‹ Cours de physique de l'École polytechnique (volume 2)Chapitre 50 sur 60 · FIO.S · texte numérisé non relu

FIO.S

14 COURS BB PHT8IQIII.

laqae à rexlremité d'un ti^e de verre , intlriiioept appelé plan d*é^ preuve* Si l'on applique œ plan d'ëpreuTC sur un point da corps qo'on veut explorer , on peut sup^ser qij'ii s'y confonde avec l'élément correspondant de la surface , et qu'en le retirant il emporte l'électricité contenue sur cet élément.

L'expérience, prouTC en effet que la quantité d'éleetricité enierée par le djpque de clinquant , peut représenter celle qui se trooTail sor le corps y au lieu où le disque a été appliqué. On cororannique à im corps isolé A , une certaine char||;e d'électricité , et après avoir applique le plan d'épreuve en un point P de la surface, on le porte dans la balance de torsion , à la place de l(i boule B ; le disque mobile , auquel on a primitivement coouBiunîqué de l'électricité de même nature que celle du plan d'épreuve^ s'éloigfue é^ s'arrête dans une position d'équilibre ; la force de torsion correspondante k cette position , donne la force répulsive et par suite l'énergie électrique que l'on veut mesurer. On touche ensuite le corps A , par un autre corps A' semblable et à l'état naturel ^ afin 4'QDlov®r au premier la moitié de son éleclri«ilé ; le corps conducteur A' peut être creux ou plein , de même nature que A ou de nature différente , potrvu qu'il ait la même force et le même volnmey les résultats sont identiques. Lorsque ce contact est '^effectué, et A' éloigné, on replace le plan d^éprepve au même point P , pour recommencer l'expérience de la balance d^torsion ; on trouve alors mie énergie électrique moitié moindre que dans le premier caa.

Ainsi le plan d'épreuve peut être réellement considéré comme nn élément du corps que l'on ^.étache , et les rapports des lentioilB électriques qu'il indiquera dans la balance , lorsqu'on l'anra placé successivement en différents points de la smfaee d'un corps électrisé, donneiont les rapports des épaisseurs de la couche électrique en ces mêmes points, La déperdition d'électricité par Tiur exigeraii^oe Ton fit des oorrections pour rendre. les dentiers résultats oomparaWes aux premiers; mais on peut s'en dispenser, en combinant les observations de la manière suivante.

Il est permis de supposer la perte dans un temps très-court proportionnelle à ce temps , ce qui revient à regarder la charge comme constante pendant toute sa durée ; l'erreur que l'on commet par cette supposition est d'autant moindre que le temps est plus court. On place le plan d'épreuve en un point P du corps A ; porté à la balance, il donne l'énergie électrique E correspondante \ cela fait , et au bout d'un temps très*court 1 6n porte le plan d'épreuve en un autre point F de A ; il indique à la balance électrique une énergie E' ; enfin , à un même intervalle do temps ^^ on replace le plan en P ; l'énergie élec-

QUAMAim-DHIÈU LIÇOR. 18

triffae è, indiquée par cette nouvelle épreuve au même point , sera

moindre que £ ; il faut prendre alors pour* le rapport des épaisseura de

la eouche électrique ^ en P' et P, au même instant , celui de E' à la

E+e moyenne — v — .

D'après cela , voici le mode général d'observation. On place succès^

sivement le plan d'épreuve sur divers points : P, F, P, F', P, F", P»...

du corps exploré, à des intervalles de temps très^cburts^ mais égaux

entre eux. K chaque fois , on dispose le plan dans la balance électrique

pour éTaluer, au moyen de la torsion , Ténergie répulsive e, "Ef , e',^

i/\ e", £"\ tf'''^... de rélectricité libre qu'il contient. Les nombres

e, e'^e^', 0"^ qui représentent l'état électrique au peint P , au bout

des temps, 0 , ^U^ 4<, 6#,... forment une série déoroissante^ on prend

N! 2E" 2E"' alors les nombres : 1, ^ ^,, , . „, „ t y// ? • " > P^^"^ représenter les

rapports des épaisseurs de la couche électrique aux points P^ F, F% F''|...« Lorsqu'on soumet à ce genre d'étude expérimentale, des * barres allongées , prismatiques ou cylindriques , on reconnaît que l'électricité est faible dans la partie moyenne , et qu'elle augmente rapidement vers les extrémités. Sur une plaque circulaire c'est encore vers les bords qutf se trouve presque toute l'électricité.

Coulomb a aussi employé la méthode expérimentale du plan d'épreuve , pour étudier la distribution de l'électricité libre sur deux sphères , conductrices et isolées , mises en contact. Yoioi les résultats de ses obserrations. 1» Près du point de contact, l'épaisseur de la cou* cbo ëlectriqne est ndlle sur les deux chères. S® Dans le cas de deux sphères égales , la couche électrique , sur tout grand cercle passant par le point de contact y n'acquiert une valeur sensible qu'à 30* de ce point , croit rapidement de 20° à 60°, plus lentement de 60° à 00°, et conserve . sensiblement la même valeur de 00° à 180°. S°.Dans le cas de deux sphères inégales , l'épaisseor de la couche électrique sur la petite sphère, a 180<> du point de contaet, est plus grande que celle au point correspondant et opposé de la grande sphère; le rapport de ces épaisseurs augmente avec celui des i^yons des deux corpa, et s'approche indéfiniment , suivant Coulomb , du nombre S , à mesure que le rayon de la petite sphère diminue.

667. Eu appliquant le calcul a l'hypothèse fcmdamcntale de deux J^^^^JK' fluides , répandus en qualités égales dans les cprps à l'état naturel, re- ««^ iuuque. poussant leurs propres molécules , et s'attirani mutuellement en raison inverse do carré des distances , M. Poisson est arrivé à des conséquen» ces rcuiArquifbles, en tout conformes aux résultats des expériences de

16 COUftS IIB MTSIQUË*

Cooloriib , sur la diitrtbation de l'éleolricitë de la sarface des oorps conducteura, dont la forîhe'est susceptible d'une définition simple et rigourense.

Il a d'abord trouvé que l'électricité libre répandue daps na eorpa condoateur, doit être située à la surfaee. Ce théorème se démontre par un raisonnement très-simple dans le cas d'une sphère. Quand t6os les points d'une enveloppe sphériquea^ssent par attraction on par répulsion , sur un point intérieur, suivant la loi inverse du carré de la distance , on sait que la résultante de toutes ces actions est nulle. D'après cela , si l'on imagine un fluide âectriqne libre, répandu par ocmches sphériques homogènes y dans l'intérieur d'une sphère, toutes les molécules d'une même couche seront repoussées par les couches sphériques intérieures sans que celles extérieures puissent contrarier cette répulsion. Toutes les couches devront donc s'étendre en augmentant de rayon , et venir successivement se superposer vers la surfscexlu corps y ou la résistance de l'air les maintiendra réunies.

Le calcul ni l'expérience ne peuvent décider si l'épaisseur de la surface d'un corps, où l'électricité se retire, est ou n'est pas ^appréciable. Il est probable toutefois que cette épaisseur n'est pas nnlle : on conçoit que la couche électrique doit être terminée a l'extérieur par la surface même du corps, et à l'intécieur par une autre sarface, qui-n'est sphériqne que si la première l'est. Dans tons les cas, la distance de ces deux surfaaes, correspondante à un point donné de la première, forme ce qu'on appelle l'épaissenr de la couclie électrique en ce point. On doit considérer cette couche comme composée de molécules fluides sollicitées à sortir du corps, et qui en sortiraient en effet sans la préience de Fair, qui oppose un obstacle à la force répulsive ; car dans le vide l'électricité disparaîtrait.

Une molécule du fluide située â la surface du corps, est repoùssée par toutes les autres molécules du même fluide libre > répandues sur le même corps ; la résultante de ces actions est détruite parla résistance de l'air. Toutes les molécules , situées sur la même partie de la normale à la surface extérieure qui mesure l'épaisseur de la couche, peuvent être censidérées comme exerçant sur l'air la même force répulsive. La résistance totale opposée par ce gas, ou la pression due au fluide , est donc proportionnelle au produit de l'épaisseur de la eouche par la force répulsive qu*exerce une molécule; or le colcul indique que cette dernière force, ou la résultante des aotiona répulsives qu'une molécule du fluide libre éprouve de la part de toutes les autres, est elle-même proportionnelle à l'épaisseur de la couche , à l'endroit où se trouve celte molécule ; la pression exercée par ce fluide sur l'air.

QUAftAHTB-imiÈVB LIÇOH. 17

OU ce qu'on appelle là tenêion de rélectrloité libre , est donc proportionnelle an carré de cette éfiaîsaeun

Outre ees réftuUata généraux, l'analyse roathéroatiqne permet de déterminer rigoureimenient la loi de distribution de l'éleetrioi|é libre à la surface de dirers corps. M. Poisson a ainsi traité ooroplétî^ent le cas d'une plaque circulaire très - mince , les rapports numériques des épaisseurs de la couche électrique , près des bords et rers le oentre, sont vériiés par les expériences de Coulomb sur des disques conduc* teurs. Dans le cas d'un ellipsoïde de réyolution, on est conduit à cette loi très-simple, que les épaisseurs de la cooehe électrique, aux extrémités des deux axes de l'ellipse méridienne, sont dans le rapport de ces axes; l'expérience confirme ce résultat. Enfin M. Poisson a aussi considéré le cas de deux sphères en contact, égales ou inégales; ses calculs conduisent encore aux mêmes résultats que les expérienoes de Coulomb sur ce système de corps; toutefois la théorie indique que le rapport des épaisseurs de la couche électrique , aux extrémités opposées des diamètres des deux sphères menés par le point de contact| a pour limite le nombre 1,05, quand l'un des rayons tend vers téro, tandis que Coulomb avait assigné 3 pour la Taleur de cette limite.

688. Pour les corps de forme conique, le calcul indique que la ten» Poavsir d» sion électrique derient infinie Tcrs le sommet; mais l'expérience prouve que , dans cet endroit , l'électricité surmonte l'obstacle que l'air 1 ni oppose et se perd ; cette propriété constitue le pouvoir ifosjpomfss. En vertu de ce pouvoir, quand une pointe fait partie 4u système des conducteurs d'une machine électrique, la charge ne peut atteindre le même degré que si cette pointe est enlevée. On s'en assure en plaçant sur la machine un petit pendule , formé d'une tige iftétallique à laquelle est suspendue , par un fil conducteur, une boule dont l'écarté- r,^ 357 ment peut faire juger de la charge; on observe alors qu'une même TÎtesse du plateau donne lien à un écarleraent maximum du pendule, très-diCFérent suivant que le système des conducteurs est ou n'est pas muni d'une pointe. Dans le premier cas , si l'on fait agir la machine dans l'obscurité, on aperçoit vers la pointe une auréole lumineuse ou une aigrette, suivant que la machine*déve1oppe sur les conducteurs de l'électricité négative on positive ; cette diversité d'apparence est encore inexpliquée.

L'intensité de la charge qu'une machine électrique peut acquérir est encore diminuée, lorsqu'on met, en présence des conducteurs, une pointe communiquant avec le sol par une chaîne conductrice. Bans cette circonstance l'électricité développée sur la machine , agissant à distance , repousse dans le sol le fluide de même nom , et attire T. m. g 9

Fio.358.

18 COURS DK FBT8IQVB.

vers la pointe le iluîde contra ire ^ qui acquiert une tension suffisante pour -vaincre la résistance de l'air ^ et venir neutraliser une partie de Télectricitë influente. Lorsque la pointe est ainsi disposée, Tappa* rence lumineuse qu'elle offre dons l'obscurité est inverse de celle da cas précédent : c'est-à-dire que si la machine fournit de l'électricité positive ou négative , on aperçoit à la pointe qui communique avec le sol une auréole ou une aigrette; ce qui devait être, puisque le fluide qui s'écoule par le sommet du cône est de nom contraire à celai répandu sur les conducteurs.

Si l'on prend un système de fils métalliques horizontaux , dirigés suivant les diamètres d'un cercle , et terminés par des pointes recourbées à angle droit , suivant des directions opposées aux deux extrémités de chaque fil , qu'on suspende ce système par son centre sur un pivot métallique fixé à la machine électrique , il prend un mouvement de rotation , qui s'explique comme celui de la roue à réaction. En eSei, la couche d'air qui entoure un corps conducteur éleetrisé, tant qu'elle reste imperméable au fluide électrique , éprouve aux différents points de la surface de contact , des pressions analogues à celles que Teau exerce sur les parois d*un vase qui la contient ; la résultante de ces pressions est nulle en général , a moins que des influences extérieures n'altèrent la distribution que le fluide tend à prendre d'après la forme du corps. Mais lorsque le conducteur présente une pointe , par laquelle s'écoule le fluide , c'est comme si le vase était percé dann cet endroit ; la couche d'air éprouvant alors du cèle opposé une ré* pulsion qui n'est plus détruite , se meut dans le sens de cette force , et la pression atmosphérique obUge le corps à la suivre.

QUARAim-DBlIXIÈME LIÇOV. 19

QUAliA]VTE-DEIJXl£HE LEÇON.

Théorie de réleetrisation par influence. Éleclroscopef. — Théorie de réiectrtcité lafenle. — Condensateurs. — Bouteille de Leyde. Batterie électrique.

6B9. Les phénomènes de réiectrioilë statique dépendent non-senle- ^^"^â^^ ^^ ment des actions que des niasses fluides, contraires ou de même nom , exercent à distance l'une sur l'autre , mais aussi de la décomposition de fluide neutre, que détermine , dans un corps à l'état naturel, l'éleotricité libre répandue sur un corps voisin. En effet cette dernière cause joue un rôle important dans les attractions et répulsiousdes corps ëlectrisés, et lors de l'éleotrisation par contact et a distance, elle fournit le moyen d'aocumuler l'électricité proTenant d'une source très-faible, et de la rendre sensible en multipliant ses effets. Il importe d'étudier en détail cette influence à dislance de l'électricité libre , pour se former une idée exacte des phénomènes électriques, et pouvoir les analyser, quelle que soit leur complication.

Dans le voisinage d'un corps A , suspendu par un cordon de soie, on dispose un cylindre métallique isolé B, aux deux extrémités (£ et £') Fic.359. duquel sont des tiges métalliques, supportant, par des fils de lin conducteurs , des boules de moelle de sureau. Lorsqu'on électrise le corps A , on voit les boules s'écarter des tiges. Il est facile de reconnaître que, si Téleotricité^de A est positive, l'extrémité E de B la plus voisine est électrisée négativement, et que l'extrémité £' la plus éloignée l'est positivement; car en approchant successivement des deux boules un bâton de résine frotté, il repousse la première et attire In seconde.

Si ensuite on éloigne A de B, ou qu'on fasse rentrer l'électricité de A dans le réservoir commun, en mettant ce corf)s en communication avec le sol par une chaîne conductrice, on voit les deux boules de sureaujdescendre vers leurs liges , et tout signe d'électricité disparaît dans B. C'est qu'alors les deux fluides développés par Finfluence du corps électrise, se sont recomposés pour former de nouveau du fluide naturel. Ce résultat prouve qu'il n'était pas passé d'électricité de A en B.

SO C0UB8 HK PBT8IQVK.

Toutefois &i on laisse s'écouler an temps considémble, avant d'éloigner rinfluence électrique de A, le corps B conserve de l'électricité négative libre, et cela d'autant plus que l'air est plus chargé d'homidite. C'est qu'alors il y a eu , pendant la durée de Tinfluence , une perte plus grande de l'électricité reponssée que deoelle attirée ; on constate en effet , dans ces circonstances , de l'électricité positive dans l'air ambiant.

Le corps B étant mis en contact avec le réservoir commun, lorsqu'il est soumis à l'influence de A , on voit la boule en £' descendre vers sa tige , en sorte que tout signe de l'électricité repoussée disparait. La boule en £ reste au contraire éloignée, et même s'élève encore plus; ce qui tient à ce que rinflnenceétait d'abord limitée par les attractions mutuelles des fluides séparés, et qu'elle attire en Eune plus grande portion d'électricité négative, quand celle positive de B peut s'éloigner davantage vers le soL Ce résultat est le même, quel que soit le point de B que Ton touche , à cause de la conductibilité du corps.

Si l'on place derrière B, lorsque les deux fluides séparés par Tin- 1 ic. 360. fluence se manifestent à ses extrémités, un autre conducteur b pareillement isolé, et muni de deux pendules semblablement disposés , ce nouveau corps donne aussi des signes d'électricité, positive en e\ négative en 0. La décomposition du fluide neutre de b est principalement due à l'influence de rélectricité libre en E', laquelle agit à une plus courte distance que celles en £ et sur A* rmuniiintcMîon gQQ^ L'influcnce qu'exerce à distance une masse de fluide libre

de I «'Irciricilo pjr *

étant mise hors de doute par les expériences précédentes, il est facile de se rendre compte de toutes les circonstances qui accompagnent la communication de l'électricité entre les corps. Quand on met ane sphère électrisée en contact avec une autre sphère qui ne l'est pas, toutes les deux étant conductrices et isolées, une partie de l'électricité libre de la première semble passer sur la seconde ; mais quoique le résultat soit le même, ce n'est pas tout à fait de cette manière qull faut concevoir le phénomène. A mesure que les deux corps se rapprochent l'un de l'autre, l'électricité libre du premier agit par influence sur le fluide neutre du second ; i^poussant l'électricité de même espèce, elle attire celle de nom contraire, pour la neutraliser lors du contact, ou plutôt avant que dé contact ait lieu, au moment de l'étincelle; et c'est rélectricité repoussée qui devient libre sur le second corps.

Lorsque deux sphères condnctrices, isolées, et éloignées Tune de l'autre, sont chargées d'électricité de même espèce, dont les quantités ne sont pas telles qu'elles seraient si ces deux sphères étaient en contact^ il arrive qu'en les rapprochant il se manifeste toujoi|rs sur Tune

iiitiucui'».

QUARANTI-DEVXlfcXK LBÇ05» 21

d'elles, et dans la partie la plus voisine de l'autre oorps^ du fluide oontraire à celui répandu primitiveoient sur les deux sphères. Les épaisseurs des couches électriques d'espèces différentes, dans les points les plus Toisins des deux corps, augmentent a mesure qu'on les rapproche. Enfin pour une certaine distance, l'attraction mutuelle des fluides accumulés en ces points est assex forte pour vaincre la résistance de J'air : il y a alors étincelle électrique et explosion.

Le contact ayant eu lieu, si les deux sphères sont éloignées l'une de l'autre, puis rapprochéesde nouveau, elles ne donnent plus d'étincelle, quoique électrisées. C'est qu'alors les quantités d'électricité lihre répandues sur les deux corps étant les mêmes qu'au contact, il n'y a pas de raison pour que l'une plutôt que l'autre agisse par influence; et l'électricité naturelle n'étant plus décomposée , il n'existe plus de fluides libres contraires qui tendent à se neutraliser. On peut donc poser en principe que Tétincelle accompagnée d'explosion, qui se manifeste entre deux conducteurs, dont l'un au moins est électrisé directement, indique toujours la neutralisation, à travers l'air, de deux masses fluides contraires.

Il suit de ce principe que la charge sur le conducteur d'une machine électrique , est réellement accumulée par l'influence du fluide libre apporté par le verre. Ou remarque en effet que, si le conducteur n'est pas armé de pointes vers le plateau , il se produit des étincelles entre ces deux corps. C'est que l'électricité positive développée sur le verre décompose par son influence le fluide neutre du conducteur, en attirant l'électricité négative , et repoussant le fluide positif. L'étincelle est alors produite par l'attraction mutuelle de l'électricité du plateau, et de celle contraire accumulée dans la partie voisine du conducteur; cette attraction devenant assez forte pour vaincre la résistance de Tair.

691 . Les mouvements relatifs qu'on observe entre des corps électri* EspiicaiMn ses , ont sans doute pour cause les actions mutuelles des masses d'éleo- ^r^l^^„'^Xi^ tricité libre , rcp«indues sur ces corps, mais il est nécessaire d'expliquer ^^ * Wieouicité. comment des actions entre fluides impondérables peuvent déterminer ces mouvements. Si l'on suspend l'nii prés de l'autre deux corps non conducteurs , tels que deux boules de gomme laque , électrisées par le frottement ou toute autre cause, le fluide développé reste distribué sur ces deux corps de la même manière , qu*ib soient ou non dans le voisinage l'un de l'autre. Car la répulsion mutuelle des masses fluides ne saurait faire naitre une nouvelle distribution sur les surfaces , a cause de la difficulté que l'électricité éprouve à s'y mouvoir. Dans ces circonstances , on peut admettre que la répulsion mutuelle des deux

ââ COURS Dl PHTUQDK.

boules de gomme laque est due à la force qui retient chaque portion d'électricité , au point même où elle a été développée ; car il résulte de cette force que les Ynasses flaides , qui se repoussent , entraînent arec elles des particules pondérables dont elles ne peuvent se séparer. L'attraction observée entre deux boules non conductrices , électrisées di£Fërcmment , s'explique de la même manière.

Mais les mouvements de deux boules conductrices doiTeiit être attribués a une autre cause. En efiel , la quantité d'électricité qui se répand sur un corps conducteur dépendant uniquement du Tolarae de ce corps , et non de sa nature , il s*ensuit que la matière pondérable n'exerce ici aucune action sur le fluide électrique , qui, formant une couche superficielle , se dissiperait sans la résistance de l'air. De plus , le fluide pouvant se mouvoir sans difficulté sur la surface , sa distribution doit varier avec les influences extérieures. Supposons en présence l'une de l'autre deux boules conductrices isolées, et char^^ées de doses égales d'électricité de même espèce. La répulsion mutuelle de cei deux masses de fluide déterminera une inégalité dans leur distribution.

La tension électrique sera moindre sur les hémisphères en regard , que sur ceux opposés. Les couches d'air en contact étant ainsi inégalement pressées, et restant imperméables au fluide, se mouvront eomrae les vases contenant des liquides j dans le sens des plus fortes pressions ; et les boules, suivant le mouvement de ces couches, s'éloigneront Tune de l'autre. Si ces boules étaient chargées de deux quantités égales d'électricités contraires , il y aurait attraction entre ces masses fluides , tensions plus fortes sur les hémisphères en regard , pressions plus intenses sur l'air en contact avec ces hémisphères , et par suite rapprochement des deux boules déterminé par la pression atmosphérique.

692. Si les deux corps , électrisés de la même manière , sont inégaux , uill^dTia' JIm ^^ '^' ^y^'^^ ^® même volume et la même espèce d'électricité, l'on d'eux nanî^re. ^n a plus qoo l'autrc , outre la répulsion de ces masses fluides inégales, il naîtra de nouvelles forces , provenant de la décomposition de rélectricité naturelle de l'un des ccurps , et conséquemment une attractkm entre les parties les plus voisines. L'effet total dépendra de la résultante de ces actions contraires , laquelle variera avec la distance , ou avec la quantité de fluide neutre décomposé, et les intensités relatives des forces composantes. Il pourra donc. arriver que deux corps, bien qu'électrisés primitivement de la même manière , se rapprochent au lieu de s'éloigner , et qu'il y ait entre eux étincelle et explosion , après quoi la répulsion aura nécessairement Heu. Si l'un des corps est seul clectrisë, la décomposition du fluide neutre du second détermine

&!« d'atlrtoUon

QDAaàim-DlVXlftMl ttfOIl. M

toojonn rattraction doB deax oorps ; il y a étincelle près da contact , puis répulsion.

Lorsqu'on veut déterminer la nature de Féleetricité développée sur un corps , en le mettant en présence d'un pendule ho\é , préalablement chargé d'électricité connue de nom, un rapprochement trop brusque pourrait induire en erreur. Car quoique le fluide à reconnaître fût de même espèce que celui du pendule ^ le corps soumis a l'épreuTc étant placé trop près, une décomposition d'électricité naturelle pourrait donner lieu à une attraction. Afin que TépreuTc réussisse et ne trompe pas , il faut approcher lentement le corps chargé d'une électricité inconnue , et remarquer si le premier effet manifesté sur le pendule est une attraction ou une répulsion ^ une distance moindre que celle correspondante à c^te première obsenration peut déterminer l'attraction dans tous les cas.

698. Une boule légère recouverte d'une feuille métallique, et sus- bgtraaimite'poiir pendue par un fil conducteur, est toujours attirée par les corps électri- •mc«*driviKtri. ses qu'on lui présente. On conceyra facilement ce résultat , en remarquant qae l'électricité libre du corps , de quelque espèce qu'elle soit , doit décomposer a distance le fluide neutre de la boule, et retenir à la surface celle de même nom. Une petite tige conductrice , soutenue horizontalement sur un pivot métallique , a l'aide d'une chape pratiquée en son milieu, tourne vers tout corps électrisé que l'on approche de l'une de ses extrémités-, ce mouvement de rotation, et sa direction relative, s'expliquent comme l'attraction de la boule conductrice non isolée. Ces deux systèmes , et surtout le dernier, forment des appareils utiles pour reconnaître une faible dose d'électricité sur un corps.

On peut aussi constater la présence de l'électricité , au moyen d'un instrument connu sous le nom de carillon électrique, que Franklin avait imaginé pour être averti de la charge d'un conducteur isolé. Il se compose de trois timbres , entre lesquels sont suspendus , par des fils de soie, de petites boules métalliques creuses B' et B"; ces timbres sont fio. sei. fixés, au-dessous d'une tige métallique horizontale communiquant avec le conducteur, l'un T par une tige isolante , les autres T' et V par des chaînes conductrices ; le premier timbre T , qui occupe le milieu, communique avec le sol. Voici maintenant le jeu de l'appareil : si le conducteur se charge d'électricité, positive par exemple, les timbres T et T étant éleotrisés attirent les pendules B' et B'', en décomposant leur fluide neutre ^ près du contact il y a étincelle , et les boules, électrisées positivement, sont repoussées par T' et T"; dépassant leurs positions d'équilibre par rapport à la gravité , elles se rapprochent du timbre T, qui d'ailleurs les attire, en vertu de la dé<-

Fie. 3C2.

S4 CODM BE PBYBIQOB.

oomposiiion que l'électricité libre détermine dans le fluide neutre du réservoir coniinuii ; en tonchant le timbre T, les pendules reviennent à l'état naturel , puis se chargent d'électricité négative, et retombent , pour être attirés de nouveau par V et T" ; et ainsi de suite. On conçoit que l'on puisse disposer les timbres et les pendules assex près les uns des autres, pour qu'il y ait choc a chaque attraction, et oonséquemment un son produit.

Kieciroscopefl. 604. Pour déterminer la nature de l'électricité développée sur uu corps, on emploie des iustruments appelés électromèirea on é/eclmacopst. Coulomb s'est servi, pour des expériences délicates et où il s'agissait de très-petites qiuinlités d'électricité, d'un électroscope dont la forme se rapproche de celle de la balance électrique : le levier est suspendu à uu fil de soie sans torsion ; après avoir communiqué au disque de clinquant une faible dose d'électricité connue, on dispose un petit conducteur terminé par deux boules, et enveloppé d'un cylindre de veire qui sert à le maintenir, de telle manière que Tune des boules soit dans la cage de l 'iuslrument , tandis que l'on touche l'autre avec le corps à éprouver; suivant que le disque est attiré ou repoussé, on conclut que l'électricité communiquée au conducteur, est de nom cou traire à celle du disque ou de même espèce. Pour que le résultat soit plus sensible, on s'arrange de manière qu'il y ait répulsion, lorsqu'on placée la boule inférieure du conducteur très-près du disque, mais sans le toucher.

On forme les électromètres ordinaires en suspendant au couvercle métallique d'un bocal de verre, ou deux pailles conductrices par des crochets très-mobiles, ou deux boules de sureau par des fils de Un , on enfin deux feuilles d'or tombant parallèlement; ce dernier électroscope est plus sensible que les antres. La cage en verre dotant ne contenir que de l'air parfaitement sec , il est bon d'y faire séjourner une substance desséchante , telle que de la chaux caustique. Pour se servir d'un éleclromètre , on touche un instant la garniture métallique avec un corps électrisé, les deux corps légers, possédant la même espèce d'électricité, s'écartent l'un de l'autre. Supposons que l'instrument, l'électromètre à pailles , par exemple , soit ainsi chargé d'électricité positive; si on présente au-dessus du couvercle un corps électrisé positivement , il reponssera l'électricité de même nom , répandue sur l'instrument; les pailles acquérant une surcharge s'écarteront encore pins. Si le corps soumis à l'épreuve est au contraire électrisé négativemeat , il attirera le fluide libre de l'électromètre vers la garniture, et les pailles se rapprocheront. Ainsi , suivant que le corps approché détermine un plus grand ou. un moindre écartement des pailles, il contient de

»Fifî.3e3.

réJeolriolié identique , oa de nom eontraire à celle dent riiislruaieiU est chargé.

Ma» H est Fort im|iof \ a nt de ne pas présenter trop brasquement le corps éprouvé; car dans le cas d'électricités contraires, le corps placé trop près pourrait décomposer l'électricité naturelle du métal, et après avoir déterminé le rapprochement des pailles, les faire s'écarter de nouveau , en repoussant vers elles de Téleclricité de même nom que la sienne. Or ces deux effets se succédant nécessairement , lorsqu'on diminue le distance qui sépare le corps de la garniture, un mouvement trop rapide peut empêcher d'apercevoir le premier effet , et faire con* dure du second, seul constaté, une conséquence fausse.

695. Pour charger préalablement d'électricité positive par exemple, , ch*rsa mf la garniture d un electromètre, on peut en approcher sans le toucher uctrotcope. un bâton de résine frotté. L'instrument est électrisé par influence, et les pailles chargées d'électricité négative se repoussent. Si l'on éloignait la résine, îl y aurait recomposition , et l'instrument ne conserverait aucune trace d'électricité; mais si, lors de l'influence, et les pailles étant écartées, on touche uo instant la garniture avec le doigt, le fluide repoussé fuit dans le réservoir commun , et les pailles se rapprochent \ si l'on éloigne ensuite le bâton de résine, on voit les pailles s'éloigner* par la nouvelle distribution du fluide positif resté sur l'instrument. Celte méthode d'électrisation par influence doit être préférée quand le corps dont on se sert pour charger l'électromètre est peu conducteur.

On interroge souvent l'électroscope en le chargeant d'abord , par coiitoct ou par influence, d'une électricité inconnue dont on déter* mine ensuite la nature. Par exemple, supposons qu'il s'agisse de recon* naître Fespèce d'électricité développée en petite quantité sur un corps isolé , qu'on se serve de l'électroscope â feuilles d'or comme le plus sensible, et qu'il soit préférable d'agir par influence. Voici la suite des opérations. On touche avec un doigt mouillé la garniture métallique, en même temps qu'on lui présente le corps électrisé, à une distance d'autant plus petite que sa charge est plus faible; l'instrument s'électrise alors par influence, le fluide repoussé fuit dans le sol, et il reste sur la garniture de l'électricité contraire â celle influente. Après avoir retiré le doigt pour isoler l'instrument, on éloigne le corps; uoe partie de l'^ectricité delà garniture se répand sur les feuilles d'or qui s'écartent. Enfin on approche lentement de la garniture un bâton de résine frotté; suivant que le premier effet produit par cette épreuve est une augmentation ou une diminution de Técartement des feuilles, on en conclut que l'instrument se trouve chargé de fluide négatif ou

36 COVU BB PST9IQVB.

positif, et inversement que rélectrioité inconnae est positive ou négative.

B/icifen 606. Dans des cas semblables, où les charges électriques à épronrer

^''^^rôaueicif **" sont très-faibles, on se sert avec avantage d'un électroscope dont ta

sensibilité est augmentée par une disposition très-simple : deux tiges

métalliques s'élèvent symétriquement du fond métallique de la cage

Fie '364. de verre, et se terminent, à la même hauteur, par de petites boolea de métal, de part et d'autre des extrémités libres des feuilles d'or, et dans le plan où s'opèrent leurs écarts. Quand les feuilles sont électrâées et se repoussent, leur électricité libre développe sur les boules voisines du fluide contraire, qui par son attraction augmente Técartetn en t. La présence de ce fluide contraire détermine d'ailleurs une nourelle distribution de la charge électrique sur l'instrument , en augmentant h portion qui se répand sur les feuilles; et c'est surtout à cetefiet de réaction qu'il faut attribuer la plus grande sensibilité de l'électroscope ainsi modifié.

En général, si l'on approche d'un conducteur isolé et éleclrisé A, un autre corps B communiquant avec le sol, l'électricité libre de A développe par influence du fluide contraire sur B, qui réagit A son tonr, eo augmentant l'épaisseur delà couche électrique aux points de A les plus voisins. On conçoit que si ce dernier corps communique avec une source d'électricité, l'efletdela réaction dont il s'agit sera d'accnmuler sur sa surface une plus grande quantité de fluide libre. Hais il importe de prouver cette accumulation par des expériences directes*, car elle sert de principe a la théorie de plusieurs appareils, qui permettent de condenser l'électricité fournie, soit par une machine puissante pour produire des eficts énergiques^ soit par une source très-faible afin d'ea constater l'existence.

TMorieder^ae^ 607. Lorsqu'on met en présence l'un de l'antre deux plateaux raéatcBte. tnUiquQg isolés A et B, munis sur leurs faces extérieures de deux petits pendules a tiges conductrices a et b, si l'on électrise le plateau Â, positivement par exemple , on voit non-seulement le pendule a s'écarter

Fio.365. ^^ ^9 "^^'^ aussi le pendule b de B. Ce dernier écartement, dû à une électrisation par influence, est d'autant plus grand que la distance des plateaux est plus petite. Si l'on éloigne ensuite B de Â, cet écartemeot diminue, et B rentre dans l'état naturel. Il est évident que la quantité d'électricité négative, attirée vers la surface antérieure de B, est limitée par l'attraction que l'électricité positive reponssée sur la face postérieure exerce sur elle, et qu'elle augmenterait si cette force était supprimée. Or on opère facilement cette suppression en mettant B, lor»qu'il est soumis à l'influence <)c A, en contact avec le réservoir

QCAftAirrE'DBtXIÈHB LXÇOff. 27

commun ; lo pendule ib retombe alors sur le plateau B, oe qui n'indique pas que ce plateau cesse d'être électrisé, car il contient de Télectricité positive -vers sa face antérieure, qui est snèiue en plus grande quantité qu'avant, et qui se manifeste par Técartement du pendule b, quand r influence de A est écartée.

Lorque Ton met ainsi B en contact avec le sol, et queie pendule b redescend, Télectricité de A semble se perdre aussi , car on remarque que le pendule a se rapproche beaucoup de ce plateau. Mais comme ce corps n'a pas été touché , cet effet , ou cette moindre tension de rélectricité sur la face postérieure de A , est dû à une nouvelle distribution de la même quantité d*éleotricité sur ce corps. Il suit de la que si l'on avait électrisé A, en le mettant en contact' avec une source constante d'électricité positive^ la nouvelle distribution d'électricité., qu'a déterminée la fuite de l'électricité positive de B dans le réservoir commun , permet au corps A de recevoir une seconde dose d'électricité, quand on le met de nouveau en contact avec la source. Cette seconde dose décompose une nouvelle portion du fluide naturel de B, et le pendule b s'écarte. Si Ton fait communiquer une seconde fois B avec le sol, son pendule b retombe^ et il s'accumule sur sa face antérieure une nouvelle quantité d'électricité négative, qui change encore la distribution de l'électricité sur A ,en sorte que a se rapproche du plateau, et indique que la source peut encore donner une troisième dose d'électricité à A. Acc-««i.tio„ de

698. On peut donc par une suite d'opérations semblables, c'est-à-dire ' ulclae!^^ en mettant successivement A et Ben contact^ le premier avec If^sonrce, le second avec le sul, accumuler sur A une quantité d'électricité positive beaucoup plus grande que celle qui lui serait communiquée par la source constante, si le corps B n'était pas en sa présence, llest évident que l'accumulation aura lieu avec la même intensité, si A ne cesse pas de communiquer avec la source et B avec le réservoir commun ; mais eu rendant ces communications périodiques et alternatives , on démontre la réalité de cette accumulation par les mouvements des pendules a et b. Une autre conséquence à tirer, dans cette série d'opérations , de la chute des pendules lorsqu'on met B en communication avec le sol, chute qui est totale pour b, eï partielle pour a, c'est que A contient alors plus d'électricité positive que B ne contient d'électricité négative, cette dernière étant totalement déguisée on latente. £n effet, rélectricité positive -j- £ de A doit remporter en masse sur celle négative — 0 de B, puisqu'elle a repoussé, dans le réservoir commun, une quantité 4- c' ^u fluide positif de B, malgré Tattraction a moindre distance que — e exerçait sur ce dernier fluide. D'ailleurs -f-E main-

S8 COOaS •■ PBYSIQCB.

tiendrait, par une attraction exercée en quelque sorte au contact, use quantité — £ d'électricité négative, sur le plateau A. lui-même; la quantité — edu même fluide, que^-S retient snr B, par son attraction à la distance des deux plateaux, est donc nécessairement moindre que — £ en valeur absolue*^

Supposons donc que la source soit susceptible de répandre sur A une quantité e d'électricité , lorsque le corps B n'existe pas dans son voisinage. Si, tandis que cette source communique avec k, le corps B est très- voisin et communique avec le sol , il s'accumulera sur A une quantité 4* E d'électricité plus grande que e , et B contiendra uoe quantité — e d'électricité latente ou déguisée , telle que e sera nëces-

sairement moindre que £. Le rapport -r, plus petit que l'unité, ne dé-

Jci

pendra évidemnieiit que de la distance des deux plateaux ; soit m ce rapport , on aura 0=mE.

Si Ton isole ensuite les corps A et B , toujours en présence , et possédant ainsi , l'un £ d'électricité positive , et l'autre une quantités d'électricité négative et latente; que l'on mette ensuite A en contact avec le sol , il s'écoulera une certaine quantité de son électricité, précisément celle e que la source lui eût fournie sans la présence de B ; mais il restera sur A une portion £' d'électricité positive, rendue latente par l'électricité négative e de B. Ce sera alors e qui surpassera E' , et l'on aura entre ces nombres l'équation £' = m« ; d'oà £^ = m* E, et

El.

enfin, puisque E — E' = c : -=- j-. Ainsi le rapport de E à c , ou

l'accumulation de l'électricité sur A , sera d'autant plus grande que m, approchera plus de l'unité. Au moment où l'on a interrompu toute communication de A avec la source, de B avec le aol , le pendule a était élevé , et celui b vertical ; quand on touche ensuite A , a retombe tout à fait , et  se relève au contraire; l'inverse aura lieu si , A étant isolé , on louche B ; et cet effet peut 40 reproduire périodiquement un grand nombre de fois.

coDdeBMtetirs. 699. Tcllc cst la tfaéoric de l'électricité latente , qui explique Tactioa de plusieurs instruments au moyen desquels on prodoit les plus brillants phénomènes de l'électricité. C'est encore sur cette théorie qu'est fondée le coftdensaleur^ instrument imaginé par Volta , pour accumuler et rendre sensibles des quantités d'électricités provenant de sources ù faibles , que leur présence ne serait pas reconnue par les électromètros ordinaires*

£n général , on donne le nom de canden$Qieur à tout appareil destiné à accumuler sur une surface^ par le jeu de Féleetricité latente ,

QUABAlITfi-DBDUfcSE LKÇOIf.

une quantité d'électricité très-grande comparativement à celle d'une source. Cet instrameni se compose le plus souvenl de deux feuilles métalliques séparées par une plaque de Terre ; mais quand il s'agit de faire reconnaitre des sources d'électricité très-faibles , on doit préférer l'interposition d'une couche de Ternis isolant de petite épaisseur , ce qui rend l'instrument plus sensible. Le condensateur de Volta se compose d'un plateau métallique appelé collecteur , reposant sur un mor- fio. ses. cenu de bois reconvert d'un taffetas Ternis , qui s'oppose à la réunion des deux électricités.

700. L'éleotroscope à feuilles d'or acquiert une- grande sensibilité itrctro«n»iro couquand il est muni d'un condensateur. La cage en verre est recouverte

par un plateau métallique , au-dessous duquel sont suspendues les

feuilles d'or » et qui est garni , en dessus , d'un vernis a la gomme

laque. On place sur lui un autre plateau métallique, recouvert en

dessous du même vernis , et porté par un manobe isolant. La double fio.367.

couche de gomme laque suffi.t alors pour empêcher la réunion des

deux éleptricités. Quand on met les plateaux en communication, l'un

avec le sol , l'autre arec une source d'électricité , il y a condensation

et électricité latente. Si Ton isole ensuite ces plateaux , et qu'on enlève

le supérieur , l'électricité latente du plateau inférieur, devenue libre,

se manifeste par l'éoartement des feuilles.

701. On emploie souvent, pour se procurer une étincelle élec- K]«ciropiiArr. trique, un instrument connu sous le nom â^éleciropkore. Il se compose fio.sss. d'un gâteau de résine , entouré d'une garniture en bois qui le présenre

des chocs extérieurs , et sur lequel on place un plateau métallique a manche isolant. La résine est facilement électrisée négativement^ en la frappant avec une peau de chat. A cause de sa non-conductibilité^ on peut poser sur elle le plateau, sans que son électricité puisse y passer^ cette électricité négative agit alors par influence en décomposant le fluide naturel du plateau , que l'on fait communiquer avec le sol , en sorte qu'il n'y ref te que du fluide positif latent. Si l'on écarte ensuite le plateau isolé ^ son électricité latente devenue libre peut être communiquée à un autre corps.

On a appliqué l'ékctrophore au briquet à gas y qui contient un réservoir de gas hydrogène ; lorsqu'on ouvre un robinet , le gaz s'échappe , et une étincelle électrique traverse le jet et l'enflamme. C'est pour produire cette étincelle <{u'nn éiectrophore est adapté à l'appareil. Le mécanisme qui sert à ouvrir le robinet fait tourner un petit levier auquel est suspendu le plateau , mobile sur une charnière ; ce platean étant soulevé emporte Télectricité latente , et Tient toucher un petit conducteur isolé, destiné à transmettre cette électricité sur un

Fio. 309.

Boaleîlle de Leyde.

Fio. 370.

Charge et déckarj^e.

des côtés du jet de gaz j de l'autre côté se trcave l'extrémité d'an second conducteur communiquant avec le sol , et c'est là que l'étincelle est produite. Il faut établir entre le plateau et le conducteur isolé' une distance convenable , pour que l'étincelle ne parte qu'an notoment où le jet de gaz a parcouru l'intervalle nécessaire. Le plateau métallique communique avec le sol , lorsqu'il repose sur le gâteau de résine , au moyen d'une feuille d'étain. L'électrophore étant renfermé dans une boite où l'air est sec , peut conserver son électricité pendant plusieurs mois.

702. De tous les appareils où rélectricité s'accumule par la puissance de l'électricité latente, le plus important est la bouieiile et Leyde, ainsi appelée du nom de la ville où furent découverts les pbé^ nomènes qu'elle peut produire. La partie essentielle de cet instrument consiste dans une lame de verre, qui ne doit pas être très-épaisse, et à laquelle on donne pour plus de commodité la forme d'ane bouteille. Elle est recouverte sur la plus grande partie de ses deux faces, de feuilles ou garnitures métalliques ; comme il faut que cc;^ garnitures ne soient pas en communicati<m , on recouvre de gomme laque le reste de la surface du verre , qui seule est trop hygrométrique pour fournir un bon isolateur. Une tige métallique traverse le bouchon; elle touche la garniture intérieure , directement , ou par l'intermédiaire d'une chaîne conductrice ; à l'extérieur , cette tige , ordinairement recourbée en forme de crochet, se termine ensuite par une boule.

Pour former la garniture intérieure, on se contente souvent de jeter dans le flacon des feuilles de clinquant , qui produisent le même effet. On se sert aussi , au lieu de bouteille , d'une grande jarre à large ouverture, ce qui permet d'appliquer plus facilement des feuilles métalliques , en ayant toujours soin d'isoler complètement le reste dei surfaces du verre , par une couche de gomme laque. Quelle que soit la configuration de la lame de verre , ainsi garnie de lames de métal sur les deux faces , qu'elle soit ylane comme dans le carreau magique, ou contournée en bouteille, elle constitue un véritable condensateur, et l'on peut accumuler sur Tune des surfaces l'électricité d'une source, en mettant l'autre en communication avec le sol , afin d'y développer do l'électricité latente.

703. Pour charger une bouteille de Leyde , on la tient à la niaia par sa surface métallique extérl^re , et l'on met en contact avec une machine électrique en activité la tige qui fait partie du système de h garniture intérieure j ou bien , l'appareil étant suspendu par le crochet de sa tige au conducteur de la machine , on attache à un anneau fixé au-dessous du flacon une chaîne qui touche le sol. Dans les deux cas la

Fio. 371.

QIIAllA,im-BBVXIÈMB LBÇOn. SI

boiileîlle, éloignée du coodnctear sans que sa tige cesse d'être isolée « se trouve chargée inténenremenl de Tespèce d'électricité fournie par la source, et extérieurement de fluide contraire , en totalité à l'état latent.

Si l'on réunit les deux garnitures d'une bouteille de Leyde , ainsi chargée, par un système de corps conducteurs, les deux électricités accumulées se précipitent l'une vers l'antre pour former du fluide naturel ; il y a alors une explosion d'autant plus forte que la source est plus énergique , et la cause condensante plus puissante. C'est là ce qui constitue la décharge de la bouteilh de Leyde, Pour opérer cette décharge on se sert d'une sorte de pince métallique, dont les branches courbes sont terminées par ées boules, et réunies par une articulation ; des manches en Terre fixés sur ces branches servent a les tenir, et à rapprocher leurs extrémités des corps qu'il s'agit de mettre en communîcsation ; on donne à ce système le nom à^e^iaieur»

La bouteille de Leyde ne se charge que très»faiblement , si sa face extérieure est isolée , tandis que sa tige communique avec une source d'électricité ; c^est alors comme une simple lame qui ferait partie du conducteur de la machine* 11 est donc essentiel que la garniture extérieure communique avec le sol, an moins pendant un temps très-court, pour qu'il se passe dans l'appareil cette série d'actions analysées dans la théorie de Téleciricité latente , et pour qu'il y ait accumnlation. On peut s'assurer facilement que, comme Findique la théorie, les deux faces d'une bouteille de Leyde chargée contiennent . des électricités contraires ; il su|&t pour cela d'adapter à l'instrument deux petits pen- F10.372. dules communiquant chacun avec l'tine des garnitures , et de répéter alors toutes les expériences que nous avons indiquées plus haut , sur le système de deux plateaux métalliques très-voisins.

Lorsque la bouteille est chargée, le pendule communiquant avec l'intérieur est seul relevé. Hais si l'on isole l'instrument , en le posant , par exemple, sur une plaque de verre , (s pendule de la garniture extérieure s'élève aussi peu à pen, et indique conséqnemment de l'électricité libre sur cette garniture. Gela tient a ce que l'électricité intérieure, se perdant en partie au contact de l'air et de la tige , ne peut plus retenir à l'état latent toute l'électricité extérieure , qui se manifeste alors. Sitôt qu'une portion de cette dernière est devenue libre, les deux garnitures perdent de l'électricité; mais , d'après la loi connue , l'intérieur .plus chargé doit perdre davantage , en sorte que les deux charges tendent à s'égaliser. On voit en effet , au bout d'un certain temps , les deux pendules , s'ils sont bien comparables , indiquer la même ré* pulsion; ils descendent ensuite des mêmes quantités, car les charges

tares.

82 cooas BB MTsiQini.

abfU)lae9 et lenrs pertes restent égales à partir de cette ëpoqae. Une bonteille de LeTdeayantétécbargée, et ensuiteîsolëe^si Ton toache itiic»essiveinent sa tige et sa faee extérieure , à chaque contact on oblieni une clincelle, et le pendule de la garniture touchée baisse, tandis que I aotre se relève; enfin on finit par décharger ainsi l'appareil , les électricitésaccumuléesdeyenantinsensiblesaprèson certain nombre deoootaets.

uaiii^aM sarni- 70-^* On a TU (§ 698) que l'accumulation de l'électricité , dans le

condensateur, 'est donnée par le rapport — ; £ représentant la charge

totale du plateau qui reçoit l'électricité de la source, et e la porti» de cette charge à l'état libre, ou non retenue par l'attraction da fluide latent de l'autre garniture» Il semble d'apràs cela qu'on ponrrait toa-

jours déterminer celte force condensante, ou le rapport —, en portant

deux fois à la balance de torsion, un plan d'épreuve qui aurait aucecssirement touché au même point le plateau collecteur, faisant d'abord

E partie de l'instrument et ensuite détaché; ou autrement le rapport -

étant égal à la fraction = , il suffirait de déterminer, par le plan d'é

preuve, le rapport m des énergies électriques des deux plateaux, qnaod ils sont séparés de ^instrument. Hais il faudrait pour cela que les électricités accumulées résidassent toujours snrles plateaux mêmes; or c'est cequin'o lieu, ni dans la bouteilledeLe7de,nidans le carreau magiqne.

L'expérience prouve en effet que les garnitures métalliques sont seulement utiles pour la charge et la décharge, mais que ce n'est pas sur elles que résident les électricités accumulées. On se sert d^ine bouteille de Leyde dont les garnitures puissent être enlevées, on, ce qui revient au même^ d'un simple plateau de verre, intercalé entre deux plaques métalliques ; on peut charger ce condensateur par le procédé ordinaire, séparer ensuite successivemeni les plaques métalliques du plateau de verre, pour leur enlever par le contact avec le sol l'électricité libre qui peut y être répandue, et remonter de Nouveau l'instrument ; eublissant alors une communication entre les plaques, à Taide d'un excitateur, on obtient une décharge presque aussi forte que si l'on n'eut pas fait cette série d'opérations. On doit conclure de ce résultat que b charge réside presque tout entière sur les deux faces du verre. Cepea* dant la lame de verre étant chargée, ensuite séparée des plaques métalliques, si I on fait communiquer les deux surfaces, on n'obtient pas de décharge instantanée.

Les garnitures des condensateurs sont donc principalement ntiles

QUARAIITI-MDXiftHB LtÇO!l. 8S

pour la charge et la décharge, ocra me remédiant à la non-conduotibilitë dn Yerre. La garniture intérienre n'agissant ainti qae comme corps conducteur, on peut lui substituer de Feau. On peut même la supprimer, en terminant par une pointe intérieure la tige qui traverse le bouchon, et enlevant l'air contenu dans la bouteille parla machine pneumatique; rélectrîcité qui se meut librement dans le vide, se répand facilement sur les parois intérieures du vase, lorsqu'on charge r instrument à la manière ordinaire.

705. Pour montrer que les deui garnitures d'une bouteille de Leyde i*^^« dvirctri

, •••• dt<»conlrtir«»fa

sont chargées d électricités contraires qui tendent à se réunir, on peut le* ganîtarM. placer un pendule isolé entre deux boules conductrices , maintenues à la même hauteur, et communiquant avec les deux garnitures. Quand on a chargé , puis isolé k bouteille, le pendule est amené a la place indiquée ; son électricité naturelle est décomposée par la double influence des boules voisines ; celle de la garniture intérieure agissant plus fortement , l'attire d'abord, puis le repousse; il voyage ensuite aaccessiveroent d'une boule à l'autre coflAroe les pendules entre les timbres du carillon électrique; à chaque contact il y a étincelle ou recomposition de fluide naturel ; et cette série d'oscillations finit par opérer la décharge de l'appareil.

Un physicien allemand a imaginé uneexpérience curieuse, qui prouve également que les garnitures d'une bouteille de Leyde chargée contiennent des fluides contraires. BUeconsisteà tracer d'abord avec la boule qui communique avec l'intérieur, des lignes ou des dessins sur la face plane d'un gâteau de résine, en tenant alors à la main la garniture extë^ rieure. La bouteille étant ensuite posée sur un isolateur, on la prend par la bonle, et l'on promène sur le même gâteau de résine, un point de la garniture extérieure , de manière â y tracer d'autres dessins. La nonconductibilité de la résine retient les électricités des deux garnitures, aux points de la surface do gâteau où le contact les a déposées. Pour manifester leur présence en ces points, on emploie un mâange de deux corps pulvérulents , qui s'électrisent par leur frottement mutuel ; ce sont ordinairement du minium et du soufre ; la poudre du premier corps s'électrise, positivement , celle du second négativement. On projette ces poudres mélangées sur la surface du gâteau de résine , au moyen d'une espèce de soufflet ; le soufre s'attache aux points sur lesquels on a déposé rélectricité positive, et le minium â ceux qui ont reçu l'électricité négative ,* ce qui fait paraître les dessins tracés , l'un en jaune , l'autre en rouge. En examinant de près ces dessins, on observe que les deux poudres affectent des formes différentes : elles sont arrondies pour le minium «anguleuses pour Je soufre.

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