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VINGT-SIXIÈME LEÇON

de i.a mastication.

Les actes qui ont lieu dans le premier compartiment de l'appareil digestif sont en quelque sorte préparatoires; cependant ils ont une certaine influence sur l'élaboration ultérieure que l'aliment doit subir.

Je rapporte à cinq chefs les phénomènes auxquels donne lieu la présence de l'aliment dans la cavité buccale. 1° L'aliment y est goûté, et il impressionne en outre la sensibilité tactile et générale de la membrane tégumentaire par ses autres qualités physiques, comme sa température , sa consistance; 2° la température de l'aliment y est modifiée, à moins que le contact ne soit extrêmement court, ou que cette température ne soit exactement celle de la cavité buccale; 3° l'aliment y est écrasé ou réduit en parcelles ténues , en pâte : c'est l'œuvre de la mastication ; 4° l'aliment y est pénétré de sucs fournis par la cavité buccale et les glaDdes adjacentes : c'est X insalivation; 5° l'aliment est poussé vers la cavité pharyngienne ou du moins jusqu'à l'isthme du gosier par le premier temps de la déglutition. Les phénomènes sont beaucoup moins compliqués chez certains animaux inférieurs, dont la bouche, peu ou pas distincte du canal dans lequel elle s'ouvre, n'est qu'un lieu de passage pour l'aliment.

L'histoire du goût sera faite à propos des sensations.

Lorsque la température trop basse ou trop élevée de l'aliment pourrait faire une impression défavorable ou douloureuse sur l'estomac, il peut être utile de le conserver dans la bouche, qui, suivant l'occurrence, lui donne ou lui enlève du calorique. Instinctivement alors , nous mettons la substance introduite dans la

ni! LA MASTICATION. OU/

bouche en conlact avec la langue et la voûte palatine, plutôt qu'avec les lèvres et les dcnls, qui en seraient très-péniblement u Ffcc tccs

Les trois autres actions vont être étudiées avec le soin qu'elles exigent. Nous nous occuperons aujourd'hui de la mastication.

Celte action préparatoire manque chez les animaux qui prennent leur nourriture à l'état liquide, car on ne peut considérer comme organes de mastication les instruments à l'aide desquels ils divisent les tissus dont ils veulent pomper les sucs. Les oiseaux à gésier musculeux, qui avalent les graines sans les broyer, certains animaux carnassiers, qui avalent la proie tout entière, n'effectuent point non plus l'acte préparatoire dont nous nous occupons.

L'appareil de la mastication siège à l'entrée du tube digestif; mais beaucoup d'animaux , appartenant à des classes fort différentes, ont dans le ventre des organes évidemment destinés à opérer la trituration des aliments : tels sont le gésier des gallinacés, celui du poulpe et de quelques autres invertébrés, les plaques calaires, improprement nommées yeux d'écrevisse, etc. Doit-on dire que chez ces animaux la mastication se fait dans le yentre? Il faut répondre négativement, si on veut, avecBurdach(l), se refuser à voir des agents de mastication dans les muscles qui ne se contractent pas sous l'influence de la volonté. Je ne vois pas d'inconvénient à accepter cette distinction, et à renvoyer à la physiologie de l'estomac tout ce qui concerne les mouvements de cet organe.

La mastication est une action très-complexe, à laquelle prennent part les mâchoires, la langue, les joues, les lèvres. Des muscles nombreux, recevant leurs nerfs de plusieurs sources, mettent ces parties en mouvement, dont la précision est assurée par des sensations tactiles auxquelles président des nerfs différents de ceux qui ont animé les muscles. Il faut donc analyser celte action avant de la prendre dans son ensemble.

(I) Traité de physiologie , t. IX, p. 179.

DF, r.A DHiESTION.

Action tics mâchoires.

Tous les animaux vertébrés ont deux mâchoires; aucun n'en a plus de deux.

Chez tous les vertébrés aussi , ces mâchoires sont superposées ; tandis que nous les verrons placées latéralement chez les insectes.

Les mammifères n'ont de mobilité qu'à la mâchoire inférieure; la supérieure est soudée avec le crâne, et offre un point d'appui résistant, sur lequel l'autre Yient presser les aliments.

Les deux mâchoires sont mobiles chez les oiseaux, et non-seulement le bec supérieur se meut sur le crâne, mais les diverses parties de ce bec jouent les unes sur les autres. Le bec inférieur, qui ne tient au crâne que par l'intermédiaire d'un os, nommé os carré, est très-mobile aussi. Cette condition est peu favorable pour la mastication , mais elle permet aux animaux d'avaler d'assez grosses bouchées sans les avoir atténuées.

Parmi les reptiles, les uns ont la mâchoire supérieure soudée au crâne, de même que les mammifères; les autres l'ont excessivement mobile. Au nombre des premiers, vous rangerez les crocodiles, les lézards, les tortues, les grenouilles, les salamandres, et même quelques ophidiens (orvet, amphisbène). Vous comprendrez dans les seconds presque tous les ophidiens, dont la mâchoire supérieure peut se porter en avant, sans que le crâne la suive. Cette circonstance, la présence de l'os carré, et le défaut de soudure entre les moitiés droite et gauche des mâchoires, qui ne sont réunies que par des membranes , permettent aux couleuvres, aux boas, aux vipères, d'avaler des animaux plus gros que leur corps, celui-ci se dilatant pour les recevoir. Vous comprenez que, dans ce cas, la mastication est nulle; tout au plus peut-on dire que la proie est passée à la filière pendant celte lente et laborieuse déglutition, à laquelle le boa prélude en pressant sa proie des robustes anneaux de son corps.

L'os carré existe chez les poissons.

Les organes de préhension de l'aliment sont employés aussi à

sa division par plusieurs animaux invertébrés, chez lesquels les membres se transforment en mâchoires (pattes -mâchoires). C'est ainsi que chez les crustacés décapodes, les premiers articles des cinq premières paires de paltes se réunissent autour de la bouche, et entrent en contact par leurs bords dentelés qui réduisent l'aliment en parcelles. Les insectes névroptères, coléoptères, orthoptères, hyménoptères, ont deux paires de mâchoires latérales, etc. (1). Peut-être devrait-on refuser le nom de mastication à une attriliou de l'aliment qui se fait en dehors de la cavité buccale. Cette exclusion ne s'applique point au puissant appareil des oursins et des astéries. Cet appareil à cinq branches (lanterne d'Aristote), qui forment une couronne autour du pharynx , se compose de cinq pièces calcaires très-longues, susceptibles de s'user, mais qui se régénèrent à mesure par le durcissement de leur partie postérieure. Une charpente solide est destinée à les maintenir, et des muscles nombreux les font mouvoir (2). Cet appareil existe aussi chez les holothuries , mais il y est moins compliqué et moins pénétré de matière calcaire.

Décrivons maintenant les mouvements des mâchoires chez l'homme et les mammifères.

La configuration des surfaces de l'articulation temporomaxillaire indique le sens des mouvements , et jusqu'à un certain point l'espèce d'aliment propre à chaque animal.

Le condyle de la mâchoire inférieure offre une direction transversale chez les carnivores. La cavité glénoïde, qui reçoit ce condyle, est profonde et limitée en arrière par une lame osseuse qui empêche le recul de la mâchoire. Chez certains carnivores, le blaireau par exemple, l'enchâssement de la mâchoire dans le temporal est si parfait , qu'elle tient encore à la tète après

0) Cuvier, Anaiomie comparée \t lre. édU., 1. 111, p. 30!. ,2) Cet appareil est figuré par Carus, pl. ix, fig. 19, et décrit, t. Il , p. 9. inatomie comparée, traduite par Jourdan.

610 I>K f.A DIGESTION.

la déslfuctîofi des pârtiëS molles (1). Une telle disposition exclut presque tout aulre mouvèhiérit que celui par lequel les mâchoires s'écartent ou se rapprochent l'une de l'autre, comme deux lames de ciseaux ; elle permet de serrer fortement la proie retenue entre les arcades dentaires. «C'est aussi, dit Cuvicr, de toutes les dispositions, la plus propre pour couper, seule façon de diviser que la chair admette. »

Le condyle des rongeurs est tout autre; son grand diamètre est antéro-postérieur, il est ovale d'avant en arrière. Cette conformation permet aux dents inférieures d'avancer et de reculer, avec la mâchoire, sous l'arcade dentaire supérieure.

La configuration change encore chez les ruminants. Des condyles plats et larges peuvent glisser, d'un côté àl'aulrë, sous la racine transverse du temporal également aplatie.

Chez l'homme , le grand diamètre du condyle n'est ni antéroposlërieur ni parfaitement transversal; il est oblique de dehors en dedans et d'avant en arrière , de sorte que si on continuait dans ce sens la ligne qui le représente, elle couperait celle du côté opposé au niveau du trou occipital. Ce condyle est moins bien enchâssé que celui des carnivores. Il y a eu discussion relativement à son mode d'articulation avec le temporal. De hac articulatione mullum pugnalum est, dit Haller (5), Les uns soutenant que le condyle s'articulait avec la cavité glénoïde, les autres prétendant que la racine transverse du temporal était seule destinée à l'articulation. On disputait aussi sur le lieu où il convenait de placer le condyle de la mâchoire , en montant un squelette (3). Le fait est qu'il y a un ménisque ou disque interarticulaire qui empêche de bien saisir les rapports des os entre eux. Si nous faisons, pour un moment, abstraction de ce ménisque , nous verrons que, dans l'état de repos et la bouche fermée, le condyle est placé un peu en arrière et au-dessous de la racine Irans-

(I) Cuvier, Leçons d'analomlc comparée , t. III , p. 34. •• C-2) t. VI,- p. 8 (3) Bordeu , Œuvres complètes , 1. 1, p. 55.

verse du temporal, et qu'il correspond, en conséquence, à la partie antérieure de la cavité glénoïde. N'en concluons pas que c'est avec celle-ci qu'il s'articule; car ce condyle n'est articulaire que par sa partie antérieure (1), laquelle regarde l'apophyse transverse du temporal, et la toucherait, si le disque fibreux n'était interposé aux parties. Ajoutons, avec Ferrein, que la cavité glénoïde n'a point ou presque point d'encroûtement cartilagineux articulaire, tandis que ce revêtement diarthrodiaï existe sur la racine transverse du temporal. En résumé, j'exprimerai le rapport des parties en disant que la partie culminante du condyle et la cavité glénoïde se correspondent par des parties non articulaires ; la partie antérieure du condyle et la racine transverse du temporal se correspondent par des parties articulaires.

Le ménisque interposé aux parties n'est pas horizontal , mais oblique de haut en bas et d'avant en arrière, comme l'a trèsbien fait observer M. Gosselin (2).

Une singularité de cette articulation a été signalée par les micrographes modernes : c'est que les surfaces d'encroûtement ne sont pas cartilagineuses , comme on l'a toujours dit, mais fi bro-cartilagi neuses (3).

J'ai du fixer avec précision la position des parties articulaires, pour décrire les mouvements de la mâchoire; je renvoie pour les autres détails aux traités d'anaioraie.

La mâchoire inférieure peut s'abaisser, se relever, se mouvoir latéralement, se porter en avant, être ramenée en arrière, et exécuter encore quelques mouvements indéterminés.

Mouvement d'abaissement et d'élévation de la mâchoire inférieure. Dans le mouvement d 'abaissement de la mâchoire, le

(1) Ferrein, Mémoires de l'Académie des sciences, 1744. Gosselin tudes sur les fibro-cartilages interarticulaires, thèse, 1843, n° 42*

(2) Loc. cit., p. 17.

(3) Encyclopédie analomique, traduite par Jourdàn, t. VII, p. 369.

menlon décrit un arc de cercle de haut en bas et d'avant enarrière. Le centre de ce mouvement est d'abord dans l'articulation lemporo-maxillairc; mais, à un certain degré d'écartement des mâchoires , le condyle se porte en avant à mesure que le menton se porte en bas. Supposez que vous ayez traversé les deux branches de la mâchoire, un peu au-dessus de leur partie moyenne, avec une broche de fer. Celte broche représentera le centre du mouvement, c'est autour de cette lige que se déplaceront en sens inverse le condyle et le menton, celui-ci décrivant un arc plus grand, celui-là un plus petit. Bordeu avait déjà indiqué ce mouvement composé de la mâchoire, en 1742, dans une note de sa thèse ayant pour titre Chylificalionis historia (1). Il reprit ce sujet dans ses Recherches analomiques sur la position des glandes et leurs usages (2). Il reconnaît que Monro (3) avait fait , sur l'articulation temporo-maxillaire , quelques observations et des expériences dont les résultats étaient connus à l'époque où fut publiée la thèse sur la chylification. Mais je dois surtout signaler à voire altenlion le remarquable mémoire de Ferrein sur les mouvements de la mâchoire (4), et la thèse déjà citée de M. Gosselin.

Suivant Ferrein, les condyles vont, pendant l'ouverture de la bouche , au delà de la surface articulaire du temporal , et ils se mettent dans un état de luxation imparfaite , entraînant avec eux la coiffe que leur donne le disque interarticulaire (5). Quant au point précis de l'os qui correspond à l'axe du mouvement, il le place plus près de l'angle de la mâchoire que du sommet du condyle, à peu près au niveau du trou dans lequel s'engagent le nerf et les vaisseaux dentaires inférieurs; mais dans les cas

(1) Bordeu, OEucres complète* , t. 1 , p. 20.

(2) Loc. cit., p. 54 et 55.

(3) Observations de la Société de médecine d'Êditnbourg.

(4) Mémoires de l'Académie des sciences pour 1744. Ferrein avait fait connaître ses découvertes sur ce sujet avant l'impression de son mémoire.

(5) Loc. cit., p. 441.

d'ouverture forcée de la bouche , cet axe remonte un peu (1).

On a écrit, et je viens de dire moi-même , que le condyle ne se mettait en mouvement qu'au moment où les mâchoires étaient déjà écartées l'une de l'autre; je pense que le déplacement du condyle a lieu dès le premier temps clu mouvement. Qu'on mette un doigt à l'entrée du conduit auditif, avant d'écarter les mâchoires l'une de l'autre, on sentira que le condyle se portera en avant aussitôt que les dents s'écarteront.

Pendant le mouvement du condyle, le ménisque, pressé par lui, devient horizontal et se porte en avant. La chose se passe ainsi sur le cadavre (2); mais je pense qu'il se joint, sur le vivant, à la pression exercée par le condyle, une traction exercée par le muscle ptérygoïdien externe, qui s'attache à la partie antérieure du disque interarticulaire.

Pendant que le condyle et le ménisque se portent en avant , le premier, ayant un excès de mouvement sur le second, glisse au-dessous de lui, et l'abandonnerait , dit M. Gosselin , si l'ouverture de la bouche était portée assez loin pour luxer la mâchoire (3).

En se portant en avant, le condyle laisse derrière lui un vide dans la cavité glénoïde, lequel est à l'instant comblé par le paquet graisseux situé derrière l'articulation. C'est le poids de l'atmosphère qui pousse le paquet graisseux dans la cavité que l'os a abandonnée. Tel est l'usage de ces paquets graisseux , prétendues glandes synoviales, annexés aux articulations.

La projection en ayant du condyle augmente l'ouverture de la bouche. M. Gosselin s'est assuré que, si on relient le condyle en place, les mâchoires s'écartent de 7 à 8 millimètres de moins que pendant le mouvement normal des parties articulaires. Bordeu (4) a attribué au déplacement du condyle en avant un autre

(1) Loc. cit., p. 442.

(2) Gosselin , loc. cil.

(3) L'opinion générale est que le ménisque se luxe avec le condyle.

(4) Bordeu, OEuvrcs complètes, t. I , p. ôi el 55.

olq DE LA DIGESTION.

avantage, celui d'empêcher que la parotide ne soit comprimée pendant que le bord postérieur des branches de la mâchoire se porte en arrière.

Vous remarquerez aussi, Messieurs , que l'axe du mouvement se trouvant place au voisinage du trou dentaire , le nerf et les vaisseaux qui s'introduisent dans l'os sont exempts de tiraillements pendant les mouvements de la mâchoire.

Le poids seul de la mâchoire inférieure pourrait suffire à l'écarter de la supérieure, et l'on voit effectivement cet écartement s'opérer chez les personnes faibles , pendant le sommeil et pendant l'agonie; mais la précision des mouvements de mastication exigeait des contractions musculaires. Les muscles qui abaissent la mâchoire sont principalement les muscles sus-hyoïdiens, savoir : le digastrique, le milo-hyoïclien, le génio-hyoïdien, et même le faisceau du génio-glosse, qui est parallèle au géniohyoïdien. Ces muscles prennent alors leur point fixe sur l'os hyoïde. Celui-ci est fixé à son tour par les muscles sous-hyoïdiens , savoir : le scapulo-hyoïclien , le sterno-hyoïdien et le sterno- thyroïdien, que prolonge en quelque sorte, pour cette action, le muscle thyro-hyoïdien. Deux autres muscles concourent encore à l'écartement des mâchoires, savoir: le peaucier et le ptérygoïdien externe. Haller a constaté l'action du premier sur lui-même. Il dit, en parlant de ce muscle: Et percipitur ejus per ipsum pectus conatus dam maxilla diducilur, uti quidein , mine dwn scribo experior (1). Quant au muscle ptérygoïdien externe, il est très-avantageusement situé pour tirer en avant le condyle , au col duquel il s'insère ainsi qu'à la partie antérieure du ménisque, puisque ses attaches fixes à la face externe de l'apophyse ptérygoïde et à la partie voisine du sphénoïde sont sur un plan antérieur à celui de l'articidation. Lorsque, la bouche étant démesurément ouverte dans le bâillement, la mâchoire vient à se luxer, c'est le ptérygoïdien externe qui est le principal agent de la luxation.

(1) Elementa physiologice , t. VI, p. 18.

A. Monro (1), se fondant sur ce que lu contraction du ventre postérieur du digastrique doit tendre à élever l'os hyoïde , exclut à peu près les deux parties du muscle de toute participation à rabaissement de la mâchoire inférieure. La bouche, dit-il, doit être ouverte avec moins de force lorsque le digastrique se contracte que quand il est dans le relâchement.

Winslow (2) a cru devoir prendre la plume pour faire justice de cette hérésie , que Ferrein a aussi combattue (3). Nous allons voir ce muscle jouer un rôle des plus importants dans une certaine théorie de l'ouverture de la bouche.

Quant au levier que représente la mâchoire pendant son abaissement, il serait du second genre, si le centre du mouvement était dans l'articulation temporo-maxillaire ; mais il faut avoir égard au mouvement en sens inverse qu'exécutent le condyle et le menton. Nous avons ainsi, pour la puissance, deux bras de levier inégaux, et dont le plus long s'étend du centre du mouvement au menton- L'attache des muscles abaisseurs , dans ce point, c'est-à-dire à l'extrémité du levier, leur donne un grand avantage.

Je me suis demandé souvent quelle puissance pousse le condyle en avant, et pourquoi l'os maxillaire inférieur ne se meut pas autour de son articulation. L'action du pterygoïdien externe doit sans doute être invoquée ici, et nous verrons, en effet, que le condyle reste en place quand le muscle plérygoïdien correspondant est paralysé. Mais l'action de ce muscle ne nous explique pas pourquoi il s'établit un centre de mouvement précisément au point que j'ai indiqué. Je vous propose à ce sujet l'explication suivante. La direction de la bande fibreuse qui, de l'épine du sphénoïde, se porte à la partie interne du contour du trou dentaire est telle, que si le menton décrivait un arc de

(1) Observations de la Société de médecine d'Édimbourg , f. I, p. 151.

(2) Observations sur l'usage des muscles digastriques de la mâchoire inférieure dans l'homme (Mémoires de l'Académie des sciences, 1742, p. 176 et suiv.).

(3) Mém. de l' Acad . des sciences , 1744, p. 537.

filG DE IA DIGESTION.

cercle autour de l'articulation, elle subirait une distension considérable: or, cette bande, venant à résister, maintient à la même distance du crâne la partie de la mâchoire à laquelle elle s'attache, et c'est autour de cette partie fixe que tournent en sens inverse le condyle et le menton. La direction des muscles massétersetptérygoïdieus internes leur permet d'agir clans le môme sens par leur tonicité.

Je signalerai aussi à votre attention la direction du ligament latéral externe de l'articulation. Ce ligament, qui marche de haut en bas et d'avant en arrière, ne pourrait mettre obstacle à la locomotion du condyle en avant qu'autant que celle-ci serait portée au delà des limites convenables. Pendant le mouvement du condyle, ce ligament devient vertical , puis oblique de haut en bas et d'arrière en avant ; c'est alors qu'il commence à borner le mouvement.

En s'éloignant de la mâchoire supérieure, le maxillaire inféieur produit l'ouverture de la bouche. La mâchoire supérieure contribue-t-elle aussi à l'écartementqui se produit entre les deux arcades alvéolaires? Cette question, d'un intérêt très-secondaire en apparence, a donné lieu à des débats assez animés qui en rendent l'étude assez attrayante. 11 est extraordinaire que pas un seul traité de physiologie n'en ait donné un aperçu complet. Il est bien entendu que chez les mammifères, il ne peut être question que du mouvement de la totalité de la tète dans son articulation avec la première vertèbre, puisque l'a mâchoire supéieure ne peut se mouvoir sur le crâne. Si on se place de manière à appuyer sur une table le bord inférieur de la mâchoire, la bouche pourra néanmoins s'ouvrir dans cette position, et alors tout le mouvement sera opéré par la tète , qui se renversera en arrière pour écarter la mâchoire supérieure de l'inférieure. Les muscles postérieurs du cou, et notamment les splcnius et coinplexus, sont indiqués par Boerhaave (I) comme les agents de ce

(1) Hermann Boerhaave, Praslecliones academicœ in proprias institutiones ;eàià\l Albertus Haller, t. I, S 60, p. 118.

mouvement, et il avait pensé que, dans le mécanisme ordinaire de l'ouverture de la bouche, ces mêmes muscles contribuaient à l'élévation de la mâchoire supérieure. D'une autre part , Monro ( 1 ) a développé la même opinion, que Pringle, son ami, et auparavant son disciple, lui avait suggérée, contrairement à l'opinion commune, qui refusait à la mâchoire supérieure toute participation à l'ouverture de la bouche. «Si, dit-il, on met la lame d'un couteau ou son ongle dans une situation qui réponde précisément au point de contact des dents , lorsque la bouche est fermée , le couteau étant tenu d'une manière fixe clans le temps qu'on ouvrira la bouche, on pourra observer dans un miroir que les dents d'en haut se haussent sensiblement toutes les fois qu'on ouvre la bouche.» Monro attribue aussi le mouvement de la mâchoire supérieure aux muscles postérieurs du cou.

Dans une situation moyenne de la tête, Monro écartait d'un pouce et demi ses incisives par l'ouverture de la bouche, et il mettait près du tiers de cet écartement sur le compte des muscles postérieurs. Si la tête est très -penchée en arrière, la mâchoire inférieure contribue seule à l'ouverture de la bouche; c'est le contraire, dit- il, si elle est fortement penchée en avant.

Winslow (2) nia toute cette doctrine. La contraction des muscles postérieurs du cou peut , suivant lui, mettre la bouche à la hauteur convenable pour la réception de l'aliment et à une distance telle de la poitrine que le mouvement de la mâchoire en bas ait un libre développement; mais ces conditions une fois remplies, la bouche ne s'ouvre que par l'abaissement de la mâchoire inférieure.

Le travail le plus considérable et le plus original sur ce sujet est celui de Ferrein(3). Je vais intervertir le plan de son mémoire pour

(1) Essais de médecine de la Sociélè d'Edimbourg, traduction française , t. I, p. 1 65 et suiv.

(2) Méni. de l'Acad. des sciences , 1742 , p. 199.

(3) Mcm. de l'Acad. des sciences, 1744 , p. 509.

DE l\ DIGESTION.

vous en donner la substance. Comme Winslow, Ferrein exclut les muscles postérieurs. Ces muscles emportent la tète et la mâchoire inférieure dans un mouvement commun qui se passe dans toute la région cervicale, et qui n'a aucun rapport ayec l'ouverture de la bouche (1). Le mouvement de la tète contribue cepen] dant à l'ouverture de la bouche, mais ce mouvement, qui est réciproque à celui de la mâchoire inférieure , n'est point produit par les muscles postérieurs du cou, il est produit par les muscles stylo-hyoïdien (2) et le ventre postérieur du digas- Irique (3); il les considère comme un muscle à deux têtes, un muscle biceps ou digastrique (4), dont l'action est simultané. Ces muscles prennent, pour cette action, leur point fixe sur l'os hyoïde, qui ne remonte pas, à cause de la contraction des muscles sous-hyoïdiens, et quinesauraitse mouvoir enarrière tant qu'il n'a pas été porté enavant, puisqu'il est appuyé par ses cornes sur la colonne ver tébrale (5). Ces muscles doivent clone opérer l'élévation cle la mâchoire supérieure en renversant la tète en arrière. Leur contraction est prouvée parce qu'on la sent directement, et parce que, à défaut de cette contraction , l'os hyoïde serait porté en avant par les muscles sus-hyoïdiens , ce qui n'a pas lieu (6). Le mouvement d'élévation de la tête, pour l'ouverture de la bouche, a lieu exclusivement clans l'articulation cle la tête avec la colonne vertébrale, et diffère essentiellement du mouvement naturel de redressement qu'on fait à l'aide des splenius et complexus, et qui se passe dans toute la région cervicale. L'axe du mouvement de la mâchoire inférieure et celui du mouvement cle la tète qui lui est réciproque sont à peu près les mêmes (7). Ce mouvement de la

(1) P. 310 et 311.

(4) P. 531. — Le muscle digastrique aurait deux ventres postérieurs et serait uu trigastrique , p. 535.

tète s'opère avec une grande aisance, comme on peut s'en convaiucre en fixant sur le cadavre la mâchoire inférieure et la région cervicale. On voit alors qu'il est très-facile de faire mouvoir la tète à la fois sur son articulation atloïdienne et sur la mâchoire inférieure (1).

Bordeu (2), faisant en 1746 un cours d'anatomie, et ignorant encore les recherches de Ferrein , avait aussi admis le redressement de la mâchoire supérieure par la contraction du digastrique, et comparé les mâchoires aux deux branches d'une tenaille qui seraient mobiles l'une sur l'autre.

Vous désirez sans doute connaître mon jugement sur cette matière. Ehbien! je déclare que je partage, à certains égards, les idées de Ferrein et de Bordeu. Je pense que, toutes les fois que les deux mâchoires prennent part à l'ouverture de la bouche ou à l'écartement des arcades dentaires pendant la mastication (il est. des cas où la mâchoire supérieure parait immobile), leurs mouvements simultanés sont liés à un même système de contractions musculaires, et que les muscles postérieurs du cou y sont tout à fait étrangers. Je reconnais, avec Ribes (3) , que le muscle stylohyoïdien, inséré en avant de l'articulation occipito-axoidienne, ne peut avoir l'usage que lui donne Ferrein. Quant au digastrique, il n'est pas passible de cette objection. A la vérité, on en fait une autre, et on a dit qu'il était bien débile pour mouvoir toute la tête. A cela, on peut répondre que ce mouvement de la tète est facile à produire, et que d'ailleurs les muscles digastriques doivent être aidés parles ptérygoïdiens externes, qui, tirant le condyle en avant , et repoussant par conséquent la tête en arrière , font rouler en sens inverse ce condyle et l'apophyse transverse du temporal qu'on pourrait, avec Chaussier, comparer à un autre condyle. Cette action d'un condyle sur l'autre a, suivant M. Adelon(4), été enseignée par Chaussier

(2) Bordeu, OEuvres complètes, t. 1, p. 55.

(3) Adelon , Physiologie de l'homme, 1. 11 , p. 409.

(4) Ibid., p. 410.

dans ses cours. Il restait à indiquer quelle est la puissance qui fait rouler ces condyles.

Mais dans le cas où , Je menton étant appuyé sur un corps résistant, ou bien encore appuyé sur la poitrine , la bouche s'ouvre exclusivement par le mouvement de totalité de la tête, ne faut-il pas imputer ce mouvement à l'action des splcnius, complexus, et autres muscles postérieurs? Ferrein le nie, et je crois que c'est avec raison. Je pense que notre instinct commande, dans tous les cas, les mêmes contractions musculaires pour ouvrir la bouche. Alors l'action des muscles sushyoïdiens, ne pouvant déprimer la mâchoire, se réfléchit à l'aide de l'os hyoïde et du digastrique sur la région de la téte , où ce dernier muscle est implanté. Ajoutez à cette action celle déjà connue des ptérygoïdiens externes. Si on touche les muscles postérieurs sur soi-même ou sur une autre personne, pendant qu'on ouvre la bouche, le menton étant fixé, on ne sent pas qu'ils se durcissent, tandis qu'ils se contractent évidemment dès qu'on renverse la tête en arrière sans ouvrir la bouche. Toutefois , on ne peut rien dire de l'état des muscles grands et petits droits postérieurs de la tète et des obliques supérieurs, situés trop profondément pour être explorés.

Reprenons l'examen des mouvements de la mâchoire intérieure. Nous connaissons le mécanisme de son abaissement ; nous serons plus court sur son élévation, que l'abaissement a nécessairement précédée. Dans le condyle, le menton, le ménisque et la téte, tout se passe en sens inverse de ce que nous avons vu. Mais il faut étudier les agents de ce mouvement imporlaut par lequel les mâchoires rapprochées serrent , divisent ou écrasent l'aliment ou la proie qu'elles ont saisis.

Les agents véritablement efficaces du rapprochement des mâchoires sont les muscles temporaux , masséters et ptérygoïdiens internes. Nous pouvons négliger ici les muscles des lèvres et des joues.

Le muscle temporal prend son point fixe sur toute la fosse temporale. Cette fosse est si étendue chez les animaux carnassiers, qu'elle n'est séparée de celle du côté opposé que par une

DE LA. MASTICATION. O^l

crête osseuse, de sorte que le muscle couvre tout le crâne. Chez l'homme, au contraire, la ligne qui circonscrit la fosse temporale est séparée de celle du côté opposé par un espace considérable. L'espace est proportionnellement plus petit chez le singe. Une autre particularité anatomiqne se lie, chez les carnivores, au grand développement du muscle temporal. L'arcade zygomatique, décrivant une courbure extérieure très-prononcée, s'éloigne du crâne , pour loger ce muscle , qui n'a pas moins d'épaisseur que de largeur. C'est l'apophyse zygomatique , et non un prétendu organe de la destructif i lé, qui élargit la téte des carnassiers.

Le muscle temporal agit sur l'apophyse coronoïdedu maxillaire inférieur; il s'insère au sommet, aux bords et à la face interne de cette apophyse , qu'il tire en haut , pendant qu'il se contracte.

Le masséter prend son point fixe sur l'arcade zygomatique. Cette arcade, indépendamment de sa courbure extérieure , en décrit une autre à convexité supérieure chez les animaux carnassiers; elle offre en outre, chez ces animaux, une épaisseur et une résistance qui sont en rapport avec le muscle puissant auquel elle sert de point d'appui.

L'arcade zygomatique du lion est une fois plus longue et une fois plus écartée du crâne que celle du cheval(l). L'homme lient plus de l'herbivore que du carnassier quant à la configuration et l'étendue de son arcade zygomatique.

Le muscle ptérygoïclien interne, que nous retrouverons comme agent des mouvements latéraux, est aussi élévateur de la mâchoire inférieure, quand il agit conçu rrement avec celui du côté opposé.

(I) Il ne faut pas s'exagérer les conditions défavorables du point fixe pour la conlraciion des massélers, chez les herbivons. A défaut d'une longue arcade zygomatique, il y a sur l'os de la pommette et l'os maxillaire supérieur une longue ligne d'insertion pour les fibres du masséler. Les carnivores n'ayant pas l'orbite fermé à sa partie supérieure , la paroi externe de cette cavité semble n'être qu'un prolongement de l'arcade zygomatique, ce qui augmente démesurément, d'avant en arrière, les proportions de celle arcade.

622 nr. i \ mr.nsnoN.

1 es muscles qui rapprochent les mâchoires offrent, chez riiomme, où ils n'atteignent pourtant pas leur summum de développement, une puissance extraordinaire. Haller, dans un paragraphe ayant pour titre : Vis horuin YniàcùlÔrurii magna (1) a énuméré, d'après Vésale, Richter, Cardan, Rhodius, Roi' finie, Rzasczynski, Borelli, Hcister, etc., une série progressive détours de force exécutés par divers individus, et dont les derniers ont consisté à écraser des noyaux dont l'espèce ne cédait en général qu'à des poids de 200 et de 300 livres (2), ou bien encore à enlever avec les mâchoires une table de 6 pieds de de large , à l'extrémité de laquelle était suspendu un poids de 50 livres. Appréciation faite des causes de déchet d'action musculaire, et notamment de la perte qui provient du genre de levier employé ici, quelques physiologistes ont évalué à 900 livres, à 1,000 et même à 1800 livres , la force déployée par les muscles des mâchoires ; mais Borelli , qui a donné ce dernier chiffre, introduisait, dans ses calculs sur la force des muscles, un élément qui les entachait d'exagération, ainsi que je vous l'expliquerai ailleurs.

On s'explique cette force prodigieuse dans des muscles dont îe poids n'est pas très-considérable, par le grand nombre de leurs fibres. Remarquez combien sont nombreuses ces fibres dans le muscle temporal, qui s'attache à toute la fosse de ce nom, et auquel l'aponévrose temporale fournit encore une large surface pour l'implantation de ses fibres. Les aponévroses entremêlées aux fibres du masséter multiplient les points d'insertion pour ce muscle, qui s'attache en outre à toute la face externe de la branche et de l'apophyse coronoïde. Dans le mouvement d'élévation , la mâchoire inférieure représente un levier du troisième genre. Supposez une pomme placée entre les incisives, c'est là que sera la résistance. La puissance sera placée, entre cette résistance et

(1) T. VI, p. 14.

(2) Haller lui-même avait, a ce qu'il parait, fait cette dernière prouesse: Ipso, que junior fregi, dit -il.

le point d'appui , à la branche de la mâchoire et à l'apophyse coronoïde, où s'insèrent les muscles élévateurs. Le levier est donc défavorable , eu égard à la prédominance de longueur du bras de la résistance sur celui de la puissance. Cette cause de déchet diminue à mesure que nous portons plus en arrière le corps que les mâchoires doivent briser ou diviser; c'est là aussi que nous plaçons instinctivement les parties très-résistantes , c'est entre les molaires qu'on écrase un noyau ou une amande.

La situation de l'apophyse coronoïde mérite surtout d'être prise en considération en physiologie comparée. Plus elle s'éloigne du condyle, plus elle augmente, au profit de la force, le levier de la puissance, lequel levier peut même passer du troisième genre au deuxième, relativement à la dernière dent molaire (1). Les carnassiers ne sont pas très-bien partagés sous ce rapport, mais en revanche cette apophyse, où aboutit leur énorme muscle temporal, est si développée, qu'elle constitue la plus grande partie de la branche de la mâchoire. C'est chez la plupart des rongeurs que l'apophyse coronoïde s'éloigne le plus du condyle , ce qui compense le désavantage qu'ils éprouvent en employant surtout les dents situées à l'extrémité antérieure des arcades alvéolaires.

Mouvements latéraux de la mâchoire inférieure. Jusque vers le milieu du dernier siècle, on prenait à la lettre les mots mouvements latéraux, et on croyait qu'ils se faisaient véritablement de côté; que, par exemple, lorsque le menton se portait de 4 à o lignes à gauche, les condyles se mouvaient parallèlement à la partie antérieure de l'os , de sorte qu'un condyle se portait en dehors et l'autre en dedans. Ferrein (2) a eu le mérite de rectifier ce point de mécanique animale. La saillie qui borne en dedans la cavité glénoïde ne permet pas au condyle de se déplacer dans ce sens autant qu'il le faudrait pour l'am-

(1) Cuvier, Leçons d'analomie comparée , t. III, p. 26. (2j Mémoire sur les mouvements de la mâchoire inférieure {jfïém.de l'Àcad. des sciences, 1744, p. 434).

plitude des mouvements dits latéraux. Si les condyles éprouvaient un déplacement latéral proportionné à celui du menton, ils seraient luxés tous les deux. Voici le vrai mécanisme du mouvement. Si on porte le menton à gauche, le condyle droit se porte en avant et commence à décrire un arc de cercle autour du condyle gauche, qui ne sort pas de la cavité glénoïde. C'est donc un mouvement circulaire, et non un mouvement latéral. On a la preuve de ce mouvement circulaire par le changement qui s'opère dans le rapport des dents. En effet, pendant que le menton se porte à gauche, les molaires inférieures droites cessent de correspondre aux molaires supérieures, et se placent plus en avant et plus en dedans. La quantité du déplacement pour chaque point de l'os maxillaire inférieur est d'autant plus grande, dans le cas pris pour exemple , que ce point est plus éloigné du condyle gauche, qui est le centre du mouvement. Ainsi les molaires droites se déplacent plus que les incisives, et celles-ci plus que les molaires gauches ; les incisives inférieures se placent de 5 lignes environ plus à gauche que les incisives supérieures. L'espace que le menton parcourt de droite à gauche est à peu près double de celui qu'il parcourt d'arrière en avant.

J'ai fait la remarque que le condyle vers lequel marche le menton n'est pas immobile, mais qu'il se porte un peu en dehors et en arrière , de sorte qu'il y a véritablement un léger mouvement latéral, en même temps que le mouvement circulaire décrit par Ferrein.

Il ne peut exister le moindre doute sur les agents de ce mouvement : ce sont les deux ptérygoïdiens du côté opposé a celui vers lequel se porte le menton. Ainsi les muscles ptérygoïdiens externe et interne d'un même côté, qui sont antagonistes relativement aux mouvements d'élévation et d'abaissement , deviennent congénères quant aux mouvements latéraux. Leur point fixe étant tout à la fois plus en avant et plus en dedans que l'articulation temporo-maxillaire, c'est clans ce sens qu'ils tirent le condyle et la branche de la mâchoire. Ces muscles sont aidés par le digastrique du côté opposé.

J'ai constaté que si , le menton étant appuyé sur un corps dur

et fixe, on opère les mouvements de latéralité des mâchoires , ces mouvements se font avec autant d'amplitude que si la mâchoire inférieure était mobile. C'est la tête qui, clans ce cas, est mise en mouvement par les muscles ptérygoïdiens.

Les apophyses ptérygoïdes sont très-développées ainsi que les muscles qui s'y attachent , chez les animaux herbivores ; chez ces animaux aussi, les mouvements latéraux sont très-marqués, et s'opèrent par un véritable glissement des surfaces plates par lesquelles les os se correspondent.

Mouvements en avant et en arrière. Pour que la mâchoire inférieure puisse se porter en avant, il faut qu'elle soit légèrement abaissée au préalable, afin de dégager les dents incisives inférieures , qui , dans l'état de repos, se trouvent placées derrière les Supérieures. Alors la mâchoire se porte horizontalement en avant par la contraction simultanée des quatre muscles ptérygoïdiens. Les fibres antérieures du temporal et du masséter peuvent aider à ce mouvement. Le condyle ne peut être porté aussi loin en avant dans cette espèce de mouvement, où tout l'os se déplace dans le même sens, que clans le cas où il se meut pour l'ouverture de la bouche. Vous savez que , dans ce dernier cas, une partie de la branche recule pendant que le condyle marche en sens inverse.

La mâchoire est ramenée en arrière par l'action combinée des muscles sus-hyoïdiens et des fibres postérieures des muscles temporaux. Le mouvement en arrière suppose donc qu'un mouvement en avant l'a précédé, comme le mouvement d'élévation suppose l'abaissement. Cependant, en partant de l'état de repos ou d'occlusion complète de la bouche, on peut faire reculer quelque peu la mâchoire inférieure ; mais ce mouvement est extrêmement limité.

Usage du ménisque ou disque inierarticulaire. On a assez généralement admis que ce ménisque servait à affaiblir le choc et à diminuer l'intensité des pressions auxquelles cette articulation est exposée. M. Gosselin (1) élève des doutes à cet égard et fait

(1) Loc.cil.,p.2\.

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