à l'ouverture des cadavres , on trouve les veines pleines de sang et les artères vides ou à peu près vides (je vous expliquerai dans un autre temps cette particularité). Or Érasistrate, qui avait reconnu cela, en avait conclu que , sur le vivant, le sang n'était que dans les veines , tandis que les artères contenaient quelque chose de plus subtil, quelque chose d'aérien (le mot artère l'indique), quelque chose qu'on nomma les esprits , et plus tard les esprits vitaux. Cette opinion avait encore faveur du temps de Harvey, nonobstant la rectification que nous verrons établie par Galien. Ainsi, Messieurs, on nommait veines les vaisseaux qui contenaient du sang.

Gela avait amené une singulière nomenclature pour les vaisseaux du poumon. Dans aucun des livres écrits avant Harvcy, et dans aucun des ouvrages de cet homme illustre, vous ne trouverez les expressions à' artère pulmonaire et de veines pulmonaires; mais, à la place de cela, les mots veine artérieuse et artère veineuse. Vous ne serez pas fâchés de connaître l'origine de ces dénominations. Comme le vaisseau qui sort du ventricule droit (notre artère pulmonaire)fait partie du système des cavités droites ou veineuses, comme on le trouvait rempli de sang, on lui donna le nom de veine; mais, comme ses parois

mot à^TTipia t appliqué dans le principe , aio>i qu*àopTin , à la tracbée-arlère et aux bronches, et étendu ensuite aux artères. Méoie avant Hippocrate, on avait distingué les artères des veines (voy. Hippocrate, édit. de M. Uttré, 1. 1^*", p. 201 et suiv.); cependant on rencontre incessamment ^Xsêt; pour désigner & la fois les deux ordres de vaisseaux, ou seulement l'une et l'autre espèce , mais jamais le nom d apTYipta u'e&t donné aux vaisseaux sanguins ( veinet ) ; il est toujours restreint sbit aux vaisseaux qu'on croyait contenir de l'air {artères) , soit aux canaux pulmonaires , dont les artères paraissaient la continuation. Ce n'est que plus tard, lorsque les différences aiialomiques et physiologiques des artères et des veines furent bien constatées, que ces deux expressions reçurent une signification plus spéciale.» {FragmeiUs du confunentaire de Galien sur le Jîmée de Platon, publiés pour la première fois en grec et eu fonçais, etc., p. 43 — Paris, 1818; jMur M. Darcmberg.)

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ont évidemment la texture des parois artérielles, on nomma cette prétendue veine veine artérleuse. D'une autre part, les veines qui reviennent du poumon, aboutissant aux cavités gauches du cœur et communiquant par elles avec ce système de vaisseaux que Ton trouvait vides sur les cadavres et que Ton disait af» fectés au transport des esprits , on nomma ces veines artères; mais, voyant que leurs parois ressemblaient à celles des veines, on désigna cette prétendue artère sous le nom tarière vei^ neuse.

Vous voyez que je viens de vous donner tout à la fois une explication et un moyen mnémonique infaillible pour vous reconnaître lorsque vous lirez des auteurs antérieurs à Harvey ou de son époque.

Je suppose que vous êtes quelque peu intrigués de savoir comment on concevait, je ne dirai pas la circulation, mais le mouvement du sang dans ce Système vasculaire; le voici. On n'avait pas la moindre idée d'un cours régulier, d'un circulas. On croyait à une sorte de balancement , d'oscillation , de flux et de reflux du sang, balancement que Ton avait comparé au flux et au reflux de TEuripe , ce sujet des méditations des philosophes grecs. Cette comparaison était devenue classique.

Voyons maintenant le rôle qu'on Faisait jouer à l'artère pulmonaire , aux artères du corps , aux veines pulmonaires , et aa cœur lui-même.

1® Uartère pulmonaire, c'est-à-dire la veine ariérieuse des anciens avait pour usage de porter le sang au poumon pour le nourrir.

2® Les artères générales du corps , c'est-à-dire les divlsioas de l'aorte, servaient au transport des esprits vitaux à toutes les parties. Mais ce n'est pas tout ; on savait que les artères sedilataienl et se resserraient alternativement, qu'elles opéraient la diastole et la systole. Eh bien ! pendant la diastole , les artères , disait on , aspiraient Tair à toute la périphérie du corps ; puis , pendant la systole , elles expulsaient un résidu qu'on nommait fuliginosités. Une autre erreur doit vous Frapper, comme conséquence de ce qui précède, c'est que l'on domuiit

aux artères la Faculté de se dilater activement, comme un soufflet pour aspirer Tair (1).

D'après ces idées, on assimilait Tappareil artériel et le cœur gauche aux poumons : c'étaient des espèces de réservoirs atiinnt Fair par diastole, et expulsant par systole des fuliginosites.

On disait encore , chose véritablement absurde, que le cœur et les artères se dilataient en même temps, et se resserraient en même temps.

3^ Voyons ce qu'on faisait des veines pulmonaires (artère veineuse). C'est ici que se révèle toute Tincohérence de ces anciennes doctrines, si longtemps respectées, qu'on n'osait plus y toucher.

Par les veines pulmonaires, le cœur attire de l'air pour faire des esprits vitaux.

Par ces mêmes veines, le cœur renvoie dans les poumons les fuliginosités dont il se débarrasse.

Par ces mêmes veines encore , le cœur envoie un peu d'esprit vital aux poumons.

4^ Pour terminer ce tableau des doctrines reçues touchant la circulation , il me reste à vous dire le singulier rôle que Ton faisait jouer au cœur, dont on ignorait du reste le mécanisme et même la texture musculaire. Les cavités droites servaient au mouvement du sang, tandis que les cavités gauches étaient en quelque sorte Xofficine où étaient fabriqués les esprits vitaux.

Or, pour fabriquer ces esprits vitaux , IVir ne suffisait pas; il fallait un peu de sanjj;. Eh bien ! ce sang on le faisait passer des cavités droites dans les cavités gauches, an ira^ers des porosités de la cloison du cœur. Sachez bien que met-tre en

(1) Telle n*avait pourtant paA été sur ce «ujet la docU'ine professée par Ërasisirale. Cet anatoiniste ne s*é!oi0naU pat beaucoup de« idées que Haney devait faire prévaloir plus tard sur les propriétés dès artères. Celles-ci , dit Érasistrate, se dilalent non pour que le poeuma y afflue, mais parce qu*il y afRue, poussé par le cœur pendant sa systole, de même qu'une outre se remplit et se dilate quand on y Terse nn liquide. {Jrwléxurlepotth.mvï^é'h Rufns, dlipbèsf..., traduction etnotcapar M.Darfmberf|f,'p. 11.)

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