TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE
sur la bande de l'appareil Morse. De même, quand on supprime le courant, le câble se décharge à travers le récepteur en prolongeant l'impression, et ce n'est qu'au bout d'un temps très long qu'il est revenu à l'état neutre. On ne peut donc envoyer qu'un très petit nombre de signaux par minute, et l'on ne gagnerait rien à augmenter la force électromotrice de la pile, parce qu'en augmentant la puissance du courant on augmente dans le même rapport la charge du câble et ses effets perturbateurs.
Pour diminuer autant que possible ces inconvénients, M. Varley interrompt le câble CG {fig. 67) à ses deux exlré-
Fig. 67
mités et le réunit auxarmatures extérieures 6, B de deux grands condensateurs dont la capacité est comparable à celle du câble tout entier. La clef M du poste manipulateur, quand elle est au^epos, fait communiquer avec le sol l'armature intérieure a du'condensateur; mais, si l'on fait basculer cette clef, la communication avec le sol se trouve rompue et remplacée par la communication avec le pôle positif de la pile P. Le plateau a du'condensateur reçoit de l'électricité positive et appelle par influence de l'électricité négative dans le plateau h\ le plateau B de la station opposée reçoit donc une quantité égale d'électricité positive et, par une nouvelle influence, appelle de l'électricité positive sur A â travers le récepteur B. Celuici est traversé par un courant ascendant.
Supposons maintenant que la clef M soit ramenée au repos. Le plateau a se décharge dans le sol, le plateau B sur le plateau h à travers le câble, le plateau A à travers le récepteur B,
i66* APPLICATIONS DE L'ÉLECTRICITÉ.
qui est alors traversé par un courant descendant. Chaque mouvement de va-et-vientde la clef M produit donc deux courants de sens inverse à travers le récepteur R. L'ensemble de ces deux courants constitue un signal.
On démontre théoriquement qu'entre certaines limites les effets sont d'autant plus ne(s que l'émission du courant en M a été plus courte et produite par une pile plus faible. Mais, pour utiliser les signaux obtenus dans ces conditions, il faut avoir recours à des récepteurs extrêmement délicats. On employa d'abord le galvanomètre de Sir W. Thomson, auquel on substitue d'ordinaire aujourd'hui, pour cet usage spécial, un appareil écrivant, connu sous le nom de siphon enregistreur (siphon recorder).
Quand on emploie le galvanomètre de Sir W. Thomson comme récepteur à l'extrémité d'un câble sous-marin, chaque émission de courant ou onde électrique produite par une oscillation complète de la clef M du manipulateur chasse l'aiguille du galvanomètre, par exemple vers la gauche; elle revient ensuite à sa position d'équilibre. £n compliquant un peu la clef, on peut s'arranger pour mettre à volon té le condensateur a en communication avec le pôle positif ou le pôle négatif de la pile; et alors l'aiguille du galvanomètre sera chassée soil à gauche, soil à droite; on aura deux sortes de signaux comparahlcs aux traits et aux points de l'appareil de Morse, et l'on pourra les combiner de façon à constituer un alphabet conventionnel.
Le siphon enregistreur de Sir W. Thomson (*) est un peiil siphon .ç capillaire {fig* 68) plongeant dans l'encre par une de ses extrémités, tandis que l'autre extrémité se termine au voisinage d'ime bande de papier déroulée par un mouvement d'horlogerie. Une petite machine électri(iue, non représentée sur la figure, électrise l'encre, laquelle s'écoule aussitôt parla pointe et laisse sur le papier une trace rectiligne tant que le siphon demeure immobile. Mais quand le siphon oscille autour d'un axe horizontal //', la trace devient sinueuse et ses
(') Invente en 1807. Pcrfeclionné en 187.3. Voir une description détaillée de cet instrument donnée par M. Macé de Lépinay dans le Journal dt Physique, V série, t. VIII, p i(j3.