PESANTEUR DU CALORIQUE
Enfin comment considérerons-nous le calorique? Le regarderons-nous comme un corps ou bien comme un agent éminemment subtil ? Pour savoir si le calorique est un corps,, il faudrait poufôir le soumettre à la balance et en prendre le poids. C’est par l’indication de cette expérience que nous allons terminer cette séance. Cette expérience, faite avec beaucoup de soin par Lavoisier, peut se faire de la manière suivante. Soit un vase que nous remplirons à moitié avec de l’acide sulfurique et de l’eau. Par le mélange de ces deux liquides il se produit une élévation de température qui va même au-delà de cent degrés. En mettant l’eau et l’acide sulfurique dans le vase, on ne fait que les superposer, ce qui est facile, l’acide étant à peu près deux fois plus pesant que l’eau. On met le vase sur la balance, et on en prend le poids au milligramme et même au demi-milligramme près. Quand cette première opération est faite, on agite le vase; il y a combinaison et production de chaleur. Il faut avoir soin que le vase soit parfaitement bouché, de manière qu’il ne puisse rien s’échapper de ce qui est dans le vase. Pour être plus certain que le vase est bien fermé, on peut le mastiquer à l’extérieur. Quand ie vase s’est refroidi, on l’agite encore un peu; nouveau mélange, nouvelle chaleur produite. Je laisse dissiper cette chaleur; j’agite encore le vase, et je produis encore de la chaleur. Je finis par faire un mélange complet. Quand le vase, qui était devenu très chaud, est bien refroidi, et que sa chaleur s’est dissipée dans l’air, je puis dire que le nouveau composé renferme moins de calorique qu’avant le mélange. Or, si le calorique était un corps pesant, il est évident que le vase devrait peser moins après qu’avant. En le portant dans la balance, on trouve rigoureusement le même poids. Donc l’on' peut conclure que cette quantité de chaleur qui se dissipe n’a point de pesanteur, ou , si l’on veut parler d’une manière plus exacte et ne point aller au-delà de ce que l’expérience peut nous apprendre, nous dirons que le calorique pèse si peu que nos balances les plus parfaites sont trop peu sensibles pour que nous puissions apprécier son poids.
IMPRIMERIE DE E. DUVERCER,