‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 48 sur 66 · ITINÉRAIRE DU SANG AU TRAVERS DES CAVITES DU COEUR · texte numérisé non relu

ITINÉRAIRE DU SANG AU TRAVERS DES CAVITES DU COEUR

Les seules parlies de ce bord qui ne reçoivent pas d'insertions tendineuses sont les sommets ou pointes arrondies des trois languettes de la valvule; les parties échancrées du bord servent au contraire à Tinsertion de ces petites cordes tendineuses. Geei posé , il vous sera bien Facile de comprendre la disposition qu'affecte la valvule pendant la diastole. J'ai dit qu'elle formait un canal : la première portion de ce canal , à partir de l'orifice auriculo-ventriculaire, est partout continue et complète; elle correspond à Tanneau membraneux de la valvule. Un peu plus loin, vers la cavité ventriculaire , les parois du canal sont formées par la face interne des trois languettes, et dans Tintervalie de ces languettes , par l'espèce de plexus que forment les cordes tendineuses qui s'insèrent dans l'échancrure du bord de la valvule, et qui remplissent cette échancrure. Plus loin on ne trouve plus cfue les radiations tendineuses et les colonnes charnues d'où elles procèdent. U est utile de savoir que parmi ces colonnes , il y en a une qui nait de la paroi antérieure du ventricule, tandis que quatre ou cinq autres forment un groupe inséré sur la paroi postérieure. Lorsque, pendant la diastole, Teffort du sang a largement dilaté le ventricule et éloigné la paroi antérieure^ de la postérieure, chacune de ces parois a entraîné avec elle les colonnes qu'elle porte, et ouvert ainsi l'extrémité du canal formé par le ventricule : canal que l'abord du sang a en même temps élargi dans toute sa longueur et appliqué contre les parois ven^ Iriculaires. Enfin, le ventricule étant allongé pendant la systole, les colonnes charnues et leurs nombreux tendons tirent le bord de la valvule , et contribuent encore à la maintenir dans la position que nous venons de lui reconnaître. Les colonnes charnues contribuent-elles par leur contraction à assurer ce résultat? Je ne le pense pas. Il faudrait admettre qu'elles sont contractées pendant la diastole, c'est-à-dire pendant que toute la masse charnue des ventricules est dans le relâchement ; et, comme elles sont continues avec les fibres extérieures, on serait conduit à supposer qu'une même fibre est contractée dans un point et relâchée dans un autre. Tout cela est invraisemblable. C'est pen* dant la systole que les colonnes charnues se contractent.

610 DB LA CIEGULATION.

Voyons le jeu de la valvule pendant la systole. Ou se figure assez généralement qu'elle se redresse de manière à devenir perpendiculaire à Taxe du ventricule, et parallèle au plan de Torifice auriculo-ventriculaire qu'elle bouche alors; on se la figure même tendue, comme une cloison, entre la cavité de Toreillette et celle du ventricule. Il n'est pas possible de se iwe une idée plus fausse du curieux mécanisme de cette valvule. On oublie qu'au moment de la systole, Torifice auriculo-ventriculaire est rétréci , et qu'il n'y a plus de place en cet endroit pour y lendre une membrane. Bien loin qu'il en soit ainsi , le canal que forme la valvule, devenu beaucoup trop large pour la cavité réduite du ventricule, et séparé d'ailleurs de la paroi ventricu* laire par la nouvelle direction que le sang reçoit au moment de la systole, se fronce, se plie, et ferme ainsi sa cavité. M. Parchappe (I), qui s'est appliqué à exposer ce mécanisme, a décrit avec une scrupuleuse exactitude la position que prennent, dans cet état de plicature, et les languettes, et les radiations tendineuses , et les diverses portions du bord onduleux de la valvule. Le physiologiste peut faire abstraction de ce détaiL Dans ce nouvel état, la valvule intercepte parfaitement ie retour diu sang dans l'oreillette. Eu effet, remarquez, Messieurs, que le sang, repoussé vers la base du cœur, presse précisément contre le cul-de-sac que forme la valvule avec le ventricule , là où elle est attachée à l'orifice auriculo-ventriculaire , et que ce liquide presse aussi contre la face externe de la valvule; de' sorte que le canal est d'autant mieux fermé que la pression est plus forte. Cette pression ne peut avoir pour résultat de repousser en bloc la valvule dans l'oreillette droite, car elle est retenue par les cordages tendineux qui s'insèrent à son bord inférieur et à sa face externe.

C'est ici qu'intervient utilement la contraction des colonnes charnues d'où procèdent les radiations tendineuses. Les ventricules se raccourcissant pendant la systole, les brides tendineuses ne retiendraient plus que d'une manière très-lâche

(]} Loc. ci«., p. 23.

ITINÉRAIRE DU SANG AU TRAVERS DES CAVITÉS DU GUfiUR. 641

la Talvale triglochiae, si les colonnes charnues, contractées en même temps que les ventricules, ne contre-balançaient Teffet du raccourcissement du cœur.

La diastole avait éloigné la colonne antérieure du groupe des colonnes postérieures , la systole les rapproche , et elles affectent alors un nouveau rapport que M. Parchappe a fait connaître.

La colonne antérieure est reçue dans l'interstice des colonnes du groupe postérieur. Toutes ces colonnes réunies constituent un pilier musculaire unique , sur lequel s'applique , à la fin de la systole , le ventricule contracté.

Quand ces parties fonctionnent avec régularité , il ne peut y avoir un reflux considérable du sang dans Toreillette. On disait, avant de connaître ce mécanisme , que le cône de sang compris dans Tentonnoir membraneux qui constitue la valvule était repoussé dans Toreillette au moment du redressement de cette valvule. On vient de voir que les choses ne se passent pas ainsi. Le sang contenu dans le canal que forme la valvule rentre dans la cavité ventriculaire au moment où la valvule se fronce, et il passe : V par Tespèce de treillage que forment les petites cordes tendineuses ; 2° par les espaces plus larges qui résultent de ce que ces foisceaux de petits tendons ne s'attachent point au sommet arrondi des trois languettes de la valvule ( voyez plus haut).

Sur le cadavre, les injections solidifiables poussées de Tartère pulmonaire dans le ventricule droit ( les valvules sigmoldes étant préalablement détruites) sont arrêtées par la valvule triglochine , et ne pénètrent pas dans Toreillette.

Le sang repoussé vers la base du ventricule, et pressé d'ailleurs de tous côtés , n*a donc d'autre issue que l'artère pulmonaire , dans laquelle il parvient en traversant la cliambre putmonaire. La systole du ventricule a rendu beaucoup plus libre l'ouverture de communication entre cette chambre et la cavité ventiiculaire proprement dite. En effet , le froncement de la valvule, la réunion des colonnes charnues en un seul groupe, ont dégagé celte ouverture. Le sang contenu daus les deux

Page 1