‹ Cours de physiologieChapitre 25 sur 60 · DES HUMEURS · texte numérisé non relu

DES HUMEURS

l'arachnoïde, et il occupe encore les ventricules du cervelet et du cerveau.

6° L'humeur amniotique.

7° La graisse qui est contenue dans des cavités parfaitement closes.

8° L'humeur sécrétée peut-être par les ganglions lymphatiques.

9° L'humeur coagulable contenue dans les cellules des organes nommés par quelques auteurs glandes sans conduits excréteurs , savoir : le corps thyroïde, le thymus, la rate et les capsules atrabilaires. Je ne mentionne pas ici le pigment, qui ne peut plus être considéré comme une humeur.

Quant aux humeurs déposées dans des cavités closes , mais déhiscentes à certaines époques , elles ne comprennent que le liquide des vésicules de l'ovaire (vésicules de de Graaf) et le liquide des follicules clos dont j'ai parlé page 270. L'ouverture des vésicules de de Graaf a vraisemblablement lieu à chaque période menstruelle, et certainement elle s'opère à l'époque de la fécondation. Quant à la déhiscence des follicules clos', ceux de Peyer par exemple , la chose n'est nullement démontrée.

Jusqu'ici, Messieurs, nous n'avons qu'un dénombrement des humeurs , une classification établie sans aucun égard pour leurs différences ou leurs analogies; il faut reprendre ce sujet sous un autre point de vue.

On a proposé plusieurs classifications chimiques des humeurs; celle de Bostoch , qui place parmi les produits de sécrétion les os, les muscles et les différents solides du corps, ne trouvera pas place ici.

La classification deBerzelius ne porte que sur les humeurs sécrétées, c'est-à-dire sur notre troisième classe d'humeurs; mais il est évident que c'est la seule qui réclame un arrangement.

11 y a, dit Berzelius, deux classes de fluides sécrétés, savoir: ceux de sécrétion proprement dite, c'est-à-dire les fluides destinés à remplir quelque office dans l'économie , et les fluides $ excrétion, (\u\ doivent être expulsés du corps. Les humeurs de

la première classe sont toutes alcalines, celles de la seconde classe sont acides.

Les humeurs alcalines se divisent en deux classes. Les unes, comme la bile, le fluide spermalique, etc. , contiennent précisément la même proportion d'eau que le sang ; les autres, comme les humeurs de l'œil, la salive, la sérosité des membranes séreuses et du tissu cellulaire, ont une proportion d'eau plus considérable que celle qui existe dans le sang. Les unes et les autres oui les mêmes sels que le sang, et dans les deux classes, le travail formateur a porté sur la matière albumineuse du sang qui a fourni la substance qui caractérise chacune des humeurs sécn> toires.

Les excrétions, comme l'urine, la sueur, le lait, contiennent toutes de V acide lactique, suivant Berzelius, et l'urine a de plus l'acide urique. Indépendamment des principes immédiats particuliers qui caractérisent certaines excrétions, on obtient de toutes, par l'évaporation , un résidu plus abondant que celui des sécrétions.

Ces vues ont une grande portée pour l'histoire des sécrétions, et nous chercherons à les utiliser dans un autre moment. Je ne pense pas toutefois que cette division soit à l'abri de toute critique. Le suc gastrique, par exemple, a les usages d'un liquide de sécrétion dans le sens où Berzelius l'entend, et cependant il est franchement acide.

Tieclemann a proposé aussi une classification des fluides sécrétés; il les rapporte à six classes d'après les principes qui entrent dans leur composition.

1° Liquides séreux, qui ressemblent au sérum du sang, et sont composés d'une grande quantité d'eau , d'un peu d'albumine dissoute , et des sels existant dans celte dernière. Il place dans cette classe la sérosité du tissu cellulaire, les liquides des membranes séreuses et articulaires , celui des chambres de l'œil, de la capsule cristalline et du labyrinthe.

T Liquides albumineux. Ils se distinguent par une grande quantité d'albumine. Tiedemann range ici !e suc pancréatique, le sperme, le liquide des œufs de deGraaf, le suc de la thyroïde

Dës miMt.c p.s. 291 et celui du thymus; il y range ainsi le lait, à cause du caséum~ qu'il rapproche vraisemblablement des matières alfeumirieuses.

3° Liquides muqueux. Nous les connaissons déjà.

4" Liquides gras ou huileux, comme la graisse du tissu cellulaire, la moelle des os, les liquides sébacés de la peau, le cérumen, l'humeur de Meïbomius, le fluide gras du prépuce et de la vulve, lecastoréum, la civette, le musc, l'humeur des glandes anales des carnivores, l'huile de la glande coccygienne des oiseaux.

ô° La salive, la bile, l'urine, les larmes, etc., sont des matières contenant beaucoup de sels, et la plupart du temps des substances animales particulières.

6° Liquides dans lesquels des acides prédominent, comme la sueur, le venin des abeilles, etc.

Tiedemann n'a pas présenté, à propos de la cinquième classe, les développements qu'elle comporte. Il y a dans l'économie un certain nombre d'humeurs qui renferment pour chacune un ou deux principes caractéristiques, qui les constituent ce qu'elles sont. Ainsi, dans l'urine on trouve l'urée et l'acide urique; dans la bile , le choléale de soude, qui en forme, comme nous le verrons, la partie caractéristique; dans le lait, lecaséura et le sucre (pour ne rien dire du beurre, qui est un corps gras); dans les liquides cle l'estomac, des matières que nous verrons agir à la manière des ferments, et dans le sperme, enfin, à défaut de matière chimique caractéristique , les animalcules spermatiques.

Usages des humeurs.

Les unes servent à l'entretien de l'individu, les autres à la conservation de l'espèce.

Parmi les premières, X humeur centrale, ou sang, est prochainement nécessaire au maintien de la vie; mais nous devons réserver l'examen de ce point important de physiologie pour une autre partie du cours.

Les humeurs afférentes au sang, le chyle, la lymphe, et ce qui pénètre après la digestion dans les veines du tube digestif, ont

évidemment pour usage de réparer les pertes du sang, et par conséquent celles du corps.

Parmi les humeurs qui sortent du sang , il en est qui sont absolument sans usage. Leur expulsion est un phénomène de dépuration dans l'économie ; elles sont excrémentitielles , comme on le disait anciennement. L'urine est clans ce cas , et c'est peut-être la seule humeur qui n'ait aucun usage. La sueur est excrémentitiellc, mais elle modère la chaleur et assouplit la peau. La matière grasse de la peau est excrémentitielle , mais elle entretient les poils et la peau. Plusieurs principes de la bile sont excrémentitiels; mais , quoiqu'on en ait dit, elle a un office dans l'acte de la digestion. Les larmes sont excrémentitielles , mais elles empêchent l'action dessiccative de l'air sur l'œil. La perspiration pulmonaire est excrémentitielle; mais elle contribue aussi à modérer la température du corps, et elle entretient l'humidité dans les voies aériennes.

Un grand nombre d'humeurs remplissent dans l'économie des usages purement mécaniques. La sérosité facilite le glissement des poumons , du cœur, de l'estomac, de l'intestin sur les parties voisines; la synovie, l'humeur des bourses des tendons, diminuent les effets des frottements, comme l'huile qu'on met aux mécaniques ; le liquide céphalo-rachidien se prête aux mouvements du rachis , et entretient dans la moelle une compression égale et uniforme , etc.

Les humeurs annexées aux organes des sens y sont adaptées à la propagation de la cause excitante de la sensation. Les parties diaphanes de l'œil modifient la marche de la lumière; c'est au milieu d'un liquide que les ondulations sonores ébranlent les nerfs spéciaux de l'ouïe ; l'olfaction n'a pas lieu si un mucus normal ne retient les particules odorantes.

D'autres humeurs exercent une action dissolvante et altérante sur les matières alimentaires : telle est l'action des fluides nombreux versés dans toute l'étendue du tube digestif.

Les mucus exercent une action lubrifiante et protectrice sur les membraes tégumentaires internes.

Enfin , il y a des humeurs qui sont mises en réserve pour sor-

DES UUMEUltS. 2\)o

vira la dépense qu'entretient le mouvement de la vie : tels sont les fluides gras renfermés dans le tissu adipeux et les cavités des os.

Les humeurs destinées à la conservation de l'espèce sont le sperme , l'humeur prostatique et celle des glandes de Cowper, le liquide des vésicules de de Graaf, les liquides qui sont contenus dans la membrane vitelline, dans la vésicule proligère, et dans la cavité de l'amnios; il faut aussi placer ici le lait, première nourriture du nouveau-né.

IJUATOHZIÈBË LÏI10N.

des fonctions.

Messieurs,

Si je ne me suis pas abusé, je vous ai présenté un tableau assez complet de l'organisation de l'homme. Je dois maintenant faire pour ses actions ce que j'ai fait pour ses parties constituantes, essayer de les classer.

11 faut, pour cela , les rapporter à certains groupes auxquels on a donné le nom de fonctions. Vous connaissez déjà l'étymologie et la définition du mot fonction (voy. p. 176); je répéterai seulement que par fonction , on entend un ensemble ou une série d'actes concourant à un but commun. La digestion, par exemple, se compose d'une série d'actes nombreux, divers, mais qui ont pour but commun de préparer un suc nutritif, réparateur.

M. le professeur Aclelon ajoute à cette définition quelques lermes destinés à exprimer un caractère en quelque sorte complémentaire de la fonction, c'est que la série d'actes qui concourent à un but commun , à un office spécial et bien distinct, ait pour instrument un organe ou un appareil d'organes évident.

Je serais très-disposé à accepter celle seconde partie de la définition , si je pouvais me promettre de ne point me mettre en contradiction avec elle; mais il y a des fonctions dont je ne vois pas nettement l'organe ou l'appareil. Je ne crois pas qu'on puisse dire aujourd'hui qu'il existe un appareil pour Y absorption. Toute la matière organique absorbe, il n'y a pas besoin de vaisseaux pour l'accomplissement de celte fonction, et lorsqu'ils existent , il . uejouenl d'autre rôle que de transporter avec plus ou moins

de rapidité vers les centres la substance que l'absorption a fait pénétrer dans les courants de liquides qu'ils charrient. On voit d'ailleurs que, si on voulait regarder certains vaisseaux comme constituant l'appareil de l'absorption , la principale pièce de cet appareil, le système veineux, serait empruntée à un autre appareil, celui de la circulation. On en pourrait dire autant du plus grand nombre des appareils affectés aux fonctions, car ils sont rarement spéciaux ; j'en fournirai une seconde preuve. La fonction des expressions, que M. Adelon a admise, et avec beaucoup de raison , à mon avis , n'a pas seulement le larynx pour organe , mais elle met à contribution presque tous les autres appareils , celui de la circulation , quand la face rougit ou pâlit par émotion morale, celui de la locomotion, lorsque l'on menace du geste, celui des sécrétions, lorsque, dans la passion, la bouche se sèche ou qu'une sueur froide mouille la peau , etc. Ces difficultés n'avaient certainement pas échappé à mon savant collègue ; mais elles m'ont plus intimidé que lui, et je n'ai pas voulu me lier par une définition. Je n'en aurai pas moins le soin de vous indiquer l'appareil affecté à chaque fonction, surtout lorsque cet appareil sera distinct et spécial.

Si par fonction on entend une série d'actes concourant à un but commun, il y aura nécessairement beaucoup d'arbitraire dans la classification des fonctions , tel physiologiste ayant considéré comme une fonction un ensemble d'actes qu'un autre aura regardés comme une dépendance d'une fonction plus étendue, et l'inverse ayant pu avoir lieu et ayant effectivement eu lieu. Comme les propositions générales ont besoin d'être appuyées sur des faits pour se graver dans la mémoire, je vais appuyer de quelques exemples celles que je viens d'émettre.

J'ai dit que souvent on aura considéré comme une fonction ce qu'un autre aura pris pour une dépendance d'une fonction plus étendue. Voici des preuves : Nous voyons Vicq d'Azyr et Fourcroy proposer de faire une fonction de Y ossification; mais on objecte avec raison que l'ossification n'étant autre chose que le mode de développement de l'os, sa nutrition, il n'y a pas plus lieu d'en faire une fonction à part, que de la nutrition du foie.

2U6 PUULÛGOMÈNES,

du cerveau ou de tout autre organe, et que cela doit rentrer dans la fonction plus générale que l'on nomme nutrition. Autre exemple: Bichat fait une fonction de X exhalation, et Cuvicr, restreignant encore ce cadre , met la transpiration au nombre des fonctions; mais d'autres disent que X exhalation , la transpiration, rentrent dans la fonction plus générale des sécrétions. Encore un exemple , et ici je ne blâme ni ne loue, je raconte : M. Gerdy admet une fonction des sensations , et une autre fonction de la transmission sensoriale ; tandis que la presque totalité des physiologistes ont compris les deux , sous le nom de fonction des sensations.

11 est arrivé, d'une autre part, de donner à certaines fonctions une compréhension tellement étendue , qu'elles englobaient des actes répartis par d'autres physiologistes dans des fonctions multiples. M. Adelon, par exemple, a compris tout à la fois dans la fonction unique de la sensibilité les sensations et les actes intellectuels et moraux , dont quelques physiologistes forment deux fonctions différentes.

Ces exemples suffisent pour nous faire pressentir combien doivent être nombreuses et diverses les classifications des fonctions. Je ne m'arrêterai pas à vous en faire un exposé critique ; ce serait une tâche à la fois aride et fastidieuse.

C'est peut-être cette considération qui a porté la plupart des physiologistes étrangers à supprimer complètement la classification des actes de la vie, et à entrer en matière sans avoir même prononcé le mot fonction. Haller avait donné cet exemple, et de nos jours, Burdachet Muller l'ont imité. Ces noms, quelque imposants qu'ils soients, ne feront point autorité pour moi sur celte matière. Si l'on peut sans inconvénient réduire la partie purement historique, ce serait laisser une lacune regrettable, que d'entrer dans la description des fonctions, sans en avoir présenté le dénombrement et la classification. Ne sera-t-il pas convenable cle faire suivre le tableau que je vous ai donné de l'organisation d'un tableau des actes de la vie? Déjà les propriétés et les phénomènes simples vous sont connus, j'en ai fait le dénombrement dans une des leçons précédentes ( pag. 116 et sui-

vantes); il faut maintenant voir les actions complexes, coordonnées de manière à produire les fonctions.

Il y a d'ailleurs un autre avantage que celui qui résulte clu classement des fonctions; cet avantage, le voici :

Les fonctions des animaux sont très-complexes; elles s'enchaînent les unes les autres, si bien qu'il est impossible de décrire leurs phénomènes sans supposer connus des phénomènes appartenant aux autres fonctions. On ne peut donc aspirer à employer dans les descriptions physiologiques cette méthode que la logique recommande, méthode qu'elle applique à certaines sciences positives, et qui consiste à procéder rigoureusement du connu à l'inconnu. La preuve de la vérité de cette assertion se révélera dès que nous entrerons dans le détail des fondions. Ainsi, parmi les causes des mutations que l'aliment éprouve dans la cavité buccale , nous citerons et décrirons la mastication; mais celle-ci s'exerce à l'aide des mouvements des mâchoires, ces mouvements sont opérés par des contractions musculaires. Je ne pourrai donc me dispenser, en traitant de la mastication, d'en mentionner les agents, comme si la contraction musculaire vous était déjà connue. Bien plus, je rechercherai quels sont les nerfs qui excitent les contractions dans les muscles masticateurs, présumant ainsi que vous avez déjà quelques notions touchant l'influence des nerfs sur les mouvements volontaires. Sans doute, il y a là des inconvénients, inconvénients inhérents à la nature des choses, inconvénients que nous rencontrerions aussi bien en plaçant notre début sur tout autre point du cercle des fonctions. Mais il y a un moyen de les atténuer, et c'est, je crois, celui que je vais employer, c'est-à-dire qu'en énumérant , en classant les fonctions , j'aurai soin de donner de chacune d'elles une idée sommaire , de manière que vous compreniez mes démonstrations et mon langage , lorsqu'il m'arrivera plus tard de mentionner, à propos d'une fonction , des actes appartenant à une autre fonction que je n'aurai pas encore décrite.

C'est là mon but principal , car je n'attache qu'une importance secondaire à la classification. Je dois même vous prévenir dès aujourd'hui que je n'y serai pas parfaitement fidèle ; ceci

demande une nouvelle explication. 11 fut un temps où la physiologie ne consistait guère que dans l'exposé des usages des différentes parties du corps , de usu parliurn. A cela , on a substitué une méthode plus rationnelle, lorsqu'on a pris les fonctions pour poiut de départ, pour objet d'études et de description. Mais cette méthode, malgré sa supériorité, exposait cependant à négliger ou même à omettre complètement des détails qui se fussent présentés naturellement si on se fût occupé des usages des parties. J'avais été frappé de cet inconvénient, lorsque, clans les premières années de mon enseignement, je m'astreignais, lié que j étais par la classification des fonctions, je m'astreignais , dis-je , à traiter des facultés intellectuelles et morales immédiatement après avoir fait l'histoire des sensations. Je sentais bien que j'omettais des considérations importantes sur les propriétés et les fonctions du système nerveux en général , et de chacune de ses divisions en particulier. Mais j'adoptai bientôt une autre marche, et après avoir décrit les sensations, je me mis, sans égard pour la classification et la méthode , à décrire les propriétés et les usages des nerfs en général, de chaque nerf en particulier, de la moelle épini ère, et des diverses parties de l'encéphale; et cela terminé , je rentrai dans le cadre tracé par la classification des fonctions. J'ai quelque raison de penser que certains avantages sont attachés à cette manière de procéder, puisqu'on a publié sur la physiologie du système nerveux un bon ouvrage où la table des matières reproduit assez fidèlement les divisions suivies dans mon cours. Je resterai donc fidèle à cet ordre d'exposé des matières de la physiologie de l'encéphale et des nerfs. Ceci posé, je passe au dénombrement et à la classification des fonctions.

J'en fais de suite deux grandes classes, suivant qu'elles sont relatives 1° à la conservation de l'individu, 2° à la conservation de l'espèce.

C'est àBichat qu'il faut attribuer l'honneur de cette grande division. Sans doute , avant lui , on avait fait figurer la génération dans la classification des fonctions; mais l'idée de faire des actes relatifs à la génération une fonction qu'on oppose à celles qui

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entretiennent la vie de l'individu appartient véritablement à Bichat. La plupart des physiologistes qui , depuis son époque , ont proposé des classifications, ont conservé ces deux grandes divisions. Je citerai parmi eux Richerand, MM. GerdyetAdclon ; je m'y conformerai aussi.

Des fonctions relatives à la conservation de l'individu.

Un coup d'œil comparatif jeté sur les actions qui conservent l'individu permet de les rapporter à deux catégories bien distinctes.

Les unes, relatives à l'élaboration delà matière, ont lieu, pour la plupart, sans conscience, ainsi qu'on l'observe dans les plantes ; les autres ont lieu avec conscience, elles sont en rapport avec la faculté de sentir et de vouloir.

De là deux classes de fonctions , proposées aussi par Bichat : 1° fonctions de la vie organique, nommées encore fonctions nutritives, végétatives; 2" fonctions de la vie animale ou fonctions de relation.

On a critiqué ces mots vie animale, vie nutritive; on a objecté qu'il n'y avait pas deux vies datis le même individu; on a vu aussi quelque chose d'impropre dans l'expression fondions de relation , puisque les actes de la nutril ion exigent aussi des relations avec le monde extérieur. Ces petites chicanes ne portent que sur les mots et elles n'atteignent point la classification que nous exposons.

Une critique mieux fondée peut-être a été opposée , non pas à la classification, mais à son auteur, puisqu'il est bien vrai, ainsi que l'a fait observer M. Gerdy, que les bases de la classification dont on a fait honneur à Bichat étaient depuis longtemps dans la science. Je ne voudrais pourtant pas conclure de là que Bichat ait été. plagiaire; il était plus inventeur qu'érudit. Voici, du reste, ce qui avant lui avait été proposé de plus positif dans le sens de celte classification.

Galien admet des fonctions vitales, des fonctions animales, et des fonctions naturelles. Les vitales sont si importantes qu'elles

MU PllOLÉtiOMÈNËS.

ne peuvent être suspendues un seul instant, sans que mort s'ensuive : telles sont la circulation et la respiration. Les animales comprennent, suivant Galien, les sensations et l'intelligence, qui effectivement distinguent les animaux. Enfin, les naturelles sont la génération, la digestion, la nutrition; il y ajoute à tort le mouvement musculaire. Joignez les fonctions naturelles de Galien (moins le mouvement musculaire et la génération) à ses fonctions vitales, vous aurez les fonctions organiques de Bichat. Quant à la classe des fonctions animales, vous voyez qu'elle est déjà instituée par Galien. Verheyen, qui écrivait en 1686, a positivement admis les trois groupes de fonctions de Bichat : 1° les animales, 2° les naturelles, qui représentent les fondions organiques de nos jours , 3° la génération. La seule chose à reprendre dans Verheyen , c'est qu'ayant accordé trop d'attention à la nécessité des contractions musculaires pour la respiration , il a mis cette fonction parmi les fonctions animales. La respiration est enfin remise dans le groupe des fonctions nutritives, dans certains livres où les médecins n'auraient peut-être guère songé à étudier la classification des fonctions : dans JNieuwentit, quia écrit sur l'existence de Dieu , et dans Fénelon. Vous penserez peut-être avec moi , Messieurs , d'après ces citations, qu'il n'était pas inutile que Bichat vînt populariser, en quelque sorte, une classification si avantageuse et si naturelle que presque tous ses successeurs l'ont reproduite sans de grandes modifications.

Voici la division à laquelle je me suis arrêté pour les fonctions relatives à la conservation de l'individu. J'admets six fonctions nutritives ou végétatives, savoir : 1° La digestion. Cette fonction consiste dans la préparation de sucs réparateurs, aux dépens des matières alimentaires et des boissons introduites dans une cavité spéciale des animaux. Cette fonction a pour appareil, dans les animaux supérieurs , un long tube diversement contourné , offrant sur son trajet des parties renflées et des parties rétrécies, et auquel sont annexées un grand nombre de glandes. L'action la plus générale de cet appareil consiste dans la production de liquides qui attaquent l'aliment , et dans des mouvements qui font circuler la matière

alimentaire et en expulsent le résidu. La modification subie par la matière alimentaire consiste dans son ramollissement , sa dissolution, et presque toujours son passage à un autre état chimique.

2° L'absorption. Il ne suffit pas qu'un suc réparateur ait été préparé aux dépens des aliments dans le tube digestif, il faut encore que ce suc pénètre dans la masse du corps. Cette introduction est opérée par ["absorption; je l'ai déjà définie : l'acte ou les actes par lesquels une matière liquide ou gazeuse quelconque, étant au contact d'une partie vivante, pénètre les vaisseaux ou simplement la trame, l'épaisseur de cette partie. En agissant sur les matières venant de l'extérieur, l'absorption préside à la recomposition du corps, mais elle reçoit aussi les matériaux de sa décomposition. Toutes les parties organiques ont la propriété d'absorber ; mais là où la pénétration des substances venant du dehors doit être très-active, la nature a multiplié les petits vaisseaux qui entraînent, charrient la matière absorbée; elle y a aminci et modifié l'épi thélium. La partie émulsivedu produit de la digestion pénètre dans un ordre particulier de vaisseaux, les chylifères; les veines emportent presque toutes les autres matières dissoutes dans le tube digestif ; le tout entre dans la masse-du sang.

3° La respiration. Cette fonction introduit dans le sang un principe puisé dans l'atmosphère, [oxygène; elle expulse de ce liquide de [acide carbonique , de [eau, et une petite proportion à' azote : double phénomène pendant lequel le sang passe de l'état veineux à l'état artériel, quitte sa couleur sombre pour en prendre une vive, écarlate, rutilante, et devient apte à nourrir, exciter les organes. Je regarde la respiration comme le commencement et le terme d'une série d'actions qui se passent dans toutes les parties du corps , actions pendant lesquelles s'opère partout le mouvement intime de la vie, actions dont nous ne voyons que le côté chimique en disant qu'elles consistent dans la combustion de carbone et d'hydrogène. Je dis que la respiration est le commencement de ces actions : en effet , elle introduit le principe sans lequel tout serait enrayé. Je dis

302 I'hoî.égomkngs, aussi quelle en est le ferme: m effet, elle expulse le résidu de cette action organique et chimique, résidu qui deviendrait une cause de mort s'il s'accumulait dans le sang. Ajoutons que la digestion a aussi fourni son contingent pour ces actions fondamentales, puisqu'elle a préparé les matériaux sur lesquels agit l'oxygène. L'appareil respiratoire des animaux supérieurs consiste en tuyaux aériens commençant à l'extérieur par un conduit unique, et se terminant par des cellules innombrables sur lesquelles les vaisseaux qui apportent le sang veineux se continuent avec ceux qui remportent le sang devenu artériel. C'est ce qui constitue un poumon, organe dans la composition duquel vous trouverez des provenances de plusieurs des systèmes qui vous sont connus: à l'extérieur, une séreuse pour faciliter ses glissements; à l'intérieur, une muqueuse garnie d'un épithélium vibratile, de petites glandes, du tissu élastique, des fibres musculaires lisses, du tissu cartilagineux, du tissu cellulaire, des nerfs de plusieurs sources, et de nombreux lymphatiques. Une sorte de cage osseuse, dont les pièces sont mises en mouvement par des contractions musculaires, assure l'entrée et la sortie alternatives de l'air.

4° La circulation. La circulation des animaux supérieurs consiste dans un mouvement circulaire du sang, mouvement qui le transporte d'un organe central, le cœur, à toutes les parties du corps, et de celles-ci au cœur. Mais la chose n'est pas tout à fait aussi simple que le fait entrevoir celte définition. Le sang noir est porté par la circulation des cavités droites du cœur au poumon, et il revient rouge du poumon aux cavités gauches du cœur : c'est ce qui constitue la petite circulation ou circulation pulmonaire. D'une autre part, le sang artériel est envoyé des cavités gauches du cœur à tous les organes , et de ceux-ci il revient veineux aux cavités droites , d'où nous l'avons supposé partir: c'est là la grande circulation ou circulation générale. Les deux réunies forment ce qu'on nomme une double circulation.

L'appareil de la circulation vous est presque entièrement • connu. Il se compose des artères, les unes à sang rouge (l'aorte

Î1ES FONf-TIOXS. 303

et ses divisions), les autres à sang noir (l'artère pulmonaire et ses divisions); des capillaires généraux et pulmonaires; des veines, les unes à sang noir (les veines caves et leurs divisions), les autres à sang rouge (les veines pulmonaires et leurs divisions), et enfin du cœur, organe principalement musculaire et très-contractile, agent principal de la circulation, composé de quatre cavités, deux droites et deux gauches, celles-ci ne communiquant point avec celles-là. De chaque côté, les cavités se divisent en oreillette et en ventricule ; les oreillettes reçoivent le sang que les veines rapportent au cœur, les ventricules lancent le sang dans les artères.

La nutrition. La nutrition proprement dite, qu'il ne faut pas confondre avec les fonctions nutritives, consiste dans Faction toute moléculaire par laquelle chaque partie emprunte au liquide central des matériaux qu'elle s'assimile et qui servent à son accroissement, au renouvellement de sa substance, en même temps qu'elle abandonne des molécules qui sont hors de service. La nutrition, d'après les idées généralement admises, ne consiste donc pas seulement dans la conversion du sang en la substance du corps; il y a en même temps élimination de matériaux devenus impropres à l'entretien de ses fonctions, il y a composition et décomposition continuelles. Merveilleuse prérogative des êtres vivants, de résister à l'usure ou de la réparer! Prérogative par laquelle , ainsi que le dit Blunenbach, ils laissent à une distance incommensurable les machines et les automates créés par l'intelligence humaine. Nous rechercherons, en faisant l'histoire de cette fonction, si réellement la matière se renouvelle intégralement dans un temps donné. La fonction de nutrition n'a point d'appareil spécial, à moins qu'on- ne lui donne pour appareil le système capillaire général.

Les sécrétions. La fonction des sécrétions prépare, aux dépens du sang, différents fluides qui sont ou rejetés hors de l'économie ou utilisés au profit de quelques autres fonctions. L'action par laquelle le fluide est séparé du sang ou se forme aux dépens du sang est la sécrétion proprement dite; l'action par laquelle le fluide est expulsé du corps constitue l'excrétion. On a divisé

les sécrétions Wperspiratoires, folliculaires et glandulaires. Les premières n'ont point d'appareil spécial ; quant aux sécrétions folliculaires et glandulaires, leur appareil vous est connu. Voyez p. 269 et suivantes.

Pendant les actions moléculaires qui constituent la nutrition et les sécrétions, il se manifeste chez les animaux quelques-uns de ces phénomènes que l'on est convenu d'expliquer par les vibrations de la matièrejéthérée ; il y a dégagement de calorique, d'électricité, et quelques êtres deviennent phosphorescents. La faculté de dégager du calorique a été rapportée par les physiologistes à une fonction qu'ils ont désignée sous le nom de calorification; mais il est évident qu'elle n'embrasse qu'une partie des phénomènes dont je viens de faire mention. Or, des expériences modernes démontrent que la formation de courants électriques est presqu'aussi constante dans le corps des animaux que la production de la chaleur. Le mot calorification a encore l'inconvénient de ne montrer qu'un côté de la science, en ce qui touche au maintien de la température; car si les animaux ont un pouvoir calorifiant , ils ont aussi la faculté de résister, dans de certaines limites, à une élévation de température, et l'on pourrait dire, même de certains animaux , que chez eux la faculté de résister à un excès de chaleur extérieure est plus marquée que le pouvoir calorifiant. D'après ces considérations, je serais disposé à englober dans une seule fonction tout ce qui tient aux |vibrations de l'éther, si je n'étais retenu par la difficulté de trouver un mot pour désigner cette fonction; mais ce qu'il importe d'établir ici, c'est que je traiterai de la température animale , du dégagement d'électricité et de la phosphorescence, après avoir terminé l'histoire des fonctions nutritives.

Les fonctions animales dérivent, comme l'indique leur nom, de deux propriétés qui ont été considérées, jusqu'à un certain point, comme les attributs de l'animalité : la faculté de sentir et celle d'exécuter des mouvements volontaires. Voici celles que nous décrirons :

1° Fonction des sensations. C'est la fonction par laquelle nous prenons connaissance du monde entier et de certains états

développés spontanément dans nos organes; elle comprend des actes nombreux.

a. Un organe, composé de parties transparentes et fortement réfringentes, rassemble sur une membrane nerveuse, douée d'une sensibilité spéciale, les rayons qui vont peindre les images des corps éclairés.

b. Les ondulations sonores viennent ébranler la pulpe nerveuse suspendue dans les cavités labyrinlhiques de l'oreille.

c. Les molécules intégrantes des corps volatilisés impressionnent la membrane étalée sur les saillies et les anfractuosilés des fosses nasales.

d. D'autres molécules, dissoutes le plus souvent, agissent sur la membrane qui tapisse l'entrée du tube alimentaire.

e. La température, la dureté, la mollesse, la densité des corps mis au contact du tégument externe, l'impressionnent de diverses manières.

Dans tous ces cas, des nerfs transmettent au centre nerveux, où elle est perçue,yim\)vessioii faite par les agents extérieurs , et alors la sensation est accomplie. Tels sont les cinq sens: la vue, Yoiiïe, X olfaction , la gustation et le tact. Nous verrons que d'autres sensations peuvent naître encore de l'action des excitants extérieurs. Enfin, un groupe considérable de sensations , dites internes, comme la faim, la soif, le besoin de respirer, l'appétit vénérien, le désir de l'exercice ou du repos, etc., réclament l'accomplissement de certains rapports entre les animaux et le monde extérieur.

2° Entendement moral. Cette fonction comprend une série d'actes intermédiaires aux sensations et aux mouvements volontaires ainsi qu'aux expressions. Après avoir pris connaissance des impressions , les animaux les comparent, les jugent, les gravent plus ou moins dans leur mémoire. Le désir, la volonté, les passions, naissent consécutivement à ce travail qui a pour siège exclusif et par conséquent pour appareil le centre nerveux.

3° Innervation. Cette fonction , qui figure dans les classi- 1 20

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fications de Chuussier et de M. Gcrdy, n'est point admise par M. Adelon, qui regarde les actes qu'on y rapporte «moins comme constituant une fonction principale que comme dépendants de la subordination dans laquelle le système nerveux est parvenu à tenir tous les organes , à mesure que ce système est devenu lui-même plus compliqué. » Pour prendre une décision à ce sujet , il faut que nous définissions l'innervation ; or , je la définis ïaclion nerveuse allant du centre à la périphérie. On va voir que cela comprend des actes bien nombreux et trèsdifférents les uns des autres. Ainsi , 1° entre le centre nerveux qui commande un mouvement et le muscle qui l'exécute, il se passe quelque chose dans le nerf étendu de ce centre au muscle. 2° Il y a aussi une irradiation, se propageant des centres nerveux vers les organes , pour la production de certains mouvements que la volonté peut influencer, mais qui s'opèrent aussi sans son concours , ceux de la respiration par exemple. 3° Dans les actions que nous connaîtrons sous le nom d'actions réflexes, à un mouvement centripète dans un ordre de nerfs succède un mouvement centrifuge dans des branches nerveuses différentes. 4° Les muscles complètement involontaires , le cœur, les intestins, l'estomac, l'utérus, soutirent cependant du centre nerveux le principe de leur action. ô° On a enfin invoqué l'influence du système nerveux sur les phénomènes de nutrition, de sécrétion, de température animale, de dégagement d'électricité, etc.— Tous ces points devant être étudiés soit à propos des fonctions du système nerveux , soit à l'occasion des autres fonctions, il n'y aurait pas lieu de faire de l'innervation une fonction distincte, s'il ne restait à discuter (sans beaucoup d'espérance de l'éclaircir, il est vrai) une question importante, celle de la nature de cette action nerveuse allant du centre à la périphérie. Je laisserai donc subsister dans ce cadre la fonction d'innervation.

4° Fonctions des mouvements ou des motions. Par cette fonction, les animaux ont la faculté de déplacer le corps en totalité , comme dans la marche , la course , le saut, le vol, la na-

DKS l'OVCTIOX.S. 3()J

lal on, ou de mouvoir leurs diverses parlies les unes sur les autres, ou de maintenir l'immobilité active des divers modes de station, ou encore d'exécuter les mouvements relatifs aux fonctions des organes des sens. A l'aide des mouvements, les animaux recherchent et saisissent leur nourriture, s'approchent de ce qu'ils désirent , fuient ce qu'ils redoutent , etc. — On a désigné cette fonction sous le nom de locomotion, expression blâmée par M. Gerdy, qui fait observer « qu'elle est en contradiction choquante avec l'immobilité de la station, » et qui propose de lui substituer le mot musculation , parce qu'en effet la contraction musculaire est la principale source de nos mouvements. Mais certaines espèces de mouvements ne peuvent être rapportées à la contraction musculaire, ceux des cils vibratiles, par exemple, et certains mouvements de tonicité dus à une variété du tissu cellulaire. C'est ce qui m'a fait choisir une expressoiu qui a, au moins, le mérite de ne rien préjuger sur la cause du mouvement , et de ne point supposer le déplacement du corps en totalité.

L'appareil des mouvements est des plus composés , puisqu'il comprend les muscles, presque toutes les pièces du squelette, les parties qui composent les articulations, les anneaux fibreux où glissent les tendons , les aponévroses d'enveloppe, etc.

5° La fonction des expressions, que je conserve d'après M. Adelon, donne aux animaux les moyens de faire connaître aux individus de leur espèce et à d'autres encore leurs pensées ou les sentiments qui les agitent. Les moyens expressifs sont tantôt des modifications dans la circulation capillaire; tantôt l'attitude, le geste ; tantôt enfin la production de sons, le cri ou voix native , la voix articulée ou la parole , mode d'expression qui n'appartient qu a l'homme. On voit que les signes de nos sentiments intérieurs sont les uns involontaires, les autres soumis à notre volonté.

Telles sont les fonctions destinées à entretenir la vie de l'individu.

PUOLÉGOMFJVF.S.

Des fonctions relatives à la conservation de l'espèce.

Les fonctions qui ont pour but la conservation des espèces sont comprises sous le nom de reproduction ou génération. Ces fonctions tiennent à la fois des fonctions nutritives et des fonctions de relation : des fonctions nutritives par la sécrétion du sperme, la sécrétion opérée par l'ovaire, l'accroissement et la nutrition du fœtus, l'allaitement; des fonctions de relalionou animales par les rapports affectifs qui s'établissent entre les individus de sexe différent, par les sensations, les contractions musculaires qui ont lieu pendant l'acte qui assure la reproduction et pendant l'accouchement. Il y a donc , sous ce rapport, un point de rapprochement entre les fonctions qui conservent l'individu et celles qui conservent l'espèce. Mais voici maintenant une opposition assez importante entre elles. Les fonctions relatives à la vie de l'individu sont communes aux deux sexes et les mêmes, à peu de chose près , chez l'homme et chez la femme. 11 n'en est plus de même en ce qui touche les fonctions de la génération. Ici chaque sexe a son office et ses fonctions distinctes , et l'on ne peut méconnaître que le rôle de la femelle ne soit beaucoup plus chargé que celui du mâle.

Chez la femme , par exemple , la formation des ovules , leur chute spontanée, et la menstruation, qui paraît liée à ces phénomènes, pourraient constituer une première fonction qui n'appartiendrait qu'à elle. — La gestation et X accouchement , qui la suit, forment une deuxième fonction, et je regarde ï allaitement comme une troisième. Chez l'homme , il n'y a guère à signaler que la sécrétion et V excrétion du sperme. La copulation enfin est une fonction commune aux deux sexes et où les rôles cependant sont encore différents , le pouvoir fécondant appartenant spécialement au sexe mâle.

A ces actions déjà si nombreuses , qui se rattachent à la reproduction , il faut joindre celles qui appartiennent à l'embryon et au fœtus. Ce serait une erreur grossière que de vouloir assimiler à la nutrition les phénomènes de développement de l'embryon.

DES FONCTIONS. 3UJ

Les organes manquent d'abord, et on les voit se former et passer par des métamorphoses successives. Il y a donc chez l'embryon des fonctions qu'on ne peut comparer en tout à celles de l'adulte.

En exposant cette classification des fonctions, j'ai aussi indique l'ordre dans lequel il me parait convenable de les décrire, et je vous ai évité cette fatigante et stérile discussion de classifications qu'il a plu à chaque physiologiste de vanter au détriment de toutes les autres. A cet égard, je ne les imiterai pas. Je reconnais que ma classification est fort peu logique , qu'elle réunit des choses disparates , qu'elle sépare des actions qui se ressemblent ; mais elle est commode pour l'étude, et voilà tout ce que je lui demande. Elle m'a d'ailleurs donné l'occasion de compléter pour vous, ainsi que je m'étais proposé de le faire, l'esquisse du tableau de la vie (1). Du reste, ce n'est pas arbitrairement ni au hasard que, dans chaque série, les fonctions ont été énumérées, mais bien dans l'ordre suivant lequel elles se succèdent.

Voyez en effet : pour la première série ou fonctions nutritives, Y absorption ne prend le chyle qu'après que la digestion le lui a préparé; la respiration n'héraatose le liquide nutritif qu'après que Yabsorption l'a pour ainsi dire renouvelé; la circulation ne le présente à toutes les parties qu'après que la respiration l'a vivifié ; enfin, la nutrition et les sécrétions ne le mettent à profit qu'après l'avoir reçu par la circulation.

Voyez aussi , pour la deuxième série ou série des fonctions de relation: les sensations sont véritablement ce qui ouvre, pour l'animal, la scène du monde; Yintelligence et le moral viennent ensuite, parce que celte intelligence s'exerce sur les matériaux

(1) En 1847, M. le docteur Jules Roux, professeur à l'école de médecine navale de Toulon, a proposé une nouvelle classification des fonctions, où il prend pour point de départ les sensations et les motions. Son travail, qui a été favorablement accueilli par le congrès scientifique de Marseille, et qui méritait celte distinction, est plutôt une analyse des phénomènes de la vie qu'un cadre de fonctions.

d,u piioriboMÈNÊs. que les sensations lui ont apportés; les mouvemenU et les expressions tiennent dans la série le troisième et le quatrième rang, parce que ce n'est qu'après avoir jugé et voulu qu'on agit, qu'on exprime telle ou telle émotion de l'âme. % Mais chacune des séries est-elle si parfaitement distincte de l'autre que nul anneau ne les réunisse? Non, Messieurs; les deux séries sont enchaînées. En effet, avant que la digestion ne s'effectue, il y a eu des actes de sensation indiquant le besoin de substances réparatrices, des actes de locomotion pour chercher l"aliment, le prendre, l'introduire. La respiration comprend aussi des sensations internes et des mouvements ; et si vous regardez enfin à l'extrémité de la première série, là où se trouve la fonction des sécrétions, il vous sera facile de rattacher celle série au premier anneau de la seconde , car certaines sensations annoncent le besoin d'expulser les produits des sécrétions. Vous pourrez rattacher aussi celte série aux derniers anneaux de la seconde, car ce sont des contractions musculaires qui vident les différents réservoirs.

Ainsi, non-seulement les deux séries de fonctions forment un cercle qui n'a ni commencement ni fin, comme l'a dit Hippocrale, mais encore elles s'enchevêtrent, se pénètrent l'une l'autre; et je vous rappelle que la génération tient de ces deux séries de fonctions.

Je ne vous ai parlé que de leur succession, mais je dois aussi vous signaler leur dépendance réciproque. Ainsi, l'action du cerveau, qui est nécessaire à la fonction de l'intelligence et du moral, est enrayée si la fonction de respiration ne prépare du sang artériel, et si la circulation ne le fait parvenir à l'encéphale, la fonction des mouvements s'arrête si celle de l'encéphale est abolie, et à son tour la fonction de respiration ne s'effectue plus si, par la contraction musculaire, les pièces de la poitrine ne sont mises en mouvement, etc.

11 est des organes qui sont plus prochainement nécessaires à l'entretien des fondions, et le bel ouvrage de Bichal sur là vie et la mort est consacré au développement de celte proposition. 11 a, comme on le sait, admis une sorte de trépied vital , h'

cœur le poumon et le cerveau (aujourd'hui il faudrait dire Yencéphale, ou mieux la moelle allongée, plutôt que le cerveau ).

Maintenant que vous avez acquis quelques notions sur 1 organisation et les fonctions des animaux supérieurs, vous pourrez écouter avec fruit ce que je dirai des analogies et des différences que l'on remarque entre les animaux.

PROLEGOMENES.

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