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DIFFÉRENCES ENTRE LES ANIMAUX

Je vous ai dit que sur la considération des différences d'organisation et de forme , dans les espèces animales , on avait fondé leur classification ; on peut déduire de la même source le parallèle de leurs fonctions. Je ferai donc marcher de front ces deux études , après avoir donné séparément quelques considérations sur l'une et sur l'autre.

Relativement à la comparaison des fonctions, dans la série ani-

3l$ I'iu>llo/l>mi:m;s.

maie, il y a lieu de choisir entre deux méthodes: 1" ou pt-uL examiner chaque fonction à part et suivre sa complication graduelle du zoophyle à l'homme, ou bien, w2° étudier comment Yeusemble des fonctions se modifie d'une classe animale à une autre. Je me garderai bien d'employer ici la première méthode , qui trouvera son application lorsque je traiterai de chaque fonction en particulier. Je choisirai donc la seconde, comme plus abréviative, plus convenable pour un parallèle, et plus propre, enfin, à vous Paire connaître les formes diverses sous lesquelles se produit la vie.

Je pense que vous avez encore sous les yeux le tableau fidèle des fonctions, chez un animal supérieur, de leur nombre, de leur complication, des appareils à l'aide desquels elles s'exercent. Or, vous ne devez pas vous attendre à rencontrer toutes ces fonctions et tous leurs appareils dans les animaux inférieurs; les fonctions y seront moins nombreuses. Voilà une première différence. Mais la différence résultant de leur nombre sera moins saillante encore que la différence provenant de leur simplicité ou de leur complication, car (on ne saurait trop insister sur ce point) un animal, quelque imparfait qu'il soit, doit avoir les principales actions qui appartiennent à l'animal. Sans doute, il les possède; mais il les exerce plus ou moins complètement , et la nature a déployé plus ou moins de luxe dans le nombre des instruments qu'elle a affectés à leur entrelien.

Jetez les yeux sur ce qui se passe aux derniers échelons de l'échelle zoologique. Soit un animal composé d'une masse homogène, sans cavité, ni vaisseaux, ni organes quelconques. Eh bien, dans ce petit amas de matière organique vivante, vous trouverez déjà une fonction $ absorption, une respiration, une nutrition, des sécrétions, ou mieux des excrétions, une certaine forme de mouvements, d'où, par induction, nous concluons à des sensations obscures; enfin, une reproduction. Voilà donc déjà une série assez notable de fondions. Mais celte absorption se fait sans qu'il y ait des vaisseaux pour en transporter les produits; celte respiration a lieu sans organes respiratoires, l'air agissant sur toute la masse du corps ; ces sécrétions se font sans gUmdesqui travailleraient sur un suc nutritif; ces mouvements

COMPARAISON DES A\1IIU V ENTRE EUX. à™

et la sensibilité qu'ils supposent se foui sans muscles et sans nerfs apparents, et ressemblent plutôt à des actions de pure irritabilité, et enfin la reproduction, au lieu de se faire par des sexes séparés , se fait par des corpuscules reproducteurs. Vous remarquerez en outre , Messieurs , qu'il manque ici certaines fonctions. Il n'y a pas de digestion, l'animal prenant à la manière d'une plante la nourriture en dissolution autour de lui ; il n'y a pas de circulation, et on ne trouve par conséquent ni humeur centrale, ni cœur, ni vaisseaux; il n'y a ni innervation, ni ces actions plus relevées qui se passent dans le centre nerveux des mammifères (1).

Aux fonctions des animaux inférieurs, nous verrons s'ajouter un petit nombre de fonctions nouvelles et de nouveaux organes. Or, quelle sera l'importance relative de ces additions? Les nouveaux organes seront-ils soumis à ceux dont l'existence est plus générale? en sera-t-il de même des nouvelles fonctions? Non, Messieurs, c'est le contraire. Ces nouveaux organes domineront ceux qui existaient avant eux. Des animaux manquent de cœur, ils ont des vaisseaux; lorsque le cœur apparaît un peu plus haut dans l'échelle, c'est le cœur qui tient toute la circulation et même les autres fondions sous sa dépendance. Des animaux n'ont que des nerfs et des ganglions, mais pas d'axe cérébro-spinal : dès que cette partie centrale a paru, elle domine tout l'animal, elle commande à toutes les autres parties du système nerveux.

Vous aurez enfin l'occasion de constater qu'il ne faut pas re= monter bien haut dans l'échelle animale pour trouver des êtres

(1) On verra, dans la classification , que les éponges ne sont pas les seuls animaux auxquels ces considérations puissent s'appliquer. Depuis mes premières publications, M. Dujardin m'a écrit qu'il n'avait pas été ébranlé le moins du monde par les démonstrations que M. Ehrenberg est venu faire à Paris , et que d'ailleurs il n'avait point été invité à y assister. Un examen approfondi des travaux de notre habile micrographe, de ceux de Siebold et de quelques autres naturalistes étrangers , me fait penser qu'un grand nombre de zoophytes infufusoires u'ont ni bouches ni estomac, et que Muller n'était pas suffisamment renseigné quand il a écrit que tous les animaux ont une cavité digestive.

330 fïlÔLÉGOMÈNES.

qui ont toutes les fondions et même les appareils des mammifères, et qui en sont cependant à une distance immense. Il y aura ici, entre autres différences, celles provenant de l'inégal développement d'un même organe. Quelle différence n'y a-t-il pas entre le cœur uniloculaire et le cœur composé de quatre cavités sans communication des droites avec les gauches , entre le cerveau d'un reptile et celui de l'homme?

Quelques mots maintenant sur la classification des animaux (1). L'arbitraire a régné dans cette partie de la zoologie, tant qu'on s'est contenté de quelques caractères extérieurs pour servir de bases aux divisions. Des distributions plus méthodiques ont pu être introduites à mesure que les monographies se sont multipliées sur différents groupes du règne animal. Aux travaux des zoologistes du dernier siècle et du commencement de celui-ci, qui peuvent être consultés avec fruit sur cette matière , il faut ajouter ceux de MM. Agassiz, Duvernoy, Milne-Edwards, Geoffroy-Saint-Hilaire, Dujardin, Ehrenberg, J. Muller, Rudolphi , Wagner et ses collaborateurs, de Blainville, Richard Owen, Stannius, de Siebold, Wiegmann , etc.

Les mots série zoologique, échelle zoologique, si souvent employés en histoire naturelle, ne doivent pas vous faire croire à la possibilité de placer toutes les espèces animales, ou même leurs différents groupes, à intervalles égaux et dans une série régulière et progressive; presque partout on observe des lacunes. La découverte de certains animaux fossiles a pu combler quelques-unes de ces lacunes, mais elle ne les a pas fait disparaître toutes. Une difficulté plus sérieuse résulte de ce que certains caractères, qui ont servi de base aux divisions d'une grande

(1) En présentant ici celle classification, et avec quelques détails, j'ai encore un autre but que celui que j'ai déjà fait connaître. Je ine propose de donner aux élèves une sorte de répertoire auquel ils pourront recourir, toutes les fois que, dans le cours de l'ouvrage, il m'arrivera de faire des citations d'anatomie ou de physiologie comparées. M. Ch. Robin, agrégé dans la section d'histoire naturelle, m'a fourni les moyens de mettre cetle partie de mon travail au niveau des découvertes les plus modernes de zoologie

classe, se reproduisent dans une des divisions de cette même classe.' Par exemple, dans la classe des mammifères, telle que Cuvier l'avait constituée, on trouve des carnassiers, des rongeurs, des édentés, etc. , et de plus des marsupiaux, animaux qui ont pour caractère les os de ce nom, la bourse, et une disposition particulière des organes génitaux. Or, parmi ces marsupiaux, on retrouve des carnassiers, des rongeurs et des édentés, etc.

Si vous réfléchissez que des faits de ce genre se reproduisent dans les autres classes, vous serez persuadés qu'il ne faut pas prendre à la lettre les expressions d'échelle animale ou de série zoologique.

Je passe à la classification.

Les animaux se divisent en vertébrés et en invertébrés.

Les vertébrés ont tous, et sont les seuls qui aient un centre nerveux placé au-dessus du canal intestinal.

Ce centre nerveux est protégé par une enveloppe osseuse ou cartilagineuse {colonne vertébrale), divisée en pièces nombreuses qu'on nomme vertèbres, ou n'offrant que des traces de divisions.

Tous ont, au centre de leurs membres, un prolongement osseux ou cartilagineux : charpente destinée, avec l'enveloppe du système nerveux, à servir d'attache aux muscles et de leviers pour les mouvements. La colonne vertébrale, prolongée en forme de queue, constitue un membre qui ne manque jamais, et c'est le seul qui soit dans ce cas.

Tous, à une exception près , ont le sang coloré en rouge par des globules , cellules, ou disques, qui flottent dans ce liquide.

Chez tous, pendant le développement, le vitellus répond à la face ventrale de l'embryon.

Les invertébrés n'ont pas tous un centre nerveux reconnaissable, et quand il existe, il est placé partie au-dessus et partie au-dessous du canal intestinal.

Ce centre nerveux n'est pas protégé par une colonne vertébrale.

Ils n'ont pas d'os dans leurs membres ou appendices. 1. 21

322 l'HOUXOMI-XES.

Chez ceux qui ont du sang, ce liquide n'est pas coloré en rtïujjte par des globules particuliers.

Pendant leur développement, le vitellus répond toujours à la face dorsale ou postérieure de l'embryon , c'est-à-dire à la (ace opposée au système nerveux.

C'est par les invertébrés, et par les plus simples d'entre eux, que je vais débuter dans la classification, afin de montrer la complication graduelle des organes et des fonctions du zoopliyle à l'homme.

ANIMAUX INVERTKimÉS.

On a conservé les trois embranchements établis ici par Cuvier : 1° zoophytes , 2° mollusques , 3° articulés , ou annelés de Lamarck et de M. Milne-Edwards; mais les travaux des modernes ont dû faire changer les subdivisions.

zoopn-i TE s

(ou 1er embranchement des invertébrés).

Cet embranchement renferme tous les animaux dont les organes sont coordonnés autour d'un point central pendant leur état embryonnaire. Quelques-uns conservent cette conformation à l'état de développement complet; d'autres ont alors leurs parties rangées autour d'un axe longitudinal.

Cet embranchement se divise en deux sections , celle des zoophytes globuleux, et celle des zoophytes radiaires.

Zoophytes globuleux

(ou lre section des zoophytes).

Ce sont les plus simples de tous les animaux. Leurs parties étant disposées autour d'un point central, ils ressemblent à une sphère plus ou moins régulière. On ne leur connaît ni organes des sens, ni système nerveux, ni organes sécréteurs, ni organes sexuels, ni fibres musculaires.

COMPARAISON DES AMiUYHX ENTRE EUX. 3g£

C'est dans ces degrés inférieurs de la série animale que le naturaliste rencontre le plus d'obstacles à une détermination précise des espèces. Des êtres réduits quelquefois à une simple cellule douée de mouvement peuvent être, 1° des zoophytes globuleux, 2° des larves de zoophytes radiaires, 3° de simples fragments de branchies de mollusques, rendus mobiles par les cils vibralilesde leur épithélium. Bien plus, c'est laque le règne animal semble se confondre, sinon en fait, au moins en apparence, avec le règne végétal, puisqu'entre les corpuscules reproducteurs de quelques zoophytes globuleux et les corpuscules reproducteurs des algues, animés les uns et les autres de mouvements dus à des cils vibratiles, il est très-difficile de signaler un caractère distinctif, en sorte que c'est l'événement ultérieur, c'est-à-dire la transformation en éponge , ou en algue par exemple , qui vient donner ce caractère distinctif.

Les zoophytes globuleux se divisent en trois classes : 1° les spongiaires, 2° les infusoires, 3° les rhizopodes.

Spongiaires (ou lre classe des zoophytes globuleux ).

Avant de passer à l'état d'épongés , les animaux de cette classe sont représentés chacun par un corpuscule ovoïde, microscopique , muni de cils vibratiles qui le transportent d'une place à une autre. Au bout de quelque temps, ce corpuscule se fixe et se développe en une éponge. On dit généralement que , dans cette nouvelle période de leur vie, les spongiaires ont perdu toute trace de sensibilité et de contractilité. Mais j'ai signalé, d'après M. Dujardin, des exceptions à cet égard (voir page 151).

Vous connaissez la charpente solide des éponges , composée de filaments cornés ou d'aiguilles calcaires ou silicieuses. Cette charpente soutient une masse molle, creusée d'une multitude de canaux ramifiés et anastomosés d'une manière très-complexe. Cette masse de matière animale absorbe de l'eau par toute sa surface extérieure, et manifeste sa vie par les courants rapides de cette eau, expulsée des grands cpnduits par les cils vibratiles qui les tapissent.

A certaines époques, les éponges expulsent avec feau les corpuscules reproducteurs dont nous avons parlé. Ce sont des gemmes ou bulbilles nées dans le parenchyme et tombées dans les canaux qui servent à la sortie de l'eau.

Non-seulement les éponges manquent de vaisseaux, de nerfs, de fibres musculaires, etc.; mais on n'y voit ni cavité digestive, ni organe spécial de respiration.

Les principaux genres de la classe des spongiaires sont les genres tethea, halicondria, clîone, spongia, grantia, duseideia, halisarca , geodia, syphonia , se f phi a, etc. 11 ne faut pas oublier le genre spongilla, sur lequel M. Dujardina fait ses expériences, et qui est le seul genre d'eau douce.

lnfusoires (ou 2e classe des zoophytes globuleux).

Tous les animaux de cette classe sont microscopiques. Presque tous se meuvent avec rapidité à l'aide de cils vibratiles dont le nombre est variable (quelquefois il n'y en a qu'un). Ils se reproduisent par bulbilles comme les spongiaires, mais ils ne subissent pas les mêmes métamorphoses. Quelques-uns se reproduisent par scission. Leur corps est sphéroïdal ou allongé, mais quelques-uns changent de forme à chaque inslant.

La question de leur structure a partagé les micrographes les plus célèbres, ainsi que je l'ai déjà fait pressentir. Ehrenberg a attribué à quelques-uns plusieurs estomacs (infusoires polygastriques); il leur a donné un système nerveux, quelquefois un œil, un testicule, une vésicule séminale contractile, des œufs; et il a cru même avoir provoqué leur accouchement artificiel. Mais de sérieuses objections ont été faites- à cette manière de voir par M. Dujardin et par M. de Siebold , l'un des micrographes les plus habiles et des naturalistes les plus distingués de l'Allemagne. Ils ont bien vu, comme Ehrenberg, et comme l'avait observé en premier lieu Gleïchen, le carmin introduit dans la liqueur qui contient ces animaux, pénétrer, chez quelques-uns, par une bouche et un œsophage , dans l'intérieur du corps, mais ils ont constaté

que la cavité où s'accumulait la matière alimentaire était purement accidentelle et produite par le refoulement de la mal.ère du corps, que M. Dujardin appelle sarcode. D'autres infusoires n'ont ni bouche ni œsophage; et quant à ces parties plus dures que M. Ehrenberg a prises pour des testicules, M. de Sicbold les considère comme le nucleus de la cellule primitive par laquelle ils se développent.

Si les cils vibratiles implantés à la surface des infusoires les rapprochent des corpuscules reproducteurs des algues , ils en diffèrent par les contractions et les expansions volontaires de leur corps.

En retirant de la classe des infusoires les rhizopodes , pour en faire une classe à part dans les zoophytes globuleux , avec M. de Siebold, il nous reste quatre ordres, que nous allons énumérer d'après M. Dujardin.

Premier ordre dans la classe des infusoires.

Les animaux de cet ordre forment véritablement une exception parmi les zoophytes globuleux, car leur corps, au lieu de se rapprocher de la forme sphérique , est long et filiforme. Ajoutons qu'on n'y voit aucun organe locomoteur, et cependant ces êtres se meuvent rapidement par des inflexions de leur corps , à défaut de cils vibratiles. Pas de cavité digestive.

Les genres bacterium, vibrio et spirillam, composent l'unique famille que cet ordre renferme.

Deuxième ordre dans la classe des infusoires.

Les infusoires de cet ordre possèdent un, deux, ou plusieurs fils locomoteurs qu'on a pris à tort pour des trompes; car, ainsi que les précédents , ils n'ont ni bouche ni organes digestifs. Cet ordre renferme six familles.

1° La famille des monadlens , qui se distinguent par absence des téguments, et où nous noterons les genres monas, cyclidium , cercomonas , trichomonas. Ces derniers ont des cils vibratiles implantés sur leur fil locomoteur. Quelques monadiens

au lieu de nager librement sonl agrégés, comme on le voit dans les genres uvella et aulophysa.

2° La famille des volvociens , animaux analogues aux monades, mais réunis dans une enveloppe commune, gélatineuse ou membraneuse. Les genres volvox, pandorina, goniurn et uroglena lui appartiennent.

3° La famille des dinobryens , qui sonl logés chacun dans un étui membraneux. Les étuis sont soudés les uns aux autres.

4° La famille des thécamonadiens , qui sont renfermés dans une enveloppe dure, souvent fragile, globuleuse ou aplatie.

5° La famille des euglëniens, qui ont le tégument éminemment contractile et changent de forme à chaque instant. Les genres astasia et euglena, etc., sont de cette famille.

6° La famille des péridiniens , dont le tégument est rigide , semblable à un véritable têt , et portant deux rangées de cils. Le genre ceraltuin a des cornes qui manquent dans les individus du genre peridinium.

Troisième ordre dans la classe des infuseïtes.

On range ici tous les iufusoires ciliés sans téguments contractiles. Les cils sont épars et sans ordre dans la famille des enchéliens; ils sont rangés autour de la bouche clans les quatre autres familles de cet ordre, qui sont celles des ttïchodiens, des kéroniens, des plœsconiens et des oiviliens.

Vous remarquerez que c'est dans ces quatre familles que nous voyons apparaître pour la première fois la bouche; laquelle fera encore défaut dans certains infusoires que nous allons rencontrer.

Quatrième ordre dans la classe des infasoires.

Les infusoires de cet ordre sont caractérisés par un tégument réticulé , contractile , granulé à la surface.

La bouche manque dans la famille des leucopliryens ; elle existe dans les autres familles , qui sont celles des paraméciens, hnr-

sariens, iiicéotariens et vortlceUiens. L'infusoire nommé vaginicola, qui rétracte son corps au tond d'un étui transparent, appartient à la famille des vorticelliens.

Les infusoires jouissent d'une singulière propriété, à laquelle déjà nous avons fait allusion. Privés de mouvement et de toute apparence de vie par la dessiccation , ils se raniment dès qu'on les humecte; et, chose curieuse, cela a lieu encore après qu'ils ont perdu par diffluence plus des deux tiers de leur volume ou laissé échapper, par rupture de leur enveloppe, les granules qu'ils renferment. C'est là un caractère distinctif entre eux et les corpuscules reproducteurs des algues, auxquels l'eau ne rend pas leurs mouvements quand ils les ont perdus. Ajoutons que la matière qui s'échappe des infusoires que l'on dessèche ou qui tombent en diffluence par l'action de la vapeur d'ammoniaque est contractile et se creuse de vacuoles, ce qui n'a pas; lieu pour la matière qui compose les corpuscules à cils vibratiles des algues. L'expulsion des granules hors du corps des infusoires est ce qu'Ehrenberg a décrit comme une ponte artificielle.

Rhizopodes (ou 3e classe des zoophytes globuleux).

Les rhizopodes ont été séparés de la classe des infusoires par M. de Siebold. Ces animaux ont, au lieu de cils vibratiles, des expansions contractiles de la matière même du corps; expansions parfois ramifiées , et qui peuvent rentrer et se fondre dans la substance de l'animal, dont la forme change à chaque instant. Les rhizopodes ne se déplacent qu'avec une excessive lenteur. On ne leur a point encore aperçu de bouche ; ce sont des animaux d'une extrême simplicité.

Premier ordre des rhizopodes.

Dans les animaux de cet ordre , les expansions sont très-contractiles, ramifiées, et elles servent à la locomotion de l'animal.

Cet ordre comprend deux familles , les amibiens et les arcelliniens.

Les amibiens n'ont point le corps protégé par un lét solide.

Les arcelliniens ont celle coque protectrice. Les genres arcella, difflugia, trinema, euglypha, gromia , etc., appartiennent à cette famille. Quelques arcelliniens ont le tèt percé de trous qui laissent sortir des expansions de la substance du corps; M. d'Orbigny les a décrits sous le nom de mollusques foraminifères. Dans le genre miliola, il n'y a qu'une ouverture ; il y en a plusieurs dans le genre rotalia, etc. Dans quelques espèces fossiles , le trou a plus d'un millimètre de largeur.

Deuxième ordre des rhizopodcs.

Les expansions qui caractérisent les animaux de cet ordre ne sont point ramifiées ; rarement les voit-on se contracter. L'animal est presque toujours immobile.

Les actinopbryens constituent la seule famille de cet ordre.

La famille des actinophryens contient les genres actineta, actinophrys et autres.

Zoophytes rayonné*

(ou 2e section des zoophytes).

Les zoophytes rayonnés ont leurs organes groupés autour d'un axe longitudinal ou vertical ; ils sont pourvus iïorganes sexuels qui manquaient aux spongiaires, aux infusoires et aux rhizopodes. Tous ont un appareil digestif, des fibres contractiles disposées en couches ou en faisceaux. On voit clone apparaître ici la fibre musculaire. Chez tous aussi la couche extérieure du corps , bien qu'elle ne puisse être séparée sous forme de membrane, ayant une existence à part, se dislingue cependant des parties sous-jacentes par les cellules qui la composent; cellules nues ou couvertes de cils vibratilcs. Enfin tous, au sortir de l'œuf, passent par l'état de larves ciliées avant d'arriver à l'état parfait.

Les zoophytes rayonnes se divisent en trois classes, les polypes, les acalèphes et les èchinodermes.

Polypes (ou lre classe deszoophyles rayonnés).

Les polypes sont fixés, par une de leurs extrémités, à un support commun ou aux parties voisines. Leur corps , cylindrique ou ovalaire , porte à une de ses extrémités une ouverture qui sert tout à la fois de bouche et d'anus. Cette ouverture conduit à une cavité en cul-de-sac , dans laquelle l'eau est admise aussi bien que les aliments , de sorte que cette cavité sert à la digestion et à la respiration. Les polypes se reproduisent par des œufs et par des gemmes ou bourgeons. Les deux sexes sont tantôt portés par le même individu, tantôt par des individus séparés. Nous voyons donc paraître ici, pour la première fois, des œufs et des zoospermes.

La classe des polypes se divise en trois ordres , les hydraires, les alcyonnaires et les zoanthaires.

Hydraires

(ou 1er ordre des polypes).

Les hydraires se présentent sous la forme d'un tube mou , non cloisonné , dont l'ouverture ou bouche est environnée de tentacules filamenteux. Si une telle conformation ne fait pas supposer une grande complication dans les fonctions, il semble que la nature ait épuisé pour ces êtres presque tous les modes de la génération. Ainsi on voit les mêmes individus se reproduire à la fois, ou successivement, 1° par des œufs que des zoospermes ont fécondés, comme dans les animaux supérieurs; T par, des bourgeons , qui ne se détachent que quand ils ont subi un développement complet ; 3° par des bourgeons ou bulbilles devenus libres avant leur développement. Et ce qu'il y a de plus surprenant , c'est que, dans plusieurs familles, on voit les jeunes animaux qui procèdent des œufs de polypes hydraires , passer par la forme

ddU ËROLÉGOUÈNGS.

de méduses avant de se fixer et de devenir des polypes. Or les méduses, qui appartiennent à la classe des acalèphes, sont des animaux supérieurs aux polypes hydraircs. Pendant qu'ils sont à l'état de méduses, ces animaux pondent des œufs qui donneront des polypes hydraires. A la vérité, on se demande si ces faits , que M. Dujardin a vus s'accomplir dans des bocaux , et que Van Beneden avait déjà aperçus, mais incomplètement interprétés, se reproduiraient dans les eaux de la mer.

Parmi les polypes hydraires, quelques-uns sont nus, comme les hydres proprement dites, qu'on peut retourner comme un doigt de gant , et qui digèrent avec ce nouvel estomac. Le corps est nu dans les genres synhydra, coryne , syncorine , eleutheria, etc.

D'autres polypes hydraires ont le corps enveloppé d'un étui corné. Cela se voit dans la famille des serlulariens, dans le genre campanularia , dans les plumulaires, etc. Les individus de chacune de ces dernières familles sont supportés par un pied commun.

Aleyoniens

( ou 2e ordre des polypes ) .

Les aleyoniens sont des polypes agrégés, dont le corps est plus long que celui des polypes hydraires. Les tentacules de leur bouche sont foliacés et non filamenteux; ils sont garnis , sur leurs bords , de petits prolongements cylindriques. Nous voyons ici pour la première fois le tube digestif, flottant, distinct de la masse du corps. Huit feuillets membraneux, nombre égal à celui des tentacules, fixent ce tube aux parois du corps. Les testicules et les ovaires, distincts aussi pour la première fois de la masse du corps, sont logés dans l'épaisseur de ces feuillets membraneux. Parmi les familles de cet ordre, nous citerons: Les tubiporiens, dont la partie commune est entourée d'un tube calcaire ;

Les coralliens , au centre desquels se dépose une substance cornée ou pierreuse, le corail;

Les vêrétilliens , qui flottent librement, bien qu'un axe calcaire traverse leur partie commune ;

Les alcyoniens proprement dits, dont la partie charnue manque de support calcaire.

Zoanthairés

(ou 3e ordre des polypes).

Ces animaux ont le corps cylindrique, tronque aux deux bouts ; une des extrémités est fixée au sol, ou à un support commun; l'autre est occupée par la bouche qui est entourée d'une multitude de tentacules cylindriques simples. A la bouche succède un œsophage court qui s'ouvre dans la grande cavité du corps, dont las parois présentent un grand nombre de lames dans lesquelles se développent les œufs ou les zoospermes.

Parmi les zoanthairés, les uns sont agrégés soit avec un support calcaire, comme les méandrines , les astrées, les caryophillies , dont les débris forment les bancs de corail; soit avec un support charnu comme les zoanthes. Les autres sont isolés, comme les actinies, les euménides, les edwardsies.

Dans cette tribu des zoanthairés isolés, nous allons voir apparaître une condition organique que nous n'avions pas encore rencontrée, et une nouvelle singularité dans le mode de génération.

Le fait anatomique, c'est l'apparition d'un système nerveux. . Il est formé d'un anneau placé sous l'enveloppe musculaire, entre la cavité intestinale et la partie fixe de l'animal. Cinq ganglions composent cet anneau d'où parlent des filaments nerveux.

La singularité dans le mode de génération consiste en ce que les œufs éclosent dans les lamelles où ils se forment, de sorte que les petits, tombés dans la cavité du corps, sont rejelés vivants par la bouche.

Àcalèphes (ou 2e classe des zoophyles rayonnés).

Les àcalèphes ne sont ni agrégés , ni fixés; ils n'ont ni support

ni enveloppe calcaire. Leur corps est toujours mou, muni d'appendices ou de tentacules de forme et de grandeur variées. Leur appareil digestif n'a pas d'anus; il est confondu avec la substance du corps; mais il offre cette particularité, qu'il envoie des conduits ramifiés dans les diverses parties de l'animal. L'eau qui pénètre dans ces conduits y entraîne les aliments dissous. On dirait que la nature a réuni chez ces animaux un appareil circulatoire à un appareil digestif. La cavité du corps serait tout à la fois un estomac qui digère et un cœur qui envoie, par les canaux dont nous venons de parler, le suc nutritif à toutes les parties. On pourrait même dire que l'appareil respiratoire est joint aux deux autres, puisque l'eau chargée d'oxygène s'introduit dans ces conduits. Je dois pourtant vous faire remarquer que le caractère fondamental du système circulatoire étant d'être isolé, distinct de la cavité digestive , on ne peut assimiler à des vaisseaux les tubes dont il vient d'être question. Quelques acalèphes ont un système nerveux, mais on ne l'a pas démontré chez tous. Leurs organes sexuels, portés par le même individu, y sont, suivant les genres, réunis ou séparés. On a signalé dans quelques beroés des points oculaires colorés, au voisinage de leurs ganglions nerveux. On a décrit aussi , chez quelques-uns , des otolithes analogues à ceux des mollusques ; mais, à cet égard, il n'y a rien de positif.

Les acalèphes sont divisés en trois ordres, les siphonophores, les discophores et les cténophores.

Siphonophores

(ou 1er ordre des acalèphes).

Les siphonophores n'ont pas de cavité digestive centrale commune, ni de bouche proprement dite; leur appareil digestif est représenté par plusieurs suçoirs, qui se continuent par des tubes dans toutes les parties de l'animal. On les divise en trois familles.

1° Les vellélides ont dans le corps une pièce cartilagineuse ou calcaire creusée de cellules pleines d'air.

2° Les physalides ont une vessie natatoire pleine d'air, à l'extrémité antérieure de leur corps , qui est mou.

COMPARAISON DES ANIMAUX ENTRE EUX. do.i

3° Les diphyides ont le corps contenu dans une sorte de caisse cartilagineuse.

Dlscouhorcs ou Médusides

(ou 2e ordre des acalèphes).

Ces animaux ont une grande cavité digestive et un disque gélatineux en forme de champignon, qui leur sert d'organe de locomotion. On a décrit dans cet ordre les familles des œquorinées, des océanides , des gorgonides , des rhizosthomides et des médusides. Les médusides renferment quelques genres et espèces assez souvent cités, savoir : les méduses, les cyanées, les au rélies.

Cténophorcs

(ou 3e ordre des acalèphes).

Les ctènophores ont aussi une grande cavité centrale, une bouche , et pour organes locomoteurs des rangées de lamelles vibratiles à leur surface extérieure. On les divise en trois familles, savoir :

1° Les béroïdées, où nous signalerons les genres béroé et rnedea ;

2° Les mnémiides , genre eucliaris;

3° Les callianirides , genres cydippe, césium.

Échinodermes (ou 3e classe des zoophytes rayonné» ).

Nous allons voir, dans cette classe , l'organisation et les fonctions se compliquer d'une manière sensible, et apparaître de nouvelles parties, et cependant il n'y a pas lieu de retirer ces animaux du groupe où ils figurent, car ce sont, de tous les rayonnés, ceux dont les parties sont le plus régulièrement disposées autour d'un axe central. La peau est tvès-distincie des parties sous-jacentes. Le système nerveux entoure la bouche et

porte cinq ganglions , d'où émanent des filets. Les ovaires et les testicules sont ramifiés, terminés d'un côté en cul-de-sac, de l'autre par une ouverture libre. Un mésentère soutient le tube digestif, qui est parfaitement distinct du corps, et sur lequel se trouve un système vasculaire (c'est la première fois que nous voyons des vaisseaux et un liquide central ou sang, mais il n'a pas encore une carrière circulaire). Pour la première fois aussi apparaissent de véritables organes respiratoires : ce sont des branchies, externes ou internes. Enfin ou trouve dans quelques espèces, annexée à l'intestin, une glande sécrétant une substance verdàtre; c'est un rudiment de foie.

Vous voyez, Messieurs, combien de modifications semble entraîner l'apparition d'une humeur centrale. Outre les vaisseaux qui la contiennent, il y a un appareil où elle va subir Faction de l'air, et déjà aussi elle peut fournir à une sécrétion spéciale pour laquelle une glande a été créée.

Enfin, les échinodermes érigent leurs tentacules au moyen de tubes qui s'ouvrent dans la bouche et que l'eau dilate.

A l'extrémité de chaque rayon des astéries et autour de la bouche des oursins sont des taches de pigment, considérées par Ehrenberg comme des points oculaires.

Tous passent par l'état de larves sphériques et ciliées avant d'arriver à l'état parfait.

Les échinodermes se divisent en quatre ordres, d'après leur forme et les modifications de leur enveloppe.

1° Dans Tordre des crinoïdes, il y a un squelette calcaire intérieur, formé d'un grand nombre de pièces articulées entre elles et mobiles. Cet ordre comprend deux familles , les encrinides et les comatulinèes.

2° Dans l'ordre des astéroïdes , le corps est divisé en rayons autour d'une partie centrale, il y a une enveloppe calcaire et à l'intérieur des pièces mobiles comme dans l'ordre précédent. Cet ordre se divise et deux familles, les ophiurides et les astéridées.

Les astéries ne respirent pas par des lamelles branchiales, mais, comme l'a vu Wagner, par des tubes contractiles situés à

la face dorsale du corps et garnis de cils vibratilcs. Elles n'ont pas d'anus.

3° Dans l'ordre des échinoïdes , le corps est sphéroïdal et le squelette extérieur. Les pièces de ce squelette sont soudées. Les échinides, les clfpéastrides et les spalangides sont les trois familles de cet ordre.

4° Dans l'ordre des holothurides le corps est cylindrique, allongé; la peau est coriace, mais sans incrustations calcaires, sauf au voisinage de la bouche qui est entourée d'un anneau de pièces solides. Cet ordre renferme la famille des holothurines et celle des synaptines.

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