DE L\ SYSTOLE ET DE LA DIASTOLE. OW
vement spirelde en sens inverse de celui qu'il a accompli pendant la systole.
La diastole remet les oreillettes dans l'état où nous voyons le ^Qs souvent ces parties sur le cadavre. Je vais foire connaître, dans Tarticle suivant , le mécanisme de la diastole.
Le cœur est-il actif 9 à la fois , pendant la systole et la
diastole.
J'ai d^à laissé voir que je considérais la systole seule comme étant Y état violent du cœur , suivant Texpression de Haller.
Si Ton en excepte un petit nombre d'écrivains peu recommandables, Gavet (I) et Drake (2) par exemple, aucun phy« siologiste moderne n'a pensé que le cœur fût passif dans la systole, et actif seulement pendant sa dilatation.
Mais l'opinion , que le cœur, alternativement resserré et dilaté, est actif dans l'un et l'autre mouvement, et meut le sang; à la manière d'une pompe à la fois foulante et aspirante, a en l'appui d'hommes recommandables et compte encore quelques défenseurs. Plusieurs ont parlé de fibres dilatantes, dont l'action serait surmontée, à grand'peine, par les fibres contringentes du cœur. On a allégué que cet organe iiaisait effort contre la main qui le presse, et se dilatait en dépit des obstacles qu'on loi oppo<:ait. La réfutation si péremptoire que Hallér a ftiitede cette doctrine n'a point empêché certains auteurs modernes d^ revenir. M. Brachet, de Lyon , entre autres (3) , a essayé d'expliquer la diastole par l'action de certaines fibres qui, rayonnant de rintérieur de la cavité vers la périphérie , prendraient leur point fixe à l'intérieur. Presque chaque année, nous voyons de jeunes docteurs soutenir dans leur dissertation inaugurale l'activité de la diastole. M. Filbos (4) attribue la diastole aux
(1) Novafebrisidea,^. 143; Genev., 1700.
(2) Jnthropographia nova, lib. 11 , cap. 7 ; Lond. , 1707.
(3) Di«aerUtion ioaugarale, 1813, n<» 18, p. 18.
(4) InducUons pratiques et phy$ioL, etc. ; Uiète 1833, n« 132, p. P.
610 DE LA ClECULATIOll.
fibres internes des ventricules, contournées en sens inverse dei externes , dont elles ne seraient pas la continuaUon. M. C3n* riol (1), au contraire, feit détordre le cœur par la partie aoperflcieile ou le corps de son muscle biceps. Cette partie snperfleidle^^ enroulée en sens inverse des deui tètes ou partie profonde, pf«h drait part à la fin de la systole , et opérerait la diastole , en coor tinuant de se contracter , etc. etc.
Pour moi je regardela diastole comme un état purement passif. Si le cœur fait effort pendant la diastole contre la main qui le presse, cet effort est dû à la distension de& ventricules par rondée de sang poussée par les oreillettes. Ce résultat n'a plus lien lorsqu'on touche un cœur extrait de la poitrine d'un animal vivant. La répulsion qu'on éprouve alors a lieu au moment delà systole, et non au moment de la diastole. Yaust (S) a constaté que dans le moment où le cœur fait effort pour repousser la main qui le presse, il serre un doigt introduit dans la cavité d'un des ventricales. Dans une expérience d'QEsterreicher (3), le cœur d'un jeune chien soulevait de terre ua pmds de six livres et demie ; ce phénomène se produisait au moment de la systole. Une autre expérience du même auteur est très-concluante. Après avoir excisé le cœur d'une grenouille , il pose sur cet organe un corps assez pesant pour Taplatir, et qui ne soit pas assez voluoiineux pour le cacher : or ce corps n'est soulevé que pendant la systole , le eœor reste plat pendant la diastole. Voici donc le véritable mécanisme de la diastole. D'abord il suffit que., pendant la systole , le tissu des ventricules ait été violenté pour que , la contraction cessant , le cœur revienne à Tétat d'où cette contraction l'avait tiré. Mais une autre cause intervient pour opérer la dilatation. Imaginez un tube élastique distendu par un liquide , pressez un des points du tube de manière à mettre les parois en contact ; cessez ensuite d'exercer la compression, le re*
(1) Considérations sur la structure, les mouvements et Us bruits du cœur; ihèse 1841, d* 82, p. 14.
(2) Hech. sur ta structure et les mouvements ducesur; Liése, iS21.
(3) Fersuch einer ûarsiellung der Lekre vom Kretslaufs, S. SI.
M L'ALLONGEHCNT BT DU RAGCOUEGISSEHENT DU COEUR. SH
tMr brusque do liquide , dans le point dont ta cavité avait été «RJMée , en délermiaera de suite la dilatation. C'est évidemment «M que a'opère la diastole de Toreillette. Les ventricules peu- %Mt aussi rraunencer à s'emplir par ce mécanisme lorsque leur Hdàcbement survient on peu avant que la systole de Toreillette M commence. CTest cette systole qui est la véritable cause de la dilatation des ventricules préalablement relâchés.
il y a, comme on le voit , pour la dilatation des ventricules , «a élément qui manque pour la diastole des oreillettes. La réplétion de celle-d provient de la réaction élastique des vaisseaux qui s'y abouchent et qui y poussent le sang, dis qu*elle a cessé d'être contractée. Mais il y a de plus , pour opérer la diaslole ventriculaire , la contractioo plus ou moins énergique des oreillettes. Je ne sache pas que cette distinction ait d^à été faite.
' A ces agents de la diastole, il en faut qouter, pour les mamméfèra, un autre que j'ai depuis longtemps signalé: c'est XélasUr oUé du poumon , puissance permanente qui tend sans cesse à produire la diduction des deux lames du médiastin , et par conséquent Tampliation d^ cœur et de son enveloppe (voyez Élatti* dtëdu poumon, dans ce volume). Cest à ce point de vue qu'on peut reconnaître au cœur une action aspirairice; mais elle n'est pas un résultat de la contracUon musculaire , elle n'ejtt pas non plus un élément nécessaire de la diastole. L'influence de la
respiration sur l'abord du sang au cœur sera examinée ailleurs.
De l'allongement et du raccouroissement du ooeur.
Le diamètre longitudiual des ventricules augmente pendant que celui des oreillettes diminue, après quoi les ventricules per* dent de leur hauteur pendant que les oreillettes s'allongent. Ces deux phénomènes ne se font pas compensation; le cœur se raccourcit pendant la systole des ventricules, il s'allonge pendant leur diastole.
Le raccourcissement du cœur pendant lu systole a été nié^ parce qu'il paraissait difficile de le concilier avec la projection du cœur en avant , au même moment. Des hommes célèbres ont
611 BK Lk ClftCUIATlON.
professé que le oœur s'aDongeait pendant la systole, on qoé di moins il ne se raccoorcissaU pas. On invoquait Faction de flbrci transversales, qui auraient exprimé, dans le sens de la loogneofi le tissu du oœur. Le grand nom de Vésale (1) a eontribné à accré* diter cette opinion, qui fut partagée depuis par Riolan (3), Borelu (3), Winslow (4), et qui trouva une sorte de oonfirmatk» dans les expériences nombreuses et les écrits de Queye, de Moal» pellier (6).
Cependant Tanatomie et les expériences s'accordent pour démontrer le raccourcissement du cœur pendant la systole (M toot an moins des ventricules, car c'est sur ce point que reftot de la discussion a porté). VanOtamie» dis^je; car, les flbrea du oœar étant disposées en anses dont le point flie est aux orifleea des ventricules , la contraction de ces fibres a pour résultat nécessaire le raccourcissement de ces anses , et par eooséqoent le raeeourcissement du cœur. Les expériences, car elles ont généralement montré le raccourcissement des ventricules à eenx qni ont observé sans prévention. Haller dit (6) : « La poitrine d*un chat étant ouverte , je vis le sommet du cgeur s'approcher de sa base , et je fus surpris des doutes qui avaient pu s'élever sur un point qui me parut si clair ; » il dit ailleurs (7) qu'ayant, à l'exemple de Queye , approché la pointe d'un scalpel du sommet dn cœur d'une grenouille vivante , il a constaté que le cœur s'éloignait de l'instrument pendant la systole , tandis qu'il venait se blesser pendant la diastole. Déjà aussi, de son temps, on avait fait , dans un cas d'éctopie du cœur, des observations qu^on a pu vérifier de nos jours. Denique in puero, cui cor extra pectus propendebat, cor in diastole longius, et in systole brevius
'{\) i>e Corporis humanifabrica, p. 732, 744.
(2) Jnthropographia^p. 211.
(3) De Motu animaliiun, 1. ii, proposit. 60.
(4) mst de l'Académie des sciences de Paru, 1725, 1731.
(6) DLf\ de sxncope et causis eam producentibus ; MoDtpeUier, 1735. (6) Mémoire sur tes parties sensibles et irritables, 1. 1 , p. 342. (7} Etem, pliys,, t. I , p. 392.
DU MomnBBinr amoiDB du cobub. 613
fiftium est, perinde ut in besliis videmus{l). Dtns ses nombrenses vivisections, Haller n'avait trouvé qu'une seule exception , le cœur de l'anguille la lui avait offerte. Mais Fontana , qui avait fait construire une petite machine pour mesurer le cœur pendant sa contraction, Fontana, dont les expériences confirment généralement celles de Haller, n'a pas même admis tette exception (2). Enfin le chirurgien Basssuel(3) produisit, footre la croyance que le cœur s'allonge pendant la systole , Vn argument qui parut triomphant et sans réplique, à savoir, 4|iie les colonnes charnues qui envoient leurs tendons sur les valvules aurtculo-ventriculaires, se trouvant tendues par le lUt de cet allongement des ventricules, ne permettraient pas à ces valvules le redressement qui est nécessaire pour qu'elles empêchent la rétrogradation du sang dans les oreillettes. De nos jours, certains expérimentateurs ont cru voir que Tampliation de Foreillette compensait le raccourcissement du ventricule. Telle est , par exemple , l'opinion de M. Fossion (4), qui n'admet pas de changement dans la longueur du cœur. >
Da mouvement spiroïde du cœur.
J'ai montré qu'il avait été vu par Harvey (voyez Historiqué)\ le cœur tourne de gauche à droite pendant la systole, il tourne en sens inverse pendant la diastole. Haller , après avoir dit que la pointe du cœur se recourbe en avant, ajoute : et dex^ trorsum ad basin se repUcat. Ge n'est pas très-explicite. Ce mouvement a été nié par Senac(6); un grand nombre d'auteurs ont oublié de le mentionner. Il suffit cependant de jeter un coup d'œil sur les fibres spiroldes qui se dessinent à la surface des ventricules des cœurs que les bouchers suspendent à leur étal ,
(1) Sitmenia physiolosiœ, 1 1 , p. 302.
(2) Mém, sur les parties irritables et sensibles, p. 309, 370 et 171 .
(3) Mtsi. de l'Académie des sciences de Paris, 1731.
(4) Gax, méd,, 1952, p. 521.
(5) Traité de la siruetnre du eesur, t« Il , p. 28l
•14 M LA cnevLATimv.
pour deviner qu'elles font quelque peu tourner le e«ur ittr InU même; un cœur d'homme disséqué Mt naître la même pensée. Dans certains cas d'ectopie (l),on a pu étudier ce moureoient sur rhomme. M. Gruveilhier rend compte en ces termes des observations qu'il a faites dans un cas de ce genre : « Pendant la systole , les fibres tournoyantes du sommet du ventricule gaoéhe deviennent plus manifestes; le sommet du cœur décrit nn mouvement de spirale ou de pas de vis dirigé de droite à gauche et d'arrière en avant 1(2). M. Follin, qui à examiné un cas d*ectopie du cœur, a vu, pendant la systole des ventricules, le cœur éxéculv sur son axe une véritable rotation , un vrai mouvement de rout- //>, pendant que la pointe du cœur était portée en avant eti droite (3). Enfln M. Ghoriol (4), MM. Pennock et Mbore (6), ont beaucoup insisté sur ce mouvement spiroîde du creur; MM. Pennock et Moore disent à tort que ce mouvement allonge le eœur pendant la systole.
Voilà donc un phénomène bien constaté. Mais dans qnel sens s'opère cette rotation? Il est singulier qiie personne, à ma connaissance au moins, n'ait aperçu les contradictions qui existent à cet égard. J'ai dit que le cœur tournait de giocbe à droite , en même temps que la pointe du cœur était transportée à droite et en avant. Nous avons vu Haller donner à ce mouvement cette direction. Muller (6) dit , d'après Greeves et Kuerschner, que la contraction du ventricule coïncide avec une torsion de l'organe sur lui-même; que la pointe du cœur se tournée droite pendant la systole, et revient à gauche pendant la diastole. Bref, e'est là l'opinion générale , et l'on indique même les Abres qui prodoi-
(1 } Dans ces cas, Tabience d*une partie de la paroi antérieure de la poitrioe laisse le coeur à nu.
(2) Gaz. inétt., 1841, p 498.
(3; Ârch,gén. de méd,, 4« série, t. XXI V, p. 103. (4} Ttièses de Paris, 1841, n* 82, p. 16.
(5) American médical examiner, novembre 1830 ; et BrilUk and fà" reign med. revUw, ?o1. IX, p. 661.
(6) Manuel dephxsiotogit, t' I , p. 187.
DU RHTTHm on BATTBMBIITI DU COBUR. 6U
mot ce mouvement. M. Verneail (1) Tattrihae aux flbres unitives saperAeielles qai « nées de roriflee auriculo-ventricubire droit j tecendent obliquement à gauche sur la face antérieuredu cœur. \Uis voici maintenant des fiiits peu conciliâmes avec cette doctrine. Dans l'observation de M. Gruveilhier, il est dit que le pas de via de la pointe du cœur se faisait de droite à gauche. Y an* rait-il faute d'impression ? ou bien aurait-on pris la diastole pour la systole P M. Ghoriol (2) affirme que le mouvement se fait de ibroiie à gauclte, que le cœur tourne sur son bord gauche, lequel est arrondi à cet effet ; que le mouvement est opéré par les deurlètes du muscle cardiaque, lesquelles ont une direction op» posée à celle des fibres unissantes superficielles. M. Ghoriol cite une expérience qui ne laisserait pas que d'être fort embarras* santé pour les partisans de Topinion généralement admise , si cette expérience eût été fiiite plus souvent , et si l'auteur n'eftt été un peu trop disposé peut-être à voirez 9<i7/rf^5/r<7{7t;o/r. Deux longues aiguilles enfoncées , Tune vers la base, l'autre vers la pointe du ventricule gauche d'un chien vivant, décrivirent par leur extrémité libre des quarts de cercle, allant et venant brusquement de bas en haut et de droite à gauche pendant la systole, et en sensinverse pendant la diastole; l'expérience fut répétée avec le même résultat sur un pigeon. On ne peut tirer aucune induction du fait de M. FoUin. Le cœur, à la vérité, tour* nait de gauc/ie à droite, mais il était naturellement renversé de manière à présenter sa face postérieure en avant.
En somme , je reste dans la doctrine commune; mais je pense qu'il sera bon de faire encore quelques éludes sur ce point do mécanisme du cœur.
Du rhythme des battements du comir.
On désigne sous ce nom Tordre dans lequel se succèdent les contractions et le relâchement des parties qui composent le
(1) De la locomotion du cœur, tbète 1853, n^ 36, p. 47.
(2) Thèiet de Pftrit, 1841, ii<» 82, p. 17.
9îS DB LA CnCULATION.
oœar. L'histoire du rhy tbnie est devenue une partie capiule daai la physiologie du cœur, depuis qu'on s'est occupé avec quelque soin de la locomotion et surtout des bruits de cet organe. On ^'accorde sur certains points fondamentaux , mais il en est sur' lesquels on n'est pas parvenu encore à s'entendre depuis Fimmense découverte de Harvey. Ce n'est pas qu'il n'y ait eu des périodes où tout le monde semblait d'accord , et où la science paraissait fixée. Ainsi , après Halier, formulant à peu près la doctrine de Harvey, il semblait que les Eiementa piiysiologfm avaient fait loi ; lorsque Laennec (1) vint proposer une analyse des bruits du cœur, qui , sans qu'il s'en doutât peut-être , renversait ce qu'il y avait de mieux établi et de plus positif dans l'histoire du rhythme des battements de cet organe. Et , chose qui serait inexplicable, si les pathologistes du temps s'étaient tenus au courant de la physiologie , on accepta , les yeux fermés, l'analyse donnée par Laennec. Enfin l'erreur dont elle était entachée est signalée ; toutes les doctrines du siècle précédent sont soumises à révision, et on tombe dans un véritable chaos.
Vous vous étonnez qu'on ne puisse s'entendre sur des questions de fait. C'est que les faits sont difficiles à constater. Vous voulez étudier les battements du cœur d'un mammifère, vous le mettez à découvert ; mais à peine la poitrânej^t-elle ouverte, que les poumons se retirent. L'animal asphyxié ne vous laisse voir que quelques battements irréguliers de son cœur. Lorsque dans d*autres circonstances, on fait ses observations sur des animaux épuisés , on a sous les yeux des mouvements qui ont perdu leurs véritables caractères. Quand on expérimente sur des animaux dont le cœur n'est pas transparent, on ne sait pas toujours bien à quel moment le sang pénètre dans ses cavités.
Pour lever quelques-unes de ces difficultés, on expérimente sur les animaux à sang froid , la grenouille , le crapaud , tes salamandres, dont le cœur mis à nu se contracte encore régulièrement et reproduit assez bien avec son oreillette et son ventricule uniques le rhythme des Inttements d'un cœur double. On peut
(1) Traité de IrnscuHalion médinie, t il, p. 216; 1819.
DU RHTTHMB DB8 BATTBMENTS DU COEUR. 017
étudier les battements do cœur des oiseaux , la dénudatiou du eœurde ces animaux n'ayant pas les mêmes résultats que chez les mammifères (voy. Respiration) . Si on veut observer le cœur d'un mammifère, on peut, immédiatement après l'avoir assommé, aitretenir les mouvements du cœur par la respihation artifieielle. Hope ( 1 ) a vu, dans ces cas, les mouvements du cœur se régulariser au bout de quelques instants ; M. Beau a été moins heu* reux (2). On a encore imaginé de n*ouvrir qu*un côté de la poitrine (3) ; on a mis à profit les cas d'ectopie du cœur observés dans Tespèce humaine (4). Enfin tous les gens instruits connaissent, et j'utiliserai plus loin, la célèbre observation faite par Harvey sur un malade (le fils de lord Montgommery) chez lequel la perte du sternum avait permis d'observer directement les mouvements du cœur.
Exposons donc enfin le rhythme des contractions du cœur.
Les deux oreillettes se contractent ensemble et se relâchent ensemble.
Le ventricule aortique exécute sa systole et sa diastole en même temps que le ventricule pulmonaire.
La dilatation et le resserrement des oreillettes alternent avec la dilatation et le resserrement des ventricules ; de sorte que les premières reçoivent du sang, alors que les seconds le chassent de leur cavité , et vice versa.
Cette troisième proposition suppose, dans l'action alternative des cavités antagonistes, une régularité que la théorie, la spéculation, peuvent formuler dans le cabinet, mais que la nature ne nous offre pas souvent. Je dois dire pourtant que certains expérimentateurs croient l'avoir constatée , et que parfois aussi elle a semblé exister dans des cas d'ectopie du cœur. Dans d'au-
(1) Trsaliseon the dUeases of the heart, p. 15, 17.
(2) Jrch, gén- de méd,, 2* térie, t. IX, p. 380.
(3) M. Beau, qui a esuyé de ce moyen , n*en a pas retiré 0rand avantage.
(4) Parmi les observations mises à profit, je citerai: 1^ celle que Haller a mentionnée ; V celle de MM. Cruveilbier et Monod (/oc. c//.), celle de M. Follln (/oc. et/.) , celle de M. Robinson {Jrch. gén. de mé /.^ 2« série, t. IV, p. 126) , celle de M. Skoda {.Âeck. gén. de méd., 4* ai'rie, t. XXV, p. 4MN
•W M LA CnCULATHMI.
très cfts , et fis sont plus nombreux, les expérienees et les eeiB* pies ont montré iin mécanisme moins régtMer. De là piosiem analyses qu'il peut être utile d'examiner. Voyons les principales de celles qui ont été imaginées au dernier siècle.
BoerhaaTC , admettant un temps distinct pour la répléfiOB du sinus de l'oreillette , enchaînait de la manière suivante les actes qui constituent un mouvement complet du cœur. Réptétion du sinus par le sang provenant de la veine cave , puis réplétion de l'oreillette par suite de Tévacuation du sinus; passage du sang de roreillette dans le ventricule, et de celui-ci jdans l'artère ; de sorte que Boerbaave faisait contracter, en même temps , le sinm de roreillette et le ventricule (1). Haller a objecté avec raison à l'analyse de Boerhaave, que le sinus et l'oreillette se remplissent en même temps.
Suivant Lancisi (2) , l'oreillette n'attendrait pas que leyentrieule eût terminé sa contraction pour commencer la sienne , et il y aurait un enjambement tel, dans l'action des deux ordres de cavités , que si on partage en trois temps la systole de chacune d'elles , les deux derniers temps de l'oreillette coïncideront avec les deux premiers du ventricule. Haller a fait renarqfoer, contre Lancisi , qu'on ne pouvait admettre la co'ineidence de la systôle dans l'oreillette et le ventricule ; mais, nous verrons an moins que la contraction passe si vite de l'une à l'autre, qu'on a bien pu admettre une coïncidence dans leur action.
Quant à l'hypothèse de Nichols {nichokiana hxpdhesiê)^ elle a été rejetée à bon droit. Cet auteur reconnaissait cinq temps successifs appartenant le premier à l'oreillette droite , le second au ventricule droit , le troisième à l'artère pulmonaire , le quatrième à l'oreillette gauche , et le cinquième au ventricule gau« che. Gela le conduisait à admettre que l'une des oreillettes se dilate pendant que l'autre se contracte, et qu'un des yentricules est en systole pendant que l'autre admet le sang dans sa cavité. Cette analyse est tellement en opposition avec ce qu'apprennent
(1) HaUer, Sfem, physioL, 1. 1, p. 415.
(2) Haller, mem. phyiM., 1. 1, p. 418, $ 32 ; EMcUkma ûpUdo.
DU RHTTHHC DVS BATTCmSlfTO DU COEUR. 0M
et la stroetore da cœar et Texpérience la pins vulgaire , qu'il nV a pas Heu de s'arrêter à la critiquer.
Les modernes aussi ont repris ce sujet de discussion , et, de nos jours , il est devenu d*nn viF intérêt.
M. Beau (1) , après avoir étudié les mouvements du corar sur la grenouille, sur quelques mammifères et sur quelques oiseaux, décompose en trois temps ce que nous pourrions appeler une révolution complète du cœur. Prenant le moment où roreitlette est pleine , voici ce qui va se passer dans ces trois temps.
Au premier temps, les oreillettes, se contractant, hmeent?!* goureusementle sang dans les ventricules, qui entrent en diastole au moment où ils reçoivent le sang, et réagissent si brusquement par la systole, qu'on peut à peine distinguer l'un de ces mouvements de celui qui le suit , et que le sang, qui tout à Theure était dans les oreillettes , est déjà passé dans les artères aorte et pulmonaire ; de même qu'un l>oI alimentaire parvient au haut de Fœsophage presque au moment même où il franchit l'isthme du gosier. Nous avons vu Harvey employer déjà cette comparaison du passage du sang au travers du cœur avec le moment quasi* convulsiF de la déglutition.
Au deuxième temps, l'oreillette commence brusquement à se remplir.
Au troisième temps, l'oreillette continue de se remplir peu-* dant que le ventricule reste vide et immobile. On aurait ainri une sorte de mesure à trois temps. Le troisième de ces temps s'accomplissant en silence, tandis que les deux premiers répon* dent à deux des bruits du cœur, donnerait la sensation d'une pause entre deux révolutions de cet organe. ,
J'adopte la partie fondamentale de cette analyse, c'est-à-dire que j'admets cette succession rapide de la diastole et de la systole des ventricules , de manière à ne former pour ainsi dire qu'un seul temps pour l'œil de l'observateur. Mais je ne puis admettre que, l'oreillette s'étant remplie de nouveau et les ventricules ayant fini leur systole, ceux-ci restent complètement vides
(1) Arch, gén. de méd. , 2* série, t. IX, p.
•M DB lA CIBGOLATION.
en atlendant uoe nou? elle révolution du cœur. Dès que k traction des ventricules a cessé , les orifices auriculo-ventricalaires et les valvules mitrale et tricuspide n'offrent plus aocane résistance , et il suffit de la tension élastique des parois de Toreillette et des vaisseaux qui y affluent pour que le trop-plein fine dans les cavités ventriculaires. Pour qu'il en fût autrement , il fiiudrait que les ventricules restassent contractés après avoir expulsé le sang. Je pourrais trouver dans les expériences des différents comités qui ont étudié, dans la Grande-Bretagne, la question des mouvements du cœur, des arguments en laveur de la modification qui me semble devoir être introduite dans l'analyse présentée par M. Beau. Quelques observateurs ont exagéré cette réaction contre la croyance à un antagonisme si régulier entre les oreillettes et les ventricules,que dans le temps précis où les unes feraient leur diastole, les autres accompliraient leur diastole. Ainsi je vois M. Robinson (1) conclure de l'étude attentive qu'il a faite d'un cas d'ectopie du cœur, sur un nouveau-né humain, que Toreillet te et le ventricule se remplissent tous les deux par le fait d'une diastole qui leur est en quelque sorte commune, et qu'ensuite vient une systole qui vide successivement Toreillette et le ventricule. D'après l'observation de ce fait, le D** Robinson tourne en dérision ce qui est , dit-il , professé dans les écoles sur les mouvements alterbatifs des oreillettes et des ventricules. Cette doctrine, ajoute fauteur, devient tout à fait puérile |K)ur celui qui a été à même d'observer la diastole de tout rorgane, la systole de tout l'organe, le repos de tout l'organe. Ce temps de repos lui a paru plus long que le temps du double mouvement de la diastole et de la systole.
Ce langage si tranchant me suggère une remarque critique dont vous ferez bien de tenir compte : c'est que ceux qui ont peu multiplié les observations ou les expériences, et qui n^avaient pas assez de lecture sur le si^et qui nous occupe , ont couru le danger de convertir en règle générale le fait particulier quils
(1) TkeJmerican Joum. ofthe médical science, février 1833, et Jrck. gén. Je méd., T térie, t. IV, p. 127.
DU BHYTHMfi DES BATTEMENTS DU COEUR. 62f
ont eu Toccasioa d'examiner. M. Robinson n'eût pas manqué de formuler une loi diamétralement opposée à celle qu'il énonce , et plus conforme aux doctrines de HarVey et de Haller, s'il eftt eu sous Jes yeux le cas d*ectopie observé par MM. Gruveilbier et Monod(l); il eût dit alors: l^cque la coniraclion des yentricules coïncidait avec la dilatation des oreillettes; 2® que la contraction succédait immédiatement à la dilatation, et réciproquement, en sorte que le temps de repos admis par les auteurs n'existait pas ; 3^ que la contraction et la dilatation des ventricules et des oreillettes, comme si elles avaient résulté de deux forces opposées toujours actives, se succédaient à la manière des deux mouvements alternes d'un pendule ou d'un balancier parfaitement équilibré, « etc. Dans le casd'ectopie observé par M. Follin (2), il est dit aussi que la contraction ventriculafre absorbait une grande partie du temps destiné à une révolution du cœur. Ajoutons que là même où certains observateurs ont va trois temps , d'autres n'en comptent que deux. Cest ce qui est arrivé pour le cœur de la grenouille et du crapaud , dont la révolution s'accomplit en trois temps, selon M. Beau, et en deux temps seulement, suivant M.Parchappe, avec alternative parfaitement régulière des systoles et diastoles dans les cavités antagonistes. Telle est aussi, pour le cœur de la grenouille, l'analyse donnée par M. le D** Fossion (3) , membre de l'Académie de Belgique.
J'ajouterai que certains observateurs ont vu les choses se passer tantôt d'une façon , tantôt de l'autre. Ainsi je lis, dans l'ouvrage de M. Parchappe, qu'il a vu la diastole se propager de l'oreillette au ventricule, de sorte qu'il arrivait un moment où ils étaient l'un et l'autre dans l'état de diastole. Il faut tenir compte aussi de l'espèce animale mise en observation. M. Fossion (4), dont j'ai fait connaître plus haut les observations tou-
(1) Loe, cU.
(2) Loc. cit,
(3) GaxetU médicale, 1S62, p. 621.
(4) Loc* cit.
cbaDt les mouvements du cceur de la grenouille, a oonfttâté que, chez les animaux à sang chaud , le ventricule reçoit da sang avant que Toreillelle ne se contracte : opinion d^à professée par M. Hope (I ) et autres.
Concluons qu'il peut y avoir des variétés dans le rbythme des battements du cœur. Cependant je regarde raoalyse qoe jU donnée plus haut comme Texpression du mode ordinaire. Je n'accepte donc ni la formule de M. Robinson ni celle qu'on eût pu se croire en droit d'établir , d'après l'observation du cas d'ectopie rapporté par MM. Cruveilhier et Monod. J'ajoute que la contraction qui commence à l'oreillette se propage au ventricule, comme ferait une sorte de mouvement péristaltique passant très-rapidement de Tune à l'autre.
. 11 est une dernière question relative au rbythme. On se demande par où commence une révolution complète du cteur. Cette question ne pourrait être posée, si les systoles et diastoles alternatives des oreillettes et des ventricules s'enchaînaient d'une manière régulière avec un temps égal pour chacune , et sans repos intermédiaire; ce serait en effet demander quel est le commencement d'un cercle. Mais, quand on reconnaît une pause, un repos, entre deux révolutions, on doit rechercher par où recommence la révolution qui suit le repos. Or cette pause, difficile k constater dans certains cas, est très-apparente dans d'autres circonstances. C'est elle qui constitue le pouls lent, ou plutôt le pouls rare. Le sens de l'ouïe l'apprécie mieux que celui de la vue. On la voit très- bien cependant chez les animaux à sang froid, dont la circulation devient languissante, et chez les animaux plongés dans la torpeur hibernale. On peut trèsbien l'étudier par le sens de l'ouïe sur le chien, animal chez lequel l'intermittence et l'irrégularité du pouls sont presque Tétat normal. Encore une fois, par où commence la révolution du cœur, après la pause? Laennec la faisait commencer par la contraction des ventricules!! Ainsi, au moment où cet homme Illustre fondait un de ses plus beaux titres à la gloire sur l'étude
(1) Treatise on dis, of the hearljp, 24.