‹ Cours de physiologie (volume 2)Chapitre 47 sur 66 · DU CHOC ET DB LA LOCOMOTION DU COEUR. MU · texte numérisé non relu

DU CHOC ET DB LA LOCOMOTION DU COEUR. MU

XTesi aussi aux fibres antérieures, et notammeDt à celles qui sont insérées à l'aorte, que M. Guérin (1) , imitant en cela M. Hopt, attribue la projection de la pointe du cœur en avant. Le lieu d'insertion de Taorte aux ventricules indique à Tavance la direction qui sera imprimée à la pointe du cour. Chez les batraciens, c'est, dit-il, une dextro-Jection : or, chez ces animaux, Taorle naît à droite de la base du ventricule.

D'autres expérimentateurs attribuent le choc du cœur en avant à la contraction des oreillettes , lesquelles lancent le sang; dans les ventricules, les dilatent et les poussent en avant. Dans cette nouvelle doctrine , le choc du cœur contre la poitrine coïnciderait, comme nous Tavons dit précédemment, avec la diastole des ventricules^ et non, comme c'est la croyance générale , avec la systole. Il y a dans cette opinion un côté spécieux, et même une vue très-séduisante. Ainsi , de même que le pouls des artères est causé par la systole des ventricules , de même le pouls du cœur (c'est-à-dire la projection des ventricules) serait produit par la contraction des oreillettes. La pulsation du cœur à la poitrine reconnaîtrait le même mécanisme que la pulsation de Tarière radiale au poignet. Les partisans de cette opinion allèguent que la pointe du cœur suit la diagonale des impulsions données par Tune et l'autre oreillettes (2); que si, par l'ouverture d'une des oreillettes , on supprime l'une des ondées de sang , la pointe du cœur sera projetée vers le côté où Tondée aura été supprimée (3) ; que si on supprime les deux ondées par rouvertore des deux oreillettes, le cœur n'est plus poussé en a vaut; que si, à l'exemple deHarvey, on ouvre la pointe du cœur d'un animal vivant , on voit le sang sortir par jets au moment de la diastole des ventricules , et par conséquent de la systole des oreillettes; que le choc du cœur contre la poitrine est très-fort dans le cas d'hypertrophie des oreillettes (4); que la masse trop difficile à mouvoir des ventricules

(1)Thèiee!tée.

(2) Hardy et Bebier, Traité de pathologie, 1. 1 , p. 328.

(3; Vemenn , thèse citée.

(4) Beaa , ArcK gén. de méd„ 2* série, t. IX, p. 425.

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hypertrophiés empêche ordiDairement qoe , dans ce cas , rimpuision du cœur soit trèsforte; que si on paralyse par Tactioa du froid le jeu d'uae des oreillettes , on obtient le même résultat que quand on ouvre celle oreillette; qu'il ne faut pas assimiler te redressement pur et simple de la pointe du cœur arraché de la poitrine d'un animal, et mis sur une table, avec le mouvement éteniu que cet ori^ane exécute dans la. poitrine intacte; qu'on ne peut supposer enfin que la systole (état pendant lequel le cœur est raccourci) soit précisément le moment où le cœur soulève la paroi antérieure de la poitrine. Ce dernier argument a été développé dans une forme nouvelle par M. Verneuil (1). Bien loin que la pointe du cœur puisse être projetée en avant pendant la systole, elle doit, dit-il, être tirée en /èaui, à droite et en arrière, c'est-à-dire vers la base du cœur, laquelle sert de point fixe pour la contraction des anses musculaires des ventricules.

J objecterai à celte dernière argumentation qu'il ne s'agit pas ici d'une simple question d'allongement et de raccourcissement du cœur, mais cfune projection de la pointe et de la partie voisine des ventricules en avant (*2) ; chose qui peut très-bien se concilier avec la systole. Je n'entrerai pas dans la discussion des autres arguments que j'ai produits ci-dessus en faveur de l'opinion contraire à celle que je professe. Ces arguments, je l'avoue, m'ont ébranlé , il y a deux ans ; mais, tout considéré, je demeure dans la doctrine de Harvey et de Haller. Je ne puis croire, je le répète, que la contraction des oreillettes puisse suffire pour cette énergique impulsion communiquée au cœur; je ne puis admettre que ces deux oreillettes lancent ainsi en avant la masse pesante des ventricules (3). Lorsque le choc de la pointe du cœur

(1) Tbète citée.

(2) M. Fotsioii croit que le oœur vient heurter la poitrine pw toute n face aniérieurfr

(3) J*ai déjà d>t que je ne croyait pan ft une grande locomotion du cœur renfermé dann la poitrine ; mais il suffira que cette locomotion aoit en puissance, comme on le voit quand la poitrine est ouverte, pour que le raiiionnement que > viens d'employer conserve toute sa Toroe.

imviRAimB DU sang au travers des cavités du coeur. 698

coDtre la poitrine s'exagère dans les maladies organiques du cœur, l'ooverture des corps montre plus souvent Thypertrophie des ventricules que Thypertrophie des oreillettes. On voit parfois, diez les animaux languissants, plusieurs contractions successives des oreillettes, sans que le ventricule bouge ; celui-ci ne se soulève qu'au moment où enfin il est entré en systole. Ce fait, observé par les modernes , avait été vu par Haller. C'est donc la propre contraction des ventricules , et non la contraction des oreillettes , qui cause la locomotion du cœur. D'une autre part, on a vu le cœur se soulever^ alors même que les oreillettes ne se contractaient pas (1). J^ai dit plus haut pourquoi je ne faisais pas intervenir , comme élément , dans cette discussion , l'observation directe des mouvements du cœur.

Pendant que la pointe du cœur se meut dans un sens, la base semble se porter en sens inverse : ceci a donné lieu à une distinction des mouvements du cœur en inférieur et en supérieur. Le premier, dans l'analyse de M. Beau , répondrait tout à la fois à la diastole et la systole des ventricules, et aurait pour point de départ la systole des oreillettes ; le second, pendant lequel la base du cœur se porte en avant , correspondrait an premier temps de la diastole de Toreillette.

Itinéraire du sang au travers des cavités du cœur.

Nous allons prendre le moment où le sang est apporté à Vo* reillette droite par les veines caves, suivre ce liquide dans le ventricule droit, dans le petit cercle ou cercle pulmonaire, dans l'oreillette gauche, le ventricule gauche et l'origine de l'aorte.

Le sang est amené dans Toreillette droite par les deux veines caves et la veine coronaire du cœur (je donnerai ailleurs les caoses du mouvement du sang dans les veines du voisinage de la poitrine). L'oreillette, parvenue au summum de sa diastole , ae montre distendue, colorée par le sang qu'elle contient; sonap-

(1; Hope, Treatise on diseuses of i/ic hcarl,^ 33.

pendice se dilate et se dresse. Cet état est promptement saifi par la systole de Toreilletle. Cette partie , brusquement resserrée (voy. Systole des oreillettes) , expulse le sang qu'elle coutient. Plusieurs voies sont ouvertes à ce liquide : l"* il peut rétrograder par les vaisseaux qui Tont amené, "2*" il peut pénétrer dans le ventricule droit. Le reflux , sur lequel je m'expliquerai plus au long, à propos du pouls veineux, est réduit à peu de chose par la colonne de sang qui arrive incessamment à l'oreillette, et par la disposition anatomique qu'on observe à l'insertion des veines dans l'oreillette. Il n*y a pas de valvules à l'embouchure de la veine cave supérieure ; mais les fibres charnues y forment une espèce de sphincter , signalé depuis longtemps par M. Gerdy (1), et bien décrit par M. Parchappe (2). Ces fibres, entrant en contraction , en même temps que celles de l'oreillette dont elles font partie, opposent un certain obstacle au reflux. La valvule d'Eustache, qui est insérée sur une partie du contour de la veine cave inférieure , ne pourrait, en aucune façon, empêcher le reflux dans cette veine ; mais il y a là encore des anses musculaires qui peuvent serrer l'orifice de la veine. Enfin il y a une valvule sur l'orifice de la veine coronaire. Cette valvule n'empêche pas que les injections poussées dans l'oreillette ne pénètrent dans les divisions des veines cardiaques ; mais peutêtre fonctionne-t-elle mieux sur le vivant que sur le cadavre. Chez plusieurs reptiles, il y a des valvules sur les orifices des veines caves.

L'autre issue par laquelle le sang peut s'échapper de l'oreillette n'offre aucun obstacle à ce liquide ; c'est l'orifice auriculoventriculaire droit. Le ventricule étant à l'état de diastole au moment où l'oreillette se contracte, l'orifice auriculo- ventriculaire se trouve rel&ché. La valvule placée sur cet orifice (valvule auriculo-ventriculaire droite ou tricuspide) s'ouvre comme un large entonnoir devant la colonne du sang qui la presse , et permet que oe liquide remplisse en un instant toute la cavité ventriculaire.

(1) Journal complémentaire des sciences médicales, i. X, p. 97.

(2) iht ccmr, de sa siructare et de ses moupemenis, p. 37.

iminAimE du sang âv nâvns ras Càsmrkg du cobur. tM

. Malgré la japidïté du passage du sang de FoidUette dam le ventricule , Ai Gerdy admet que, dans le premier moment de la systole , la masse coateoue dans roreîlleUe se divise en trois parties : Tune prof(resswe, qui pénètre dans le ventricule ; Tautre rélix}grade, qui tend à fuir par les ouvertures qui ont amené le sani^; la troisième slationnaire, qui bientôt après devient progressive. Le raisonnement^ fondé sur la connaissance des lois de Thydraulique, dit que les choses doivent se passer ainsi. Cependant il ne faut pas oublier qu'il y a quelque chose de péristaltique dans la contraction de Forcillette , et que le mouvement commençant vers Tappendice pour se diriger rapidement vers le ventricule, il y a moins de tendance au reflux que si le resserrement débutait par la partie centrale de roreillette.

Voyons maintenant le cours du sang dans le ventricule droit. La cavité de ce ventricule est divisée en deux compartiments ou chambres, qui communiquent librement ensemble et dansTétat de diastole et dans Tétat de systole. L'une de ces chambres fait suite à roreillette et constitue la cavité proprement dite du ventricule. On a proposé de la nommer chambre auriculaire ou cavité auriculaire (Lieulaud); expression que je n'emploie que faute d'une meilleure , car elle pourrait faire croire qu'il s'agit de la cavité de l'oreillette. L'autre chambre naît de la partie gauche du ventricule droit, et constitue une sorte de canal un peu renflé vers le milieu; canal qui se termine par l'orifice de l'artère pulmonaire. Celui-ci se trouve, comme on le voit, passa* blement éloigné de l'orifice auriculo ventriculaire. Cette partie de la cavité ventriculaire porte le nom de c/iambre pulmonaire; elle est un peu moins ample que la précédente. Si on veut faire abstraction, pour un moment, de la valvule triglochine et des colonnes charnues qui envoient leurs tendons sur cette valvule, il y aura une large communication entre les deux chambres. Mais, dans l'état normal et au moment de la diastole, une partie du contour de la valvule déployée dans le ventricule s'avance dans cette ouverture, qu'elle réduit considérablement, sans toutefois la fermer complètement. Il reste en effet, entre le bord de la valvule découpé en arcade, comme nous le dirons, et le

$M ra LA CmCUL4Tl01f .

contour musculaire de l'ouverture de comronnicatioo des deux chambres , un espace arrondi par lequel le sang pénètre fseilement de la cavité ventriculaire proprement dite dans la chambre pulmonaire.

L'espèce de languette de la valvule triglochine y qui foit oHice de cloison dans le ventricule droit, est connue depuis longtemps ; elle a particulièrement attiré l'attention de Meutaud , qui la nommait cloison valuulaire (1). Le mode de communication entre les deux chambres du ventricule droit , pendant la diastole et pendant la systole , a été exposé avec soin par M. Parchappe (2).

Le sang, poussé dans le ventricule droit , dilate ce ventricule dans tous les sens. Une disposition anatomique fort remarquable semble destinée à mettre des bornes à cette ampliation. En effet, les colonnes musculaires libres de l'intérieur du ventricule, et les autres Faisceaux charnus qui forment une sorte de réseau à l'intérieur de ce ventricule, sont unis par des brides tendineuses qui limitent Técartement de ces parties musculaires. M. Parchappc (3) Fait observer que dans diverses espèces animales, le veau et le cheval par exemple, les colonnes musculaires sont remplacées par des colonnes tendineuses, et qu'il y a fusion des deux éléments dans la colonne musculo-tendineuse du mouton. La disposition réticulée de Tintérieur du ventricule droit a , je pense, un autre usage encore: c'est de déterminer un mélange plus complet des parties qui entrent dans la composition du sang veineux , et plus particulièrement de ce sang avec le chyle qui vient d'y être versé. Je ferai remarquer que le réseau dont il est question est beaucoup pins marqué dans le ventricule droit que dans le ventricule gauche, et que Torcillette droite a des colonnes charnues dans sa paroi externe et dans son appendice , tandis que Toreillette gauche n'en a que dans son appendice. Quant aux colonnes charnues qui envoient leurs tendons

(1) Lieulaud , Mémoires de VAcad. des sciences, 1752, p. 322.

(2) Loc. cit., p. 21 et niivantei.

(3) lœ. eU., p. 115.

ITINERAIRE Dt 8AKG AU TRAVERS DES CAVITÉS Dt' GCELR. 637

sur la valvule auriculo-ventriculaire, nous allons voir qu'elles ODt des usages en rapport avec le jeu de celte valvule. Le sang qni remplit le ventricule droit ne passe pas dans Tartère puimo* naire, tant que le ventricule est en diastole. A ce moment, en effet, Torifice artériel est clos par les valvules sygmoides, que repousse la colonne de sang que la systole précédente du ventricule a foulée dans Tarière pulmonaire. Galien, qui avait d^à vu la portion de la valvule triglocbine que Lieutaud devait nommer plus tard cloison valvulaire (voyez plus haut), lui avait attribué la fonction d'empêcher la communication entre le ventricule et Fartère pulmonaire. Senac a fait observer que la languette de la valvule n'était pas assez longue pour remplir cet office. Haller a objecté contre Senac que si la languette paraissait trop courte sur le cadavre, où tout est relâché dans les parois ventriculaires , il n'en était peut-être pas de même sur le vivant. Mais nous avons dit plus haut notre opinion sur ce sujet, en décrivant le mode de communication des deux chambres des ventricules.

Le ventricule droit, excité par le sang qui le distend, et probablement aussi par la secousse que lui a imprimée la systole de roreillette,se contracte avec la rapidité de Téclair. 11 se resserre, comme nous Tavons dit (voyez Systole) ; il repousse le sang de sa pointe vers sa base , où se trouvent deux ouvertures qui ne sont pas également disposées à lui livrer passage.

L'une de ces ouvertures est l'orifice auriculo-ventriculaire, que viennent fermer et la valvule de ce nom et les fibres annulaires qui entourent cet orifice à la manière d'un sphincter; Tautre ouverture est constituée par Torifice de Tartère pulmonaire.

Le moment est venu de faire connaître le mécanisme de la valvule placée à Torifice de communication de Foreillette droite avec le ventricule correspondant {valvule auriculo-ventricu* IcUre droite, valvule trigloc/iine, valvule tricuspide). Le jea. de cette valvule pendant la diastole est assez bien connu; mab, jusqu'à ces derniers temps, on s'est assez généralement trompé sur la disposition qu'elle affecte et le rôle qu'elle joue pendant la systole. Cependant on ne peut aborder la questioa des^ bruits

du cŒor, sans se foire uoe idée nette du mécauisme que nous allons exposer.

- Quoique cette valvule porte le nom d'auriculo-venlricalaire, et soit en effet insérée circulairement sur Torifice de ce nom , cependant elle est contenue toute entière dans le ventricule droit Dans le moment de la diastole du ventricule, la valvule constitue une sorte de canal auquel, pour plus de précision, nous reconnattroa^ deux laces et deux extrémités ou bords. La face interne regarde Taxe de la cavité du ventricule , la face externe est appliquée aux parois du ventricule. Uune des extrémités, ou bord adhérent, est insérée sans interruption au pourtour de Torifice auricolo-ventriculaire. L'autre bord est beaucoup plus compliqué dans sa disposition ; il est découpé en trois larges festons ou languettes , séparés par (rois échancrures arrondies (je néglige quelques pelites variétés de détail). Ces échancrures ne sont jamais assez profondes pour s'étendre jusqu'au bord adhérent de la valvule ; il reste toujours un anneau membraneux complet, mais dont la longueur est variable suivant les individus. Les trois larges festons sont appliqués, de même que Tanneau membraneux , sur les parois ventriculaires. Ge bord de la valvule a été nommé bord libre; mais il ne Test pas, ou du moins il ne Test quedans les parties trës-restretnt es de son étendue. Que s'il eût été libre, la valvule, devenue flottante, n eût pu remplir les fonctions importantes que nous allons lui reconnaître. Parce bord, la valvule est attachée de loin à la fece interne du ventricule droit. Voici comment : parmi les colonnes charnues qui se remarquent à la face interne du ventricule droit , il en est qui , adhérentes par une de leurs extrémités aux parois ventrlculaircs , sont libres par Tautre bout , ou plutôt donnent naissance par cette autre extrémité à des faisceaux de petits tendons. Ceux-ci s'avancent vers la valvule et s'attachent, tout à la fois, au bord onduleux et à la lace externe de cette valvule. Les colonnes charnues d'où naissent ces tendons ont leur extrémité adhérente tournée vers la pointe du cœur, ou du moins en sens inverse de la base du cœur ; tandis que leur extrémité , qui porte tes tendons, regarde le bord de la valvole.

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