SECOND FASCICULE
J. et B., I, 3*. Phys, moléc. (4' éd., 1891 )
COURS
DE
On considère habituellement les corps comme formés de molécules susceptibles de s'écarter ou de se rapprocher les unes des autres et de faire équilibre par leurs actions réciproques aux forces extérieures qu'on applique à leur ensemble. Nous ne préjugeons rien de la nature simple ou complexe, de la forme, des dimensions de ces molécules, de leur état de repos ou de mouvement, enfin de la loi de leurs attractions ou de leurs répulsions : ce sont autant d'éléments qui demeurent provisoirement indéterminés. A mesure que l'expérience nous révélera des lois nouvelles, nous serons conduits à préciser en quelques points la conception générale qui nous sert de point de départ.
Quelques-uns des phénomènes qui vont nous occuper, la dififusion des liquides, par exemple, ou leur frottement inférieur, établissent, de manière à ne laisser subsister aucun doute, que les molécules de ces corps sont douées d'un mouvement d'agitation^ dont l'étude de la chaleur nous révélera
plus tard toute la généralité. Toutefois, un grand nombre de phénomènes moléculaires peuvent s'interpréter en considérant les molécules des corps comme des centres de force immobiles agissant à distance les uns sur les autres, comme le Soleil agit sur la Terre, ou comme les corps électrisés entre eux. C'est à ce dernier point de vue que se sont placés les mécaniciens pour faire les théories de la capillarité et de l'élasticité. Peut-être la première conception rend-elle superflue la seconde; nous verrons, par exemple, comment la théorie des gaz (*) ramène, à Taide d'hypothèses très simples, les phénomènes de leur élasticité au choc de leurs molécules entre elles et contre les parois des vases qui les enferment. En loul cas, on n'est pas encore parvenu à faire une bonne théorie mécanique des solides et des liquides, et Ton peut dire que, dans l'état actuel delà Science, il importe plus de recueillir ei de coordonner, même provisoirement, des faits nouveaux que d'interpréter les phénomènes par des théories moléculaires toujours incomplètes. Nous ne demanderons donc aux théories mathématiques en usage que d'enregistrer les lois auxquelles l'expérience nous aura conduits et de nous en révéler des conséquences éloignées, que nous puissions de nouveau soumettre au contrôle souverain de l'expérimentation.
(*) Voir t. II, 3* fascicule, le Chapitre relatif à la théorie des gaz.