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TRENTE ET UNIÈME LEÇON

de l'insauvatjon.

( Suite. )

De quelques altérations de la salive.

Déjà nous avons indiqué les différences que la salive présentait dans la quantité qui en était sécrétée : ses qualités sont aussi modifiées dans quelques circonstances.

La salive a été analysée dans le cas de ptyalisme mercuriel. Siebold affirme qu'on n'y trouve pas le mercure. La même assertion a été produite par un homme dont le nom a plus d'autorité en chimie que celui de Siebold. Le docteur John Bostock (1) n'a pas trouvé un atome de mercure dans la salive. Il dit que la salive du ptyalisme mercuriel entraîne avec elle une matière animale analogue à l'albumine non coagulée, comme on voit, dans la maladie de Bright , l'albumine passer dans les urines.

La salive prend , chez certains individus , une saveur sucrée qu'elle communique à toutes les substances introduites dans la bouche, même aux substances acides et amères (2); d'autres se plaignent de sa saveur trop salée. Je ne suppose pas qu'il y ait, dans ces cas, hallucination du sens du goût.

La composition de la salive est changée dans certains cas d'al-

(1) JohnBostock, Med.-chir. trans., vol. IV, p. 76 , et Journal des progrès, t. IV, p. 93.

(2) Schurig , Sialalogia, p. 32 et 33,

DE L'iXSALIVATION. '*?

tération du sang. Elle prend une saveur urineuse , lorsqu'il y a rétention d'urine avec résorption de ce liquide. Schung dit que c'est chose connue que la coloration de la salive dans l'ictère; cependant les malades ne se plaignent pas de son amertume. Si on injecte du bouillon dans les veines d'un animal, celui-ci meut sa laDgue comme s'il le goûtait. Une femme venait d'accoucher : le placenta ne se décollait pas ; on injecta par le cordon de l'eau vinaigrée, elle eut presque de suite la saveur de vinaigre ; elle ignorait ce qu'on avait fait ( 1).

Il est un étal de la salive mixte sur lequel on a beaucoup écrit depuis quelques années, et dont la signification n'est pas la même aux yeux de tous les pathologistes; je veux parler de son état habituellement acide. On a de tout temps observé un dérangement de la santé, consistant en une diminution de l'appétit , de la céphalalgie, un sentiment d'embarras à la région de l'estomac, de la nausée, la présence d'un enduit sur la langue, etc. L'émétique, administré dans ce cas, guérit certains malades, tandis quil aggrave la position de quelques autres, ce qui a fait penser que ce groupe de symptômes devait être rapporté à deux maladies différentes dont Tune serait l'embarras gastrique et l'autre une gastrite véritable. Or, on a cru observer que la salive restait alcaline dans le premier cas , tandis qu'elle devenait acide dans le second. De sorte qu'il suffirait de quelques papiers réactifs mis en contact avec la langue (2) pour établir un diagnostic différentiel. Les deux mémoires de M. Donné (3) sont presque entièrement consacrés au développement de celte opinon qui a aussi été exposée dans quelques thèses de la Faculté (4). M. Andral (5) vient de se prononcer contre elle. « L'acidité de la bouche,

(1) Communication orale, par M. le professeur Moreau.

(2) Si on mettait le papier en contact avec les lèvres , on aurait presque toujours une réaction acide.

(3) Ils sont cités dans les pages précédentes.

(4) Stievenard, thèse n° 32, 1838.

(5) Gaz. tnéd., 1848, p. 629.

7,fc DR H nic.r.snoiv.

dit-il, n'est point un fait pathologique; on l'observe chez les personnes les mieux portantes, chez celles qui digèrent le plus normalement, et l'on peut la retrouver dans les maladies les plus diverses.» D'après ce que nous avons dit plus haut, il est clair que chez ceux qui ont la salive mixte, acide, il y a prédominance de la sécrétion buccale qui est acide sur la sécrétion salivaire proprement dite qui est alcaline. 11 reste à déterminer par les faits cliniques si la gastrite légère diminue plus souvent que ies autres maladies l'afflux de la salive proprement dite dans la bouche. L'état habituellement acide de la salive peut causer la carie des dents. Ge liquide est alors très visqueux, il file d'une arcade dentaire à l'autre, au moment où la bouche s'ouvre. Cela a été signalé par M. Toirac (dissertation inaugurale) et par M. Regnart. Ces deux dentistes ont observé la coïncidence de cet état de la salive avec des affections chroniques de l'estomac.

Le tartre qui se dépose sur les dents a été analysé par Berzelius et par Vauquelin et Laugier. Voici l'analyse du premier de ces chimistes : ptyaline, 1,0 ; mucus, 12,5; phosphates terreux, 79,0; matière animale dissoute par l'acide chlorhydrique 7,5. Comme on le voit, la plus grande partie du tartre est formée par un phosphate insoluble. M. Dumas (1) explique ce dépôt par l'action de la salive alcaline sur le liquide acide de la bouche. Dès que l'acide libre est saturé , les phosphates se déposent à l'état insoluble.

La salive laisse quelquefois déposer des calculs dans ses couduits excréteurs. Il est à remarquer que ce n'est pas le phosphate de chaux, mais le carbonate de cette base qui prédomine dans les calculs salivaires des herbivores. J'extrais quelques analyses de l'ouvrage de M. Dumas :

(1) Chimie physiologique et médicale, t. VHI , p. 599.

DE l/jîVSALIVATIOIV. 719

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de magnésie. . .

Le calcul analysé par M. Cavenlou provenait d'un âne, les autres venaient des voies salivaires de chevaux. Voici encore, d'après Wurzer, des analyses des concrétions

salivaires du cheval :

Carbonate de chaux 80,50 87,5

Phosphate de chaux 2,78 3,5

Matières animales solubles 8,60 7,0

Matières animales insolubles 4,ô0 »

Oxydes de fer et de manganèse. . . 1,00 »

Sel marin 1,00 0,5

Carbonate de soude 1,75 0,9

Fourcroy, Wolloston, Bostock , mentionnent à peu près exclusivement le phosphate de chaux dans les calculs salivaires de l'homme.

Usages de la salive.

Plusieurs faits démontrent, d'une manière évidente, que la salive n'est pas sans importance, et que la perle habituelle dé ce liquide peut entraîner les plus graves désordres dans l'économie. Lorsque par une cause quelconque elle s'écoule au dehors au lieu d'être versée dans le tube digestif, on observe des troubles de la digestion, de la faiblesse, de l'amaigrissement qui peut aller jusqu'au marasme. La vie même peut être compromise. Ces accidents ont été observés chez des individus qui, par suite d'une perte de substance des lèvres ou des joues, ne pouvaient retenir leur salive et semblaient menacés d'un épuisement total, lorsqu'une opération chirurgicale a rétabli leur santé. On les a observés sur des personnes qui avaient pris la mauvaise habitude

de rejeter continuellement leur salive par la sputalion. Le maître de Haller en avait observé sur lui-même les mauvais effets (1). Ceux qui pour étudier la salive ont voulu fournir par euxmêmes aux frais de l'expérience ont souvent éprouvé des douleurs d'estomac et senti leur digestion se déranger. C'est donc une erreur grossière de considérer la salive comme un excrément et de la rejeter au dehors.

La salive a quelques usages étrangers à la fonction digestive. Elle est, par exemple, nécessaire à l'articulation des sons: j'ai vu, dans des concours, des compétiteurs s'arrêter net, non pas faute d'idées, mais faute de salive à la bouche. Nous montrerons ailleurs qu'elle est utile au sens du goût.

La salive favorise la mastication. Sans elle, on ne ferait qu'une poudre, et encore la ferait-on mal. Elle agit alors comme l'intermède dont on se sert en pharmacie pour pulvériser plusieurs substances. Aussi la voit-on pleuvoir pour chaque espèce animale au voisinage des dents les plus employées, tandis qu'elle manque chez les animaux qui prennent l'aliment dans l'eau. Sa viscosité favorise la formation d'une pâte dans la bouche.

La salive est utile aussi à la déglutition. Le gosier sec ne peut avaler ; et quand un aliment solide n'a pas été convenablement humecté, il ne coule pas facilement dans la gorge. Essayez d'avaler une certaine quantité de farine ou de magnésie, dit Baumont (2) , et vous verrez que les organes de la déglutition se refuseront à agir jusqu'à ce qu'une certaine quantité de liquide soit jointe à celte poudre. Ici l'eau peut remplacer la salive.

Des expériences curieuses démontrent celte double influence de la salive sur la mastication et la déglutition. Ces expériences font voir que la quantité de salive sécrétée et employée est en raison de la sécheresse de la matière alimentaire, et qu'uue

(1) Haller, Elemenla phys., t. VI , p. 62.

(2) Experiincnts and observations on the gastric juiceandt/ie physiology of digestion , p. 69.

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même substance en absorbe des quantités différentes, suivant son état de sécheresse ou d'humidité.

Pour obtenir cette évaluation, on pèse l'aliment avant de le donner à l'animal. L'œsophage de celui-ci a été coupé en travers. L'aliment mâché et avalé est recueilli par la plaie du cou. La différence de poids indique la quantité de salive qui a été ajoutée à cet aliment.

Ces expériences ont été pratiquées séparément par M. Lassaigne (1), par la commission de l'Institut, par M. Bernard (2). Je vais emprunier au mémoire de M. Bernard (3) le tableau qui en offre les principaux résultats.

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