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UTILITÉ DE LA PHYSIOLOGIE

Il me reste à vous indiquer les rapports étroits qui attachent la physiologie à l'art de guérir.

L'étude des actes de la vie offrirait assez d'intérêt pour qu'on se décidât à là cultiver, sans autre but que les jouissances qu'on pourrait s'en promettre, et ce but seul paraît avoir dirigé et soutenu dans leurs travaux des physiologistes justement estimés. Mais le médecin doit songer aux applications à la santé des hommes, soit qu'il s'agisse de la conserver, ou de la rétablir lorsqu'elle a éprouvé quelque dérangement.

Quoique les êtres vivants possèdent en eux , c'est-à-dire dans leur organisation, le principe, la source de ces mouvements réguliers dont l'ensemble constitue la vie , ce serait en vain qu'ils auraient reçu cette puissance intérieure, si elle n'était sans cesse sollicitée à agir par l'influence des agents physiques extérieurs. La recherche des rapports de l'homme avec les objets qui l'entourent constitue donc une partie importante de la physiologie. Le médecin peut déduire de cette étude quelques règles relatives à la mesure et au mode suivant lequel plusieurs de ces rapports doivent s'accomplir. C'est ainsi que la physiologie prête son appui à une branche étendue de V hygiène.

La physiologie n'a pas eu moins d'influence sur les doctrines pathologiques et la thérapeutique. Un coup d'oeil jeté sur l'histoire de la médecine nous montrerait les doctrines les plus célèbres liées constamment à la doctrine physiologique de le-

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poguequp nous aurions choisie et n'en étant qu'une conséquence.

La théorie chimique de la vie professée par Sylvius lui montra toutes les maladies en rapport avec la prédominance de tel ou tel élément chimique des humeurs. Les maladies étaient surtout occasionnées par les acides , et les préparations chimiques les plus énergiques étaient administrées avec une confiance, une témérité contre laquelle protesta en vain, au xvne siècle, Guy Patin, un des médecins les plus spirituels et les plus caustiques de son époque.

Les sectateurs de l'école iatro-mécanique ne furent pas plus réservés que ne l'avaient été les chémiatres. A la vérité , quelques mécaniciens avaient dit qu'il fallait bien se garder d'appliquer le calcul à la pathologie ou à la thérapeutique ; mais on vit Boerhaave et ceux qu'avaient entraînés sa réputation et son génie expliquer les phénomènes des maladies, aussi bien que les fonctions du corps , d'après les principes de la mécanique.

Et la doctrine médicale de Brown , accueillie avec tant d'enthousiasme d'abord en Écosse, puis en Allemagne, sur quoi était-elle fondée? Sur la propriété de X incitabilité , érigée par le réformateur écossais en principe de la vie, et considérée comme une force fondamentale inhérente aux êtres organisés.

Enfin, Messieurs, n'avons-nous pas vu de nos jours le chef célèbre d'une nouvelle doctrine médicale proclamer en quelque sorte, par le nom sous lequel il a fait connaître cette doctrine, l'alliance intime de la physiologie avec l'étiologie des maladies aussi bien que leur thérapeutique? Broussais a semblé s'écarter, toutefois, de ses prédécesseurs, en ce que le dogme physiologique a été créé après coup , comme pour prêter son appui à la doctrine médicale , et la ramener à cette unité, sorte de pierre philosophale cherchée par tous les chefs de secte, et qu'il ne leur a pas encore été donné d'atteindre

Sans doute , Messieurs , le jour où nous serions plus éclairés sur le mécanisme de la vie, le jour où nous connaîtrions le secret des élaborations organiques , nous pourrions aspirer à fonder sur ces notions une doctrine médicale cohérente dans

toutes ses parties, nous pourrions en déduire la cause prochaine des maladies et les moyens d'y remédier. Mais jusqu'à ce que nous en soyons là , la médecine aura peut-être demandé à la physiologie plus qu'elle ne pouvait lui accorder; et si je ne me trompe, je ne vous ai pas montré le plus beau côté sous lequel on puisse envisager les rapports qui les unissent. Mais, s'il n'y a pas sûreté à demander à la physiologie un système médical complet, on peut dire que cette science est excessivement riche en applications de détail. C'est ainsi que la physiologie éclaire l'étiologie de certaines maladies, le traitement de quelques autres , et le diagnostic du plus grand nombre. C'est vers ces applications de détail, qui ont aussi leur prix, que sont dirigées les recherches des modernes; elles se succèdent avec assez de rapidité pour faire vieillir en peu de temps les traités les plus récents de physiologie, et c'est un avantage de l'enseignement oral de pouvoir les mettre à profit , à mesure que leurs auteurs les livrent à la publicité.

Cet avantage, toutefois, ne peut être obtenu qu'autant que le professeur se sera astreiut à extraire, jour par jour, ce que les ouvrages périodiques et les monographies renferment d'opinions ou de vérités nouvelles. Si je n'ai pas complètement rempli cette tâche , Messieurs , j'espère que vous vous en prendrez plutôt à l'insuffisance de mes moyens qu'à mon défaut de zèle pour votre instruction.

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