‹ Cours de physiologieChapitre 10 sur 60 · PJTRALLÈLE ENTRE LES ÊTRES VIVANTS ET LES CORPS BRUTS · texte numérisé non relu

PJTRALLÈLE ENTRE LES ÊTRES VIVANTS ET LES CORPS BRUTS

Messieurs,

Vous n'avez point oublié que nous nous sommes promis de comparer les êtres vivants aux corps bruts , sous le triple rapport de la constitution matérielle , des actions et des forces motrices.

Relativement à la constitution matérielle, nous avons examiné dans la dernière leçon : 1° la composition élémentaire, 2° la combinaison chimique, 3° les résultats de la combinaison dans les deux règnes; il nous reste à traiter de la structure et de la forme.

4° Différences provenant de la structure.

Un corps inorganique , un minéral, est tout solide, tout liquide, ou tout gazeux ; jamais l'un et l'autre à la fois. Les sels qui renferment de l'eau de cristallisation ne font pas exception , puisque cette eau, combinée avec les molécules du cristal, ne peut être comparée aux liquides que renferment , dans des espaces distincts, les êtres organisés.

Un être vivant ne peut vivre que par la réunion, le concours de solides et de liquides. L'importance des liquides, et de l'eau en particulier, est démontrée par l'expérience déjà citée de la résurrection du vibrion du froment.

Plusieurs parties du corps ne doivent leurs propriétés physiques, et par conséquent leur aptitude à fonctionner, qu'à l'eau

qui les pénètre. M. Chcvreul , clans un mémoire ayant pour objet ïinfluence de l'eau sur les matières azotées, montre que les tendons, le tissu jaune élastique, la fibrine, les cartilages, les ligaments, la cornée transparente et la cornée opaque , doivent leurs propriétés les plus distinctes à l'eau qu'ils contiennent.

Rien ne peut entrer dans l'économie ou en sortir sans avoir l'eau pour véhicule : aussi nos aliments sont- ils dissous avant d'entrer dons les voies circulatoires.

La présence de l'eau dans les corps vivants leur donne une souplesse favorable aux mouvements organiques , au cours des humeurs, aux transformations qui constituent la nutrition. Supposez tout rigide, les mouvements dont je parle n'auront pas lieu. L'eau seule donne la souplesse, et non les corps gras.

Tiedemann fait remarquer que les parties les plus importantes, celles qui jouent le rôle principal , sont celles qui offrent le moins de consistance , comme le cerveau, les feuilles, les fleurs.

Tout animal naît d'un liquide et au sein d'un liquide, et ses parties constituantes sont d'autant plus molles et plus humides qu'il est plus jeune; avec la vieillesse, la solidité, la rigidité, augmentent , et c'est là un acheminement vers la mort.

L'eau qui imbibe les tissus favorise l'absorption, en emportant les corps dissous mis au contact des parties vivantes ou en les dissolvant; elle concourt aussi à l'absorption des gaz.

Les animaux ont besoin d'un certain degré de saturation de leurs solides par l'eau. Un reptile auquel on a fait perdre une partie de ses liquides en l'exposant à un courant d'air sec absorbe l'eau avec une rapidité qui va diminuant à mesure qu'il approche de son degré de saturation : c'est ce qu'ont démontré les expériences de M. Edwards.

L'eau n'est pas combinée avec les tissus ; car l'évaporation l'emporte , et le papier brouillard peut l'absorber, suivant la remarque de Berzelius.

Si maintenant nous cherchons de nouveaux points de comparaison enlrc le minéral et l'être organisé, en pénétrant dans leur substance, nous trouvons une simple superposition de couches clans le premier, et un tissu feutré, entre-croisé, dans le second.

Dans un cristal, la masse est homogène, et tous les fragments qu'on en obtient en le brisant se ressemblent, au volume près. L'être organisé, au contraire, est composé de parties hétérogènes, ainsi que Stahl l'a fait observer -le premier. Les couches superposées du végétal ne sont pas toutes de même nature; on voit de plus les rayons médullaires , les vaisseaux de tout genre, la moelle, etc. L'animal a ses muscles, ses nerfs, ses artères , ses veines , et différents viscères. Ce n'est pas tout encore; car, dans chacun de ces tissus ou viscères, vous trouverez plusieurs parties constituantes : ainsi le muscle renferme du tissu cellulaire , des artères , des veines et des nerfs.

Ces parties composantes des êtres vivants portent le nom d'organes; ce sont des instruments, comme ledit ce mot. Il n'y a rien de tout cela dans un minéral.

L'arrangement de ces instruments constitue l'organisation ; malgré leur diversité, ils concourent à un but commun, qui est le maintien de l'individu et de l'espèce. Ainsi , Messieurs , notez bien ce point : l'individualité pour un être organisé n'est ni dans telle partie ni dans telle autre; elle est dans l'ensemble. Chaque partie est dépendante de tout le reste et plus ou moins utile à tout le reste; chaque partie joue le rôle de cause et d'effet par rapport à toutes les autres.

Dans une masse brute, au contraire, les parties qui la composent et que la cohésion réunit sont parfaitement indépendantes ; elles ne jouent pas à l'égard les unes des autres le rôle de cause et $ effet, et si on les sépare , elles persistent avec leurs propriétés, car elles ont en elles-mêmes la raison suffisante de leur existence.

Disons enfin que Y individualité d'un minéral est dans sa molécule intégrante , comme l'a fait observer Lamarck ; tandis qu'une molécule intégrante dans un être organisé vit par les autres et pour les autres.

On objectera peut-être qu'après la division d'un polype ou d'un végétal, les parties séparées de la souche mère peuvent continuer de vivre isolément. Mais on peut répondre que ce polype et que ce végétal représentent une collection d'individus

sur une seule souche , et que chaque partie qu'on sépare d'une plante ou d'un polype est trop complexe pour être assimilée à un fragment détaché d'une masse brute. Nous reviendrons sur ces faits au parallèle des végétaux et des animaux.

Différences provenant de la forme.

Nous étudierons ces différences dans les particules élémentaires et dans l'ensemble. Par particules élémentaires , j'entends désigner ici les éléments de la forme, et non les éléments chimiques, dont je me suis occupé dans les sections précédentes.

L'emploi du microscope a fait découvrir une différence fondamentale entre les particules élémentaires des êtres organisés et celles des minéraux.

Supposez deux liquides, l'un contenant en dissolution les éléments d'un solide minéral qui se déposera par suite de l'évaporation du liquide, l'autre contenant des principes immédiats qui vont prendre forme et vie dans un être organisé: si vous les examinez au microscope, vous verrez, dans le premier, naître sous vos yeux de véritables cristaux. Et cest même un spectacle digne d'intérêt que d'assister ainsi à la naissance de solides réguliers. Si vous examinez au contraire l'humeur plastique qui est en train de s'organiser, ce que vous apercevez n'est plus un solide polyédrique; c'est une particule plus ou moins arrondie qui peut à la vérité, devenir polyédrique par la pression que lui font éprouver des particules analogues, mais qui n'a rien de la constitution d'un cristal.

Ces particules arrondies étaient désignées, il y a quelques années , sous le nom de globules.

Aujourd'hui on les nomme cellules, cellules à noyau. Il y a là, Messieurs, autre chose qu'un simple changement de mots : il y a toute une théorie d'évolution organique dont j'aurai bientôt à vous entretenir. Qu'il nous suffise de constater ici que si les molécules intégrantes d'un minéral sont polyédriques, les particules de la matière organique tendent à la forme sphéroïclale.

A la vérité, quelques produits de l'organisation cristallisent.

82 l'itOUïGOjHÙlVICS.

Khrenberg a trouve autour de l'axe cérébro-spinal des grenouilles, dans le péritoine et l'enduit de la choroïde des poissons , des cristaux microscopiques. On sait qu'il y en a dans les otolithes , mais les tissus des êtres organisés ne prennent pas la forme cristalline.

M. Brame a publié dans ÏÉcho du monde savant deux articles sur Y état utriculaire des minéraux, état soupçonné mais non encore démontré avant ses expériences. C'est sur la vapeur de soufre reçue et condensée sur une lame de verre qu'il a fait le plus grand nombre de ses recherches. La couche blanchâtre ainsi obtenue, examinée de suite avec le microscope, offre un amas d'utricules à parois transparentes et contenant une matière plus molle. Mais on n'assimilera pas ces utricules , produits de la vaporation du soufre , et auxquelles succède assez promptement l'état cristallin, avec les vésicules des êtres organisés.

Les mêmes différences que nous venons de signaler entre les particules élémentaires des minéraux et des êtres vivants vont se retrouver dans les masses ou agrégats.

Les minéraux sont terminés par des bords , des angles, dont le calcul peut souvent déterminer la valeur: ce sont des cubes, des hexaèdres , des rhombes , des prismes, etc.

Dans les corps organisés, les contours sont arrondis, les surfaces concaves ou convexes; la forme globuleuse se retrouve dans les œufs et ovules, et si la cicatricule elle-même est aplatie, elle offre encore la forme discoïde.

L'importance, j'ai presque dit la dignité de la forme, a été exagérée peut-être , mais bien sentie par l'auteur allemand d'un travail ayant pour titre Principes de physiologie d'après la nouvelle philosophie de la nature. Suivant cet auteur, la principale différence qui sépare les produits organiques des produits mécaniques git surtout dans la forme. « Dans tout organisme , dit-il , la forme V emporte sur la matière. La forme est la partie constitutive de l'organisme; la matière n'en est que le véhicule, dans lequel s'exprime, se manifeste la force ou l'intensité de la forme. La forme est la chose principale, la matière ou le mélange

n'est que l'accessoire. Au contraire, dans le monde physique ou chimique , le mélange est la chose principale , et la forme est ou accessoire ou indifférente.

«Ainsi, dans les êtres vivants, point de formes géométriques pures , point de ces scrupuleuses rectilignes , point de ces curvilignes rigoureuses, qui président au monde physique; mais partout des formes libres, ingénieuses et d'une savante irrégularité, comme si une main artiste les avait tracées, partout des traits légers, onduleux, expirants, des traits qui semblent fuir le joug d'une géométrie vulgaire, et ne suivre que de loin les lois du type mathématique.» (Weyland.)

Polu' chaque espèce vivante, la forme est bien déterminée, fidèlement transmise par hérédité au travers des siècles.

Une même espèce minérale peut, au contraire, offrir des formes secondaires très-variées , suivant le mode de décroissement sur les angles ou sur les bords. Les formes multipliées qu'affecte le carbonate de chaux ne font-elles pas fait nommer le Protée des minéraux?

M. Aeâiosis ou manifestations d'activité dans les

deux règnes.

La première question qui se présente ici est celle du mode d'origine dans les deux classes de corps.

L'examen de la croûte du globe ne permet pas de penser que les êtres vivants et les minéraux datent de la inêine époque. On ne trouve pas un seul débris fossile clans les terrains primitifs, La géologie nous apprend encore qu'à l'époque où la vie a commencé à paraître à la surface de la terre , elle s'y est manifestée dans des êtres fort imparfaits ou du moins très simples dans leur structure , et dont les analogues occupent aujourd'hui les degrés inférieurs de l'échelle dans les sérit s animale et végétale. Les premiers fossiles appartiennent aux animaux rayonnés; puis viennent des mollusques , des poissons , des reptiles, puis des animaux plus élevés. Mais on n'a pas trouvé, dit-on , de singes ni d'hommes fossiles , et ils paraissent être les produits les plus

récents dans celte jnarche ascendante de la création (I). La même gradation s'observe dans les plantes fossiles, d'après les recherches de M. Brongniard.

Abandonnons l'examen de l'origine première, sur laquelle nous ne pouvons avoir aucune donnée expérimentale , et regardons comment naissent aujourd'hui, sous nos yeux, les agrégats de matière brute et les corps vivants.

Pour les minéraux, l'origine est véritablement fortuite; elle provient du jeu des affinités chimiques ou de la force de cohésion. De l'eau tient un sel en dissolution, elle s'évapore; voilà un solide régulier, un cristal qui prend naissance , etc.

Le mode d'origine de l'être organisé est tout différent ; cet être provient par voie de génération d'un être semblable à lui. Voilà certainement un grand et bon caractère. Mais si la rencontre fortuite de certaines substances pouvait donner lieu spontanément à des êtres vivants , comme les molécules d'un sel donnent naissance à un cristal, cela diminuerait de beaucoup l'importance de ce caractère. Vous pressentez la question épineuse qui se présente ici : c'est la question de la génération spontanée. Je vais la traiter avec quelque détail, non-seulement au point de vue du parallèle qui nous occupe , mais à cause de son intérêt intrinsèque , et parce que les faits qui s'y rapportent jettent un certain jour sur l'aptitude à vivre dont est douée la matière organique.

[\) Au milieu d'os d'animaux qu'on avait jusqu'ici regardés comme fossiles, on a trouvé des os humains; mais il s'agit de savoir si véritablement l'amas d'os que contenait la caverne où cette découverte a été faite était antédiluvien. Je tiens de M. le professeur Cordierque la question n'est point encore résolue. Un bloc de pierre dans lequel était ensevelie une portion de squelette humain a été envoyé de l'Ile de Crète à l'Institut de France; mais cette pierre pouvait être d'une date récente. M. Lassaigne a analysé les prétendus fossiles humains exhumés à Pantin, et il y a trouvé presque autant de matière animale que dans des os qui ne remontaient qu'à 1814. Au reste , y eût-il des fossiles humains, cela ne changerait rien à la proposition générale. Quelques fails récents paraissent établir l'existence de singes fossiles.

De la génération spontanée.

La croyance à la génération spontanée régna comme un dogme dans l'antiquité ; on ne faisait même pas difficulté d'admettre la production fortuite d'êtres assez compliqués au sein d'un animal qui se putréfie, témoin la fable d'Aristée dans les Géorgiques. Avant Virgile, Aristote avait cru que les anguilles , dont il n'avait pu découvrir les ovaires , naissaient du limon des eaux.

Cette croyance dut s'affaiblir, lorsque Harvey, que ses travaux sur la génération eussent rendu célèbre , s'il ne se fût déjà immortalisé par une autre découverte, écrivit ces paroles , si souvent reproduites depuis son époque : Omnevivum ex ovo. Mais c'est faute d'avoir médité sur les doctrines de Harvey qu'on a invoqué son autorité contre les générations spontanées. Valentin a prouvé, et Burdach après lui, que par ovam Harvey entendait tout amas de matière apte à donner naissance à un être organisé; par conséquent, cela s'appliquait à ce que nous considérons comme un œuf et à autre chose encore, line faut donc plus faire intervenir le nom de Harvey dans ce débat.

La doctrine de la génération spontanée reçut un échec plus sérieux, lorque Redi, au xvne siècle, montra, sans beaucoup de peine , que des œufs avaient été déposés là où on voyait se développer ces êtres si compliqués qu'on avait considérés comme des produits de la putréfaction. Mais la doctrine devait être rétablie sur des faits et des arguments plus imposants , lorsque O.-F. Muller, que déjàNedham avait devancé, montra un monde d'animalcules dans les infusions de principes organiques.

Aujourd'hui les autorités se partagent ; car si, d'un côté, nous voyons J. Muller nier la génération spontanée dans les infusions, etEhrenberg, allant plus loin encore, professer que les entozoaires eux-mêmes se reproduisent à la manière des autres animaux; de l'autre, nous trouvons dans Burdach une croyance si robuste dans l'hétérogénie, qu'il ne lui répugne pas d'admettre que des poissons puissent prendre naissance dans l'eau , sous l'influence de l'air, delà chaleur et de la lumière.

Nous tirerons de ces dissidences un premier enseignement : c'est qu'il ne faut pas avoir la prétention déjuger complètement cetle question. 11 est utile, du reste, de la traiter d'époques en époques : certains faits, qui étaient inexplicables, étant devenus faciles à comprendre, par suite d'observations meilleures ; d'autres faits étant aujourd'hui sans valeur, qui avaient été produits comme des arguments décisifs pour ou contre la génération spontanée. Les arguments de Spallanzani contre l'hétérogénie peuvent être rangés dans cette dernière catégorie.

La question des générations spontanées, étant très-complexe, ne peut être traitée d'une manière générale. J'examinerai successivement l'origine : 1° des animaux infusoires , 2° de certains végétaux acolylédonés, 3° des eutozoaires.

1° Les infusoires naisserat-ils par génération spontanée?

On nomme ainsi les animalcules .qui apparaissent dans les infusions de substances organiques. Mais ce nom a été, mal à propos peut-être, étendu à d'autres animaux, qui, microscopiques comme les infusoires, n'ont pas le même mode d'origine.

Un exposé sommaire des circonstances dans lesquelles ils se développent est nécessaire pour la discussion de leur mode d'origine.

Pour obtenir des animalcules , il faut faire infuser certaines matières dans de l'eau et laisser au contact, d'un fluide élastique le liquide qui a servi à l'infusion. Ainsi une matière à infuser, de Veau, un fluide élastique, voilà les substances que Wrisberg a signalées comme conditions matérielles de la formation des infusoires.

La matière ordinairement solide qu'on soumet à l'infusion doit être unematière organique. Qu'elle soit végétale ou animale, que ce soit de l'albumine , de la fibrine, de la chair, du foin, de l'amidon, du gluten, certaines graines, clic donnera des infusoires, et ceux-ci pourraient naître encore du cadavre d'autres infusoires, ou de j,a décomposition de la matière verte de Pries ley, ou simplement du terreau , qui a , comme on le sait , une ori-

<*ine organique. On en voit même se développer dans les parties des êtres organisés où la vie languit et dans quelques produits excrétoires. Il se forme un vibrion dans le tartre qui se dépose entre les dents; M. Donné a décrit le trichnomonas vaginale; le pus de quelques ulcères vénériens en a offert. Certaines substances organiques astringentes , comme le quinquina, ou aromatiques, comme les huiles volatiles, ou grasses, comme les huiles fixes, s'opposent à la production des infusoires.

Obtiendrait-on des infusoires en employant avec l'eau et l'air une substance inorganique, un minéral? Cela a été admis parFray, qui n'est pas une autorité; par Gruithuisen, qui dit en avoir vu naître en employant le granit , le marbre, l'autracite; par Wigmann, qui en a obtenu avec le corail et l'eau distillée. Un chimiste anglais renferme de l'eau distillée dans des vases neufs, tirés à la lampe. Ces verres sont portés à la cave, où ils séjournent pendant six mois , au bout desquels il n'y a rien encore. On les expose à la lumière, et bientôt des particules animées se montrent dans l'eau qu'ils renferment. L'opinion que ces expériences semblent appuyer est combattue par Tiedemann, d'après Monti et Ingenhouse, par Wrisberg , Treviranus et J. Muller ; Burdach semble pencher vers elle. Pour moi, je la rejette complètement. Certaines substances employées , comme le corail, le marbre , ne sont pas absolument purgées de principes organiques , et l'eau peut en contenir alors même qu'elle a été distillée.

Voilà pour ce qui concerne la matière qu'on fait infuser.

Quant au liquide employé, c'est Yeau. La meilleure, dit-on, est la rosée, puis l'eau de pluie, puis l'eau de source. On a quelquefois employé l'eau bouillie, l'eau distillée, et si on a pris la précaution de tenir cette eau plusieurs mois dans des vases clos, comme le conseille Burdach, on introduira plus de rigueur dans les expériences, puisque les œufs d'infusoires (s'il en existait) auront été détruits.

Il faut, avons-nous dit, qu'une couche d'air touche le liquide. Si , en effet , on opérait dans le vide , comme l'a fait Spallanzani; si le bouchon touchait le liquide , comme dans quelques expériences

de Gruilhuisen, ou si l'on opérait dans des vases hermétiquement fermés après i'ébullition du liquide, comme l'a encore montré Spallanzani, ou si l'on couvrait le liquide d'une couche d'huile, comme dans certaines expériences de Wrisberg, on ne verrait pas se développer dïnfûsoires. Fray a avancé qu'on pouvait encore obtenir des infusoires en substituant d'autres gaz à l'air atmosphérique, l'hydrogène, par exemple, ou l'azote, et Burdach assure avoir répété plusieurs ibis l'expérience avec le même résultat.

La matière organique , l'eau, et un gaz, sont donc les conditions matérielles de la production des infusoires; il faut de plus le concours de la chaleur et de la lumière.

La température la plus favorable est celle de 80 à 96° Far., de 32 à 35° centigrades.

•L'influence de la lumière sur la production des infusoires a été l'objet d'un fort beau travail de M. Morren. Je vais en faire connaître les principaux résultats.

Soit une infusion de substances végétales répartie en deux vases, dont l'un sera tenu à la lumière et l'autre dans l'obscurité. Dans ce dernier, il ne se développera rien, tandis que le vase éclairé contiendra des infusoires appartenant au règne animal.

Soit maintenant une infusion ou mieux une macération (car c'est le terme qu'il faudrait le plus souvent employer ) de substances animales disposée comme précédemment. Les infusoires pulluleront dans le vase éclairé, tandis que le vase tenu dans l'obscurité ne contiendra guère que des individus d'une seule espèce, des monas termo appartenant aux derniers degrés de l'animalité.

Soit encore une série de vases de moins en moins éclairés et ne contenant que de l'eau. Les vases exposés à la lumière renfermeront bientôt des productions végétales , dont le nombre ira décroissant dans les vases moins éclairés, jusqu'à ce qu'enfin, à certain degré d'obscurité , il ne se développe plus rien. A mesure que le nombre de ces productions végétales diminue, leur simplicité augmente. Les vases les plus éclairés contiennent, au

ÊTRES VIVANTS liT COIU'S BRUTS. 89

bout d'un certain temps, avec des infusoires végétaux , quelques monas ter/no appartenant au règne animal.

Voici, enfin, une expérience des plus ingénieuses et des plus concluantes, relativement au développement des végétaux. Dans un vase transparent et dont la paroi est courbe, il y a un point intérieur que la lumière réfractée éclaire avec plus d'intensité que les autres; si on y place une tige de verre , elle se recouvre promptement de nombreuses productions végétales.

Quelques moisissures se développent mieux à l'ombre.

Telles sont les conditions de la production des infusoires. Étudions les phénomènes de leur développement. D'après Gruithuisen, on voit, au bout de seize à vingt-quatre heures, s'élever des bulles d'air dans le liquide; bientôt on y distingue des corpuscules globuleux (monades deMuller), gélatiuiformes, hyalins, rudiments des êtres organisés qui vont apparaître, et témoignant déjà de leur vitalité par des mouvements lents , vacillants et en spirale. A cès mouvements succèdent, à mesure que ces corpuscules grossissent, des mouvements circulaires et en ligne droite. On a cru voir plusieurs de ces corpuscules se réunir pour donner naissance à un seul petit animal ou à des membranes qui se mouvaient en totalité.

Quelques autres particularités ont été observées par Heusinger. Autour de la matière organique en macération, il voyait se développer une sorte de nuage qui troublait la liqueur. La précipitation d'une poudre rendait à l'infusion sa transparence, et dès lors des milliers d'infusoires s'y mouvaient.

Ces faits prouvent-ils la génération spontanée ? peuvent-ils recevoir une autre explication? Il faut, pour les interpréter sainement, les examiner sans idée préconçue pour ou contre la génération spontanée , ce qui n'a guère été fait par ceux qui ont voulu faire triompher l'une ou l'autre opinion.

Il y a trois explications à examiner : 1° ces infusoires seraient tombés dans la liqueur, ou bien '2° ils proviendraient d'œufs de parents de ces infusoires, ou bien enfin , 3° ils seraient le produit de la génération spontanée.

On conçoit la possibilité que des infusoires desséchés , em-

portés par les vents, tombent dans le liquide , où ils ressusciteraient, comme les rolifères dans les expériences de Spallanzani. Ace compte, il n'y aurait en aucune façon géuération, et plus rien à mettre en discussion. Mais cette supposition a contre elle le nombre infini des individus qu'on voit s'agiter dans les infusions , et surtout le temps exigé pour l'apparition de ces animaux. En effet , il faut souvent plus de vingt-quatre heures pour l'apparition des infusoires dans les macérations organiques, tandis que l'eau ranime presque aussitôt ceux de ces animalcules dont la vie a été suspendue par la dessiccation. M. Dujardin a observé , à la vérité, que les infusoires du genre amibe apparaissent presque instantanément dans les infusions organiques; mais ce fait ne peut rien prouver pour ceux, et c'est le plus grand nombre, qui ne paraissent qu'après vingt-quatre heures ou quelques jours. La résurrection d'infusoires ne peut donc être proposée comme explication générale, et nous sommes contraint d'admettre qu'il y a génération spontanée ou éclosion d'ovules. C'est ce qu'il s'agit maintenant de discuter.

Ici la tâche devient très-aride ; il est presque impossible de mettre de l'ordre dans la discussion , chaque argument pour la génération spontanée pouvant être réfuté , chaque objection pouvant être rétorquée.

Si nous invoquons, en premier lieu , Yanalogie, elle parlera pour les deux hypothèses et nous laissera dans le doute. Si, en effet, la généralité et l'uniformité du procédé par lequel s'opère la reproduction des animaux nous portent à penser que les infusoires ne font pas exception et qu'ils viennent d'œnfs contenus dans les liquides destinés aux expériences, l'analogie nous dit, d'une autre part, que des générations spontanées ayant vraisemblablement eu lieu à l'époque où notre planète était inhabitée, il n'y a pas de raison de croire qu'elles soient impossibles aujourd'hui.

On allègue contre la génération spontanée des infusoires que ces êtres, ainsi que Ehrenberg en a fait la découverte, ont une organisation assez compliquée; mais on répond que la nature nous offre des preuves incontestables de sa puissance for-

matrice lorsqu'elle régénère dans certains animaux des parties plus composées encore que né le sont les inf'usoires, et lorsqu'elle tire un animal supérieur d'un germe pour ainsi dire amorphe.

Certains infusoires, une fois formés, peuvent se multiplier par scission , et Ehrenberg a même observé que quelques-uns se reproduisaient par des œufs. Mais si l'on voulait inférer de là qu'ils ne peuvent naître que de l'une ou de l'autre manière, on se mettrait en opposition avec les faits. Ceux-ci démontrent qu'une môme espèce peut avoir plusieurs modes de multiplication : les nais, par exemple, se propagent par œufs et par scission. La faculté de produire des œufs n'exclut donc pas la génération spontanée.

A mon avis , un grand argument contre la génération spontanée des infusoires se tire de la constante reproduction de certaines formes qui ont permis de diviser ces êtres en genres et espèces, comme les animaux qui viennent de parents et auxquels ces parents ont transmis leur forme. Il semble que la génération spontanée devrait nous montrer, chaque jour, des espèces nouvelles. Mais la valeur de cet argument est diminuée par cette considération que dans les entozoaires, où bien évidemment la génération est spontanée, on observe cependant la reproduction des mêmes formes.

Voici donc trois objections contre la génération spontanée des infusoires qui ne sont pas restées sans réponse, mais les arguments que nous allons produire en sa faveur ne passeront pas non plus sans contestation.

Les phénomènes observés pendant la production des infusoires semblent témoigner d'une génération spontanée, s'il est vrai , comme on Ta dit, qu'on aperçoive d'abord de simples corpuscules, des monades se réunissant ensuite pour former ou des animalcules ou des membranes se mouvant en totalité. Mais il y a encore réponse à cela; car il est bien démontré que beaucoup d'espèces animales qui évidemment proviennent de parents, et par conséquent d'ovules oud'œufs, subissent clans leur développement diverses métamorphoses, et, d'une autre part, les

92 prolégomènes <

recherches de plusieurs naluralis les modernes, celles d'Ehrenberg en particulier, nous ont appris que les infusoires sont soumis à ces métamorphoses.

Si les animaux qui paraissent clans les infusions viennent d'œufs tombés ou contenus dans les matières soumises à l'observation , il semble que les variétés des produits devraient dépendre seulement de la variété des œufs, et non des autres conditions de l'expérience, comme la nature de la matière employée, son état, la quantité de lumière, etc. Or, en prenant les résultats d'un grand nombre d'observateurs, parmi lesquels il s'en trouve qui repoussent la génération spontanée, je vois les espèces produites, ou leur nombre, varier suivant les conditions des expériences. En effet, lorsque Spallanzani opérait sur des graines en travail de germination , le nombre des infusoires variait suivant l'époque de ce travail. Dans d'autres expériences , les graines bouillies, celle du trèfle par exemple, donnaient d'autres infusoires que les graines qui n'avaient pas subi l'ébullition; les graines écrasées les donnaient plus petits que les graines entières; ils n'étaient pas les mêmes dans les infusions de courge et dans les infusions de camomille. On voit dans les curieuses expériences de Morren les espèces produites varier suivant la quantité de lumièreadmise et suivantquc l'infusion est végétale ou animale. Une infusion de pois à laquelle on ajoute de l'eau distillée de laurier-cerise donne des animalcules plus grêles mais plus vifs qu'une simple infusion de pois. Cette observation est de Treviranus, qui, partisan déclaré de la génération spontanée, avait allégué depuis longtemps et prouvé par des expériences que les mêmes substances fournissaient des espèces différentes, quand on faisait varier les autres conditions de l'expérience. Je ne citerai pas comme un argument sérieux l'assertion de M. Bory de Saint -Vincent, qui a cru avoir obtenu des métis d'infusoires par le mélange de plantes d'Amérique et de plantes d'Europe.

A tout cela, on peut répondre, cependant, que certaines espèces des plus simples se retrouvent dans toutes les infusions; que si les autres espèces apparaissent , celles-ci dans une condition ,

celles-là clans une autre, c'est que ces conditions sont précisément celles sans lesquelles leurs ovules ne se développeraient pas. Mais on a fait plus, dans ces derniers temps, pour se débarrasser de l'argument que nous venons d'exposer, on a nié les faits principaux sur lesquels il repose. Ainsi Ehrenberg affirme que les espèces produites ne paraissent pas déterminées par la nature de la substance employée, puisque dans une même substance, et toutes les autres conditions étant les mômes, il a vu se produire tautôt certains infusoires, tantôt des infusoires d'une autre forme. Or, la différence des résultats ne pouvait donc venir que de la différence des œufs présents dans l'infusion.

Je déclare, nonobstant l'autorité d'Ehrenberg, que je persiste à croire que la nature de la substance employée et les autres conditions de l'expérience ont de l'influence sur les produits obtenus.

Comme on le voit, le débat n'a pas encore fait un seul pas vers sa solution. Attachons-nous donc plus particulièrement aux conditions relatives à l'intervention ou non- intervention d'œufs dans les infusions.

Ceux qui nient la génération spontanée admettent que ces œufs existent dans les matières employées aux expériences , que la substance organique, l'eau, ou même l'air, les y ont apportés.

Certains animaux qui Reconnaissent incontestablement des parents apparaissent ainsi lorsque leurs œufs sont restés attachés aux plantes vertes employées dans les infusions; c'est ainsi que Joblot a vu se propager clans les infusions de foin des rotiferes et des furculariens. Or, il n'est pas impossible que de véritables infusoires se développent de cette façon.

Mais à cela on répond, relativement aux infusoires, qu'il faudrait , avant tout, montrer leurs œufs dans les infusions; que le microscope devrait les faire découvrir, et que cependant on ne les aperçoit pas. On ne s'est pas borné à cette réponse ; on a tenté d'instituer les expériences de telle sorte que les œufs fussent détruits, à supposer qu'il en eût existé. Voici comment : on soumet à l'ébullition la matière organique qui sert à l'infusion:

9"J 1Ml<J].lit;0Mli!\lîS.

or, soit que les œufs aient été attachés à la matière organique ou contenus dans l'eau, ils n'ont pu conserver la propriété d'éclore, car des œufs cuits ne sont pas susceptibles de développer le germe qu'ils contenaient, et cependant ou voit encore apparaître des infusoires dans ces liquides bouillis.

U reste un dernier refuge aux incrédules. On peut dire que l'air a apporté les œufs daus les liquides après leur ébullition. Vous avez vu , sans doute , dans un rayon de soleil admis dans un appartement parla fissure d'un volet, voltiger des myriades de particules qui sont accompagnées vraisemblablement par d'autres corps plus ténus, parmi lesquels il peut se rencontrer des œufs d'infusoires. Cela suppose, à la vérité, que, comme les graines et les spores de beaucoup de plantes, les œufs d'infusoires ont la propriété de se dessécher sans se détruire, et de s'offrir dans cet état aux vents, qui les transportent d'un lieu clans un aulre. Pour arracher aux antagonistes de la génération spontanée la ressource de cette dernière explication, Burdach, Baer et Hensche , ont remplacé l'air atmosphérique par des gaz préparés extemporanément. De la terre prise à une grande profondeur a été bouillie pour obtenir un extrait qu'on a mis en contact avec de l'eau distillée et un mélange d'oxygène et d'hydrogène. Il s'est développé de la matière verte et des filaments confervoïdes , ce qui témoignerait au moins d'une génération spontanée de végétaux, si on pouvait admettre que l'accès a été complètement interdit à leurs corpuscules reproducteurs ; mais il peut rester des doutes à cet égard.

On a enfin imaginé et exécuté une expérience qui semble démontrer qu'il ne se développe d'infusoires qu'autant qu'il y a eu possibilité d'un dépôt d'œufs dans le liquide. Nous la devons à M. Schultze; on en trouve le détail dans le n° de janvier 1837 de YEdinburgh new philosopldcal journal. On mit dans un flacon de l'eau distillée avec des substances végétales et animales. Le bouchon était traversé de deux tubes à analyses munis de leurs boules; celles de l'un des tubes étaient pleines d'acide sulfurique concentré, celles de l'autre contenaient une solution concentrée de potasse. Le contenu du bocal fut porté à lebulli-

tion pour détruire tout ce qu'il pouvait contenir d'êtres vivants etd'œufs. Ceci fait, chaque jour pendant deux mois, on aspirait, par l'un des tubes, l'air du flacon, lequel était remplacé par de l'air de l'appartement , qui se lavait clans l'acide sulfurique. Ce flacon était sur une fenêtre bien éclairée, et à côté de lui un autre vase ouvert contenait les mêmes substances. Chaque jour, le contenu de l'un et de l'autre fut examiné. Dans le dernier, il se développa des vibrions, des monades, des polygastriques et des rotateurs. Dans le bocal fermé, il ne se forma ni infusoire, ni conferve, ni moisissure; mais, après deux mois écoulés, on le déboucha, et alors il s'y développa les mêmes infusoires qui s'étaient montrés dans le flacon primitivement laissé ouvert. Celte expérience a paru de nature à clore la discussion et à mettre fin au débat; cependant , à mon avis , on pourrait dire qu'elle prouve tout simplement que de l'air qui a traversé l'acide sulfurique est contraire à la génération spontanée. Mais peut-être aussi l'acide sulfurique a-t-il agi en détruisant les œufs que l'air eût introduits dans le bocal à expérience? Au lieu de purger l'air des ovules qu'il pourrait contenir, à l'aide de l'acide sulfurique, M. Schwaun a imaginé de le soumettre à la chaleur rouge avant de le mettre au contact de l'infusion. Les matières que celle-ci contenait n'ont point subi la décomposition putride, et il n'y a apparu ni animaux infusoires ni végétaux.

Dans l'hypothèse où les infusoires proviendraient d'œufs et non d'une génération spontanée, il reste une dernière difficulté à lever. Si , en effet , dans une matière et des conditions déterminées , on voit naître aussi des infusoires d'une espèce déterminée , il faut supposer non-seulement qu'il y a partout des œufs d'infusoires, mais encore qu'il y a dans la plus petite masse d'air des œufs de toutes les espèces connues d'infusoires! Voyez si vous ne reculez pas devant cette conclusion? Cet argument, que je vous ai proposé il y a quatre ans , m'avait paru tout-puissant ; je vais aujourd'hui travailler à l'amoindrir. En effet, les espèces qui apparaissent dans les infusions ne sont pas aussi variées qu'on l'a dit, puisque huit familles seulement y fournissent des genres et non tous leurs genres. Ces familles sont celles des vibrioniens,

Mi raOtÉGOMÈNES.

amibiens, monades, eugleniens, enchelycns, Irichodiens , plœsconiens, parameciens. Si, chaque jour, les naturalistes tendent à réduire le nombre des espèces qu'ils reconnaissent dans les infusions, c'est qu'ils constatent qu'on a décrit comme caractères d'espèces différentes des états successifs d'un même individu qui se métamorphose. Or, si le nombre des espèces d'infusoires est limité , il ne serait pas plus étonnant qu'il y eut des œufs de tous dans toutes les poussières , qu'il ne l'est de voir apparaître tout à coup, et sans qu'on sache d'où sont venues les graines, des milliers de pavots noirs, ou de peupliers, ou de crucifères, dans des terrains que l'on vient d'écobuer ou sur lesquels une forêt a été incendiée. Quant au nombre prodigieux d'individus qui s'agitent dans une goutte d'infusion, cela s'expliquerait par le grand nombre d'œufs tombés dans le liquide et par la rapidité de la propagation de ces petits êtres. D'après le calcul fait sur la multiplication d'un rotateur, Xhydatina senta, cet animal, dit J. Muller, pourrait se trouver en dix jours à la tête d'une lignée d'un million d'individus.

Il résulte de cette discussion relative aux infusoires, que leur génération spontanée n'est pas prouvée, que leur génération par des œufs n'est pas improbable, que l'expérience de Schultze et celle de Schwann la rendent très- vraisemblable , et que cependant elle n'est pas prouvée non plus, puisque les œufs du plus grand nombre n'ont pas été vus et qu'on ignore même si tous en produisent, et que la fissiparité est plutôt leur mode de multiplication.

a° ï a-t-il des -végétaux produits par génération spontanée ?

Parmi les espèces vivantes qui apparaissent dans les infusions, plusieurs appartiennent au règne végétal; quelquefois même, et dans des conditions déterminées, ces dernières seules se rencontrent: en opérant, par exemple, avec des gaz autres que l'air atmosphérique, comme dans les expériences de Fray de Burdach et de Hensche. Mais ce ne sont pas là les seules circonstances où Ton ait pu soupçonner qu'il y avait génération

spontanée de végétaux. Des moisissures apparaissent sur presque toutes les substances organiques qui s'altèrent ; des champignons et des algues croissent même sur une foule d'animaux vivants, et pour ne citer que l'homme, on sait aujourd'hui que le favus de la teigne est un champignon (Schônlein, Lebert) ; qu'un autre champignon cause le porrigo decalvans (Gruby), un autre Y herpès tonsurans (Gruby), un autre la mentagre , qu'un autre accompagne le muguet; qu'une algue filiforme, bien étudiée par M. Robin, croît sur la langue et dans les interstices des dents. Enfin, on voit végéter des cryptogames sur les parties atteintes de gangrène sénile , les surfaces que le vésicatoire a dénudées , les ulcères. Je m'empresse de reconnaître qu'aucun de ces faits, à part peut-être ceux qui se rapportent aux infusions, ne démontre la généralion spontanée; ils s'expliquent par l'existence et le transport d'organes reproducteurs, de spores parfaitement vus et décrits. Ajoutons que nous connaissons beaucoup mieux le mode de propagation des végétaux que celui des animaux inférieurs, puisque les semences , même des moisissures, n'ont pas échappé au microscope d'Ehrenberg.

Il est pourtant quelques cas de formations végétales qui me paraissent difficiles à expliquer autrement que par la génération spontanée. En effet, des champiguons, des moisissures, ont pris naissance dans des cavités où l'air ni l'eau , n'ayant eu accès, n'avaient pu y transporter de semences. Tel est le cas du dactylium développé sur un jaune d'œuf dont la coquille était intacte , du sporotrichium albuminis qui avait pris naissance aux dépens du blanc d'un œuf entier, des uredo, ustilago, trichomycètes, qui ne se trouvent que dans la cavité close de certains fruits] sous l'épiderme de fruits ou de plantes, ou au centre d'arbres volumineux. MM. Rousseau et Serrurier ont vu des moisissures verdâtres pulvérulentes dans le péritoine de perruches , de pigeons , d'une biche , d'une tortue de terre ; j'en ai vu moi-même dans le péritoine de cadavres humains qui avaient séjourné pendant plusieurs semaines dans la Seine. Le docteur Helmarecht a retiré une conferve de l'œil d'un pasteur, auquel cette opération a rendu la vue. En 1830, le docteur Neuber avait affirmé qu'il 1 7

avait une confcrvc clans son œil, et demande qu'on en fit lextraction.

Si certaines espèces de champignons ne se développent que sur des corps particuliers, peu volumineux, peu répandus clans la nature , il est difficile d'admettre qu'ils aient rempli l'atmosphère de leurs spores , pour les semer à l'occasion sur le sol unique qui leur convient , et je serais plutôt porté à croire à la génération spontanée du champignon qui ne se voit que sur les larves de cicadaire, ou sur telle espèce d'insecle, ou sur des gouttes de suif tombées dans des mines, etc.

MM. Andral et Gavarret ont vu se développer un végétal microscopique dans les liquides albumineux acidulés par l'acide sulfurique. Que ce soit le sérum du sang, le blanc d'œuf ou d'autres liquides albumineux, normaux ou pathologiques, on y voit bientôt paraître des vésicules sphériques diaphanes. Des bourgeons croissent sur ces vésicules; ils s'allongent en tiges, en rameaux, en ramuscules, terminés en cul-de-sac. Il me parait fort peu probable que des spores se soient semés dans ces liquides albumineux.

M. Cagniard-Latour dit avoir fait naître une nouvelle espèce de conferve du contact de l'eau filtrée avec la vapeur d'acide acétique.

Concluons que l'apparition de certaines espèces végétales ne peut guère être expliquée que par la génération spontanée.

ÊTRES VIVANTS ET f!01\PS BRUTS.

Page 1