TRANSMISSION DU CALORIQUE A TRAVERS L’AIR
Je vais maintenant vous faire remarquer une propriété du calorique qui est extrêmement importante, et avec laquelle il faut bien nous familiariser, parce qu’elle nous offre d’heureuses applications. Le calorique traverse l’air librement, et n’est point retenu par lui dans sa course. C’est ce que démontre l’expérience précédente ; car, puisque ce n’est point
par Faction immédiate de la chaleur que Pamadou s’est enflammé , il a fallu nécessairement que les rayons partis du corps échauffé pour aller d’un miroir à l’autre aient traversé l’air librement.
Nous ne pourrons prouver que l’air n’amortit pas ces rayons, qu’il n’en retient pas quelque chose ; mais nous prouverons par la suite que réellement le calorique rayonnant peut traverser des masses d’air considérables sans que son intensité diminue sensiblement; et par conséquent, pour une masse d’air aussi peu considérable que celle qui est comprise entre nos deux miroirs, nous pouvons dire que cette masse d’air n’arrête pas le calorique.
Ainsi nous admettons en principe que le calorique traverse Pair sans en être absorbé. Ce principe se démontre encore au moyen d’une expérience bien simple que chacun est à même de faire. Supposons que l’on soit placé devant un foyer, ou mieux devant un poêle dont la porte soit ouverte ; vous savez tous qu’il y a alors un courant d’air qui se précipite dans le poêle, y entretient la combustion, et s’échappe ensuite par le tuyau. Or, de Pair en mouvement, c’est de la matière; cependant, si vous vous placez devant le foyer, vous sentirez le calorique rayonnant. Ainsi il y aura d’un côté mouvement de Pair qui se fera dans un sens, et ensuite mouvement du calorique qui partira du poêle et se dirigera en sens contraire. Il se forme deux courans opposés, l’un d’air, l’autre de calorique , et Pair, qui est une matière, une quantité pondérable, n’empêche pas le courant des rayons de calorique. Cette observation avait été faite par Scheele, fameux chimiste suédois, et il en avait conclu que les courans d’air ne changent pas les courans de calorique. Cette observation avait aussi été faite depuis long-temps par Dufay. Nous pouvons démontrer la vérité de ce principe d’une autre manière. Supposons qu’avec un écran on agite Pair entre les deux miroirs disposés comme nous Pavons vu tout à Plieure, et au moment où un corps échauffé est placé au foyer de l’un de ces miroirs. Les directions du calorique ne changeront nullement, et il sera réfléchi de la même manière.
Ce que le calorique nous présente est tout-à-fait analogue à ce qu’il est facile de vérifier par rapport à la lumière. Faites entrer un rayon lumineux dans un appartement, ou bien le soir ayez une bougie allumée et examinez la lumière du soleil ou de la bougie sur les murs de l’appartement , pendant que vous mettez Pairen mouvement, vous ne verrez rien changer
sur le mur, et la lumière ira toujours le frapper d’une manière semblable.
C’est ainsi que la lumière qui arrive du soleil traverse l’air sans en être absorbée , si l’on ne considère que des masses peu considérables; car celle qui traverse tout notre atmosphère est réellement absorbée en partie, et cela d’autant plus que l’air est moins pur. Quand il y a des vapeurs, des corps étrangers dans l’air, il y a beaucoup de lumière qui est détournée, réfléchie; mais quand l’air est parfaitement pur, alors il arrive beaucoup plus de lumière à la surface de la terre; de sorte qu’on peut dire que, dans une étendue de mille mètres, l’air n’absorbe pas sensiblement la lumière ou le calorique.
VITESSE DU C2ALOBIQÜE.
Le calorique se transmet du corps échauffé au corps qui le reçoit, avec une vitesse égale à celle avec laquelle la lumière nous arrive du soleil. Or c’est en 8 minutes de temps que la lumière parcourt les 54 millions de lieues qui nous séparent de cet astre; vous pouvez juger par l’immensité de cet espace parcouru en si peu de temps, de l’énorme rapidité dont sont animés les rayons lumineux. Le calorique a une vitesse semblable; car il nous arrive aussi du calorique du soleil avec les rayons lumineux.
L’expérience, au moyen de laquelle on démontre cette grande vitesse du calorique, ne peut être faite que d’une manière bien grossière ; car ce que nous pouvons appeler un instant serait pour la lumière un temps suffisant pour parcourir un espace immense. Néanmoins il est utile de faire cette expérience pour bien graver dans votre mémoire un fait important. Voici quel est l’appareil que l’on emploie : un thermoscope est placé devant le foyer de l’un des miroirs sphériques; au foyer de l’autre miroir se trouve un corps échauffé; si l’on interpose un écran entre les deux miroirs, il arrête les rayons de calorique. Dans cette situation, le thermoscope ne change pas. Il pourrait cependant varier au bout d’un certain temps, si on avait laissé à l’écran le temps de s’échauffer lui-même. Si l’on ôte aussi rapidement que possible cet écran, aussitôt vous voyez la colonne de liquide monter dans le thermoscope , et cependant il a fallu à la chaleur le temps de traverser le verre pour arriver jusqu’à l’air.
Cette expérience a été faite sur une distance d’environ a5 mètres, et en retirant l’écran qui interceptait les rayons du calorique, le thermoscope a marché aussitôt.