‹ Cours de physiologieChapitre 50 sur 60 · VINGT-SEPTIEME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIEME LEÇON

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Des nerfs affectés aux muscles masticateurs.

Messieurs ,

Il vous semblera peut-être , au premier abord , qu'il ne s'agit que d'ouvrir un livre d'anatomie ou de prendre un scalpel pour déterminer quels sont les nerfs affectes aux mouvements des mâchoires; mais la question n'est pas si simple , et elle offre quelque intérêt.

Vous savez , et j'insisterai sur ce point d'anatomie lorsque le temps en sera venu, que le nerf de la cinquième paire , ou trifacial , naît par deux racines: l'une , très-grosse , qui donne naissance au ganglion de Gasser; l'autre, beaucoup plus mince, plus blanche , plus résistante, qui passe sous le ganglion sans prendre part à sa formation , et sort du crâne par le trou ovale du sphénoïde, en s' unissant à la troisième division de la grosse racine pour constituer le nerf maxillaire inférieur. Eh bien ! Messieurs , c'est cette petite racine qui fait contracter les muscles des mâchoires , tandis que la grosse est affectée à la sensibilité et à d'autres usages. Pour la seconde fois peut-être, vous êtes disposés à prendre le scalpel pour vous assurer que les branches de cette petite racine vont seules aux muscles masticateurs. Des notions plus précises de physiologie vous détourneront de cette recherche. Les nerfs qui s'introduisent dans les muscles portent, toujours réunis, des filets de sentiment et des filets de mouvement, et pour le cas qui nous occupe , les nerfs que le maxillaire inférieur envoie dans le temporal , le masséter, les ptérygoïdiens, etc., procèdent, à la fois , de la petite racine et delà racine

b/S DE LA DIGESTION.

ganglionnaire. Le seul problème analomique qu'on pourrait se poser serait de s'assurer que la petite racine ne va pas ailleurs que dans les muscles. Si c'est cela que M. Mayo (1) a constaté quatre fois sur l'àne et ensuite sur l'homme, je rends hommage à sa patience ; mais je crois qu'il s'élait posé l'autre problème , et qu'il avait voulu trop prouver.

Ainsi, Messieurs, le nerf maxillaire inférieur, qui est un nerf mixte, comprenant la petite racine de la cinquième paire et une division de la grosse racine, envoie des branches provenant de ces deux sources aux muscles masticateurs, et il s'agit de prouver que la petite raeine seule est affectée aux mouvements des mâchoires. J'avais donc raison de dire que le problème était plus composé qu'il ne paraissait l'être au premier abord.

Ici, en effet, les vivisections ne nous apprennent que peu de chose. Si , à l'exemple de M. Shaw, on coupe le maxillaire inférieur au sortir du trou ovale , on paralyse les muscles des mâchoires; mais on a coupé les deux ordres de filets.

A défaut d'expériences qui , pour le cas actuel , sont impraticables , nous avons des faits d'anatomie pathologique qui décident nettement la question. Ce sont des lésions de la cinquième paire, comprenant, les unes, tout à la fois, la branche ganglionnaire et la petite racine; les autres, la branche ganglionnaire seule. Dans le premier cas, les muscles masticateurs sont paralysés , ils ne le sont pas dans le second , et on n'observe que la perte du sentiment dans les parties où se rend le nerf lésé.

1° Dans une observation communiquée par M. Carré à la Société anatomique (2) , le nerf est compris tout entier dans une tumeur cancéreuse siégeant à gauche de la protubérance annulaire. Il est dit que la mastication ne se faisait plus à gauche , et

(1) Analomical and physiological commcntarics , London, july 1823, p. 8.

(2) Bulletins de la Société anal., nouvelle série , n° 4, et Archives, 3e nouvelle série, t. V, p. 219.

que , dans le mouvement d'abaissement de la mâchoire , le menton se portait à gauche. Ce symptôme , que nous allons retrouver dans des cas analogues , et qui est mal interprété par M. Carré, nousidémontre que, faute de contraction cluptérygoïdien externe du côté malade , le condyle reste à sa place , bien que la mâchoire s'abaisse. C'est donc ce muscle qui est le principal agent du mouvement du condyle.

2° La lésion du nerf devait être complète aussi chez un malade observé par Herbert Mayo (1). On avait noté que si on mettait du pain entre les mâchoires de ce malade, le masséter du côté droit se durcissait , tandis que le même muscle restait flasque à gauche; mais ici l'ouverture du cadavre manque.

3° Les muscles de la mâchoire étaient flasques et paralysés sur un malade observé par le Dr Alison (2) ; le nerf trijumeau trèsramolli est réduit à son névrilème , au voisinage de la protubérance annulaire. La petite racine est donc comprise dans la lésion.

4° Dans un cas rapporté par le D' Tauquerel des Planches, il est dit aussi que le masséter était flasque.

5° Enfin, tous les signes de la paralysie de la petite racine existent chez un malade dont l'histoire a été consignée clans la dissertation inaugurale de M. James (3). Le malade ne pouvait serrer un objet placé entre les dents du côté droit; il n'écartait pas les mâchoires aussi facilement que de coutume , et cette mâchoire était déviée à droite , c'est-à-dire du côté paralysé (suivant le mécanisme que je vous ai expliqué plus haut). L'emploi du galvanisme , conseillé par M. Andral , a guéri ce malade.

En regard de ces faits , qui seuls ne peuvent décider la ques-

(1) Anatomical and physiological commentants , London, 1823, [et Journal de physiologie expérimentale , 1823, t. 111, p. 357.

(2) Abercrombie , Maladies de l'encéphale et de la moelle épi/iière; traduction française, 2e édit., p. 617.

(3) Observation de paralysie complète de la cinquième paire , etc.; thèse 1810, n" 370, p. 21 et .5.

tion, plaçons ceux où la lésion organique comprend toute la cinquième paire, moins la petite racine. Si , dans ces cas, le jeu des mâchoires est conservé , il ne peut plus rester de doutes.

6° Les choses se passent ainsi dans le fait recueilli par M. Serres (1). Les mouvements de la mâchoire sont réguliers , et les muscles masticateurs se contractent à droite comme à gauche, bien que tout un côté de la face soit paralysé du sentiment; et l'on constate, à l'ouverture du cadavre, que la petite racine passe intacte sous le ganglion de Gasser dégénéré.

7° Enfin, dans le cas observé, pendant deux ans, par M. Roraberg (2), une altération organique avait produit la plus délicate expérience de physiologie qui se puisse imaginer. J'ajouterai , à la louange de l'observateur, qu'il avait précisé le siège du mal longtemps avant la mort de la malade. L'altération ne porlait que sur le nerf maxillaire inférieur avant son entrée dans le trou ovale. Ce nerf maxillaire inférieur se compose, comme déjà je vous l'ai dit, de toute la petite racine, plus une portion de la racine ganglionnaire destinée au sentiment. Eh bien ! tous les signes de la paralysie du sentiment existaient dans les parties où se distribue le nerf maxillaire inférieur, mais les muscles des mâchoires étaient actifs des deux côtés. La dissection des parties, faite par Henle, en présence de Muller, de Schwann et de Philipp (on ne peut pas exiger de meilleures garanties de savoir et d'habileté) , montra que la lésion organique portait sur la partie ganglionnaire du maxillaire inférieur, tandis que la portion motrice de ce nerf passait sur son côté inférieur, libre de toute altération.

A ces faits , qui ne permettent pas la moindre objection , j'ajouterai cette considération, que la branche ganglionnaire du

(I ) Ardu gén. de mèd.} t. V, p. 630 , et Anatomie comparée du cerveau, t. 1! , p. 67.

(2) Remarques sur un cas d'anesthésie ayant sa source dans une affection de la cinquième paire; par le Dr Romberg, professeur de médecine à l'université de Berlin ( Gaz. mèd., 1838, p. 625).

trifacial ne faisant pas contracter un seul muscle dans ses portions ophthalmique et maxillaire supérieure , il y a lieu de penser qu'elle n'est pas davantage motrice dans le nerf maxillaire inférieur.

Examinons maintenant si cette petite racine suffit à tous les muscles que nous avons vus employés clans le mouvement des mâchoires. Elle anime le temporal parles rameaux temporaux profonds, le masséter par le nerf masséterin, les ptérygoïdiens par les nerfs du même nom. Voilà pour les mouvements d'élévation, les mouvements latéraux , les mouvements en avant , et en parlie pour les mouvements en arrière. Restent ceux d'abaissement. Eh bien ! Messieurs , la petite racine y joue encore un rôle important. Suivez ce petit rameau que le nerf dentaire inférieur détache, avant d'entrer dans le canal dentaire; vous le verrez gagner, au-dessous du menton, le ventre antérieur du muscle digastrique et le muscle mylo-hyoïdien.

Mais , pour les plus instruits d'entre vous , une objection se présente ici contre la spécialité d'action que je cherche à vous faire reconnaître dans les nerfs. Cette objection , c'est que le rameau mylo-hyoïdien , que je vous présente comme moteur, provient du nerf dentaire inférieur, lequel est exclusivement affecté à la sensibilité et aux actions organiques. Cette objection , dont on a fait grand bruit dans une discussion élevée au sein de l'Académie de médecine (I), tombe devant ce fait, qu'on peut suivre jusque dans le nerf mylo-hyoïdien des rameaux de la racine motrice, qui ne s'étaient qu'accolés au nerf dentaire inférieur. Dès les premières années de mon enseignement, j'avais donné cette explication, à laquelle MM. Blandin et Longet ont été conduits aussi par leurs dissections. Pour la seconde fois , je dirai qu'ici encore on a voulu trop prouver, en voulant rapporter en totalité le nerf mylohyoïdien à la petite racine. Des filets de la racine ganglion-

(1) Séance du 2 avril 1839 {Gaz. méd., 1839, p. 823).

naire luiront adjoints, et devaient lui être adjoints (voyez

Vous serez peut-être disposés à rapportera Ch. Bell et à son ccole, c'est-à-dire à MM. Shaw, Magendie, H. Mayo, etc la découverte des fonctions de la petite portion de la cinquième paire. La vérité est que le vénérable Bellingeri (\) avait pris ici l'initiative dès l'année 1818. S'il a énoncé quelques erreurs relativement à la distribution de ce nerf, qu'il propose d'appeler nerf masticateur, il est très-explicite sur ses usages. Voici ce qu'on lit dans son premier travail : Spécial igitur portio minor ad nervos vitœ animalis et quidem ad nekvos iuotorios; nullibi enimsensibus prœest, et habita rat/one officii, nervus masticatorius esset dicendus (2). Avant Bellingeri , Palelta (3);, décrivant , comme un nerf spécial , cette petite portion de la cinquième paire {portio minor) , l'avait regardée comme présidant aux mouvements volontaires, et pouvant être affectée sympatldquement ou idiopatldquement dans les cas de trismus (4). Nous verrons, par la suite, Bell, Shaw, et leurs successeurs, invoquer la distinction de fonctions des deux racines de la cinquième paire , comme un des plus puissants arguments en faveur de l'existence séparée de racines motrices et sensitives dans toute l'étendue de l'axe cérébro-spinal.

Après la petite racine du trifacial, le nerf qui joue le plus grand rôle dans l'abaissement de la mâchoire inférieure est Y hypoglosse ; il anime les muscles génio-hyoidiens et génioglosses, il fournit un rameau au muscle thyro-hyoï'dieu; enfin,

(1) Caroli-Franscisci-Josephi Bellingeri, etc., Disserlatio inauguralis , anno 1818, die ix maji , etc.

(2) Loc. cit., p. 177.

(3) De Nervo crolaf. et bucc, p. 32 et seq.

(4) Chez les gens affectés de tétanos, la roideur commence ordinairement par (es mâchoires, et elle est presque toujours plus prononcée là que partoutailleurs. Cela tient, je pense , à ce que l'irritation du centre nerveux débute par la moelle allongée (lieu d'origine de la cinquième paire ), et offre toujours plus d'intensité dans ce point que dans le reste de la moelle épiirére.

l'anse anastomotique que fournit le ramus descendens noni se jette dans les muscles sous-hyoïdiens. Enfin, le ventre postérieur du digastrique et le peaucier sont excités à se contracter par le nerf facial, que nous verrons , plus loin, participer à plusieurs actions relatives à la mastication.

Des dents.

Les mâchoires , dont nous venons d'étudier les mouvements , sont , chez un grand nombre d'animaux , armées de petits corps très-durs, destinés à broyer, à déchirer, à inciser l'aliment, ou simplement à retenir la proie.

La nature des dents n'a été bien connue que dans ces derniers temps , et l'on peut rapporter à trois époques les opinions qui ont eu cours à ce sujet.

Jusqu'au commencement de ce siècle, elles sont assimilées aux os, dont elles diffèrent seulement par leur dureté. Tel est, en effet, le jugement que porte Haller sur la nature de la partie principale de la dent, que plus récemment on a nommée ivoire ou partie tubuleuse : Interior pars dentis Iota , osseain qualis in universo corpore est naturarn retinet , laminatam [}). Boyer définit les dents de petits os très-blancs et très-durs (2) ; Bichat ne dit pas autre chose , petits os durs , etc. (3).

Une autre époque et une opinion nouvelle datent de Cuvier (4). La dent n'est point un os; c'est une partie exsudée par le bulbe, et qui se trouve, en quelque sorte , en dehors de l'organisme. Le bulbe fournit une première lame , puis .à l'intérieur de celle-ci une seconde, et ainsi de suite, de sorte que la dent est formée de couches emboîtées , dont l'accumulation progressive opère

(1) T. VI, p. 23.

(2) Traité complet d'anatomic , t. 1, p. 165.

(3) Traité d'anatoinie descriptive , t. I , p. 82.

(4) Leçum d'anatomie comparée jl. 111 , p 114 et suiv.

peu à peu la diminution du diamètre du canal de la dent, et du bulbe que ce canal contient.

Guvier n'est pourtant pas le premier qui ait fait exsuder du follicule la matière de la dent. Hunter avait professé cela, et Haller, qui reproduit l'opinion de ses devanciers, est très-positif à cet égard: Ex superficie hujus folliculi , succus sudat sub ullima gestionis tempora, qui paulalim crustam facit ( I ). Mais Haller, comme nous l'avons vu , fait de cette croûte un os , tandis que Cuvier, et les anatomistes qui le suivent pendant plus de trente ans, en font une partie quasi inorganique, comme l'épiderrae , les poils , les ongles, que l'on considérait aussi comme privés d'organisation.

Enfin, une nouvelle époque date de 1835. On reconnaît à la substance principale des dents une structure tubuleuse particulière, bien différente de celle qui résulterait d'un simple emboîtement de couches exsudées par le noyau pulpeux de la dent. Mais cette structure est autre que celle des os. MM. Purkinje et Frœnkel (2) attachent leur nom à cette intéressante découverte, ou plutôt ils remettent en évidence un point d'anatomie que le microscope avait déjà révélé, cent cinquante-sept auparavant, à Leeuwenhoeck (3), et dont on avait perdu le souvenir. Très-peu de temps après la publication du mémoire de MM. Punkinje et Frœnkel, J. Muller (4) , Retzius (5) , M. Dujardin (6), confirment

(1) T. VI, p. 22.

(2) Frœnkel , de Penitori, dentium humanorum structura observationes ; Vratislavise (Breslau), 1835.

(3) La lettre écrite à ce sujet par Leeuwenhoeck, en avril 1678, se trouvedaus le tome Ier de ses OEuvres ( Continualio epislolarum , etc.; Lugduni Batavorura , 1715).

(4) Arch. d'anal, et de physiol. pour 1836 , p. 2 et 3.

(5) Lettre à M. Flourens j dans Annales des sciences naturelles , 'Ie sér., t. VI , p. 155 , et Arch. de J. Muller, 1837, p. 496 et suiv.

(6) Séance de l'Acad. des sciences de Paris du 26 septembre 1836, et Annales françaises et étrangères d'anatomie et de physiologie ! t. 1, p. 149 et suiv.; 1838.

les vues nouvelles sur la structure intime des dents. Plus récemment, John Tomes (1), Richard Owen (2), le Dr Erdl (3) , et surtout M. Duvernoy (4), ont publié d'importants travaux sur celte matière.

M. Duvernoy, assisté de M. Maissiat , a eu l'heureuse idée d'étudier sur place les dents des musaraignes, en prenant le soin d'amincir les mâchoires de ces petits animaux. On faisait ensuite mouvoir les pièces au foyer du microscope.

Les dents sont composées de trois substances: 1° X ivoire, 2° X émail, 3° le cément. M. John Tomes en a décrit une quatrième , cpii serait située entre le cément et l'ivoire , là où finit l'émail , et serait composée de granules contenus dans une substance transparente. Mais nous devons négliger ce détail.

1° L'ivoire , que Haller nommait partie osseuse, que d'autres nomment substance principale, substance lubuleu.se , est formé d'une substance fondamentale, homogène, granuleuse, parcourue par des conduits parallèles extrêmement fins. Leeuwenhoeck estimait leur nombre à cent vingt dans un quarantième de pouce, ce qui donnerait deux cents par millimètre. M. Duvernoy ne leur donne que x/m de millimètre au plus de diamètre (5). Ces conduits s'étendent de la cavité dentaire à la surface extérieure de la racine et de la couronne , où ils sont couverts , selon le lieu, par le cément ou l'émail. Ils décrivent (excepté en quelques points où ils sont droits) de deux à quatre grandes flexuosilés , et un plus grand nombre de flexuosités secondaires qui se suivent et sont très-rapprochées. Le diamètre de ces tubes va en diminuant de la cavité de la dent vers la surface extérieure,

(1) Gazelle médicale de Londres, 1839.

(2) Séances de l'Académie des sciences des 16 décembre 1839 et 13 janvier

(3) Recherches sur la structure des dents chez les vertébrés , cl: particulièrement chez les rongeurs , dans les Mém. de l'Acad. des sciences de Munich, 1841.

(4) Sur les dents de musuraignes , etc., in-4°; Paris, 1844.

(5) Loc. cil., p. 13.

parce qu'ils se ramifient, et que chaque branche se dichotomise plusieurs fois.

Muller a fait voir que ces canalicules contiennent par places des granulations calcaires, blanches, brillantes, solubles dans les acides.

Retzius, Muller et M. Duvernoy (1) , reconnaissent à ces petits tubes des parois propres que M. Dujardin leur refuse. Les parois ont paru indiquées à M. Duvernoy par une ligne noire circulaire , distincte du vide intérieur et cle la substance homogène qui sert de gangue aux canaux.

En 1842, M. Alexandre Nasmyth a communiqué à l'Académie des sciences (2) un travail où il se proposait de démontrer que l'ivoire et les autres parties constituantes des dents seraient composés d'une trame aréolaire ou celluleuse. Mais les préparations mêmes de cet anatomiste ont fait voir, aux commissaires de l'Institut, la présence des tubes ou canaux calcigères dont il nie l'existence. Les cellules calcaires , que Retzius a vues et figurées dans les intervalles des dernières ramifications des tubes dentaires de plusieurs animaux , n'ont point été retrouvées dans les dents des musaraignes et de plusieurs rongeurs, par M. Duvernoy (3) ; il ne parait pas non plus que Retzius les ait aperçues dans ce groupe d'animaux.

Quand on a enlevé, par un acide, les sels de la dent , il reste un cartilage dans lequel on trouve encore les canalicules. Ce cartilage, d'après les observations de Henle (4) , peut se déchirer en fibres aplaties, pâles, grenues, raboteuses, sans bifurcation, et ne s'étendant pas de la cavité jusqu'à la surface de la dent. Ces fibres sont continuées par d'autres qui sont enchâssées enîre leurs extrémités. L'espace compris entre deux fibres est généralement

(1) Sur les dents des musaraignes , p. 17.

(2) Séance du 3 octobre 1842; Mémoire sur la substance celluleuse des dents et de leur bulbe.

(3) Loc.cit.,p. 13.

(4j Encyclopédie anatomiquc , t. VII, p» 431.

occupé par un canalicule. Ce cartilage se réduit en colle dans l'eau bouillante, comme celui des os (1); on ne peut donc comparer la dent à une corne pénétrée de matière calcaire.

A la théorie qui faisait provenir la dent d'une transsudation à l'extérieur du bulbe, M. Owen a substitué celle de l'ossification du bulbe lui-même; ossification qui va ici de dehors en dedans, tandis qu'elle est centrifuge dans les os. Schwann, Henle, Nasmyth, Muller, M. Duvernoy, ont développé cette opinion, que j'exposerai en faisant ailleurs l'histoire de la formation et de la nutrition des dents.

Les dénis ne peuvent être assimilées aux os, nonobstant leurs canalicules, leur cartilage , leur mode d'ossification, et ce que nous dirons plus tard de l'action de la garance sur elles. La différence fondamentale consiste en l'absence de vaisseaux sanguins dans le tissu des dents. Les tubes calcigères (c'est le nom que M. Owen leur donne) ne sont point en communication avec le système vasculaire; il n'y a de vaisseaux et de nerfs que dans le noyau pulpeux ou bulbe de la dent , et , d'après M. Duvernoy, la partie superficielle de ce bulbe, qui seule se transforme en ivoire, est originairement privée de vaisseaux, et ne contient que les tubes capillaires, qui doivent se pénétrer de matières solides et devenir rigides. Schwann croit que les vaisseaux ont existé d'abord et ont disparu par les progrès de l'ossification. Le tissu de l'ivoire n'offre point non plus les corpuscules osseux que vous connaissez (voyez page 232). Voici, d'après Berzelius, la composition chimique de l'ivoire :

Matière animale 28,0

Phosphate de chaux et fluorure de calcium. 64,3

Carbonate de chaux 5,3

Phosphate de magnésie 1,0

Soude et chlorure de sodium 1,4

(t) Muller, Manuel de physiologie , traduit par .lourdan, 2° livraison, p. 301.

2° Vémail couvre la partie de la dent qui est extérieure ou qui doit le devenir, comme on l'observe chez les rongeurs et le cheval; il est plus dense, plus cassant, plus transparent (pie lïvoire. Dans les espèces animales à dents colorées, c'est lui qui est le siège de la coloration (1). Il est formé de très-petits prismes solides à quatre ou six pans, ou de petites aiguilles anguleuses de Vmo de lifi?ne de diamètre. Ces prismes sont serrés verlicalcment les uns contre les autres, comme les fibres du velours; mu; des extrémités est libre, l'autre s'enfonce dans les rugosités de la périphérie de la substance tubuleuse, ainsi que l'a démontré Retzius (2). Une petite chaînette, de couleur noire, se voit, au microscope, là où l'émail confine à la substance tubuleuse ; celte chaînette est la trace de la membrane intermédiaire aux deux substances. Certains prismes n'ont pas toute la longueur comprise entre la surface de l'ivoire et la partie libre de la dent; ils se terminent en pointe dans l'épaisseur de l'émail , et sent continués par d'autres qui sont enclavés entre eux. Cela se voit surtout aux molaires. Avant la consolidation de l'émail , si on racle l'espèce de bouillie qu'il forme à la surface de la dent, on la trouve composée d'aiguilles pointues à leurs deux extrémités (3).

La garance ne pénètre point l'émail (4). La structure microscopique de l'émail est difficile à démontrer chez certains animaux. M. Duvernoy a observé des apparences assez variées chez les musaraignes, les chauves-souris, la taupe et le cochon d'Inde (Ô).

Il y a beaucoup moins de matière animale dans l'émail que dans l'ivoire. Voici sa composition , d'après Berzelius :

(1) Duvernoy, loc. cit., p. 30.

(2) Archives d'anat. et de physiol. de J. Millier, 1837, pl. xxi , %. 7, et p. 496 et suiv.

(3) Muller, Manuel de physiol., 2e livraison , p. 302.

(4) Flourens, Recherches sur le développement des os et des dénis (Arch. du Muséum, t. 11, p. 383; 1841 ).

(5) Loc. cit., p. 28, On pourra aussi consulter les planches du mémoire.

DK LA MASTICATION.

Phosphate de chaux cl fluorure de calcium.

Carbonate de chaux

Phosphate de maguésie

Alcali, eau, substance animale

3° Du cément. Jusqu'à Haller, et même quelque temps après lui , on n'avait reconnu que deux substances aux dents. Tenon (1) décrivit, sous le nom de cortical osseux, une troisième substance, qui entoure les molaires du cheval et se trouve aussi dans le creux de ses incisives. Blake , dans sa dissertation inaugurale , soutenue en 1798, à Éd imbourg , donna l'histoire de cette partie constituante de la dent , sous le nom de crusta petrosa. Cuvier (2), ayant remarqué que celte substance réunit, agglutine ensemble les différents lobes qui constituent une dent composée , comme dans les molaires de l'éléphant ou du cabiai , lui donne le nom de cément.

Jusqu'ici , vous ne voyez pas le cément figurer dans l'analomie humaine , mais Retzius va l'y démontrer (3). Examinez la racine d'une dent de l'homme, vous verrez qu'elle est recouverte d'une couche jaunâtre, sorte d'écorce bien différente de la substance de l'ivoire : c'est là le cément. Il offre la texture des os , c'est-à-dire qu'on y observe les corpuscules caractérisques des os et leurs canalicules. Celte structure est déjà indiquée dans la dissertalion, citée plus haut, de Frœnkel, soutenue en 1835, sous la présidence de Purkinje.

M. Duvernoy a considérablement étendu l'histoire de la production dont nous nous occupons, en décrivant, sous le nom de cément alvéolaire , toute la gangue osseuse dans laquelle les dents des musaraignes sont plongées. C'est, dit-il, un organe distinct de la mâchoire et des dents , dont il est séparé par sa

(1) Mé.m. de l'Acad. des sciences , 1. 1.

(2) Leçons d'anal, comparée , 1le édit., t. III , p. 109.

(3) Loc. cit., 1836.

membrane particulière, par une sorte de périoste du cement{\). Cet auteur signale du reste , dans le cément alvéolaire les corpuscules et la vascularité qui caractérisent les os.

Les vertébrés seuls ont de véritables dents , à moins qu'on ne veuille aussi désigner sous le nom de dents les pièces qui servent à la mastication des échinodermes , et que nous avons décrites (page 609). Mais il faut noter que ces organes de trituration ne sont pas enchâssés dans de véritables mâchoires.

Il y a des vertébrés qui sont privés de dents. Parmi les mammifères, il faut citer les baleines, les pangolins, les fourmiliers, l'échidné. Les dents manquent chez les oiseaux. Dans la classe des reptiles , les chéloniens seuls font exception , et dans la classe des poissons , les esturgeons.

Les lames cornées des tortues, les becs des oiseaux, les fanons des baleines, les éminences cornées qui s'élèvent sur la base de la langue et à la voûte palatine de l'échidné , tiennent , jusqu'à un certain point , lieu de dents, mais n'ont pu leur être assimilées que par un excès de zèle pour la physiologie analomique. On a regardé comme établissant le passage des dents aux fanons les dents cornées de l'ornithorhynque , composées de fibres creuses , d'après Heusinger (2). L'analyse de ces dents , faite par M. Lassaigne , montre qu'elles ne contiennent pas un demi pour cent de matière terreuse ; tout le reste est de nature cornée.

L'homme, qui va me servir de type, dans l'examen bien sommaire que je vais fairedes dents des mammifères, a, comme vous le savez , à chaque mâchoire , quatre incisives , deux canines et dix molaires. Ces dents ont pour principal caractère , chez l'homme de former une série continue, d'être verticales ou à peu près, et de ne pas offrir de sensibles différences dans leur hauteur. Ces dents sont simples, c'est-à-dire que leur substance interne, enveloppée de toutes parts de l'externe, n'en est point péné-

(1) Loc. cit., p. 33etsuir.

(2) Sysl. der Histologie, p. 197.

trée{\). Dans les dénis composées , au contraire, comme sont les molaires de l'éléphant, l'émail et l'ivoire forment des replis tellement profonds, que, dans quelque sens qu'on coupe la dent , on divise, plusieurs fois, chacune de ces substances.

Les quadrumanes ont les trois espèces de dents. Leurs molaires et leurs incisives ressemblent aux nôtres; leur canine est un peu plus longue, ce qui exige à l'arcade opposée un petit intervalle pour la loger. Quelquefois, cet intervalle n'existe pas, la caniue se plaçant en dehors de l'arcade dentaire , lors du rapprochement des mâchoires.

Les carnassiers ont aussi les trois espèces de dents, mais outre que leur dent canine ou lauiaire, excessivement développée, ne ressemble, en rien à celle de l'homme, leurs molaires, anguleuses et tranchantes, sont plutôt aptes à déchirer qu'à moudre ou triturer. Derrière ces dents anguleuses, les chiens possèdent des molaires plates , dont il n'y a que le rudiment à la mâchoire supérieure des animaux du genre félis. C'est avec ces dents plates que le chien mâche l'herbe.

Tous les pachydermes , sauf le rhinocéros bicorne et l'éléphant, possèdent les trois espèces de dents; mais il y a une grande interruption dans la série qu'elles forment : c'est ce qu'on appelle une barre. Chez le cheval, les canines sont rudimentaires, et, même, elles ne poussent que chez le mùle.

Les ruminants sans cornes, chameaux, dromadaires , lamas, ont encore les trois espèces de dents. Il y a une barre trèsprononcée. Dans le moschus moschiferus , les canines manquent à la mâchoire inférieure; et, chez tous, les incisives manquent à la mâchoire supérieure.

Lorsqu'une classe de dents commence à faire défaut , chez les mammifères, c'est ou la classe des incisives, ou celle des canines, de sorte que, quand il ne reste qu'une sorte de dents, ce sont des molaires. Je suppose que les dents ont un caractère bien déterminé; ainsi je ne regarde pas comme faisant exception

(I) Cuvier, Anal, comparée, 1. 111 , p. 104 (1re édition).

W3 Btà i \ I)[(;cstio\

&èè série de pniios dcnis coniques qu'on voit aux deux mâchoires des marsouins, à la mAchoire inférieure des cachalots , et dont on ne peut dire qu'elles soient molaires , canines ou incisives. J'en dirai autant des défenses du narval, à. moins qu'on ne veuille les considérer comme des canines, qui seraient alors les seules dents de cet animal.

Les canines ou les incisives peuvent manquer aux deux mâchoires ou seulement à l'une d'elles.

Les ruminants à cornes (le cerf excepté) manquent de canines aux deux mâchoires et d'incisives à la mAchoire supérieure , de sorte qu'ils n'ont que des molaires et des incisives inférieures.

Les rongeurs n'ont que deux espèces de dents: des molaires, et les dents situées à la partie antérieure des mâchoires, et que les anatomistes décrivent comme des incisives. M. Geoffroy- Saint-Hilaire a attaqué cette détermination, et avancé que les dents antérieures des rongeurs étaient des canines. Au premier examen de cette question , et en voyant sortir la dent par l'os intermaxillaire, qui, comme vous le savez, porte les incisives, j'étais peu disposé à abandonner l'opinion commune, lorsque ayant suivi, avec la gouge et le maillet, l'une des dents supérieures du castor, je l'ai vue percer l'os intermaxillaire, pénétrer profondément dans l'os maxillaire supérieur, et prendre en définitive sa première origine au voisinage des dents molaires antérieures. Les prétendues incisives des rongeurs ne sont donc que des canines très-développées. Vous pourrez , à l'aide des préparations de notre muséum, constater la disposition que je vous indique sur le porc-épic, le lapin de Russie, le lièvre, la marmotte et le cabiai. J'ajouterai que certaines défenses, qui bien évidemment sont des canines , se prolongent dans les mâchoires comme les dents des rongeurs. Vous en pourrez voir un bel exemple dans la préparation des défenses du babiroussa (pachyderme).

Le paresseux et le dugong manquent d'incisives. L'éléphant n'a, avec ses molaires , que les défenses qui sortent de l'os incisif supérieur.

Dlî LA. MASTICATION. (Ma

Enfin , on ne trouve plus que des molaires dans le rhinocéros bicorne et les lalous.

Si , en regard des mammifères monodelphes, nous placions les deux autres sections de ces animaux, savoir : les bipèdes et les marsupiaux (pages 357 et 358), nous y retrouverions presque tous les types de dentures que nous venons d'examiner. Ainsi auxdasyures, aux sarigues, parmi les marsupiaux didelphes , je vois les trois espèces de dents , et je remarque que les molaires ont delà ressemblance avec celles des carnassiers. Au phalanger, au potoroo, au phascolorne, au kanguroo, dans lamème tribu , je vois des mâchoires armées comme celles des rongeurs. Le dugong, parmi les syrénides bipèdes, n'a que des molaires et des canines. Le narval et les marsouins , parmi les syrénides cétacés , n'ont plus qu'une seule espèce de dents , etc.

Ni les dents des reptiles , ni les dents des poissons ne se laissent facilement ramener à la division en incisives, canines et molaires. Outre qu'elles se ressemblent, en général, pour un même animal, dans les divers points qu'elles occupent , on en trouve qui sont implantées ailleurs qu'aux os incisifs et maxillaires , surtout chez les poissons, qui en ont à l'os du palais , au vomer, aux os qui soutiennent les branchies, à la langue et au pharynx. Cela varie suivant les différentes espèces, mais quelques-unes, le brochet par exemple , réunissent toutes ces sortes de dents, dont vous pourrez lire la description dans les traités d'anatomie comparée. Je me bornerai ici à deux remarques :' 1° dans les ophidiens venimeux il y a , indépendamment de deux rangées de dents palatines, et de deux rangées à la mâchoire inférieure, des dents ;ï crochet plus longues , qui, dans la vipère, sont au nombre de deux, attachées à la mâchoire supérieure , mobiles d'avant en arrière, traversées par un canal intérieur, qui aboutit, à quelque distance de la pointe sous la partie convexe de la dent, à une fente très-étroite. Ce canal forme une partie de l'appareil excréteur de la glande qui secrète le venin. Dans l'état de repos , et les mâchoires étant rapprochées, 'les dents à crochet sont couchées d'avant en arrière dans la bouche. Ces crochets se redressent et deviennent perpendiculaires à la mâchoire inférieure lorsque

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la vipère se dispose à mordre. 2° La deuxième remarque est relative aux dents de certains poissons, lesquelles, faisant corps avec l'os qui les supporte, pourraient au premier abord être considérées comme des dépendances de cet os. Mais il n'y a la qu'une apparence. Dans les premiers temps du développement de ces dents, elles étaient , comme celles des mammifères, isolées de l'os; et même, après leur soudure à l'os, elles continuent de s'en distinguer par leur structure.

L'ivoire et l'émail existent dans les dents des reptiles et des poissons; la couche d'émail est très-mince chez les reptiles. Toutes les dents des reptiles sont simples ; quelques poissons ont des dents composées.

Usage des dents. Il suffit d'un coup d'œil jeté sur une galerie d'analomic comparée, pour se convaincre que, chez une foule d'animaux , les dents n'exercent aucune action triturante. Certes ces dents pointues ou coniques de la plupart des reptiles n'ont d'autres usages que de retenir la proie et d'aider à la saisir. Les dents crochues des poissons ont des usages analogues, et chez quelques-uns, ces dents, inclinées vers le gosier, s'opposent absolument à ce que les substances introduites dans la bouche puissent revenir au dehors. Ln tel gosier ne lâche pas sa proie. Dans l'estomac du requin, comme dans celui du brochet, on trouve, entiers, des animaux qui ont passé au travers de leurs terribles râteliers. Mais les poissons ont aussi des dents tranchantes , et quelques uns, les cyprins par exemple, ont des dents plates, véritables organes de trituration.

Chez les mammifères, les dents qui sortent de la bouche n'ont aucun rapport avec la mastication , ce sont de véritables instruments de défense ou d'attaque. Les dents des carnassiers , les molaires plates exceptées, ont aussi cet usage; elles servent de plus à déchirer la chair et à briser les os.

Chez l'homme , il faut considérer la manière dont les arcades dentaires se répondent en avant, sur les côtés et en arrière. A la région des incisives, les arcades alvéolaires se rencontrent en biseau , et de telle manière que l'arcade inférieure glisse en arrière de l'arc.ide supérieure. Dans celte région, les arcades dentaires

peuvent couper les corps placés dans leur intervalle. Plus sur les côtés, les canines d'une mâchoire se croisent avec celles de la mâchoire opposée. Enfin, dans toute la région des molaires, les dents se rencontrent par de larges surfaces et peuvent , à la manière des meules et à l'aide des mouvements latéraux de la mâchoire inférieure , exercer une action triturante. Mais nous employons aussi les molaires à la division de la chair, et dans ce cas, ainsi que l'a fait observer M. Gerdy (1), ces dents se rencontrent non parleurs surfaces plates, mais par les bords externes de leurs couronnes, avec lesquelles elles coupent la chair. Cette action exige, je pense, que le côté de la mâchoire opposé à celui avec lequel on mâche soit légèrement abaissé. Celte variété de mouvement, qui n'a pas été décrite, est sans doute favorisée par le ménisque. Il n'y a là, au reste, qu'une exagération de ce qui se passe dans la mastication ordinaire, car on ne mâche pas des deux côtés à la fois, mais alternativement à droite et à gauche. Quelques personnes emploient constamment le même côté des arcades alvéolaires à la mastication. Cela peut avoir l'inconvénient de favoriser l'accumulation du tartre sur les dents inoccupées , et de causer le gonflement des gencives qui les entourent, en même temps que cela accélère l'usure des dents dont on se sert exclusivement.

Ce n'est pas seulement en qualité de corps durs et résistants que les dents prennent part à l'acte de la mastication; elles y participent par une autre propriété, sur laquelle M. Robert Graves (2) a insisté. C'est comme organes d'un tact exquis que les dents concourent à la mastication. La partie solide de la dent (ivoire et émail) est insensible par elle-même, mais elle transmet le» plus légers ébranlements à la pulpe denlaire, qu'anime un nerf de sentiment. Les corps les plus petits, quand ils sont durs, le plus léger gravier, sont distinctement sentis lorsqu'ils se rencontrent sur les points où les dents opposées se mettent en con-

(1) Communication orale.

(2) Mémoire sur une affection particulière des nerfs dentaires {Arch. gin. de méd., 2e série, t. X , p. 4C0; extrait du Dublin journal, n° 25).

lacL Pour le développement de telles impressions, on ne pourrait imaginer d'appareil de sensibilité plus exquis que celui où une pulpe nerveuse est coiffée d'une substance osseuse et solide, et à cet égard l'appareil dentaire le dispute presque à l'appareil nerveux des organes des sens. Cette sensibilité spéciale des dents nous donne à l'instant même la conscience de la position du bol alimentaire et de plusieurs de ses qualités pbysiques, telles que sa consistance, sa forme, son volume. «Sans ce tact exquis, dit Graves, les deux rangées de dents ne pourraient pas agir de concert; les incisives et les molaires de la mâchoire inférieure ne pourraient pas adapter leur bord tranchant ou leur surface de broiement aux mêmes parties des dents de la mâchoire supérieure. » Grâce â cette sensibilité, nous évitons de faire agir les dents sur des corps qui pourraient les user ou les briser, comme des grains de sable, des esquilles d'os très-dures. M. Graves, enfin, compare les dents à des doigts implantés dans la bouche. Chez quelques sujets cette sensibilité prend une forme morbide et se traduit par un désir invincible de grincer les dents.

Il est un autre mode de sensibilité des dents qui momentanément met obstacle à la mastication : c'est celui d'où résulte {'agacement. Malgré leur extrême dureté, les dents sont poreuses; l'imbibition y fait pénétrer les liquides, et ceux-ci, quand ils ont franchi l'émail , parviennent facilement au contact du noyau pulpeux par les tubes de l'ivoire. C'est ainsi que certains acides végétaux agissent sur les nerfs des dents.

Malgré la pluralité de leurs origines, le? nerfs des dents peuvent être tous rapportés à la branche ganglionnaire de la cinquième paire. Je n'ai pas besoin de vous rappeler leur distribution.

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