PHÉNOMÈNES GÉNÉRAUX DE L'ÉLECTRICITÉ
Historicjue. — Distinction des corps conducteurs et non conducteurs. — Distinction des deux espèces d'électricité. — Séparation des deux électricités par le frottement. — Hypotlièse des deux fluides électriques.
fllSTOBIQiUE ( 0. — Les anciens savaient qu'en frottant Tambre jaune (^) avec une étoffe de laine on lui donne la propriété d'attirer les corps légers : c'est là tout ce qu'ils nous ont légué (le connaissances sur un sujet qui devait prendre dans la suite d'immenses développements, et c'est tout ce que l'on en a su jusqu'au xvi* siècle, où Gilbert (^), en répétant la même expérience avec le verre, le soufre, la gomme laque, etc., fit voir (jue cette vertu attractive, loin d'appartenir exclusivement à quelques substances exceptionnelles, peut, au contraire, se communiquer à une classe très nombreuse de corps et constitue une propriété générale qui mérite une élude suivie. C'est cette étude que nous commençons aujourd'hui.
Pour répéter l'expérience fondamentale de Gilbert, on prend
' ' ) Pour tout ce qui concerne rélectricitè statique, on consultera avec fruit l'excellent Traité d'électricité statique pul)lié par M. Mascarl, a vol. in-8*j Piiris, 187^).
.'* I Eu grec fjXexTpov, d'où le nom ù* électricité. L'ambre jaune est une résine lossile.
' ' , Dr magncte magneticisqiie corporibu^. Londres, iGoo.
28 ÉLECTIUCITÉ STATIQUE.
un gros bâton de verre, de cire d*Espagne, de gomme laque ou de soufre; on le saisit d'une main par Tune de ses extrémités et on le frotte vivement dans toute sa longueur avec une étoffe de laine ou une peau de chat; on rapproche ensuite d*une table sur laquelle ont été déposés de ia sciure de bois, des barbes de plumes ou en général des fragments déliés de coq» légers, et on les voit s'envoler d'abord vers le cylindre frotté, qui les attire, puis se disperser dans toutes les directions par TefTet d'une répulsion qui, après le contact, succède à l'attraction. Cette répulsion a été observée pour la première fois par Otto de Guericke ( * ).
Quand, au lieu de présenter le bâton frotté à des corps légers, l'opérateur l'approche de sa joue sans la toucher, il éprouve un chatouillement comparable à celui que cause une toile d'araignée. Si le bâton a de grandes dimensions et qu'il ait été frotté pendant longtemps, ces impressions s'exagèrent; on sent une série de picotements douloureux, on entend une suite de décrépitations, et l'on voit dans l'obscurité de nombreuses étincelles lumineuses (^) éclater entre les organes et les parties du bâton qui les viennent approcher; après quoi ces parties ont perdu les propriétés qu'elles avaient reçu par le frottement et se retrouvent à leur état naturel.
En considérant ces manifestations dans leur ensemble, on reconnaît que, à la suite d'une action mécanique exercée sur eux quand on les frotte, les corps que nous considérons ont acquis la propriété de produire spontanément des actions mécaniques particulières, dont les principales consistent en attractions ou répulsions; ces actions s'exercent évidemment aux dépens de l'énergie mécanique absorbée dans l'acte du frottement, et, quand cette énergie est épuisée, les corps frottés se relrouve«l à leur état naturel. C'est ce qui arrive par suite d'un contact prolongé des corps frottés soit avec nos organes ou avec le sol. Pendant qu'ils sont susceptibles d'attirer les corps légers, on dit qu'ils sont électrisës ou chargés ^électricité. W convient d'observer que ces mots ne constituent pas une expli-
'; Otto dî: ()ri;mt.Ki:, Hxpvtiwi'uiu Muffi/rf^'ir^ict, l.il>. \\\ Cap. W. ;'; ()bser\e.'8 pour lu priMuii'i'iî fois par Otlo do (iiierit-kt*.