‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 44 sur 66 · ES MOVVCMEBITS DU COEUR. OM · texte numérisé non relu

ES MOVVCMEBITS DU COEUR. OM

QUATRE-VINfiT'SiXIÈllE LKÇON.

( Suite. )

19 MOUVBMBMVS DU OOBUR , OOUmi DV SAMO DA«R LMM QAVnàm DU OOBUD , VmOraiBTiHI DU OOBUR.

Messieurs ,

Il semble presque indiffi^rent de commencer l'examen du cours du sang plutôt dans Tun des points que dans un autre de la carrière circulaire que ce liquide parcourt; cependant il nous parait plus convenable d*é(udicr en premier lieu, au point de vue p/r^'siologique, l'organe central de la circulation. Je dois supposer que sa conformation et les principaux détails de sa structure sont connus du lecteur. Avant de tracer Titinéraire du sang dans le cœur, il faut faîre^ connaître ses mouvements et 400 mécanisme.

Sous le nom de mouvements du cœur, on comprend des phénomènes assez complexes, résultant, les uns de la contraction de ses fibres, les autres de leur relâchement, les autres de Teffort du sang contre ses parois. 11 y a des mouvements encpre, qui sont étrangers à l'action du cœur ou du sang , et qui résultent de la simple influence de la pesanteur ou du jeu des organes voisins. Le cœur se déplace en différents sens, suivant que l'on se couche sur le côté droit ou sur le côté gauche, sur le dos ou sur le ventre, suivant qu'on affecte la position verticale ou le décubitus horizontal. Il descend un peu avec le centre phrénique pendant l'inspiration, et remonte pendant l'expiration. L'inspiration et l'expiration causent aussi des mouvements de totalité du cœur chez les mammifères dont on a ouvert la poitrine. La <;host a été constatée plusieurs fois

602 0E L4 CIECUIATION.

par Haller : «Sur ces trois chiens , dit-il, et sur bien d'autres encore, je vis que le cœur sort de la poitrine et se porte avec violence en devant, dans Texpiration, et qu'il est repompé et retiré en arrière et en bas, quand l'animal inspire i> (1). Nous ne nous occuperons que des mouvements qui se rapportent à la circulation.

Ceux-ci sont de plusieurs sortes. Il y a un mouvement de resserrement du cœur avec diminution ou effacement de ses cavités , on le nomme systole; il y a un mouvement ou ét^t de relâchement avec distension , dilatation des cavités par le sang, c'est la diastole. De plus, le cœur se raccourcit et s'allonge alternativement ; sa pointe se redresse un peu en avant, et se rétablit en arrière. La masse ventriculaire exécute un léger mouvement 5/?/roïde , elle se tord et se détord. Enfin le cœur tout entier, ou plutôt la portion qui est libre dans le péricarde, exécute une véritable locomotion (au moins en est-il ainsi quand la poitrine est ouverte); elle va frapper de sa pointe la paroi thoracique,eteUe semble se retirer ensuite. C'est là pour le vulgaire le battement du cœur, c'est le choc du cœur, ictus. Pendant que la pointe se balance ainsi , la base du cœur se meut un peu à contre-sens. Enfin il s'accomplit, dans l'intérieur du cœur, à ses anneaux valvulaires , à ses colonnes charnues , des mouveoieuts auxquels nous n'assistons guère que par les yeux de l'esprit , et qui ne sont pas moins certains et moins bien étudiés (l'anatomie nous prêtant son flambeau) que ceux qui tombent directement sous nos sens. Ce merveilleux appareil ne fonctionne point en silence ; roreille appliquée sur la poitrine peut recueillir les bruits qu'il engendre, et c'est un point délicat pour le physiologiste que de déterminer les coïncidences entre ces bruits et les différents états du cœur.

Si la science était faite, il serait utile , il serait satisfaisant de grouper tous ces mouvements et ces bruits autour de la sys'tôle et de la diastole; mais ce serait trancher, sans les avoir discutées , des questions qui aujourd'hui sont plus embrouU-

(1) Mim, sur Im mt. semlbh $i UritabU^ etc., 1 1, f. 460.

DE LA SYftTOLB ET BE LA DIASTOLE. OOft

lées que jamais; Je m^efforcerai , en traitant ces différents points séparément , de foire la part de ce qui est véritablement acquis à la science.

De la mjmiQl9 et de la diaiiSole , de« veiiSrlciale«

et de« oreilleSte««

Le mot systole^ employé seul, désigne plus particulièrement la contraction des ventricules. Quelques personnes, sous le nom de systole du cœur, entendent la contraction successive et rapide des oreillettes et des ventricules.

Pendant la systole des ventricules, le cœur se durcit ; des rid^ se dessinent à sa surface, l^es fibres charnues sont le siège d*une espèce de tremblement , exprimé par Haller dans les termes suivants : Eœ rugœ cum tremore et palpitationealiqua conjun* guntur. Le sommet des ventricules se rapproche de la base, et la base du sommet ; il suit de là que le cœur se raccourcit (voy. plus loin). Le diamètre transversal du cœur se rétrécit aussi, notamment à la base; ainsi sa cavité est partout réduite. Si on ouvre le cœur avant que ses contractions aient cessé , on voit la cloison des ventricules et les trois espèces de colonnes charnues se raccourcir en même temps que les cavités ventricn* laires. Le jeu de ces colonnes charnues et des anneaux valvulaires sera plus particulièrement étudié plus tard. La face antérieure du cœur devient un peu moins convexe. Si on touché le cœur au moment de la systole, le doigt est fortement repoussé par les parois indurées des ventricules, et si Ton saisit le cœur entre deux doigts, ceux-ci sont brusquement écartés , bien qu*en somme , la systole réduise le volume du^cœur.

Tous ces phénomènes sont le résultat de la contraction des fibres charnues des ventricules. Nous avons vu Harvey proclamer la nature musculaire du cœur {s^yti Découverte de la circulation). Il faut savoir gré à Stenon, qui a écrit sur ce siyet en 1664 (1), à Lower (2), qui a publié son travail en 1669 , et à

(1) De Musculis et glandulU,

(2) lYwMus decorde ; Uud., tee».

Borelli (I), des efforts qu'ils ont Faits pour découvrir la marche des fibres du cœur. Ils avaient déjà vu que les fibres superficielles, nées des orifices, se courbent pour devenir profondes après leur trajet superficiel. Borelli, bien qu'il n'ait traité cette matière qu'en 1680, avait Fait ses recherches à une époque antérieure, comme Undique le passage suivant: Hanc mirabilem structurant milii videre contiglt Plsis adsian/e clarissimo Malpighio, WolFF(2) a décrit e| figuré les six plans superposés qu'il admet dans le ventricule gauche , et les trois couches qu'il reconnaît dans le droit. M. Gerdy (3), qui a repris ce sujet, a signalé une loi qui avait échappée à WolFF, et qui est d'un grand intérêt pour Tétude physiologique du mécanisme du cœur. C'est que toutes les fibres des ventricules , quelles que soient leur longueur, leur direction, représentent des anses attachées par leurs extrémités aux anneaux fibreux des orifices du cœur, et ayant leur convexité dirigée vers la pointe, dont elles n'approchent pas toutes également. M. Parchappe (4) a donné, plus récemment, une description soignée et d'excellentes figures de la structure du cœur. Quelques élèves de notre École ont pris pour sujet de dissertation inaugurale ce point d'anatomie. M. Cboriol (ô), parmi eux, a décrit le cœur comme un seul muscle, naissant profondément par deux têtes appartenant chacune à un ventricule, et revenant par un corps unique qui Forme la partie superficielle commune aux deux ventricules (fibres unissantes). M. Verneuil, prosecteur de notre Faculté, a présenté de bonnes considérations sur quelques points de la structure musculaire dtt cœur (6).

Entrer dans les détails dcscriptiFâ des fibres du ccHir, ce serait écrire ou copier une grasse monographie. Le résumé suivant que

(1) De Molu animafium, part, u , in-4^ ; Lugd. Bar., 1680.

(2) Jcl. Acad. Petropolitanœ, 1780et 178!, et Nova acta, 1. 1 el t. Ylll.

(3) Journ, complém. du Dict, des .sciences méd,, l. X, p. 97.

(4) Du cœur, de sa structure et de ses mouvements, etc. ; Pari», 1848.

(5) Considérations sur la structure, les mouvements el les bruits tlu c«iirj841,n«82.

(6) ttecherchet sur la locomotion du eaur; tMte 185), n^ 3$. ^

DE LA &VSTOLe BT DE L4 DIASTOLE. 806

je trouve dans l'ouvrage de M. Parchappe, fera concevoir aux personoes intelligentes comment la contraction de ces fibres pourra rétrécir les ventricules dans tous les sens , diminuer par conséquent la longueur, la largeur du cœur, serrer ses orifices et les anneaux valvulaires qui s'y trouvent. Nous aurons Focca* sion d'invoquer plus loin quelques autres détails de cette structure. Pour bien comprendre ce résumé , il faut se rappeler que les anses musculaires naissent aux orifices, et qu'elles y reviennent, soit directement, soit par Tintermédiaire des colonnes charnues et des tendons intérieurs ; que ces anses ont par conséquent des chef^ descendants qui deviennent ensuite ascendants; que les anses qui sont externes à Torigine reviennent souvent en dedans du cœur*, que certaines anses sont communes aux deux ventricules, et que d'autres sont particulières à chacun d'eux ; et qu'enfin il y a des anses qui entourent les orifices en manière de sphincter. Voici ce résumé.

A. Éléments de structure musculaire communs aux deux ventricules. — 1** Anses communes à chefs descendants, qui convergent vers le foramen de la pointe du ventricule gauche, en passant par les parois externes du ventricule droit , et par la cloison interventriculaire, derrière le ventricule droit ; à chefs ascendants, qui remontent par le foramen dans la paroi interne du ventricule gauche {anses communes rayonnantes).

T Anses communes, dont les chefs descendants appartiennent au ventricule gauche, paroi postérieure, et dont les chefs ascendants remontent sur le ventricule droit , et pénètrent au dedans de sa cavité, pour se continuer avec les faisceaux internes {anses communes simplement réfléchies).

3® Communication de continuité entre les faisseaux de la surface interne du ventricule droit et les chefs descendants des anses communes rayonnantes {anses communicantes).

4^ Anses du sphincter de Tanneau pulmonaire {anses aor^ tico'pulmonaires).

B. Éléments propres au ventricule droit. — 1** Anses et festons de l'angle droit et de l'angle pulmonaire, formant le sphincter de Torifice auriculo-ventricutaire droit.

806 BE LA CIMCULATION*

2^ Anses et festons de Tappendice pulmonaire.

30 Anses annulaires à chef descendant extérieur, i chef asoeft* dant rentrant et intérieur.

4^ Anses de la surface interne en arcades et en amieaux allongés.

C. Éléments propres au ventricule gauc/ie. — 1"* Anses deux fois réfléchies à chefis descendants et ascendants , non entrecroisés sur la face antérieure.

2* Anses eu 8 de chiffre , deux ou trois fois réfléchies, à chef ascendant , triplement oblique on contourné en pas de vis.

3^ Anses en festons de Tangle droit , formant le sphincter de Toriflce aorlique.

4*" Anses de la surface interne.

Toutes ces parties entrent en contraction ensemble pendant la systole , et resserrent dans tous les sens les deux ventricules* Quelquefois, chez les animaux épuisés , la contraction n'envahit pès d^mbiée toute la masse musculaire. Les phénomènes de systole ont plus d'énergie dans le ventricule gauche que dans le droit.

Les fibres du cœur ressemblent à celles des muscles de la vie animale; elles appartiennent à la classe des fibres striées. Mais , diaprés les remarques de Schaffner (i) , elles sont plus minces que celles des muscles de la vie animale. Celles des oreillettes sont plus minces que celles des ventricules. Chez les amphibiens et les poissons , les fibres des oreillettes sont de la classe des fibres lisses. Enfin, chez les mollusques, il n'y a que des fibres lisses aux ventricules comme aux oreillettes. Le tissu du cœur est plus dur, plus serré que celui des autres muscles; sa saveur est différente aussi ; il contient très-peu de tissu cellulaire.

La systole des oreillettes a été parfaitement décrite par Hal- 1er, et d'après le résultat de ses propres expériences; quelques particularités ont toutefois été ajoutées à ses descriptions. Cette cavité se resserre dans tous les sens. D'une part, l'appendice se

(i)Giii. méd.,iSSt,p. 877.

mr-»

DE LA SYSTOLE ET M L\ DLiSTOLE. 607

ràecourcit et se ferme, il est tiré vers la base des ventricules; d'ane autre part , les parties inférieures de Toreillette sont attirées en haut, et entraînent même avec elles la base du ventricule (au moins, la chose se passe-t-elle ainsi sur le cœur de la grenouille). Les arcs musculaires ou anses incomplètes, qui s'étendent entre les orifices des veines dans les oreillettes, et les orifices de Toreillette dans les ventricules, se contractent, et rapprochent les uns des autres ces divers orifices ; en même temps, la courbe de ces anses s'efface, et les parois se rapprochent de Taxe de la cavité. On peut au reste démontrer, dans ce tissu complexe des oreillettes , des anses qui répondent à tous les modes de rétrécissement de ces réceptacles. 11 y en a de verticales , de transversales et d'obliques ; il y en a qui s'étendent d'une oreillette à l'autre, les serrent toutes deux Tune contre Tautre. Certaines anses prolongées dans les appendices les attirent vers le centre des oreillettes. 11 eu est enfin qui , placées entre les orifices veineux, les resserrent, pendant que la cavité des oreillettes est diminuée en tout sens , et que leurs bords crénelés sont rentrés en dedans. Haller dit avoir observé dans loreillette gauche contractée des vibrations qui manquaient dans l'oreillette droite : Cum rapidissimis quibusdam tremo^ ribus conjungi soient, quos in dextra aaricula non pe* rinde observamus (1).

Il serait très-important, pour la discussion des questions qui se présenteront plus loin, de déterminer quel est le degré d'énergie de la contraction des oreillettes. Si nous en croyons quelques modernes, Haller et ses contemporains auraient exagéré la puissance contractile des oreillettes. MM. Barry (2) , Brodie (3), Hope (4) , Marc d'Ëspine (6) , affirment que les mouvements alternatifs de resserrement et de dilatation , appréciables dans

(1) Elementa physiologiœ, t. 1, p. 3d5.

(2) Tbëtes de Paris, 1817, ii« 117.

(3) Hope, A trealise on the diseases of the hearU 3* ^dlt., p. 2ii LoDd. , 1839.

(4) Ibid. , p. 36, 37, 4a

(9) Jrch. gén. de méd., l XXYII , p. 145*

eaS B£ LA CIECULATIOK.

les appenrltces , sont très-obscors dans le corps même des orett* lettes ; d'où il suivrait que ces cavités pourraient n'être considérées que comme des réservoirs propres à fournir do sang am ventricules , au moment où ceux-ci vont le lancer dans les artères. Il est probable que ces observations ont été faites sur des animaux très-affiiiblis. Plusieurs expérimentateurs ont vu, et j*ai constaté moi-même, qu'en général les oreillettes poussaient le sang avec une grande énergie dans les ventricules.

De la diastole. — Le mot systole n'a qu'une acception , le mot diastole en a plusieurs; cela peut signifier : 1** le simple état de relâchement qui succède à la contraction des parois du cœur; 3^ cet état de relâchement avec dilatation des cavités parle sang qui y a été projeté ; 3*" une dilatation active qui aspire le sang, et qui , dans tous les cas, pourrait s'opérer encore dans le cas où il n'arriverait plus de sang an cœur. Je dirai plus loin les moti^ que j'ai de rejeter la troisième définition. La seconde exprime l'état normal des parties pendant la diastole. La première enfin indique les conditions fondamentales de la diastole. C'est l'état d'une partie du cœur (ventricules ou CNreillettes), qui a cessé d'être en contraction. 11 suit de ces considérations que la systole restera avec ses caractères, qu'il y ait on non du sang en circulation ; par exemple , dans un cœur qui bat sur une table. Tandis que la diastole, dans ce dernier cas, consistera tout simplement dans le relâchement qui suit la contraction , sans aucune dilatation apparente; seulement les parties reprendront, par leur élasticité, l'état d'où la contraction les avait tirés.

Les phénomènes de la diastde sont inverses de ceux de la systole. Les ventricules se distendent; ils semblent remonter sur les oreillettes, dont le diamètre vertical diminue à ce moment. La pointe du cœur revient en arrière, le cœur s'allonge, son tissu perd sa dureté , et ne conserve de tension que celle qu'il reçoit du sang qui le distend. Poussé par l'oreillette, il peut encore, 80US cette influence , écarter les doigts qui le pressent ; mais, chez les animaux languissants , il se laisse comprimer entre les doigts. Les rides de sa surface s'cvanouisseut, il décrit un mou-

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